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Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Vide
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 Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. ||

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MessageSujet: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyLun 15 Oct - 21:08


La matinée a été éprouvante… Rien d’étonnant après une nuit sans fermer l’œil vous me direz. Je n’ai pas réussi à me laisser entraîner dans ces rêves qui rythment généralement mes longues heures de sommeil. Les raisons de cette profonde fatigue ne sont pas le fait d’une sortie nocturne, d’une soirée qui se serait éternisée… Oui, oui c’est tout moi ça, mais là rien à voir avec ma vie de fêtard invétéré, pour une fois… Pour m’être déjà pointé au boulot après une nuit de débauche je dois dire cela n’est rien comparé au sentiment d’exténuation que je ressens ce matin. Je ne comprends pas pourquoi mes pensées me fatiguent autant. Est-ce une appréhension due au fait que j’ai pris une décision qui pourrait se retourner contre moi ? Sûrement… J’ai hésité longuement à tout annuler à la dernière minute mais au final je pense que le choix que j’ai fait sera le bon… Même si je dois en payer le prix, il faut que j’essaye… Cette situation ne peut plus durer. Cela fait du mal à tout le monde, moi le premier, j’ai tellement envie que toutes ces histoires s’arrangent…

Dans ce nouveau monde j’avais fini par retrouver la plupart de mes camarades de Neverland… Tous ces êtres chers à mon cœur… Malheureusement l’euphorie et l’insouciance dont nous faisions preuve dans notre ancien univers semblaient s’être évaporées en un claquement de doigt soudain. Tout avait basculé… Cette existence enfantine dédiée aux jeux, aux chamailleries avait laissé place à un chaos indescriptible, où le mot « adaptation » avait tout son sens… Nouveau mode de vie, nouveaux sentiments, nouvelles personnes… Pour ma part je m’étais très vite fait à toutes ces choses inconnues mais je savais que pour d’autres il n’en était rien… Beaucoup regrettaient Neverland et souhaitaient y retourner, et ces derniers me reprochaient souvent d’avoir « oublié » un peu trop notre pays… Peter J., notamment… Mais à vrai dire ce n’était pas ça le plus grand de mes soucis... Depuis quelques temps j’avais été témoin des retrouvailles entre Peter Pan et son ombre… J’avais eu écho de ce violent affront que s’étaient lancés ces deux là au musée… Et pour les avoir côtoyés longuement chacun individuellement je savais que leur relation était des plus tumultueuses et qu’il n’était pas bon qu’ils se retrouvent ensemble. Il était d’ailleurs extrêmement défendu, enfin déconseiller, de parler de l’autre lorsqu’on se trouvait face à l’un deux…

Et pourtant… Alors que je ferme ma boutique je ne peux m’empêcher de penser que l’heure fatidique est proche. Il est temps que les deux Peter aient une confrontation en espérant qu’elle ne soit pas trop sanglante. Je serai l’arbitre de la rencontre mais je sens que j’aurais fort à faire. J’ai peur qu’ils m’en veuillent pour les avoir réunir sans les prévenir… A vrai dire je n’ai pas d’autres choix, la seule façon pour qu’ils puissent être l’un en face de l’autre… J’appréhende ce moment, j’y pense depuis des jours. Je suis terrifié qu’ils n’acceptent plus de me parler après tout ça, de m’accorder la moindre attention… Ils ont beau avoir un sale caractère je les apprécie énormément… Bien sûr ils ont chacun leurs qualités et leurs défauts mais au fond ils sont comme qui dirait la même personne, et c’est peut être ça le souci, enfin je pense… La tension monte… Plus qu’une demi-heure avant le rendez-vous… Je dois me dépêcher de rentrer jusqu’à Meli Melo House. Je ne dois pas arriver en retard, et bien que je ne sois pas un modèle de ponctualité, aujourd’hui je ne dois pas me le permettre. Je m’imagine mal arriver et les voir se disputer… J’ai décidé de les faire se rencontrer à la piscine aux sirènes… Allez savoir pourquoi… Je n’ai pas franchement réfléchi à vrai dire mais bon il fallait un endroit suffisamment près des dortoirs. Et j’avoue que c’est le premier qui m’a traversé l’esprit, comme souvent…

Ca y est, j’y suis… Alors que je me change dans les vestiaires je n’arrête pas de me dire que cet endroit n’était pas forcément le meilleur choix à faire. Le chemin pour se rendre au bassin étant le même pour tout le monde je croise les doigts pour qu’ils ne tombent l’un sur l’autre avant même d’être arrivé au bord de l’eau… Enfin installé, assis sur une chaise longue j’attends avec impatience, ne pouvant m’empêcher de me mordre légèrement la lèvre inférieure, l’air pensif. Ma jambe droite ne cesse de s’agiter d’énervement… Je finis par commencer à me ronger les ongles, l’attente devient alors interminable. Je reste le regard fixe, scrutant avec insistance l’entrée de la piscine… Les minutes passent, je ne bouge pas… Puis mon cœur se met à battre fortement… Je me lève, affichant une mine gênée… Je crois qu’ils ont compris ce qu’ils leur arrivent, ces deux paires d’yeux qui se posent sur moi ne font qu’accroître mes pires craintes sur l’issue de ce rendez-vous qui à peine commencé semble déjà tourner au fiasco… « Ecoutez je… » Pas moyen de continuer, on me coupe déjà la parole…

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyLun 22 Oct - 22:37

Toutes les eaux sont couleur de noyade
Emil Michel Cioran

Elle plongea dans l’eau sans faire le moindre éclat. C’est à peine si on l’entendit. Elle fendit le liquide d’un bleu éblouissant en choisissant le parfait angle d’attaque, celui qui lui permit de se fondre impeccablement, comme dissoute, dans l’eau de la piscine. Ce matin elle avait lu son journal presque en entier, en s’arrêtant surtout sur les dernières pages. Elle avait écrit quelque chose d’horrible dont elle ne se serait jamais crue capable. « Disparaître ». Ca prenait toute la page, de sa fine écriture italique un peu insignifiante. Elle n’appuyait jamais beaucoup sur le stylo, ce qui donnait à ses lettres une couleur un peu passée, fanée. « Disparaître ». Ce seul mot, elle l’avait retourné dans sa tête sur le chemin, d’abord avec inquiétude, puis avec colère, et enfin, avec nostalgie. Dans les vestiaires, on la bouscula deux fois. Aucune importance, un autre jour que celui-ci elle n’y aurait même prêté aucune attention. Aujourd’hui, pourtant, elle se demanda si elle n’était pas devenue complètement transparente. Liquide. Peut-être que sa mémoire flottante y était pour quelque chose. Alors elle plongea, et fit des longueurs. Elle ne pouvait pas savoir qu’elle faisait toujours cela, lorsqu’elle ne se sentait pas bien. Qu’elle cherchait à s’abrutir en comptant le nombre de longueurs qu’elle faisait, et qu’elle ne s’arrêtait que lorsqu’elle manquait d’air (ce qui pouvait prendre un certain temps). Quand les longueurs ne furent plus efficaces pour l’empêcher de penser, elle se posta à côté d’un mur, et fit de l’apnée. Elle se maintenait sous l’eau en se tenant au rebord, et elle comptait les secondes. Quand elle restait trop longtemps sous l’eau, son cœur se serrait, mécontent du traitement qu’on infligeait à l’organisme dont il était censé battre la mesure. Alors elle remontait. Elle aurait tout aussi bien pu disparaître. Elle sentait au fond d’elle quelque chose d’incomplet qui la noyait de l’intérieur. Elle suffoquait. Elle battit des jambes pour maintenir son visage à la surface de l’eau. Plus précisément, elle garda sa bouche et son nez immergés et ne sortit que les yeux, pour observer les autres nageurs, à fleur d’eau. C’était horrible les bruits qui résonnaient dans toute la salle. Les petits qui poussaient des cris de joie stridents, les mères qui rappelaient leurs enfants à l’ordre, les adolescents qui couraient autour des bassins en dédaignant les panneaux indiquant qu’il est dangereux de courir au bord de la piscine. C’était tant de monde occupé à vivre. D’ordinaire, Daphné faisait comme eux. Sourire, respirer. Recommencer. Elle ne savait quelle vague de pessimisme avait réussi à envahir son esprit, mais elle en arriva à se demander si cela en valait la peine. Elle arrêta de battre des jambes. Elle voulait voir. Elle se raidit et se laissa couler. Rien. Il n’y a rien à voir. De l’eau partout, on ferme les yeux parce que le chlore, ça brûle. Rien d’autre à entendre que le bruit du sang qui afflue aux tempes pour crier la détresse de tout un corps qui manque d’air. Rien à sentir que le froid visqueux de toute cette eau qui fait pression sur votre bouche. Alors on se souvient. Ne serait-ce que de ce que l’on a vu le matin même. La couleur des feuilles d’automne, le froufrou des rires dans les rues, la caresse du vent sur le visage. Elle se donna l’impulsion contre le sol carrelé de la piscine pour remonter à la surface. Pauvre insensée ! Elle hoqueta et ondula jusqu’à l’échelle de fer, pour sortir de la piscine. Elle se traita intérieurement d’imbécile et se promit d’arracher cette page de son journal dès qu’elle rentrerait chez elle. Elle devait encore rester un peu à la piscine car elle avait un cours à donner dans deux heures, et quelques papiers administratifs à remplir. Elle repassa dans son réel en contre-plongée et tâcha d’oublier sa petite expérience complètement puérile. Elle passa sous le jet de la douche car elle avait noté quelque part que le chlore avait tendance à lui dessécher la peau, et puis cette odeur d’eau chimique lui était assez désagréable. A travers les gouttes froides qui rebondissaient sur ses cils, elle vit de loin une silhouette qui ne lui était pas étrangère. Nous étions mercredi. C’était un jour plaisant, puisqu’il avait le bon goût de n’être pas lundi. Depuis trois jours qu’elle était en vie, elle avait dû voir quelques personnes, et c’est donc avec joie qu’elle reconnut Peter. Vous n’imaginez pas à quel point il était agréable pour elle de se souvenir de quelqu’un, même si son souvenir ne remonte qu’à deux jours à peine. Ils avaient bu un café tous les deux, et s’étaient donné rendez-vous pour le vendredi, puisque Peter prenait des cours avec Daphné pour apprendre à nager. Elle ferma le robinet de la douche, s’entoura d’une serviette de bain, et se dirigea vers lui, un sourire accroché aux lèvres.
« Bonjour, Peter ! lança-t-elle en arrivant près de lui, avec quelque chose de brillant dans les yeux qui indiquait qu’elle était assez fière d’avoir gardé le jeune homme en mémoire. Que fais-tu ici ? Je croyais que nous devions nous voir seulement vendredi… La piscine te manque trop, en fait, avoue-le ! »
Elle lui adressa un sourire de taquinerie, parce qu’elle se doutait que Peter, même pour ses beaux yeux, préfèrerait être ailleurs qu’ici, s’il le pouvait. Ce n’est qu’alors qu’elle remarqua deux autres jeunes hommes face à eux, avec qui Peter était visiblement en pleine conversation. Elle rougit malgré elle, gênée à l’idée de les avoir dérangés, et leur adressa un salut de la tête en même temps qu'un sourire qui semblait se confondre en excuses. Les deux jeunes hommes inconnus étaient assez étonnants, car, à les voir côte à côte, on constatait à quel point ils étaient différents. L’un avait des cheveux blonds, un regard doux et bienveillant (quoiqu’il affichât en cet instant un air aussi embarrassé que Daphné), et l’autre était… Le regard de Daphné s’accrocha à celui de l’autre garçon, une seconde seulement. Il avait des yeux d’un noir flamboyant et quelque chose de puissant et de farouche émanait de lui. La jeune femme baissa immédiatement les yeux et eut l’impression de se recroqueviller à l’intérieur d’elle-même. Les gens (les hommes surtout, avouons-le) avec une telle prestance la mettaient instantanément mal à l’aise. Elle qui était si maladroite et tellement peu sûre d’elle, était fort intimidée et un peu fascinée par les personnes ayant un caractère si fort que, sans prononcer le moindre mot, ils arrivent à produire sur l’auditoire une impression d’autorité et de domination. Notre Daphné prit soin de ne surtout plus poser les yeux sur ce sombre inconnu, et se concentra sur le seul visage ici présent qui lui était familier. Peter, il faut le dire, avait quelque chose de constamment pétillant au fond des yeux, et une esquisse de sourire toujours dessinée sur la courbe de ses lèvres, si bien qu’il apparaissait à Daphné comme quelqu’un de profondément aimable. Elle lui faisait instinctivement confiance, et, les notes qu’elle avait prises dans son journal allant également dans ce sens, elle se sentait à l’aise, auprès de lui. Il était en réalité une des rares personnes à lui faire cet effet, car, la plupart du temps, elle se méfiait toujours un peu, au fond, des gens qu’elle rencontrait.
« Je peux m’en aller, si je vous dérange », souffla-t-elle, prononçant le mot « vous » en n’osant pourtant pas détourner le regard de celui de Peter, de peur de croiser celui, trop foncé, de l’inconnu qui n’avait rien de bienveillant dans la physionomie.

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyMar 23 Oct - 17:46

« Je te le promets ». Pari tenu. Depuis deux semaines, il se sentait poursuivi par une odeur de fumée et de poussière. Ca se collait à sa peau, ça laissait de la cendre dans ses cheveux, c’était asphyxiant. Il la tenait pour morte. Jamais il ne se demanda si elle respirait, si elle vivait, si elle était heureuse. Il arriva à se duper lui-même en allant jusqu’à penser que cela lui était indifférent. Il comblait sa vie de trucs, de machins, de tout un bric-à-brac encombrant et futile. Il avait commencé à écrire une pièce de théâtre. Il avait tout déchiré. Deux fois. Il avait décidé de se faire couper les cheveux. Deux fois. Ses cheveux étaient toujours rebelles et en bataille et il ne s’était toujours pas décidé à passer la porte du coiffeur. Il s’était mis au café, aussi détestable en soit le goût. A vrai dire, il avait bien essayé de se mettre à la cigarette mais cela lui était vraiment impossible, tant l’odeur l’indisposait. Il ne dormait presque plus, se prenant volontiers pour un rapace nocturne. Dans la journée tout allait à la catastrophe. S’il croisait une femme dans la rue, si elle avait le malheur de croiser son regard ou peut-être de lui sourire, ce sont ses yeux à elle qu’il voyait, et c’est à son sourire à elle qu’il répondait. Alors la nuit valait mieux, il ne voulait distinguer aucun visage et se fondre dans un brouillard d’obscurité. Et, non, certainement pas, il n’avait pas noyé son chagrin dans l’alcool. Quel chagrin, d’abord ? Tout allait pour le mieux. C’est ce qu’il se répéta inlassablement sur le chemin de la piscine. Ses yeux ne quittaient pas le sol, il fonçait tête baissée, ne regardait personne en face. Ne voulait croiser personne de sa connaissance. Ne voulait pas avoir à dire bonjour. Humeur de rat crevé. Mais tout allait pour le mieux.

Arrivé à la piscine, il se fit interpeler par un maître nageur qui lui expliqua qu’il ne pouvait pas s’approcher des bassins en jean. Obligé de repasser au vestiaire, de se changer, envie de mettre la tête dans le casier et d’y rester, façon autruche. Pourquoi la piscine ? Le jeune homme se mit à maudire intérieurement les idées farfelues de Cubby. Et puis soudain, à force de s’acharner et de s’obliger à ne surtout pas penser à Daphné, son souvenir le heurta de plein fouet. La piscine ! Notre Peter se sentit devenir blême. Comment n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Elle travaillait ici. Il risquait de la croiser. Non, il raserait les murs et se ferait discret. Il ne pouvait pas la voir. Il ne voulait pas la voir. C’est alors que, hésitant entre se bander les yeux à l’aide de sa serviette ou prendre carrément ses jambes à son cou, le regard du jeune homme se posa sur… et alors il… incompréhension… puis envie de meurtre.
« Ah, je vois ».
Les mots grincèrent entre ses dents. Depuis quinze jours, il n’avait vu presque personne, et il lui sembla que c’était la première fois en un siècle qu’il parlait. Et encore, « parler » était un grand mot. Il avait plutôt grogné. Ses yeux bruns lançaient des éclairs, comme s’il espérait réduire le farfadet à néant d’un simple coup d’œil. Car, en effet, c’était bien le Pan qui lui faisait face. Un banc les séparaient. Il aurait préféré qu’il s’agisse d’un mur, ou même d’un océan entier. Peter tourna les talons sans ajouter quoique ce soit et quitta les vestiaires à grandes enjambées. Arrivé près des bassins, il jeta autour de lui un regard circulaire et repéra Cubby en un clin d’œil. Tout lui sembla clair. Il se dirigea vers le garçon en occultant le monde autour. Il arriva en face de lui à peine deux secondes avant l’autre. Les voici tous les trois, se regardant en chiens de faïence. Cubby essaya vainement d’articuler deux mots. Mais Peter n’avait pas l’intention de le laisser parler.
« Attends Cubby, ne dis rien. Vois-tu, mon esprit embrumé me souffle une idée absurde, presque drôle tellement elle est incroyable. En croisant ce cher monsieur Johnson dans les vestiaires, j’ai cru que tu nous avais invités tous les deux, ici, en même temps. Mais cela ne se peut, bien sûr ? C’est une idée plus qu’absurde, n’est-ce pas ? Tu n’aurais pas fait cela, tout de même ? »
Bon sang il l’avait fait ! Peter respira un grand coup. Il avait parlé d’un ton faussement badin qui laissait bien entendre le mécontentement auquel il était en proie. Peter était de ces personnes qui aimaient mieux les froides vengeances aux éclats de voix. Pourtant, aujourd’hui, son sang lui semblait en ébullition, et l’envie de hurler le démangeait. A bien y réfléchir, cela faisait plusieurs jours qu’il se cherchait une raison de se mettre en colère. Et, de préférence, pas contre lui-même. Il aurait trop de choses à se reprocher. Non, il voulait tourner son mal être et ses désirs belliqueux sur quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui lui répondrait. Violemment, si possible. Alors, Peter se tourna vers son cher Pan. Peut-être que s’il le poussait un peu, le farfadet le frapperait comme l’autre jour, devant le musée ? Le jeune homme médita sur cette idée quelques instants, mais son regard dévia presque irrésistiblement sur un autre objet. C’était une naïade, qui, les cheveux ruisselants, venait à leur rencontre. Le bâtiment tout entier aurait pu s’effondrer à ses pieds que Peter n’aurait pas cillé. Aurait-il reçu une pierre sur la tête qu’il n’aurait pas semblé plus choqué qu’en cet instant. A quoi l’avait-il comparée ? A une naïade ? Mais cette créature était hors comparaison, et c’était lui faire injure que de songer à établir un parallèle entre elle et quoique ce soit d’autre. Ses yeux n’avaient jamais été aussi bleus, ni aussi limpides. On croyait pouvoir y discerner chaque paillette argentée comme si on en observait l’iris au microscope. Et sa peau, lisse et fraiche, pareille au plus beau marbre, que ne donnerait-il point pour l’effleurer ? Elle était là, inespérée, avec sa fragilité qui la mettait à distance, avec son sourire immarcescible qu’elle ne lui adressait pas. « Bonjour Peter ! ». Cette voix, douce, soyeuse, cette façon dont elle prononçait son prénom avec ce petit accent délicat et bien à elle… Elle avait dit « Peter » ? Le jeune homme essaya de se sortir de sa torpeur. L’espace d’un instant il se demanda s’il était possible qu’elle se souvienne, qu’elle soit guérie. Il n’envisagea pas une minute que « Peter », venant des lèvres de Daphné, puisse être l’autre. Pourtant, la suite des paroles de la jeune femme fit à notre ami l’effet d’une douche froide. Non seulement il ignorait que la demoiselle connaissait le farfadet, mais en plus il apprenait qu’ils s’étaient donné rendez-vous pour le vendredi, et c’était trop d’informations d’un coup, trop pour qu’il puisse le supporter. Il accusa le coup sans broncher, il avait juste pâli et son teint avait quelque chose de maladif. Cependant son visage, dont il avait la parfaite maîtrise, portait un masque d’indifférence doublé de la plus extrême neutralité. Elle le regarda. Une fraction de secondes seulement, mais la courbe de ses yeux laissa une empreinte de feu sur la rétine du jeune homme. De nouveau cette violence, qu’il éprouvait lorsqu’il était trop près d’elle. Ce besoin de la saisir et de lui dire : « Tu es à moi ». Mais Peter n’était pas un animal. Il avait bien l’intention de dompter ses pulsions dévastatrices à son égard. C’était bien le but de la manœuvre, après tout. A quoi servirait d’avoir brûlé les photos, autrement ?

Elle déclara qu’elle pouvait partir si elle les gênait. Peter croisa les bras, et ne montra pas le moindre désir de la retenir. C’était extrêmement impoli mais il lui semblait qu’il valait mieux paraître impoli que de continuer à la dévorer du regard de la sorte. Il avait remarqué depuis une minute qu’une fine goutte d’eau était restée suspendue au coin de ses lèvres, et le simple fait de constater ce détail lui était insupportable. Parce qu’il était obligé de se faire violence pour s’empêcher de s’approcher d’elle et d’effacer du bout des doigts ce petit cristal liquide. Non, vraiment, il fallait qu’il pense à autre chose. D’ailleurs, lorsqu’il se tourna de nouveau vers Cubby, il se souvint de sa colère. Et avec la colère venait la paranoïa. Il recula d’un pas et les observa tous les trois. Une idée lui effleura l’esprit. Et ne le quitta plus.
« Mais… c’est une plaisanterie, en fait ! (il regarda Cubby et fronça les sourcils) Tu l’as invitée, elle aussi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu veux ? Mais parle enfin ! »
Il croyait à une machination de la part de Cubby et du farfadet, mais il n’en comprenait pas encore le but. Plus précisément, venant de Cubby, cela l’étonnait, mais en ce qui concernait Pan, il était presque sûr de lui. S’il se servait de Daphné pour lui rendre la monnaie de sa pièce… A cette pensée Peter serra la mâchoire et tout ses muscles se contractèrent sous le coup de l’énervement.
« Et toi, qu’est-ce que tu veux ? », articula-t-il à l’adresse de Pan, prenant sur lui pour rester relativement calme.

Notre ombre n’éteint pas le feu.
Paul Eluard

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptySam 27 Oct - 3:55


La vue d'un ennemi plus malheureux est la consolation du malheur.

-Thalès de Milet


J'étais heureux. Ce sourire permanemment accroché à mes lèvres me trahissait aux yeux du monde. Je ne voulais pas nécessairement le cacher, mais je craignais de me le faire enlever si je le démontrais à la mauvaise personne. Je pouvais les nommer, les compter sur une main, je pouvais les pointer ceux qui aimeraient bien me l'arracher du visage, ce bonheur. Un image me hanta l'instant de la chasser. Je portai ma main à ma gorge, inspirant profondément.   J'expirai lourdement ne me laissant pas bercer par ce souvenir qui me semblait étrangement bien lointain. C'était toute une vie qui me séparait de ce jour et je pouvais affirmer sans crainte que je n'étais plus le même homme... j'avais découvert, chez... oh seulement son nom  me donna l'envie de faire demi tours et de... Quelque chose s'éveilla, m'entoura d'un sentiment familier, mais tout aussi nouveau et ce sourire encore s’agrandit, rejoignant mes yeux, rendant toutes couleurs étrangement pétillantes. Je passai le pan de la porte de la piscine aux sirènes, saisi d'un sentiment mitigé à l'égard de cet endroit. J'avais faillit y laisser ma vie, comme je chérissais en mémoire ce jour unique où j'avais fait la connaissance de cette délicieuse et intrigante femme. Je décidai de n'emporter que le second souvenir dans les vestiaires. Je connaissais bien les règles, et bien que j'avais l'habitude de n'obéir qu'à ma propre volonté, ici j'y faisais exception. Pour Cubby, pour le rejoindre et enfin pouvoir continuer cette conversation qui n'en finissait jamais de finir.    Il ne m'écoutait jamais, mais aujourd'hui j'avais retrouvé mes forces, je m'étais retrouvé moi-même. J'étais à nouveau chez moi, enfant et  heureux.  Aveuglé par ma joie je ne fis pas attention aux autres hommes qui partageaient la même pièce. Je me postai devant une des cases et y lançai mon sac. Il n'y avait pratiquement rien dedans, pas même une serviette.

« Ah, je vois ». Je fis volte-face rapidement. Mon regard s'accrocha au visage derrière cette voix. Je la reconnaîtrait n'importe où... c'était lui. Un long et lent frisson me parcourra l'échine alors que mon sourire s'évanouit. Oh non, pas ça, pas maintenant. Mon coeur s'énerva à l'idée de le revoir, mais mes pieds le suivirent sans même recevoir consentement de ma tête. Peu importe mon t-shirt, je n'allais pas me baigner de toutes manières, pour mille raisons, une plus évidente que d'autres. Faisant fi du reste du monde je lui coller aux talons sans connaître sa destination. Qu'avais-je à lui dire de si important? Rien, sans doute, ou tout. Je voulais simplement nourrir ma curiosité, le surprendre, assouvir vengeance enfin alors qu'à notre dernière rencontre il m'avait semblé si sûr de lui. J'arborais, puisque cela m'arrangeais, la théorie selon laquelle il ne portait que cet armure invisible, cette carapace qui pouvait être brisé si on s'y acharnait réellement. Hors j'y comptais bien. Peter s’immobilisa et je manquai de peu d'entrer en collision avec lui. Je relevai les yeux longuement accrocher à ses talons pour croiser le regard de ce second homme. J'en perdis la voix aussitôt, écarquillant les yeux... Cubby ? Bien assis dans sa chaise longue, balbutiant ses premiers mots, ma tête complètement ailleurs déjà. « Ecoutez je… » Mon monde s’effondra. Il s'adressait donc à lui comme à moi, en égal. Si c'était de la jalousie ou simplement de l'incompréhension, je ne pourrais le dire, mais c'était définitivement violent. Je serai les dents, me taisant alors que mon homonyme pris soin de couper court au discours de cet homme que je considérais comme un membre de ma famille élargie. « Attends Cubby, ne dis rien. Vois-tu, mon esprit embrumé me souffle une idée absurde, presque drôle tellement elle est incroyable. En croisant ce cher monsieur Johnson dans les vestiaires, j’ai cru que tu nous avais invités tous les deux, ici, en même temps. Mais cela ne se peut, bien sûr ? C’est une idée plus qu’absurde, n’est-ce pas ? Tu n’aurais pas fait cela, tout de même ? » Son élocution avait toujours le don de me chambouler. C'était fort beaucoup de mots pour exprimer une idée bien simple. Il y avait de quoi s'y perdre, moi le premier, et j'avais peine à me l'avouer. Je jalousais sa maturité, dès notre première rencontre dans ce monde ce fut le cas... Dans l'emballage j'en avais perdu le message essentiel, je secouai la tête, ne voulant y croire. J’entrouvris la bouche, prêt à dire une chose, mais j'ignorais laquelle. « Bonjour, Peter !» Mon sang se glaça un instant avant de découvrir son sourire chaleureux. Sa vue me consola immédiatement, mes yeux se permirent même un sourire salutatif. Ma sauveuse. Je fixai mon regard au sien, ignorant les deux hommes qui faisaient maintenant bien   piètre apparence à ses côtés Mon âme préféra la sienne immédiatement. «Que fais-tu ici ? Je croyais que nous devions nous voir seulement vendredi… La piscine te manque trop, en fait, avoue-le ! » Mon esprit m'emporta là où nous nous étions quitté il y a de ça à peine deux jours. Ce pouvait-il qu'elle m'ait réellement manqué, elle et non la piscine? Je n'y avais pas pensé ou presque, ou peut-être. Je ne su quoi répondre, subjugué encore, étonné de sourire alors que je venais de rencontrer à nouveau obstacle à mon bonheur. Cubby... de toutes les personnes... pas lui! Et puis comment connaissait-il mon ombre? Je fus coupé court dans mes interrogations en remarquant le regard de Daphné balancer d'un homme à l'autre. Je me sentis défaillir en réalisant toute l'ampleur de l'actualité. Daphné et Peter dans la même pièce, pire encore, échangeant un regard, aussi bien dire un baiser! « Je peux m’en aller, si je vous dérange »  Oui! Va t'en! J'aurais voulu le lui crier, mes ma gorge se referma comme un étau sur ces mots violents que sa question m'inspirais. Je n'eus pas le temps de réfléchir réellement à nouveau, la voix de l'homme que j'avais en horreur s'éleva par dessus mon coeur battant, rebattant, plus fort et plus rapide. « Mais… c’est une plaisanterie, en fait ! Tu l’as invitée, elle aussi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu veux ? Mais parle enfin ! » Je me positionnai de sorte à lui cacher la vue, je ne voulais plus qu'elle le voit. Si je l'avais pu, j'aurais sans doute aussi préserver ses oreilles d'entendre les mots de mon interlocuteur, mais cela aurait éveillé en elle d'autant plus de soupçons. Oh cette situation était bien trop absurde. Ma main glissa le long de son bras, mes doigts effleurèrent sa peau à peine et rapidement pour regagner les siens. J'entremêlai les dix et collai  ma paume à la sienne. Ce geste instinctif ce voulait rassurant. Je tenais à la protéger de cet homme qu'elle ne devait sans doute pas reconnaître. La préserver à jamais, de tout, protéger son coeur du plus dangereux, du plus cruel. « Et toi, qu’est-ce que tu veux ? » Je fronçai les sourcils, me collant un peu plus à cette femme, lui bloquant la vue sans même trouver le moyen d'en être discret. Je reserrai ma main dans la sienne.

«Je veux...» Que voulais-je au juste? M'enfuir d'ici, l'emporter avec moi et la cacher dans un lieu sûr. Mes pieds restèrent bien encré, bien immobiles, je ne tournai que mon tronc pour lui faire face. De mon autre main je calai une mèche de ses cheveux flamboyant derrière son oreille, découvrant totalement son regard saisissant et pour le moins dérangeant. Prenant le ton le plus doux et le plus sourd, pour ne pas être entendu par les deux autres je lui confiai ce que je voulais réellement.

«Je t'expliquerai plus tard, mais s'il te plaît, écoutes-moi c'est important, capital même... sors d'ici. Tournes les talons et ne laisse pas ta curiosité t'en dire autrement, fais moi confiance. Pars et ne reviens ici que vendredi.» Mon ton en était presque devenu un supplice. Je voulais la voir quitter cet établissement si ardemment que j'en avais mal au coeur. S'il prononçait le moindre mot de plus, elle découvrirait mes mensonges, redécouvrirait peut-être même cette étincelle que je l'avais vu chérir à son égard. Si elle tombait à nouveau, je ne pourrai la saisir au vol, elle ne serait plus mienne, mais bien sienne. Et je n'étais pas prêt à la partager, pas avec lui surtout. Elle semblait si fragile, pourtant je la connaissais suffisamment, connaissant aussi son état, pour savoir qu'elle ne voudrait sans doute pas m'obéir. Mais s'il te plaît, fais le! Fais le pour moi, pour lui, pour ce qu'il pourrait te faire. Je lâchai sa main, rapidement, presque violemment, lui tournai le dos en m'imaginant la voir se retourner elle-même et m'obéir. Et revoyant Cubby, une rage profonde m'anima, je serrai les poings.

«Quant à toi Cubby, tu es mieux d'avoir une explication valable parce que sincèrement...» Je ne savais même plus où je voulais en venir, je savais simplement que j'étais complètement furieux. «Non finalement je ne veux rien entendre. Je ne veux même pas savoir comment tu en es venu à t'associer à ce genre de...» Je tournai la tête vers Peter, le détaillant rapidement avant d'en conclure; «Phénomène. Choisis. Lui ou moi. Mais sois assuré que tu ne pourras garder les deux.» J'avais haussé le ton d'un cran. Mes mots glissaient entre mes dents serrés, peinaient à le faire tellement j'étais en colère. Mon ultimatum était lancé et cette fois je ne craquerais pas, peu importe, je perdrai un frère, un ami, un confident. Peu importe, je chéris l'espoir d'être choisi, je prend la chance de le démolir, lui, ce double indigne de porter mon prénom.

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyVen 2 Nov - 0:23


Non mais quelle idée j'ai eu... Je n'aurais jamais dû organiser cette rencontre... Et c'est maintenant que tu t'en rends compte Cubby ? La prochaine fois tu réfléchiras un peu avant de faire un truc aussi stupide... Je peux voir la colère apparaître dans leurs yeux alors qu'ils s'approchent de moi. Je m'attends au pire, je ne veux pas que ça tourne aux règlements de compte mais je ne suis pas sûr que ces deux là soient prêts à entendre ce que j'ai à dire... Oh j'ai déjà été confronté aux humeurs mauvaises de chacun d'eux... Mais supporter ces deux là, en même temps... Je risque gros... Je vais devoir me montrer éloquent... Ne pas me laisser impressionner par leurs mots, si tranchant qu'ils pourraient être... Mais je doute d'être à la hauteur de ce défi que moi même je me suis imposé. Je ne sais pas comment je vais gérer cet affront. Une dispute s'annonçe... Je ne m'attends pas à une chamaillerie puérile mais plutôt à une altercation impétueuse. « Attends Cubby, ne dis rien. Vois-tu, mon esprit embrumé me souffle une idée absurde, presque drôle tellement elle est incroyable. En croisant ce cher monsieur Johnson dans les vestiaires, j’ai cru que tu nous avais invités tous les deux, ici, en même temps. Mais cela ne se peut, bien sûr ? C’est une idée plus qu’absurde, n’est-ce pas ? Tu n’aurais pas fait cela, tout de même ? » Il vient d'articuler tout cela d'une manière distincte, sans aucune fausse note... Je vais devoir être fort pour ne pas me mettre à bafouiller comme un idiot. Sa prestance est si impressionnante que je ne suis pas sûr d'y arriver... J'aimerais répondre, mais une voix féminine me précède. « Bonjour, Peter !» Je détourne mon regard, une jeune femme vient à notre rencontre. Je la regarde avec étonnement, me demandant ce qu'elle veut... «Que fais-tu ici ? Je croyais que nous devions nous voir seulement vendredi… La piscine te manque trop, en fait, avoue-le ! » Oh mais bien sûr ! Sa professeur de natation... Je ne m'attendais pas à cette intervention. Et étrangement j'ai comme la sensation que son arrivée ne va pas arranger mes affaires... « Je peux m’en aller, si je vous dérange » Elle semble comprendre que la conversation qui s'annonce risque d'être houleuse... J'aimerais enfin pouvoir répondre aux belles phrases de Peter mais voilà qu'il en ajoute une couche... Tout en me fixant, les sourcils froncés, son air menaçant commence à m’inquiéter... « Mais… c’est une plaisanterie, en fait ! Tu l’as invitée, elle aussi ? Pourquoi ? Qu’est-ce que tu veux ? Mais parle enfin ! » Je reste bouche bée, les yeux écarquillés, voulant lui montrer que je n'y suis pour rien... Pourquoi l'aurais-je invitée ? Cette rencontre ne devait pas se dérouler de cette façon, jamais je n'aurais imaginé qu'elle commence aussi mal... Je tente d'en placer une, « Peter... Je... » Mais il me coupe encore la parole. Comment veux-tu que je te réponde si Monsieur parle en même temps que moi. Je commence à m'agacer... « Et toi, qu’est-ce que tu veux ? » Voilà qu'il s'adresse à l'autre Peter... D'un ton beaucoup plus posé, sans une once de colère qui puisse être audible... Mon regard change de direction... Encore une fois... J'ai l'impression de me retrouver devant un match de tennis, suivant la balle de chaque côté du filet.. Sauf que suivre un match de tennis aurait été bien plus tranquille que cette discussion...

«Je veux...» Je remarque que la main de Peter s'est refermée sur celle de la jeune femme, il s'est positionné devant elle comme s'il voulait la protéger... Je ne peux m'empêcher de relever un sourcil, intrigué par ce geste. «Je t'expliquerai plus tard, mais s'il te plaît, écoutes-moi c'est important, capital même... sors d'ici. Tournes les talons et ne laisse pas ta curiosité t'en dire autrement, fais moi confiance. Pars et ne reviens ici que vendredi.» Je ne saisis pas la totalité de ses paroles mais juste ce qu'il faut pour comprendre qu'il lui demande de partir... Mon visage affiche toujours un air interrogateur mais ce n'est pas le moment de poser des questions... Même si ma curiosité me pousse souvent à demander des choses qui ne me regardent pas... Je me reconcentre sur la voix de Peter, qui finit enfin par s'intéresser à moi, malheureusement... «Quant à toi Cubby, tu es mieux d'avoir une explication valable parce que sincèrement...» Une nouvelle fois j'entreprends une nouvelle réplique mais il reprend, écourtant ma prise de parole à quelques syllabes incompréhensible et ne faisant qu'amplifier cette mauvaise humeur qui monte en moi... «Non finalement je ne veux rien entendre. Je ne veux même pas savoir comment tu en es venu à t'associer à ce genre de...» Non mais ils le font exprès ? Laissez moi parler, bon sang !! «Phénomène. Choisis. Lui ou moi. Mais sois assuré que tu ne pourras garder les deux.» Hein ? Non... Mais il ne peut pas me demander une chose pareille... Je reste silencieux un instant, légèrement chamboulé par cette sommation qu'on vient de me lancer... Une certaine panique doit se lire dans mes yeux mais je trouve la force de me ressaisir... Je crois que je n'ai jamais été autant énervé et je ne mâche pas mes mots, pour une fois... « Ça suffit ! Alors oui, c'est moi qui a voulu cette rencontre ! Moi qui vous ait dit de venir tous les deux ! Seulement vous DEUX ! (mon regard croise celui de Peter S.) Vous pouvez me détester, me haïr... Je m'en fiche ! J'en ai assez de devoir vous entendre dire du mal de l'autre... Pourquoi faut-il que vous vous détestiez autant ? (mes yeux changent de direction une nouvelle fois) Peter ! Je ne ferais aucun choix ! Je vous apprécie autant tous les deux et ça me tue de vous voir vous déchirer ainsi... Je suis désolé mais il va falloir faire des efforts... Tout cela a assez duré...» J'ai parlé suffisamment fort pour qu'ils m'entendent... Peut être un peu trop, je ne pense pas qu'ils m'aient vu dans une telle colère. Mais ils m'ont poussé à bout... Cette rencontre tourne déjà au désastre et je sens que je vais le regretter... Je sens qu'ils vont m'en vouloir tous les deux et ne vont pas être très tendres... L'échec semble la seule issue, j'aurais essayé... Mais à quel prix ?

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptySam 3 Nov - 14:47

Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie
Louise L’Abbé

Enfin il parla, et Daphné avait l’impression d’avoir retenu son souffle jusqu’à ce qu’il dise un mot. Sa voix, il lui semblait qu’elle l’avait devinée, pressentie, voire qu’elle la connaissait depuis des siècles. Pas celle de Peter, non. Daphné pouvait mettre les plus beaux adjectifs sur ce qui concernait Peter, mais sur cet inconnu elle ne savait rien dire. Il n’y avait pas de mot pour dire sa voix, pas d’expression assez violente pour exprimer la manière dont elle s’immisça en elle et lui serra le cœur. Quand elle proposa de s’en aller pour les laisser tranquilles, elle s’étonna de la façon dont Peter et lui réagirent : presque en miroir. La même chose s’alluma instantanément dans leurs regards ; c’était un « oui ». Sauf que Peter semblait vouloir protéger Daphné (sans qu’elle ne s’explique pourquoi) tandis que l’autre croisa les bras et lui jeta un regard qu’elle aurait qualifié d’écœuré et qui lui fit quelque chose d’étrange dans le ventre. La façon dont il dit « elle » la frappa de plein fouet. Elle tourna la tête vers lui, détachant son regard de celui (ô combien plus rassurant !) de Peter. « Tu l’as invitée elle aussi ? », avait-il demandé au jeune homme blond, qui (elle l’apprendrait bientôt) s’appelait Cubby. Ce dernier semblait de moins en moins à l’aise, alors que, visiblement, il était l’instigateur de cette rencontre. Daphné entrouvrit les lèvres, sa bouche formant un petit « o » qui signifiait son étonnement, mais, avant même qu’elle ne puisse envisager l’idée que cet inconnu ne lui soit pas tellement étranger, Peter fit un pas en avant pour se placer devant elle. Elle ne sut jamais s’il y avait de l’effroi ou de la colère sur le beau visage du jeune homme, car il lui fut impossible d’en analyser correctement l’expression, mais elle sentit que la situation était grave. Elle se sentit frissonner lorsqu’il lui prit tout à coup la main, et elle trouva dans ce geste une forme de désarroi dont elle ne comprenait pas l’origine. Il fit écran entre elle et l’inconnu, comme s’il tenait à la protéger de quelque chose d’affreux. Elle n’avait pas peur. Elle était juste inquiète à l’idée que Peter semble tellement redouter la réaction de l’autre jeune homme. Doucement, elle fit bouger ses doigts sur le dos de la main de Peter, petite caresse qui semblait vouloir lui dire « Je vais bien ». C’est alors que le troublant personnage lui demanda ce qu’il voulait, avec dans le ton quelque chose de lancinant et de provocateur, mais qui n'était pas dépourvu d'anxiété. La tension était à son comble et la jeune femme commençait à être fâchée de n’y rien saisir lorsque Peter se tourna vers elle et passa sa main sur son visage pour repousser une mèche de cheveux qui lui barrait le regard. Il voulait qu’elle parte. Elle entendit le ton de supplication. Elle aurait pu lui faire confiance et s’en aller comme il le lui demandait. Mais tout à coup elle comprit que quelque chose de grave se tramait, et que Peter et l’autre garçon devaient avoir des choses à régler, et que Cubby, dans tout cela, serait probablement incapable de les empêcher… de les empêcher de quoi faire au juste ? C’est alors qu’elle eut peur. Son cœur se mit à battre à tout rompre, le sang qui courait dans ses veines lui faisait mal comme s’il s’agissait de lave en fusion. Peter lui lâcha la main d’un mouvement assez sec, et lui tourna le dos. Elle vécut cela comme un abandon. Cela lui fit un peu l’effet d’un coup de pied dans le ventre. Que ne voulait-on pas lui dire ici ? Pourquoi Peter était-il aussi bizarre ? Elle l’aurait frappé, elle l’aurait mordu, car la colère et l’angoisse montaient en elle et faisaient pression sur son pauvre esprit, et il lui semblait que Peter l’avait emballée dans du coton et lui suggérait de s’en satisfaire. Elle était très douce, très réservée de nature, mais là c’était visiblement à sa mémoire qu’on s’en prenait, et c’était quelque chose qui la mettait hors d’elle. Visiblement, il savait des choses qu’elle n’aurait pas du ignorer, et c’était insupportable.

Elle fit le tour de Peter pour se placer face à lui, posa ses deux mains à plat sur son torse et leva vers lui un regard rempli de points d’interrogation.
« Peter, dit-elle d’une voix douce mais d’un ton ferme qu’elle n’employait presque jamais, ne me fais pas cela. Je ne vais pas rentrer chez moi, et c’est tout de suite que je veux des explications. S’il te plait. »
Elle appuya ses mains contre sur torse, pas fort, mais juste un peu, pour lui rappeler qu’elle était là et qu’il ne pouvait pas faire comme si elle n’existait pas. De plus elle commençait à avoir peur pour lui. L’atmosphère qui régnait entre les trois hommes commençait à devenir pesante, et même elle qui était censée être extérieure à la scène sentait que tout cela allait tourner à l’orage. D’ailleurs, Peter venait de lancer un ultimatum très peu aimable à Cubby. Il sembla que cette exigence secoua le jeune homme qui sortit de sa léthargie et haussa le ton, à tel point que Daphné tressaillit et se détourna légèrement de Peter pour regarder Cubby.
« Ca suffit ! Alors oui c’est moi qui ai voulu cette rencontre ! Moi qui vous ai dit de venir tous les deux ! Seulement vous deux ! »
Encore une fois Daphné se sentit de trop, mais il n’était plus question qu’elle s’en aille à présent (à ces mots, d’ailleurs, elle tourna la tête vers Peter et ses yeux arboraient un air sérieux et déterminé, qui disait en silence : « Je reste »). En outre, cette réplique de Cubby lui fit penser à l’autre jeune homme, et elle partit dans d’obscures réflexions qui la laissèrent perplexe. Pourtant Cubby était parti sur sa lancée et ne semblait pas près de s’arrêter. Son discours intéressa beaucoup la demoiselle, qui crut comprendre que Peter et l’autre garçon étaient pour ainsi dire ennemis (comment Peter pouvait-il avoir des ennemis ?). Il proposa enfin qu’ils fassent des efforts car il ne tenait pas à faire un choix entre eux et annonça que cette situation avait assez durée, ce avec quoi Daphné était largement d’accord.

Elle fit volte face, tournant le dos à Peter, et se retrouva au milieu du petit triangle.
« Est-ce que l’un de vous va finir par m’expliquer ? »
Elle fronçait les sourcils et semblait un peu perdue, mais elle n’allait pas se laisser faire, que ce soit par Peter ou par les deux autres garçons ici présents. Ils parlaient tous beaucoup pour dire des choses sans valeur. Elle voulait qu’on mette les points sur les « i ». Elle regarda Cubby, puis à nouveau l’inconnu, sauf que cette fois elle ne se laissa pas moralement vaciller. Elle le regarda bien en face, celui qui l’observait avec autant de dégoût et qui l’appelait « elle », et s’appliqua à lui renvoyer sa propre image en miroir.
« Est-ce que je vous connais, monsieur ? »
Elle ne pensait pas être quelqu’un d’haïssable. Peter ne l’était pas non plus. Pourtant, ce jeune homme les regardait tous deux avec quelque chose de furieux au fond des yeux, et c’était effrayant et dévorant. Elle recula d’un pas, pour se rapprocher de Peter, pour sentir sa présence derrière elle en devinant la chaleur de son corps. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras, peut-être le rassurer, mais elle ne pouvait pas tourner le dos à l’inconnu. Elle se sentait toute petite au milieu de ces trois hommes, mais elle avait du courage et de la volonté et il n’était pas question qu’elle se laisse impressionner. Peter, lui, il avait tort de la croire fragile et de s’imaginer qu’elle ne le protègerait pas contre cet homme aux yeux menaçants. Ses yeux agissaient sur elle d’une manière étrange, ils déclenchaient au fond de son âme quelque chose de brûlant et de liquide, comme des larmes de feu. Elle ne le connaissait pas et il la faisait se sentir en vie. En colère, aussi.

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptySam 10 Nov - 21:24

Cubby parla, peut-être cria-t-il, fit-il des reproches. Peter ne lui accorda pas un regard. Il était resté moralement fixé à trois minutes auparavant. Il se sentait pétrifié, stoïque, mort. C’était la main de Daphné dans celle de Pan, son regard d’aigue-marine noyé dans le châtain de ses yeux, c’était la façon sage et inquiète dont elle l’observait, c’était elle, enfin, qui semblait si loin. Il l’aurait étranglée. Et il aurait plongé ses deux mains dans les entrailles de Pan, il l’aurait éviscéré, il lui aurait arraché ce regard mielleux, il… mais non il ne l’aurait pas fait. Quel genre de monstre… ? Peu importe. Mais… ? Peu importe. Il ne voulait pas savoir d’où lui venaient ses désirs macabres. Il allait se contrôler. Il pouvait supporter le regard chargé de dégoût et de hauteur de Pan sur lui. Il pouvait être appelé « Phénomène » comme il aurait dit « Chose ». Ce qu’il ne pouvait pas concevoir, c’était seulement la main de Daphné dans la sienne. Pourquoi fallait-il qu’il soit le seul à s’apercevoir que le farfadet était incapable d’amour, de compassion, de compréhension de l’âme humaine ? Pourquoi chacun s’accordait à dire que Pan était quelqu’un de gentil ? Non, il n’était pas gentil, il se contentait d’être, et de faire semblant. Il mimait la vie, comme si c’était un jeu, comme s’il avait tous les choix du monde sans aucune des conséquences qui vont avec. Il voulait le blanc, le noir, une chose et son contraire, Kiara, Wendy, Sansa, Lorelei. Et il n’en voulait pas. Et Daphné ? Elle était un éternel recommencement. C’était tout ce qu’avait toujours souhaité Pan, après tout : jouer sans fin, inlassablement, recommencer à peu près les mêmes aventures tout le temps, en boucle. Mais Daphné ne serait pas un jouet supplémentaire dans le coffre de l’imagination de Pan. Non. Pas tant qu’il lui resterait de quoi lui arranger le portrait, à cette ridicule gravure de mode sur pattes. Il avait demandé quelque chose à la jeune femme. Peter n’avait rien entendu, son cerveau ouaté incapable d’analyser quoique ce soit d’autre que la façon détestable dont il se permettait de lui toucher les cheveux. Elle avait fait les yeux qu’elle a quand elle est fâchée. Comme cela la rendait jolie ! Il était soulagé, en quelque sorte, de constater que, visiblement, elle ne se laissait pas bêtement hypnotiser par le farfadet comme la plupart des demoiselles. Elle avait toujours ce petit truc farouche au fond, qui lui permettait d’être libre malgré tout. Peter connaissait chacun de ses regards, il pouvait presque anticiper chacune de ses réactions. Il la vivait. Comme un empoisonnement.

« C’est tout de suite que je veux des explications », avait-elle articulé à l’adresse du farfadet. Ses deux jolies mains sur le torse de l’autre c’était insupportable. Peter regarda le sol. Et Cubby parla, peut-être cria-t-il, fit-il des reproches. Peter n’entendait rien. Il se sentait étranger à son propre corps. Il flottait ailleurs, loin, pas ici en tout cas. Pour ne pas voir ça. Pour ne pas encore avoir… avait-il mal ? Non, ce n’était pas de la douleur. C’était du venin, ça le brûlait, ça l’étouffait, ça le tuait. « Est-ce que je vous connais, monsieur ? ». La lumière, enfin, dans toute la beauté de sa violence, elle le fit revenir à lui avec fracas. Il releva les yeux sur la jeune femme, mais donnait l’impression de ne pas la voir. Elle lui servait du « monsieur ». Il en aurait ri, s’il ne se sentait pas laminé.
« De toute évidence, vous ne me connaissez pas. Mademoiselle. »
Quoique étonné de remarquer à quel point sa voix était maîtrisée, et son ton parfaitement froid, il ne songea pas à se féliciter de sa retenue car il savait qu’elle n’était que factice. En réalité, il regardait Pan, à travers Daphné. Il se la rendait invisible pour fixer sur lui un regard de colère et de dégoût. N’en avait-il pas déjà assez fait souffrir ? Rien n’avait donc d’importance, de beauté, de sacré à ses yeux ? Pour Peter, Daphné était l’incarnation de la pureté, et il ne comprenait pas par quelle cruauté narcissique l’autre avait besoin de se l’approprier elle aussi. Peut-être que ça l’amusait, au fond, de désespérer de pauvres créatures. Peter se tourna vers Cubby et le regarda une seconde avec un air surpris, comme songeant : « Oh tiens, tu es là toi aussi ? ». Il était tellement en colère contre le farfadet qu’il oublia un peu celle qu’il ressentait à l’égard de son ami. En fait, tout semblait à présent glisser sur lui sans espoir de l’atteindre. Tout sauf… Parce qu’il fallait qu’il la protège.
« Ecoute Cubby, tout cela n’a aucune importance, d’accord ? Tu n’as qu’à le choisir lui. J’en ai l’habitude, je m’en remettrai. Il faut croire que rien n’est jamais trop beau pour lui (et là il jeta un coup d’œil lourd de sens à Pan, avant de reporter son attention sur Cubby). Mais si tu t’imagines que je vais lui serrer la main après tout ce qu’il m’a fait… Tu comprends ce que ça représente d’appartenir à quelqu’un contre son gré ? Hein ? Non, tu ne comprends pas. Tu ne peux pas. Et je ne t’en veux pas. Mais, sois gentil, tes discours sur la réconciliation, tu te les gardes. »
Il n’avait pas haussé le ton et la sécheresse de ses mots venait moins de leur sens que de la façon parfaitement implacable dont il les avait débités. Il regarda Daphné et cligna des yeux d’un air médusé, comme sidéré de la voir ici, maigre barrière entre l’autre et lui. S’adressant toujours à Cubby, mais sans le regarder cette fois, il soupira et lâcha ces mots d’un ton légèrement condescendant :
« Et puis tu sais quoi ? Vas donc boire un Coca le temps qu’on règle ça et n’en parlons plus. »
Exit le gamin perdu (du moins l’espérait-il). Il ne songea pas une minute au fait qu’il agissait avec Cubby exactement de la même manière que Pan avec Daphné. Il ne pouvait pas le regarder et se dire qu’ils étaient pareils tous les deux. Il voulait croire que, lui, il n’aurait jamais traité qui que ce soit comme un esclave. Il voulait croire qu’il chérissait des valeurs plus dignes que l’on se batte pour elles que le farfadet qui semblait ne croire en rien. Restait le problème de Daphné. Peter prit sur lui, serra les mâchoires, et fit deux grands pas vers elle. Il était trop près, c’était indécent, mais d’un sens il voulait qu’elle ait peur et qu’elle s’efface. Elle resta là, fragile et à fleur de peau, mais bien droite, impressionnante avec sa loyauté qui fait mal. Une ombre de sourire passa furtivement sur les lèvres de Peter. Elle était bien elle. Entièrement, sans se mentir, elle ignorait tout mais elle savait qui elle était.
« Je suis Peter, souffla-t-il d’une voix d’outre-tombe. Ravi de vous avoir rencontrée. »
Et là, il la saisit fermement par les épaules, essayant de ne pas se laisser troubler par les joyaux de ses yeux qui lui jetaient des éclats furieux, et pivota sur lui-même pour l’obliger à s’écarter. Il la maintint un instant à bout de bras, et crut que jamais il ne pourrait la lâcher, mais il le fit pourtant, et se détourna d’elle une bonne fois pour toutes. Et le voici face à l’autre. Il ne laissa à personne le temps de protester, attrapa le farfadet par le col, et le traina à sa suite un peu plus loin, au bord de la piscine. Il sentit qu’il aurait pu l’étriper sans un mot. Mais il avait pourtant besoin de comprendre pleinement la situation, qui lui semblait toujours obscure. Il le lâcha mais resta près de lui, pour pouvoir le récupérer si ce misérable insecte décidait de s’envoler.
« A quoi tu joues ? Pour qui tu te prends ? Tu sais qu’on n’est plus à Neverland ? Tu n’es plus un putain de prince imaginaire ! »
Il parlait à voix basse. Il y avait des enfants, non loin.
« Qu’est-ce que tu veux à Daphné ? Ne joues pas avec elle. Elle n’est pas ta Wendy. Tu ne la mérites pas. Je te jure que si tu lui fais du mal, si un jour je la vois dans le même état que celui dans lequel tu as laissé Kiara… je te jure que je te truciderai. »
Il le regarda quelques secondes avec l’air le plus sérieux du monde. Il le ferait sans hésiter. Même maintenant, il pourrait le faire. Il se mit à sourire. De ce sourire méchant et narquois qui lui venait quelque fois, et qui faisait monter une lueur inquiétante à ses yeux.
« Ce sera si facile, susurra-t-il en se rapprochant encore de lui. Tu te noies dans un verre d’eau. »
Il ne sut jamais exactement comment, mais en une seconde ils se retrouvèrent tous les deux à l’eau. Le basculement avait été tellement rapide. L’odeur du chlore, partout, entêtante, enivrante, empoisonnée, elle aussi.

Je lui aurais arraché le cœur et j’aurais bu son sang
Emily Brontë

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptySam 29 Déc - 19:09

La vie n'est qu'un long rêve dont la mort nous réveille.
-Sully Prud'homme

    Comment en étais-je arrivé ici? Tout ce que j'aurais pu craindre dans le passé, dans la fiction, était maintenant ma réalité. Trois personnes importantes dans ma vie, rassemblés, le mélange explosif. J'allais finir par perdre pied à force de laisser valser mon regard de gauche à droite, entre ces hommes qui m'inspiraient une panoplie d'émotions à la fois, une de chaque couleur. Je sentis ses fins doigts me caresser le dos de la main et j'en oubliai mon vertige. Elle était toujours là, cette femme que je pouvais affirmer aimer d'un amour pure et sans faille, d'un amour aussi bien égoïste que volontaire. Je ne désirais pas ses lèvres, mais bien une simple assurance qu'elle se souviendra toujours de moi dans une semaine. Je ne peux la perdre, c'est un pilier qui ferait basculer ma vie et lui… oh lui qui l'épie et qui lui brûle la peau de ses yeux indiscrets et bien qu'il me la laisse et s'attèle à en blesser une autre! Daphné coupe court au flot de mes menaçantes pensées en se postant sous mes yeux. Ses mains accostent mon torse et je frémis, de peur et d'oublies. « Peter, ne me fais pas cela. Je ne vais pas rentrer chez moi, et c’est tout de suite que je veux des explications. S’il te plait. » J'entrouvres la bouche, pour lui dire de me lâcher de non pour lui offrir ce qu'elle me demande. L'explication ne viendra jamais, qu'elle en fasse son deuil maintenant. Elle ne pouvait revenir en arrière, se permettre de penser à cet homme qui en méritait une autre. J'étais de jalousie et de possessivité, mais lui avait quelque chose de bien plus noir. Un ange et une ombre, cela ne pourrait survivre à l'épreuve du temps. J'avais hésité, mais je savais maintenant que j'avais fait le bon choix, que j'avais employé le bon mensonge en lui permettant de l'oublier complètement. Qu'il en soit ainsi. Enfuis-toi Daphné, caches tes yeux, oublie ce que tu as déjà entendu… tout passe sous silence, mais mes yeux ne la quittent jamais et sa présence me perturbe, je perd pied sans bouger. Et pendant un instant nous sommes seuls, elle, moi et ses paumes qui me grugent la peau. Mal tolérable jusque'à un certain point. Mais la solitude est emporté par la voix de celui que je considérais comme un membre de ma famille encore hier. « Ça suffit ! Alors oui, c'est moi qui a voulu cette rencontre ! Moi qui vous ait dit de venir tous les deux ! Seulement vous DEUX ! Vous pouvez me détester, me haïr... Je m'en fiche ! J'en ai assez de devoir vous entendre dire du mal de l'autre... Pourquoi faut-il que vous vous détestiez autant ? Peter ! Je ne ferais aucun choix ! Je vous apprécie autant tous les deux et ça me tue de vous voir vous déchirer ainsi... Je suis désolé mais il va falloir faire des efforts... Tout cela a assez duré...» Je grince des dents, me laissant envahir par ces mots qu'il ne prend pas même la peine d'atténuer. Il me crie toutes ses choses que je n'ai qu'une envie, lui faire comprendre qu'une chose.

    «Tu ignores tout de cette histoire Cubby! Tu ignores ce qu'il fait et je n'arrive pas à croire que tu te sois laissé manipuler de la sorte!» Ce ne peut être que ça, il n'y a aucun bien en l'autre, c'est fondamental. Il est né pour me causer des ennuis, j'aurais dû le laisser m'échapper pendant qu'il était encore temps! Rien n'a changé depuis, il est toujours là, quand je ne l'attend plus, il me colle aux pieds, voit tout ce que je ne comprend pas, dit tout ce que je ne savais pas moi-même. Il est moi, mieux que moi, ou pire je ne sais plus. Si seulement l'indifférence pouvait me gagner, tout serait rapidement oublié… mais, il y a toujours un mais. Puis on me libère d'un poids, Daphné ne m'offre plus que son dos et ces quelques mots captent mon attention.« Est-ce que l’un de vous va finir par m’expliquer ? » Ma gorge se noue, je ne veux rien dire, j'aimerais que ce silence persiste, j'aimerais que cette question ne trouve jamais réponse. Mes yeux se posent immédiatement sur Peter, j'aimerais qu'il me regarde en retour, ainsi je pourrai le supplier silencieusement de se taire. « Est-ce que je vous connais, monsieur ? » J'écarquille les yeux, le souffle m'échappe. Oh non, enfin la voici l'heure fatidique où tout s'évanouira autour de moi. Je serre les poings, m'imaginant l'heurter un instant pour m'assurer qu'il ne lui dira rien qui pourrait me compromettre, mais l'idée que c'est en lui faisant violence que je donnerai raison à ces suspicions s'interpose juste à temps. Alors je reste immobile, attentif à toutes paroles. « De toute évidence, vous ne me connaissez pas. Mademoiselle. » Libération. Je peux m'entendre soupirer lourdement, non-subtil. J'ai presque envie de le remercier, mais je ne vais pas jusque là. Il tourne la tête vers Cubby et je sais que Daphné est maintenant hors de tout danger. Un demi-sourire se glisse sur mes lèvres, mais il est vite estompé par cette voix qui tonne à nouveau au dessus de ma tête. Celle que je reconnaîtrais parmi mille. « Ecoute Cubby, tout cela n’a aucune importance, d’accord ? Tu n’as qu’à le choisir lui. J’en ai l’habitude, je m’en remettrai. Il faut croire que rien n’est jamais trop beau pour lui. Mais si tu t’imagines que je vais lui serrer la main après tout ce qu’il m’a fait… Tu comprends ce que ça représente d’appartenir à quelqu’un contre son gré ? Hein ? Non, tu ne comprends pas. Tu ne peux pas. Et je ne t’en veux pas. Mais, sois gentil, tes discours sur la réconciliation, tu te les gardes. » Je l'épie, fasciné par ces mots qu'il manipule toujours avec don. Je lui jalouse jusqu'à cette manière, mais cette qualité de lui vaudra jamais réconciliation, ni excuses. C'était donc ça, il m'en voulait d'avoir été le héros et non l'accompagnateur? Que pouvais-je y faire et en quoi étais-ce particulièrement déplorable pour moi d'avoir exigé de lui le même rôle qu'un million d'enfant avant moi avaient exigé de leur ombre également? C'était trop simple de m'en vouloir et ses raisons bien peu convaincante. Je me tus, laissant à mon "fils" le plaisir de parler dans le vide. Il me l'avait prouvé déjà, quand une conversation lui déplaît il prend la fuite. « Et puis tu sais quoi ? Vas donc boire un Coca le temps qu’on règle ça et n’en parlons plus. » Avant que je n'ai le temps de m'indigner devant sa manière de régler les choses avec Cubby, mes yeux sont interpellés par ses mouvements. Il se rapproche d'elle et non de moi, mais c'est bien le pire. Il est prêt, trop prêt d'elle, que cherche-t-il à faire? « Je suis Peter, ravi de vous avoir rencontrée. » J'aurais préféré qu'elle ne l'apprenne jamais. Qu'allait-elle penser du fait que nous portions tout deux le même prénom? Elle n'était pas dupe, si elle s'y mettait, elle trouverait bien vite ce qui nous unissait tous les deux, mais ce n'était pas le secret que je cherchais à cacher par dessus tout… non c'était son coeur que je voulait préserver. Les mains du l'homme se saisirent d'elle sans réelle douceur et l'obligèrent à lui laisser la place qu'elle détenait juste devant moi. Je serrai la mâchoire, prêt à intervenir si jamais il la touchait une seconde de trop. Préparant mes poings, je les ramenai à hauteur de mon torse pour qu'il les voit et se souvienne de notre dernière rencontre. Il avait eu mal, je le savais, car j'en avais aussi souffert. Mes jointures, ma gorge, mes genoux, mon honneur et ma réputation au travail. Je lui lançai un regard noir quand il s'arrêta sous mes yeux, chose qu'il ne prit pas le temps de me rendre comme sa main s'accrochait déjà au col de mon t-shirt, m'étouffant comme j'avais pu le faire l'autre jour. Revanche? Déjà et devant elle? C'était bas, même pour lui! Je me laissai entraîner sans rien dire, cherchant l'air là où je ne la trouvai pas. Il s'immobilisa à un pied de la piscine, mon regard vacilla et je pris peur. Enfin il avait réussit, l'eau me terrifiait au plus haut point… il n'y avait que Daphné pour me donner l'assurance nécessaire afin que je m'y plonge volontairement, le reste du temps… je tournais les yeux pour ne pas me laisser envahir par ce sentiment amer et désagréable, cette crainte enfin de perdre la vie alors que je n'avais pas encore tout goûté et tout vécu. Il libéra mon col et j'inspirai rapidement, au cas où il lui prendrait l'envie de recommencer. « A quoi tu joues ? Pour qui tu te prends ? Tu sais qu’on n’est plus à Neverland ? Tu n’es plus un putain de prince imaginaire ! Qu’est-ce que tu veux à Daphné ? Ne joues pas avec elle. Elle n’est pas ta Wendy. Tu ne la mérites pas. Je te jure que si tu lui fais du mal, si un jour je la vois dans le même état que celui dans lequel tu as laissé Kiara… je te jure que je te truciderai. » Il osait encore prononcer ces noms devant moi. Je lui arracherais le visage si je n'étais pas déjà bien décidé à prendre la fuite, mais… seulement un mot avant de tourner le dos définitivement.

    «Ne fais pas semblant que cela t'affecte, tu n'as pas le moindre coeur… tu l'as lâchement abandonné et tu sais qui a dû éponger ses larmes? MOI! C'est moi qui suis resté alors que tu lui a tourné le dos alors ne viens pas… » Il me lance ce regard qui me pétrifie et me heurte de la tête aux plantes des pieds. « Ce sera si facile,tu te noies dans un verre d’eau. » Un gémissement s'échappa à temps de ma gorge alors que je sentis ses mains se refermer autour de mon bras, m'entraînant cette ultime fois dans le ventre de mon plus récent cauchemars. J'étais libre enfin, de lui, mais prisonnier de mon environnement. L'eau n'épargnait aucune parcelle de mon corps surexcité et tremblant. Où est-il donc? La brûlure déjà dans mes yeux et mes orteils qui battent la mesure au milieu de cette eau tiède… Mon énergie qui s'envole à chaque seconde supplémentaire. Si seulement je n'avais pas si peur, si seulement mon coeur n'épuisait pas déjà tout mon corps. Je suis à la surface encore, mais en une inspiration et j'ai tout perdu, ma gorge s'emplit d'horreur et me fait oublier de battre des membres. Un dernier coup de bras et ce nom m'échappe. «Daphné…» C'est presque muet, en un souffle je m'excuse de ne pas être à la hauteur de ses efforts pour m'enseigner la nage. Et puis je coule et le silence ne m'a jamais semblé si apaisant.
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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyDim 20 Jan - 23:44


L’ultimatum qui m’avait été lancé n’était franchement pas la chose à laquelle j’avais escompté. Cela m’avait terriblement peiné. Jamais je ne pourrais faire un tel choix, mon cœur ne le pourrait pas. C’était si terrifiant… J’étais trop sensible, trop gentil pour me décider sur la question. A défaut de m’effondrer de tristesse, j’avais choisi de dissimuler mes maux dans un profond sursaut de colère et d’énervement. Pour ensuite tout regretter. Décidément j’étais d’une profonde incompétence dans tout ce qui était relationnel, je n’avais aucun tact, aucune répartie pour me faire entendre… Je n’avais plus qu’une idée en tête… Fuir, les laisser là à se déchirer. Peter tenta de me faire ouvrir les yeux… «Tu ignores tout de cette histoire Cubby! Tu ignores ce qu'il fait et je n'arrive pas à croire que tu te sois laissé manipuler de la sorte! » Avais-je été aussi naïf ? Peut-être. Et Peter semblait vouloir me demander de rester hors de tout cela. Pourtant je n’arrivais pas à prendre le parti de l’un ou de l’autre. Mais cela était vrai, j’ignorais tout. Sûrement aurais-je dû m’informer un peu plus de leurs « histoires » avant de m’en mêler. Encore une fois j’avais voulu bien agir mais rien ne se déroulait comme je l’aurais espérer…

La jeune femme aux longs cheveux roux semblait tout aussi déconcertée que moi. « Peter, ne me fais pas cela. Je ne vais pas rentrer chez moi, et c’est tout de suite que je veux des explications. S’il te plait. » Elle comptait bien être éclairée sur cette fâcheuse situation dans laquelle elle s’était involontairement retrouvée. Je voyais bien qu’elle cherchait à tout faire pour que Peter lui réponde. Malheureusement, aucun mot ne sortit de la bouche de l’ex leader des enfants perdus. Son silence agaça la demoiselle qui reprit, en s’adressant cette fois ci à nous trois « Est-ce que l’un de vous va finir par m’expliquer ? » Ses yeux se postèrent alors sur l’ancienne ombre tandis que moi je ne pus que regarder mes pieds, tentant d’éviter toutes questions auxquelles je ne voulais répondre. Je relevais néanmoins rapidement mes yeux lorsqu’elle s’adressa à ce dernier « Est-ce que je vous connais, monsieur ? » J’avais l’impression qu’elle était comme effrayée. Comme s’il lui faisait peur… « De toute évidence, vous ne me connaissez pas. Mademoiselle. » Son assurance déconcertante me frappa à nouveau… Il était si sûr de lui contrairement à moi… Puis ses prunelles sombres s’intéressèrent une fois de plus à ma petite personne. « Ecoute Cubby, tout cela n’a aucune importance, d’accord ? Tu n’as qu’à le choisir lui. J’en ai l’habitude, je m’en remettrai. Il faut croire que rien n’est jamais trop beau pour lui » Je pus remarquer son regard bifurquer un instant sur Peter, comme pour me préciser de qui il parlait… Pas franchement nécessaire à vrai dire. J’avais beau ne pas être très futé, j’aurais compris tout seul. « Mais si tu t’imagines que je vais lui serrer la main après tout ce qu’il m’a fait… Tu comprends ce que ça représente d’appartenir à quelqu’un contre son gré ? Hein ? Non, tu ne comprends pas. Tu ne peux pas. Et je ne t’en veux pas. Mais, sois gentil, tes discours sur la réconciliation, tu te les gardes. » Je ne devais pas être au courant de toutes leurs histoires… Mais les regards que se jetaient les deux en disaient long sur ce leurs ressentiment l’un pour l’autre. Je n’y voyais qu’une haine indescriptible. Peut-être aurais-je dû me rendre de tout cela avant de m’attacher à une quête qui était perdue d’avance… Je me sentais si mal… J’étais conscient que Shadow n’avait pas dû avoir une existence des plus simples lorsque Neverland était notre royaume. Mais aujourd’hui c’était différent, pourquoi continuer à se déchirer… L’ignorance était bien plus simple si cela pouvait apaiser cette guerre qui n’avait fait qu’amplifier depuis leur arrivée aussi. Mais je n’appréciais pas cette façon dont il avait de me parler. Je ne supportais pas ses jolies répliques si facilement dites… Elles me faisaient du mal, cela me touchait énormément. « Et puis tu sais quoi ? Vas donc boire un Coca le temps qu’on règle ça et n’en parlons plus. » Je fronçais les sourcils, il me parlait comme à un gosse, comme à un enfant à qui ses parents auraient demandé d’aller jouer sans rechigner dans sa chambre pour régler leurs problèmes. Je n’étais plus le petit garçon perdu emmitouflé dans son costume de nounours… Et ça il l’avait oublié. J’eus grand mal à déglutir après ça. Je ne savais plus où me mettre, je ne savais quoi répondre. Avait-il raison ? Et si après tout j’étais resté ce gamin incapable de dire quoi que ce soit face à ce genre de remarques ? Apparemment oui…

Même si j’avais daigné répondre ne serait-ce qu’un mot, il n’y aurait prêté aucune attention. Il semblait comme obnubiler par la jeune femme qui se trouvait à présent près de Pan « Je suis Peter, ravi de vous avoir rencontrée. » Une profonde frustration s’empara de moi. Comment pouvait-il agir ainsi ? Surtout maintenant ! Je ne comprenais pas pourquoi il avait pris le temps de répondre à la jeune femme. C’était incompréhensible. Sans compter qu’il se contentait de ça, puis il approchait et l’écartait gentiment de son chemin pour se retrouver face à son rival. Soudain, le calme dont il avait fait preuve jusqu’ici disparu… Je n’eus pas le temps de réagir, Shadow agrippa fermement Peter et l’emmena plus loin. « A quoi tu joues ? Pour qui tu te prends ? Tu sais qu’on n’est plus à Neverland ? Tu n’es plus un putain de prince imaginaire ! » Je me précipitai vers eux. Je ne pouvais les laisser faire. Je ne voulais pas qu’ils se battent. Je me sentais coupable de tout ceci. Si j’avais, pour une fois, réfléchir aux conséquences d’une telle rencontre… Jamais je n’aurais manigancé tout cela. Tout ce qu’il se passait était de ma faute… « Bordel Peter mais lâche le ! » Je criais mais aucun d’eux ne m’écoutait… « Qu’est-ce que tu veux à Daphné ? Ne joues pas avec elle. Elle n’est pas ta Wendy. Tu ne la mérites pas. Je te jure que si tu lui fais du mal, si un jour je la vois dans le même état que celui dans lequel tu as laissé Kiara… je te jure que je te truciderai. » L’atmosphère était tendue… Electrique même. Je restais là, sans savoir que faire… Passant ma main sur ma bouche, l’air perdu… « Ne fais pas semblant que cela t'affecte, tu n'as pas le moindre coeur… tu l'as lâchement abandonné et tu sais qui a dû éponger ses larmes? MOI! C'est moi qui suis resté alors que tu lui a tourné le dos alors ne viens pas… » Voilà les histoires dont on me parlait plus tôt… Alors c’était ça ? Ils ne pouvaient se supporter à cause de filles ? Elles étaient donc la cause de tout cela ? Leurs querelles étaient dues à ça ? Rien qu’à ça ? Je doutais qu’il n’y ait que ça, mais apparemment cela était une part importante de leur inimitié… J’en restais con, totalement con… Comme quoi je les connaissais mal…

Sans comprendre les derniers mots de Peter S., je restai impuissant à la scène qui suivit. Les deux basculèrent dans l’eau après un geste volontaire de l’ancienne ombre. Mon souffle se coupa net, je savais que Peter ne savait pas nager. Je savais que l’eau était une chose effrayante pour lui. J’étais choqué par ce que je venais de voir et je ne pus bouger, restant planté là, à regarder mon ami couler dans l’immensité transparente qui se dessinait devant moi. Prenant alors conscience que Peter était en danger je me précipitais vers le bord et cramponnait fortement le bras de Shadow, manquant de tomber dans l’eau à mon tour. Ce n’était pas pour l’aider mais pour l’empêcher de s’acharner sur Peter qui était toujours sur la surface de l’eau. « Mais merde Peter, tu veux le tuer c’est ça ? Je te pensais bien moins con que ça ! » Le bruit d’un plongeon fit écho à mes mots. Daphné venait de plonger pour ramener Peter à la surface. Quant à moi je ne lâchais pas le bras que j’avais saisi quelques secondes plus tôt. Il était hors de question que l’altercation continue. J’étais en colère, comment pouvait-on en arriver à ce point pour des futilités ?

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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyLun 21 Jan - 13:05

Rien n'est plus tragique que de rencontrer un individu à bout de souffle
perdu dans le labyrinthe de la vie

Martin Luther King
Personne ne voulait faire attention à elle ou répondre à ses questions. Il lui semblait que Cubby, pourtant l’instigateur de la rencontre, ne comprenait pas tellement mieux qu’elle cette situation. De ce fait, la tension dramatique se situait entre Peter et son opposant, et Cubby et elle étaient comme laissés sur place alors que les deux autres s’envoyaient des signaux silencieux. Avec elle ignorait quel optimisme naïf, elle supposa que si Peter la regardait, s’il la voyait vraiment, il allait se souvenir que, dans son état, ce qu’elle supportait le moins au monde était bien l’impression d’avoir du être au courant de certaines choses tout en sentant qu’elles lui échappaient irrévocablement. Alors elle se plaça devant son regard comme sous un projecteur et ce fut la pire idée qu’elle ait jamais eue pour essayer d’obtenir quoique ce soit de sa part, finalement. Cette fois, il la regardait vraiment, profondément, et elle en oublia les questions qui lui picotaient les lèvres, et c’est lui qui obtint gain de cause tandis qu’elle observa son silence. Elle se rendit compte en même temps que lui qu’elle n’aurait pas du le toucher, elle se souvint qu’elle ne faisait pas cela, d’habitude, ou plus précisément elle en eut la sensation. Peter finit par détourner le regard (ce dont elle le remercia intérieurement parce que pour sa part elle était comme statufiée) et préféra répondre à Cubby plutôt qu’à elle.
« Tu ignores tout de cette histoire Cubby ! Tu ignores ce qu’il fait et je n’arrive pas à croire que tu te sois laissé manipuler de la sorte ! »
Daphné était encore étourdie par les dix secondes au cours desquelles Peter lui avait donné l’impression qu’ils étaient seuls au monde, mais le réel lui sauta dessus dès lors qu’elle entendit la colère dans sa voix. En fait, elle pouvait pressentir l’intensité de ses intonations avant même que les mots ne lui échappent, comme ses mains étaient toujours contre son torse et que les sons vibraient dans sa cage thoracique avant de parvenir à ses interlocuteurs. Elle prit enfin une décision sensée : le lâcher et lui tourner le dos pour obtenir ailleurs les informations qui lui manquaient. La voici face à Cubby et l’autre homme. Elle fut toujours aussi étonnée de les voir aussi différents, côte à côte. Cubby baissa la tête lorsqu’elle demanda que l’un d’eux réponde à ses questions, tandis que l’autre la regarda bien en face d’un air glacial. Elle avait l’impression que, si elle soufflait de l’air par la bouche, celui-ci se matérialiserait et gèlerait sur place.
« De toute évidence, vous ne me connaissez pas. Mademoiselle. »
Voici les seuls mots qu’elle obtint, maigre récolte après avoir dépensé tant d’énergie à les interroger tous les trois. Ce qui l’intéressa cependant après ces propos de l’inconnu lui vint de Peter, qu’elle entendit soupirer dans son dos. Elle fronça les sourcils et décida de ne pas se retourner. A vrai dire, cette réponse de la part du jeune homme brun était parfaitement insatisfaisante, voire attisait sa curiosité. En même temps, elle sentait que Peter était très tendu, et le fait qu’il semble soulagé de la réponse de l’autre garçon fit entrer un doute en elle. « Vous ne me connaissez pas » n’exclut en aucun cas la possibilité que lui la connaisse, surtout lorsqu’on est au courant de l’état de santé de Daphné. Elle n’eut pas exactement le temps de méditer à ce propos que l’on s’en reprenait à Cubby et qu’on l’envoya boire un coca comme pour se débarrasser de lui. Elle n’avait retenu que quelques mots de tout ce flot de paroles de la part de l’anonyme : « Tu comprends ce que cela représente d’appartenir à quelqu’un contre son gré ? ». Daphné se tourna à moitié vers Peter, cette fois, et lui lança un regard inquisiteur. Comment cela, lui appartenir ? Elle venait de comprendre, d’être absolument convaincue que les trois hommes ici présents venaient tout droit du même conte. Le problème restait de savoir ce qu’avait été l’inconnu pour Peter, car il semblait lui garder rancune. Se détournant de Peter une seconde fois, elle vit que l’autre homme était soudain très près d’elle. Elle aurait pu sursauter si elle n’avait pas été aussi concentrée, happée par son regard noir qui lui faisait tellement peur tout à coup.
« Je suis Peter, ravi de vous avoir rencontrée. »
Avant qu’elle n’ait pu se remettre de la découverte de cette drôle de coïncidence, elle sentit les mains de l’homme se refermer autour de ses épaules, et il la déplaça malgré sa résistance aussi facilement que si elle avait été une brindille d’herbe. Il ne la lâcha pas immédiatement après l’avoir éloignée de Peter (le sien, le vrai, le seul qu’elle puisse reconnaître), et sembla hésiter à la quitter. Or, il commençait à l’effrayer, et elle voulait qu’il la lâche rapidement. Elle crut apercevoir un semblant de sourire sur son visage, à moins que ce fût une grimace, et enfin il la libéra, pour se tourner vers Peter. A voir le regard que ce dernier lui lança, Daphné frémit et se dit que, finalement, elle aurait mieux aimé que cet autre Peter reste auprès d’elle et laisse son ami en paix. Tout aurait mieux valu que ce qui allait suivre. Et en effet, il emporta Peter et tout deux se retrouvèrent au bord de la piscine, Cubby sur leurs talons, le visage décomposé. Elle resta statique, le cœur battant, et regarda tout sauf la scène qui se produisait à quelques mètres d’elle, alors que les deux Peter échangeaient quelques paroles qu’elle n’entendit pas. Elle chercha du regard les maîtres nageurs qu’elle avait en horreur et qui bien évidemment étaient plus occupés à comparer leurs bronzages qu’à surveiller les visiteurs. Alors, en fait, tout ce qui allait se produire maintenant serait sous sa responsabilité à elle. Elle serra les poings, priant intérieurement pour que…

Et dans le brouhaha étuvé de cette immense salle humide, le bruit assourdissant de leur chute dans l’eau lui fit oublier ses supplications. Elle vit les milliers d’éclats bleus se soulever et les cacher un moment à sa vue tandis que Cubby se pencha au bord dans ce qui lui sembla être un mouvement au ralenti. Dans le bouillonnement furieux de cette eau froide, elle chercha Peter, qu’elle était justement supposée protéger de ce genre d’horreur. Elle se sentit misérable, et ce fut pire encore lorsqu’elle le vit arrêter de se battre, renoncer. Elle se sépara de la serviette qui l’entourait et arriva au bord de la piscine pour plonger avant que les autres n’aient le temps de réagir, car il était hors de question que qui que ce soit d’autre le touche. Elle aurait dû empêcher cette catastrophe, tout était de sa faute. Il venait de toucher le fond quand elle arriva à lui tout en songeant qui était inconcevable qu’elle laisse un héros de conte se noyer dans deux mètres trente d’eau chlorée, qu’elle serait responsable de… oh, non, certainement pas, pas tant qu’elle respirerait et qu’elle pourrait lui donner son souffle ! Elle le saisit et passa un de ses bras sous les siens, le mettant dos à elle tout en se donnant l’impulsion pour remonter à la surface. A l’air libre elle n’avait aucune force, n’était qu’un objet fragile, mais ici c’était son milieu, et l’eau, si on savait comment s’y prendre avec elle, rendait tout plus léger, plus simple. Ils émergèrent et Daphné nagea sur le dos en veillant à ce que Peter soit le plus horizontal possible, les épaules contre sa poitrine. La piscine était à débordement, si bien qu’elle put hisser Peter à moitié hors de l’eau avant de sortir à son tour.
« Cubby, aidez moi à le sortir complètement, il faut… et vous ne vous approchez pas, je vous interdis… »
Elle qui d’habitude ne donnait jamais d’ordre à qui que ce soit, qui parlait toujours si doucement que personne ne l’écoutait jamais, la voici qui jetait un regard assassin à l’homme qui avait poussé Peter à l’eau et qui régentait l’entourage en oubliant les formules de politesse. Elle n’avait pas le temps d’être polie. Elle était en train de faire un calcul, sachant que Peter avait arrêté de respirer depuis environ deux minutes, elle avait 90% de chances de le ranimer. Dans une minute, elle n’aurait plus que 75% de chances. Si elle n’agissait pas maintenant, dans précisément huit minutes, il serait…
« Poussez-vous il a besoin d’air ! »
C’est aux maîtres nageurs qui venaient d’arriver qu’elle s’adressait. Elle les aurait bien traités d’incompétents, de narcissiques, d’autocentrés, mais c’était surtout à elle qu’elle avait envie d’adresser de tels reproches. Or, elle avait besoin d’arrêter de trembler de rage et d’angoisse et de se montrer efficace. Elle tenait le poignet de Peter et sentit qu’il avait un pouls, quoique très faible, mais au moins, son cœur… Alors il avait vraiment, seulement besoin d’air…
« Allez chercher des couvertures thermiques plutôt que de rester là à ne rien faire, et… »
Elle regarda le visage de Peter qui déjà commençait à pâlir. Elle n’allait pas le laisser en proie au baiser glacial de la mort qui dans sept minutes en ferait son amant pour l’éternité. Il fallait qu’il se souvienne, qu’il n’oublie pas la chaleur, la vie, la lumière, les rires, l’oxygène.
« Peter, souviens-toi… »
Elle se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes. Pas de façon désespérée comme l’ont fait des princes un peu niais dans des contes de leur passé pour ranimer leurs amoureuses. Elle fit couler son souffle entre ses lèvres en sachant que c’était le seul élixir de vie qu’elle connaissait, et sans espoir qu’une magie inexplicable les sauve aujourd’hui. Tout ce qu’elle espéra, c’est qu’il sente sa chaleur, la façon passionnée dont elle vivait alors même que sa vie était parfois si tragique, et qu’il la choisisse elle, qu’il prenne son souffle et qu’il s’en abreuve jusqu’à en être convaincu que la mort n’adoucira pas ses peines mais que la vie lui offrira toujours d’autres joies.
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MessageSujet: Re: Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || Le premier qui tombe à l'eau a perdu... || Daphnée - Peter J. - Peter S. || EmptyMer 13 Fév - 17:41

S’il lui était resté une once de bon sens, il se serait laissé persuader par la voix de Cubby qui, effaré, lui ordonnait de lâcher le Pan. Tout en lui était sous tension. Il crispa ses doigts sur le bras du farfadet. On a dit qu’exister c’est être hors de soi. Peter était hors de lui, à trop vouloir exister par lui-même, mais ça ne le rendait pas humain pour autant. Il était mû par une vivacité haineuse à l’égard de son homonyme. Il avait encore la morsure du regard de Daphné imprimée sur la rétine. C’était bleu éblouissant, déroutant. Il regarda autour d’eux en aveugle, cherchant la seule silhouette que ses yeux voulaient percuter, mais celle-ci se trouvait dans son dos, et, de peur de laisser choir sa proie, il renonça à la voir. Elle l’aurait peut-être apaisé, elle l’aurait peut-être calmé. Mais Daphné ne pouvait pas le sauver. Il avait besoin de faire basculer son existence d’un côté où de l’autre. Au fond il se posait mille questions. Est-ce que Cubby avait cru Pan, quand celui-ci lui avait dit qu’il s’était laissé manipuler ? Peter avait manipulé beaucoup de monde, mais pour cette fois c’était l’accuser à tort. Néanmoins, un assassin comparaissant devant un tribunal avec pour seul chef d’accusation celui d’avoir volé une orange aurait mauvais goût de se récrier, quand bien même serait-il innocent vis-à-vis de cet agrume. Peter, donc, avait choisi de ne point se défendre d’avoir manipulé Cubby, de peur que s’en suive un plaidoyer de la partie adverse pour expliquer à quel point il est quelqu’un de généralement malhonnête, et, à ce sujet, il serait incapable de dissuader qui que ce soit. Daphné, elle, qu’avait-elle pensé du fait qu’il porte le même nom que ce très distingué M. Johnson ? Qu’allait-elle penser dans vingt secondes ?
« Ne fais pas semblant que cela t'affecte… »
Dix-neuf, dix-huit…
« …tu n'as pas le moindre cœur… »
Quinze, quatorze…
« …tu l'as lâchement abandonnée… »
Très juste. Dix, neuf…
« …et tu sais qui a dû éponger ses larmes? MOI! C'est moi qui suis resté alors que tu lui a tourné le dos alors ne viens pas… »
Tais-toi.
Pardon, Daphné.
C’était bleu éclaboussant, perturbant. Il savait. Il savait que Pan ne nageait pas. Homicide volontaire. Ce qu’il ne savait pas, c’est que Pan ne nageait pas. Littéralement pas. Il y a une différence entre avoir une idée floue de quelque chose, et avoir ce quelque chose précisément sous les yeux, au microscope. Dès qu’il fut dans l’eau, Peter lâcha le farfadet et s’éloigna de lui pour rejoindre le bord. Il voulait juste lui donner une leçon. Il avait parlé des larmes de Daphné. Peter n’imaginait que trop bien ce bleu dilué fondre sur ses joues pâles et prendre la forme de petits cristaux désenchantés. A cause de lui ? Lui avait-il fait cela ? S’imaginer Pan à son chevet, la consoler, lui ravir ses pleurs c’était trop pénible. Il s’était volontairement arraché à elle pour ne pas la faire souffrir mais si le farfadet le supplantait, elle demeurait en danger malgré ses efforts. Toutes ces dernières semaines remplies de rien parce que vides d’elle auront donc été inutile, inefficaces à la protéger.

Il se retourna à demi en se tenant au rebord. Il s’attendait inconsciemment à trouver Pan juste derrière lui, essayant de lui sauter dessus pour le noyer. Il trouva Pan à deux mètres, là où leur chute les avait engloutis avant que lui-même ne rebondisse. Il s’aperçut que Pan ne nageait pas. Il coulait. Une seconde avant qu’il ne s’enfonce, Peter lut une réelle panique sur son visage. Ce n’était pas cet air constamment feint qu’il arborait en tout ce qu’il faisait, cette sournoiserie mondaine que Peter était le seul à déceler chez le farfadet. Non, cette fois, c’était bien là et bien réel, de l’effroi. Peter fit un mouvement vers l’avant. Il fut arrêté net dans son élan par Cubby qui, penché au bord de la piscine, le retint fermement par le bras. Le regard de Peter remonta de son bras au visage de son ami. « Mais merde Peter, tu veux le tuer, c’est ça ? » Il n’arriva pas à deviner si Cubby était en colère ou surpris ou apeuré. « Je te pensais bien moins con que ça ! ». Peut-être les trois.
« Lâche moi Cubby ! Cet abruti… il est réellement en train… »
De mourir. Car Peter s’était retourné une seconde pour remarquer que le farfadet avait disparu de la surface de l’eau. Cubby ne le lâcha pas, sans doute de peur qu’il aille finir de le noyer. Après tout, il pouvait bien le comprendre. Il avait sincèrement, délibérément voulu le tuer. Maintenant qu’il y avait presque réussi, il voulait… Voulait-il le sauver ? Ce n’était pas le meilleur moment pour une introspection mais Peter aurait bien aimé avoir quelques secondes pour se regarder en lui-même et comprendre cette révolution qui s’opérait au fond de lui. Nul salut pour le criminel, néanmoins ! C’est Daphné qui plongea, en effet. Elle le fit sans bruit et si vite que Peter se demanda s’il l’avait réellement vue plonger ou s’il ne s’agissait pas plutôt du fruit de son imagination. Elle émergea effectivement, soutenant le farfadet inconscient, et demanda son aide à Cubby pour le sortir de l’eau. Peter essuya quelques mots essoufflés, expéditifs, et très nets, qui lui interdisaient de s’approcher. Evidemment, il ne fallait point que le vilain de l’histoire tente autre chose auprès du chevaleresque protagoniste exsangue ! Il ne se vexa pas, se contenta de sortir de l’eau et de regarder de loin la scène dont il était exclu. Qu’allait-il advenir, maintenant ? Daphné prenait le pouls de la victime. Son visage était livide, presque aussi immobile que celui de son trépassé. Elle tremblait, mais ne donnait pas du tout l’impression d’avoir besoin de secours. Elle maîtrisait la situation avec la fermeté des gens de cœur, parlait sèchement alors que tout son être était tendu vers un seul but, le plus doux et le plus louable du monde. Si elle ne le sauvait pas, personne ne le pourrait.

Comme elle essayait de se débarrasser des maîtres nageurs qui bourdonnaient autour du cadavre, Peter s’approcha et prit la trousse de soin des mains de l’un d’eux. Les maîtres nageurs l’auraient sûrement tabassé verbalement s’ils avaient vu la scène, mais seuls Cubby et Daphné savaient qu’il était la cause de ce drame, c’est pourquoi on accepta de les laisser tous les trois autour du farfadet déchu le temps d’appeler les secours. Peter ouvrit la trousse de soins, remplie de choses relativement inutiles comme de l’aspi-venin et des bandages. Levant les yeux une seconde, il vit Daphné se pencher vers le corps inerte et poser ses lèvres sur celles du héros. Elle avait raison, le bouche-à-bouche, c’était bien la seule chose à faire en pareille circonstance. Il aurait juste préféré que ce soit Cubby qui s’y colle. Il la regarda respirer contre la bouche du farfadet, alors qu’une bouffée noirâtre de quelque chose lui enfuma le cœur. Presque suffoquant, il posa sans délicatesse la trousse de soin par terre et se mit à chercher plus énergiquement. Un couteau, quelque chose de tranchant, de pointu, n’importe quoi qui soit en mesure de déchiqueter. Il n’avait pas envie d’y mettre les dents, mais s’il le fallait… Daphné perdait son temps auprès du farfadet. Il allait expirer dans quelques secondes, c’est tout. Elle serait tout aussi efficace si elle se mettait à pleurer maintenant et commençait à faire son deuil. L’idée de Daphné parée de noir comme les dames des temps anciens finit de convaincre Peter qu’il fallait agir tout de suite. Pour abréger toutes ces souffrances. Enfin ! Est-ce que quelqu’un aurait pu penser à mettre quelque chose d’utile dans cette trousse ? Un cutter, des lames de rasoir, un katana ? Peter secoua la tête lorsqu’une petite voix ironique au fond de son cerveau en ébullition répéta « un katana ? » d’un ton moqueur. Bon, peut-être pas un katana, mais… Oh, miracle ! Peter réussit à extraire du fond de la trousse une petite paire de ciseaux pointue. Il se rapprocha des trois protagonistes, dirigeant ses pas vers Daphné mais regardant Cubby d’un air sérieux, pour prévenir toute tentative d’arrêt.
« Je te prie de croire que je n’ai pas l’intention de l’achever en le poignardant avec une paire de ciseaux aussi ridiculement petite », fit-il à l’adresse du garçon.
Daphné n’avait probablement pas fait attention à la scène et tentait toujours de ranimer son ami. Peter la prit par les épaules et la tira vers l’arrière, pas violement, mais mettant suffisamment de force dans son geste pour empêcher tout mouvement effarouché de la part de la jeune femme, qui ne manquerait pas de s’indigner, sans doute.
« Daphné, tu sais bien que ce que tu fais est inutile. Il va étouffer. »
Il ne s’aperçut pas immédiatement du caractère fataliste de cette réplique, d’autant qu’il avait bien l’intention de voir Pan de nouveau en vie. Il ne laissa à personne l’occasion de l’arrêter et, à genoux auprès du farfadet, il approcha la paire de ciseaux de sa gorge. Il n’allait pas improviser une trachéotomie, mais simplement lui arracher son T-shirt détrempé qui faisait pression sur son thorax, ce qu’il s’employa à faire en découpant le col et en déchirant verticalement le tissus pour libérer la poitrine du pauvre noyé. Il posa ensuite la paire de ciseaux à côté de Cubby, et s’éloigna pour prouver sa bonne foi. Si on lui avait dit qu’un jour il en viendrait à déchiqueter sauvagement les vêtements du farfadet pour lui sauver la vie…
« Bon, et bien recommence à présent ! Il ne va pas en plus falloir que ce soit moi qui l’embrasse… »
Il tourna les talons, mais pas assez vite, car il aurait préféré ne pas voir Daphné reprendre possession des lèvres de leur futur-ressuscité. Sa bouche sur la sienne, ce n’était pas seulement la définition d’un sauvetage après suffocation. C’était la ruine de tout espoir. Il alla s’asseoir non loin, mais à quelque distance quand même, pour ne pas faire partie des premières personnes que Pan verrait à son réveil. Il avait montré un air détaché mais il était à demi mort de peur, en réalité. Mais, dans toute cette histoire, le principal, c’est bien l’air.

Je ne sais pas si Dieu existe. Mais s’il existe, j’espère qu’il a une bonne excuse.
Woody Allen
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