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« Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy Vide
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 « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy

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MessageSujet: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyMer 6 Mar - 14:11

Il expira dans le froid décousu des volutes qu’une brise vint dissiper en maugréant, d’un revers de sa main rêche. Il la regarda passer, cette vieille femme plaintive aux habits râpeux qui s’en allait main dans la main avec l’Hiver. Ce dernier n’est autre qu’un ivrogne décati, à qui le père n’a légué qu’un linceul de feuilles mortes et dont la fille souriante dans la fleur de l’âge est promise en mariage à ce prétentieux, cet impertinent Eté… Comprenez donc que l’Hiver fasse grise mine, avide et jaloux comme il est. Les arbres décharnés secouaient péniblement leurs bras tortueux en direction du ciel, formulant peut-être des supplications pour qu’on leur offre bientôt un plumage verdoyant de sorte à orner leur ramure. La vieille émettait un rire sardonique, qui avait quelque chose de la crécelle, quand elle s’amusait à faire craquer leurs pauvres articulations brunâtres. Il avala cinq tic tac à la menthe avant de tirer une autre bouffée de sa cigarette. C’est assez pitoyable, cette manière de remplacer une addiction par une autre, de détester ça, et de masquer le tout sous un épais parfum frigorifié d’insouciance feinte. Comme chaque samedi matin, 9h15, il attendait Peatey. La dernière fois qu’il l’avait vue —c’était au théâtre, il y a peut-être un mois— ils avaient mis en place un plan machiavélique. Ils avaient essayé, du moins. Avant qu’elle ne parte, Peter lui avait dit : « Viens me voir, samedi matin, 9h15, devant le Meli Melo, je te dirai si ça a fonctionné ». C’était le cinquième samedi qu’il l’attendait. Elle ne vint jamais. Elle est injoignable. Le premier samedi, il a attendu trois-quarts d’heure. Un peu moins le deuxième. La semaine dernière, il a allumé une clope. L’a fumée. La fumée. Quatre minutes. Aujourd’hui, il en a allumé trois, d’affilée. Samedi prochain, il serait peut-être mort d’un cancer en phase terminale, si le nombre de cigarettes qu’il allume augmente de façon exponentielle à chaque fois. Debout bien droit en suspension sur le bord du trottoir, il laisse tomber sa dernière victime dans le caniveau, la regarde crachoter lamentablement avant de s’éteindre dans une flaque d’eau. Bon débarras. Peatey ne viendra pas. Ca lui semble étonnamment clair. Il perd ses alliées les unes après les autres. Faut-il qu’il en déduise que sa cause est perdue d’avance ? Tout est toujours voué à l’échec, se dit-il en regardant son reflet vitreux et en puzzle dans la flaque. Il relève la tête et regarde les deux vieux remonter la rue en clopinant. Peter ne voyait en eux que le printemps qui arrivait. Cette fois, ça fonctionnerait. Il se retourne, franchit les portes du Meli Melo, écoute le bruit de ses pas qui courait plus vite que lui dans le couloir en résonance. Il monta les marches tranquillement, souriant aux quelques personnes qu’il croisa, en appelant certaines par leur prénom. Il montait les marches tranquillement parce que ces lieux avaient fini par prendre une odeur de familière certitude, d’habituelle évidence. Il savait que la porte du hall grinçait quand on l’ouvrait en grand, que le gardien du bâtiment était sourd de l’oreille gauche, que sa voisine d’en face faisait un jogging tous les matins de 7h à 8h, et que Wendy, extraordinairement, avait parfois des samedis de libres, quand l’hôpital cessait ses tentatives de meurtres en lui permettant de se reposer loin de lui. Près de lui. Peter arriva devant la porte 41 du sixième dortoir. Inconsciemment, avant de rentrer chez lui, il tournait toujours la tête vers la gauche. Regardait la poignée de la porte 42. Une fois, elle était sortie. Il était sur le pallier. Il l’avait regardée comme une apparition à la fois fantomatique et divine. C’était lui le fantôme. Elle le lui avait rappelé d’un simple coup d’œil, rejetant quelques mèches rousses par-dessus son épaule. « Bonjour, monsieur », avait-elle dit à l’inconnu qui la dévisageait. Cet endroit était pire qu’une prison. Il ne savait pas s’il s’y était volontairement enseveli pour être plus proche de Pan, de Wendy, ou de cette tortionnaire au regard limpide. Il tendit le bras vers la porte d’à côté. Il l’avait choisie comme on se choisit une religion. Depuis quelques temps, il avait quand même perdu la foi.

La porte s’ouvre, il tressaille et laisse retomber son bras. C’est un jeune homme roux qui en sort. Il est pour ainsi dire muet. C’est le nouveau colocataire de Daphné. Peter lui adresse un signe de tête avant de fixer le numéro 41.
« Tu peux rester, si tu veux. »
Les yeux de Wendy. La pluie s’y reflète et ruisselle sur ses iris comme des saphirs. Voilà. Pourquoi il était resté. Sa voix, presque humide elle aussi, sur cette antienne un peu nostalgique qui lui donne une sonorité de berceuse. Elle le lui avait simplement proposé. Elle, au moins. Il avait attendu qu’elle démente, qu’elle s’excuse, il avait guetté l’arrivée d’un sourire gêné qui témoignerait de sa confusion. Elle avait fixé sur lui un regard serein d’où la mélancolie s’évapora progressivement pour laisser place à ce qu’il considéra comme une certaine curiosité. Comme si elle souhaitait sincèrement qu’il lui réponde. « Oui » ou « Non ». Il avait oscillé entre les deux réponses, cherchant les formules de politesse qui commencent par « Je ne voudrais pas m’imposer… » ou « Ce ne serait pas raisonnable… ». Aucune ne lui était venue. Ils s’étaient simplement regardés, en silence, debout face à face. Elle lui avait proposé d’avoir un endroit. D’être quelque part. Au lieu de chercher un ailleurs en vain. Il se souvenait nettement de la façon dont quelques gouttes tombaient régulièrement du bas de la robe de la jeune femme pour soupirer quelques centimètres plus bas, sur le plancher de la chambre. Pourquoi ce genre de détail lui était resté en mémoire, il n’en avait aucune idée. Il s’était laissé glisser le long de la porte, et avait fini par terre, le regard vidé. Il avait dit : « C’est dangereux ». Elle avait répondu ce qu’elle lui répond tous les jours, à chaque fois qu’il lui fait cette déclaration, moins par provocation que pour voir si un jour la réponse trouvera une variante. « Oui, va t’en », par exemple : si elle lui répondait ça, il pourrait être déjà loin…

Il sortit la clef de la poche intérieure de sa veste, ouvrit la porte et rentra chez lui. Quand il avait quitté la chambre pour retrouver sa cigarette en attente de Peatey, il avait supposé que Wendy était encore endormie. La porte de la chambre de la jeune femme était à présent entrebâillée. Il vit une silhouette furtive passer devant la raie de lumière matinale. Cette esquisse aux traits minces et rapides le fit sourire d’avance. Il posa sa veste sur son lit et passa par la salle de bains pour se laver les mains. Il détestait avoir l’impression de garder sur lui l’odeur du tabac. Il poussa doucement la porte de Wendy après y avoir frappé quelques petits coups. En passant devant la fenêtre, il crut y voir un morceau de ciel bleu, comme une drôle de pièce de patchwork qui n’aurait pas été à sa place. Peut-être qu’il confondait avec le ciel des yeux de Wendy. Il s’avança vers elle en lui adressant un sourire, lui prit la main et la porta à ses lèvres pour y poser un baiser.
« C’est dangereux. »
Il avait lancé ces mots comme il aurait dit « Bien dormi, j’espère », en se redressant de sa révérence. Il avait l’air d’accomplir un rituel quotidien et souriant, presque une petite plaisanterie en rengaine. Or, il était très sérieux. Beaucoup plus que son air détaché ne le laissait paraître. Wendy devait le sentir. Il lui rappellerait chaque jour qu’elle n’était pas tenue de le garder auprès d’elle, qu’il lui suffisait d’un mot pour le chasser définitivement. Peter avait d’ailleurs eu du mal à s’installer. En réalité, tous ses vêtements étaient encore pliés dans sa valise, et il n’avait mis aucune de ses affaires dans les placards de la chambre. Tous ses livres étaient empilés les uns sur les autres en tour de Pise au pied de son lit. Si elle voulait qu’il disparaisse, il en aurait ainsi pour moins de trois minutes à mettre les voiles. Dans l’attente d’une réponse, il s’appuya contre le rebord de la fenêtre, bras croisés, pour observer la jeune femme d’un peu plus loin. Vu la façon dans la lumière pâle de ce jour frissonnant s’accrochait à son visage, caressait ses cheveux, il regretta de ne pas être peintre, mais garda pour lui cette pensée qui n’aurait certainement pas manqué d’intimider sa colocataire.
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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyDim 31 Mar - 19:59

« Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy 13033109015055636
La nuit semblait vouloir n’en pas finir, ses ténèbres s’étirant longuement sur la ville endormie sans se craqueler, sans jamais qu’un seul rayon de lune ne franchisse la couverture opaque de nuages sombres. Il n’y avait pas d’étoiles, ce soir-là, rien ne brillait dans le ciel d’encre, tous les astres de feu semblaient s’être éteints, eux aussi assoupis, blottis dans la noirceur de la voie lactée. Pas non plus d’astre rond aux contours flous pour éclairer le chemin d’imprudents égarés, pas de lumière céleste pour les guider dans le labyrinthe gris et bétonné de la ville. Simplement une brume claire, porteuse des dernières fraîcheurs de l’hiver, troublant obstacle de ceux qui auraient aimé retrouver une voie plus sûre. Cette nuit, chacun serait seul. Wendy frissonna à cette pensée et resserra ses bras contre sa poitrine, espérant apporter un peu de chaleur à son corps, un peu de réconfort illusoire à ses songes imprégnés de lassitude. Recroquevillée sur le rebord de sa fenêtre, toutes lumières éteintes, le visage éclairé uniquement par les faibles points colorés de la ville, le front posé contre la vitre froide, couronné de buée. Songeant à cette solitude qui pesait sur ses épaules depuis trop longtemps maintenant, qui s’alourdissait et prenait en importance, au fur et à mesure des jours passant. Songeant à la lassitude qui lui étreignait le cœur, qui la fatiguait et la laissait l’échine courbée face aux épreuves infligées par le temps et les autres. Songeant à tout ce qu’elle avait perdu, depuis le début de sa vie, et à tout ce qu’elle ne retrouverait jamais. Plongée dans l’obscurité, s’engonçant dans les méandres troubles d’un passé angoissant, elle songeait à tous ses regrets. Comment les choses se serait-elle passées, si elle avait agi autrement ? Si elle n’avait pas eu peur, si elle avait osé s’élever contre ceux qu’elle aimait, si elle avait relevé les yeux au lieu de les abaisser.

La nuit semblait vouloir n’en pas finir, alors que les cernes s’élargissaient sous son regard clair et embué de fatigue et de larmes contenues, alors que ses muscles commençaient à devenir raides, maintenus dans une position inconfortable, alors qu’une angoisse glacée ressurgissait lentement d’entre les pensées derrière lesquelles elle l’avait soigneusement enfouie. Elle était tellement fatiguée, et pourtant, aucune nuit de sommeil ne parviendrait à combler ça. C’était quelque chose qui allait bien au-delà. Une fatigue qui enveloppait son cœur comme une couverture chaude et usée, et qui finirait par l’enserrer au point de le faire saigner. De le faire mourir. Elle avait cru que l’arrivée de Peter changerait les choses et, dans un sens, c’était le cas. Il lui avait apporté bien plus que ce qu’il ne pouvait le penser. Mais, on ne répare pas quelqu’un de brisé. On atténue les dégâts, on met des pansements sur les blessures les plus superficielles, laissant les autres plaies s’infecter. Et au final, on ne peut pas aller mieux. Trop usée, trop vieille. Wendy avait peut-être fait son temps, tout simplement. Peut-être qu’elle avait assez donné de sa personne.

L’aube finit par caresser le ciel de ses doigts pâles, rosissant les joues de l’aurore en un spectacle d’une beauté irréelle, baignant la ville d’un halo apaisant. Elle posa sa main sur la vitre et soupira lentement, le froid remontant le long de son bras pour venir la glacer jusqu’à l’âme. Elle n’avait pas dormi. Encore. Oui, elle ne dormait pas beaucoup, ces derniers temps. Elle se contentait de travailler, de soigner et panser des blessures aux autres, de sauver les vies qu’elle pouvait sauver, et de ressasser de vieilles choses. Elle ne trouvait plus le sommeil. Une heure ou deux, parfois. Pas plus. Elle atteignait ses limites, elle le sentait. Elle ne tarda pas à entendre Peter se lever. Toujours à la même heure, pour se rendre au même endroit, comme un rituel bien établi. Et elle, elle l’écoutait attentivement, avant d’attendre patiemment qu’il revienne de son rendez-vous avec la nicotine. En jetant un coup d’œil à l’horloge, elle constata qu’il ne devrait plus tarder et se releva alors difficilement de son perchoir, le corps endolori par la posture, les membres ankylosés de fatigue et l’esprit embrumé de pensées. Elle laissa son regard vagabonder à travers la pièce, notant le désordre de sa vie. Des livres éparpillés, uniquement entamés, incapable de les finir. Wendy ne pouvait plus aller au bout de quoi que ce soit. Et son ordinateur, trônant au milieu de feuilles volantes, noircies de lettres minuscules, semblables à des tâches d’histoire. L’inspiration qui ne vient plus, le clavier sur lequel vint se poser la poussière. Et pas de la poussière de fée, non, juste un petit amas de particules grisâtres. Elle devenait folle, elle le sentait.

Le seul moyen d’échapper à ce lieu serait de sortir. Pourtant, lorsqu’elle s’avança vers la porte, l’entrouvrant d’ores et déjà à moitié, ses yeux se posèrent sur son reflet dans le miroir juste à côté. Un visage pâle dévoré par la fatigue, des joues et le nez rosis par le froid ambiant de la chambre, dans laquelle elle n’allume plus de chauffage. Elle porte un simple débardeur et son pantalon de pyjama rayé, elle tremble aussi. Elle n’arrive pas à aller au bout de cette inspection. Incapable de continuer à se dévisager ainsi, incapable de subir cette déception, lorsqu’elle croise son propre regard. Incapable de se regarder en face.

Wendy recula vivement, avant de se retourner pour faire dos au miroir. Puis, elle se dirigea de nouveau vers la fenêtre d’un pas décidé, avant de retourner près de son lit, sans pouvoir s’arrêter de marcher. La seule échappatoire à tout ça, c’était… De légers coups à la porte la firent sursauter et elle releva la tête vivement, comme une fautive prise sur le fait. La tête de Peter passa par l’entrebâillement, puis son corps tout entier. Il entra dans la pièce, un sourire sur les lèvres qui en dessina un sur les siennes, qui lui réchauffa le cœur bien plus efficacement que n’importe quel mot. Il prit ses doigts pâles entre les siens et y posa un baiser. Le sourire de Wendy s’élargit et elle fit une légère révérence, amusée de cette habitude. « C’est dangereux. ». Cette phrase aussi était une habitude. C’en était devenu une remarque comme une autre. Aussi, sans se départir de son sourire fatigué, elle hocha la tête et répondit doucement : « Comme toujours, lorsque ça en vaut la peine. ». Aux yeux des autres, cette scène aurait pu paraître amusante et légère. Or, chacun des mots prononcés vibraient de sincérité. Ils étaient sérieux et ils pensaient ce qu’ils disaient. Seulement, il faisait en sorte que le dramatique de la situation s’estompe quelque peu pour que tout se passe au mieux.

Elle releva le regard vers lui et l’observa attentivement. Ses deux onyx qu’elle appréciait tant, qui faisaient passer tant de messages, ses cheveux sombres, souvent ébouriffés au réveil, ses lèvres relevées en un sourire sincère… Seul un pli contrarié barrait son front, comme à chaque fois qu’il revenait d’une des pauses cigarettes du matin. Un jour, elle lui demanderait pourquoi. Mais, pour l’heure, elle voulait simplement gommer ce trait de contrariété. Aussi inspira-t-elle profondément, cherchant rapidement une idée, avant de demander : « Aujourd’hui, je ne dois pas travailler, tu veux faire quelque chose ? ». Elle lui fit un petit mouvement de tête pour lui indiquer de la suivre et elle se rendit dans l’étroite cuisine. Elle se servit un verre de jus d’orange en guise de petit-déjeuner, histoire de tenir la journée, et elle demanda, alors qu’elle versait le liquide dans un grand verre, en lui lançant un regard amusé : « Tu veux quelque chose à boire, à manger ? Je suis dans la cuisine, alors si tu veux profiter de mes talents de cuisinière, c’est maintenant ou jamais. ».

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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyDim 19 Mai - 22:51

Ce n’était pas exactement qu’il ne remarquait pas –les cernes, la pâle minceur de sa colocataire– mais plutôt qu’il n’était pas sûr de vouloir y prêter attention. S’il trouvait Judicaël dans cet état, il l’engueulerait un bon coup, irait la mettre au lit, puis camperait devant la porte de sa chambre jusqu’à ce qu’elle se rétablisse. Si c’était Daphné, il lui embrasserait le visage, le cou, il la tiendrait dans ses bras pour la protéger de ce monde trop cruel pour elle. Wendy, c’était le point d’interrogation. N’était-il pas censé la haïr ? Qu’elle tombe malade devrait être une bonne nouvelle. Alors pourquoi ce sursaut d’inquiétude quand, par mégarde, il s’attardait à la regarder trop en détail, jusqu’à se faire la réflexion qu’il la casserait en deux s’il essayait de la tenir par la taille ? Il était purement incapable de se réjouir de la voir mal en point. Il regarda son sourire et imagina la douleur qu’il devait causer aux muscles figés de son joli visage. « Comme toujours lorsque ça en vaut la peine », répliqua-t-elle. Dans sa voix, quelque chose d’épuisé qui émettait un son de perles de rocailles. Rendre sa joie de vivre à Wendy, c’était une entreprise stupide qu’il ne tenterait jamais. Comment rendre à quelqu’un ce qu’on n’a pas eu besoin de lui prendre ? Elle s’était dépouillée elle-même, peut-être à force de trop donner aux autres. L’impression d’amertume qu’il éprouvait en sa présence était inexpliquée : elle venait soit de la non-satisfaction de ne lui avoir pas pris lui-même ce bonheur juvénile qui colorait jadis chacun de ses regards, soit de l’éventuelle prise de conscience qu’il errait sans but, si maintenant il commençait à prendre en pitié celle qu’il aurait voulu briser. Il avait tenu une seconde ses doigts dans les siens, suffisante pour constater qu’elle était gelée jusqu’à l’os. Il se sortit de sa position contemplative, appuya sa main contre la surface glaciale du radiateur avant de lancer un regard réprobateur à la jeune femme. Qu’est-ce qu’elle fiche ? Elle veut avoir mal, c’est ça ? Qu’à cela ne tienne, elle n’aurait qu’un mot à dire pour qu’il la saisisse et la colle un bon coup sous la douche, le jet d’eau froide en pleine figure ! Toutes les femmes sont des enfants fragiles qui prennent l’oubli de soi pour une vertu et l’abnégation pour vocation. Peter alluma le radiateur en maugréant un « bande de gamines ! » inaudible.
« Aujourd’hui je ne dois pas travailler, tu veux faire quelque chose ? »
Sans doute, il devrait faire quelque chose. Mais quoi ? Il se sentait l’envie de l’étriper. Franchement, il la détestait. Mais pas pour les bonnes raisons. Il avait oublié les raisons. Il l’avait eue un jour en horreur pour l’avoir condamné à rester accroché à Pan, pour être une héroïne de roman, pour avoir l’occasion de vivre sa propre vie et de ne rien en faire sous prétexte que, peupler son existence de rêves au lieu de faire face à la réalité, c’est beaucoup plus marrant… Mais ces raisons lui paraissaient déraisonnables, invraisemblables, aujourd’hui. Ce matin, il la détestait de se considérer plus morte que vivante. Il se rapprocha d’elle de nouveau, un peu vivement, presque en colère mais le tout était toujours camouflé sous un demi-sourire sarcastique. Il se tint devant elle en espérant qu’elle sentirait qu’elle tenait toute entière dans son ombre, qu’elle prendrait conscience qu’à trop oublier d’exister on s’efface. Il la tint par le menton et scella son regard dans le sien. Même ses pupilles noires pourraient manger le maigre bleu de ses yeux sans en être rassasiées.
« Il n’y a pas qu’aujourd’hui que tu ne devrais pas travailler, Wendy. »
Conclusion cinglante de son auscultation visuelle. Il mit une seconde de trop à la lâcher, ne s’expliquant pas que, même en s’acharnant à émietter les restes d’elle comme elle le faisait, elle restait supérieurement jolie. Si on entrait dans les détails philosophico-psychanalytiques, le « même » pourrait se transformer du reste en « parce que ». Ca n’a rien de nouveau, qu’une créature blessée paraisse profondément désirable, faire la constatation du pouvoir de séduction d’une ennemie à terre était seulement déprimant et révoltant. Poussant un soupire qui pouvait ressembler à un râle, il pivota légèrement sur lui-même et attrapa le dessus de lit, qu’il posa sur les frêles épaules de la jeune femme d’un geste un peu brutal, comme malgré lui.
« Un de ces jours il faudrait que je pense à te coudre à ce lit, pour t’empêcher d’aller encore te tuer à la tâche… »
Subtil mélange d’ironie ronchonne, il s’en retourna de son pas élastique près de la fenêtre, où il retrouva sa position bras croisés. Il espéra ne jamais avoir à en venir à une telle extrémité –la pensée de l’aiguille lui parcourut l’échine en un frisson dégoûté– mais il était toujours profondément mécontent lorsque, sortant de ses illusions volontaires, il constatait que Wendy fondait à vue d’œil, à la merci d’un artiste insensé qui tâchait de la gommer du paysage. Elle se dirigea vers la cuisine en lui intimant de le suivre, ce qu’il fit sans rechigner car qui s’adresse à son estomac obtient généralement gain de cause. Elle se servit un verre de jus de fruit et, vu son petit air satisfait, Peter compris qu’elle s’imaginait pouvoir se ‘‘nourrir’’ seulement de ce liquide pour toute la matinée. Il lui adressa un grand sourire entendu et agita un paquet de céréales sous son nez, qu’il posa finalement devant elle avec l’air de lui dire « Mange, sinon je te mords ». Elle lui proposa de cuisiner pour lui, chose qu’il aurait trouvée sournoisement délicieuse s’il n’y avait pas vu un moyen de faire diversion.
« Pour que tu empoisonnes ma nourriture de façon à mettre la main sur le magot que j’ai caché dans ma chambre, tu plaisantes ? Non, j’aime mieux cuisiner moi-même, mademoiselle machiavélique ! »
Il la bouscula un peu pour qu’elle lui fasse de la place devant le plan de travail, ouvrit au hasard un pot qui se trouvait là, sentit son contenu avant de lire d’un air interloqué l’étiquette qui indiquait « Pastilles pour lave-vaisselle ». Dommage, cette légère odeur de citron était plutôt appétissante, pourtant. Il allait vaillamment tenter d’ouvrir un autre bocal lorsque son téléphone sonna –et il faut avouer que les vibrations lui causaient toujours une frayeur passagère qu’il ne laissait pas paraître mais qui le déstabilisait à tous les coups. Il abandonna sa posture de chef étoilé et regarda alternativement l’écran de son portable et Wendy, sourire aux lèvres.
« C’est le théâtre, il faut que je réponde… Ne joue pas avec les petites cuillères en mon absence, tu serais capable de te couper un doigt. »
Il s’éloigna en direction de sa chambre en lançant par-dessus son épaule ces quelques paroles taquines, avant de repousser la porte derrière lui. Il resta précisément une minute et quarante-sept secondes au téléphone pour reparler d’un détail sans intérêt avec quelqu’un de tout aussi insipide. Bien décidé à montrer à Wendy comment faire des toasts délicieux à base de choses variées, il ressortit de sa chambre presque aussitôt, sans s’inquiéter de savoir ce que l’on peut trouver à faire dans une cuisine, en une minute et quarante-sept secondes.
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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyVen 24 Mai - 22:20

« Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy Tumblr_mmhml7S1Qp1rkxdlho1_500
Le regard de son colocataire glissa quelques secondes sur elle, la main dans la sienne, comme s’il observait et remarquait finalement les dégâts de cette fatigue insatiable qui lui rongeait le cœur, et Wendy se sentit mal à l’aise sous cette inspection, détournant finalement les yeux, comme elle l’avait fait quelques minutes plus tôt devant son miroir, incapable de tenir le coup sous un jugement silencieux de cette sorte. Puis, il finit par se reprendre. Peter n’avait pas eu l’air d’apprécier ce qu’il avait senti sous ses doigts. Sa peau devait être gelée, elle s’en doutait, comme tout le reste de sa personne, en réalité. Elle était glacée de l’extérieur, comme de l’intérieur, et ne cherchait plus même à se réchauffer. Le froid était devenu son compagnon, qui l’étreignait les nuits sans sommeil pour la bercer jusqu’aux frontières de l’inconscience, sans lui laisser y pénétrer. Et elle vit alors le jeune homme se retourner brusquement, posant sa paume chaude sur le radiateur, inutilisé depuis plusieurs semaines déjà, et il émit un marmonnement de mécontentement qu’elle ne comprit pas. Elle aurait bien aimé se défendre, lui affirmer qu’il ne faisait pas si froid que cela les autres nuits, mais elle préféra changer de sujet, ne pas s’attarder sur de telles futilités qui ne lui attirerait rien d’autre qu’un sermon. Elle demanda alors s’il avait envie de faire quelque chose aujourd’hui. Il ne lui répondit pas tout de suite, revenant se placer devant elle dans un silence quasi religieux, beaucoup trop proche, comme s’il souhaitait empiéter sur son espace vital. Elle se rendit compte à quel point il était grand et comme son regard lui semblait ombrageux, pas qu’elle ne l’ait jamais remarqué avant, mais dos à la lumière déclinante d’un soleil matinal tardif, il lui parut plus sombre, plus démesuré que jamais. Et elle se sentit ridiculement petite, tassée, presque inexistante face à lui. Elle lutta quelques secondes pour ne pas reculer, intimidée, avant qu’il ne règle ce dilemme muet en posant ses doigts sur son menton. « Il n’y a pas qu’aujourd’hui que tu ne devrais pas travailler, Wendy. ». Il la réprimandait comme une enfant qui n’en ferait qu’à sa tête, minuscule personne dans sa silhouette entière, son sarcasme habituel aux bords des lèvres. Il n’aurait pas dû avoir à faire ça. Ils étaient censés être amis et elle se conduisait d’une façon qui l’embarrassait toujours, l’obligeant à devenir le père d’une gamine capricieuse. Elle ne répondit pas, baissant les yeux, incapable de soutenir ces deux onyx qui la dévisageaient toujours, ne sachant que répondre. Il la relâcha finalement, et elle s’en voulut de lui imposer une compagnie aussi déplorable que la sienne. Elle ne comprenait pas ce qu’il faisait encore là, comment il pouvait continuer à la supporter.

Il se détourna d’elle en poussant un soupir qui lui apparut agacé et s’empara du dessus de lit pour le poser avec des gestes hachés et brusques sur ses épaules. « Un de ces jours il faudrait que je pense à te coudre à ce lit, pour t’empêcher d’aller encore te tuer à la tâche… ». Un sourire amusé remonta le long de ses lèvres, alors qu’elle resserrait la couverture autour de ses épaules, se blottissant dans la chaleur d’une étreinte de tissu. « Merci, mais excuse-moi de te le dire, je t’envisage mal avec une aiguille à la main. ». Alors qu’elle prononçait ces mots-là, déridée par l’ironie de la situation, Peter lui tourna le dos, venant se camper devant la fenêtre où elle avait passé sa nuit à contempler la nuit sans étoiles, bras croisés. Il semblait soudainement songeur, peut-être effrayé face à l’idée de coudre, alors elle tenta de se reprendre, de redevenir l’ombre de celle qu’elle avait été jadis, l’invitant à la suivre, avec ce même sourire de façade. Il la suivit sans protester, comme à chaque fois qu’il était question de nourriture, remarqua-t-elle un brin amusée. Elle se servit un verre de jus d’orange, ce par quoi il répondit en lui posant un paquet de céréale sous le nez, le regard menaçant. Elle soupira. Elle n’avait pas envie d’avaler quoi que ce soit. Elle n’avait pas faim, ou plutôt, rien ne passerait dans son œsophage. Elle avait la gorge nouée, le ventre serré, sans raison apparente, juste parce qu’elle savait que cette trêve ne durerait qu’une seule journée, puis qu’elle recommencerait. Se lever, travailler, se coucher. Le quotidien reviendrait d’attaque, sournois et plus violent encore qu’auparavant. Elle ferait des heures supplémentaires, s’inquiéterait de la santé d’un lot de personnes aux visages inconnus, puis reviendrait meurtrie dans son chez elle, la tête remplie d’histoires d’agressions, de maladies et de mort. Elle ne pouvait pas sauver tout le monde, lui avait-on dit un jour. C’était une vérité toute simple, banale, et qu’elle n’arrivait pourtant toujours pas à digérer. Inspirant profondément pour revenir dans le présent, en compagnie de Peter, elle lui proposa alors de lui faire quelque chose à manger, s’apercevant qu’elle n’était pas la seule ici à devoir se sustenter. Chose à laquelle il répondit aussitôt : « Pour que tu empoisonnes ma nourriture de façon à mettre la main sur le magot que j’ai caché dans ma chambre, tu plaisantes ? Non, j’aime mieux cuisiner moi-même, mademoiselle machiavélique ! ». Elle sourit distraitement et un petit rire s’échappa d’entre ses lèvres, quand il vint la pousser pour prendre sa place, ouvrant le tiroir pour en extirper une boîte qu’il sentit d’abord, avant de découvrir stupéfait l’étiquette. « Tu devrais vraiment me laisser faire, c’est toi qui va finir par t’empoisonner, monsieur je-n’y-connais-rien-en-cuisine. ». Il plongea à nouveau sa main dans le tiroir, mais fut brusquement interrompu par une petite sonnerie impromptue. Il sortit son portable et regarda le numéro qui s’affichait, avant de revenir river ses yeux sur elle, taquin : « C’est le théâtre, il faut que je réponde… Ne joue pas avec les petites cuillères en mon absence, tu serais capable de te couper un doigt. ». Elle esquissa un sourire amusé et haussa les épaules, répondant : « Pars serein, je serais prudente. ». Puis, il lui tourna le dos et partit s’enfermer dans sa chambre.

Dès l’instant où le battant de la porte se referma sur lui, Wendy sentit son sourire se fissurer, son masque heureux trembler, son bonheur factice déclinant dans la solitude des lieux. Elle baissa les yeux vers le plan de travail de la cuisine, fatiguée, les muscles lourds et engourdis, et le silence lui parut soudain assourdissant. Pas un seul bruit, seuls les murmures de Peter de l’autre côté de la porte, et elle, ici. L’impression de tout un monde les séparant. Elle se sentit faiblir et vint planter ses coudes dans le bois du comptoir pour ne pas s’effondrer. Elle sentit ses paupières papillonner, et le bilan de sa vie parut lui venir dans ces entrecoupements de battements de cil. Et si Peter partait un jour ? Que lui resterait-il ? Qui serait encore présent pour elle ? Elle avait le sentiment d’être un boulet qu’on traînait derrière soi par obligation, elle avait dans l’idée que son charmant colocataire ne restait que pour ne pas qu’elle s’écroule totalement. Pourtant, elle ne pourrait pas éternellement se raccrocher à lui, il lui faudrait lui rendre sa liberté, aussi désagréable que cette pensée lui paraisse. Il avait une vie en dehors de cet appartement, en dehors de son travail. Pas elle, mais lui si. Des éclats de cette vérité cruelle vinrent se planter dans la chair molle de son cœur affaibli, comme autant de fragments douloureux. Elle était dans le déséquilibre permanent. Aujourd’hui, pour elle comme pour les autres, il lui faudrait prendre une décision. Ce sentiment d’empressement qui l’assaillit lui fit serrer les dents et elle sentit son cœur au bord des lèvres. Sans doute aurait-elle vomi son horreur si elle s’était résignée à manger correctement ces derniers jours. Elle tenta de se redresser pour paraître plus digne dans cet effondrement de soi-même et ses mains maladroites et tremblantes d’épuisement vinrent renverser le pot de produit vaisselle. La boîte bascula, vomissant sa poudre blanche sur le plan de travail. Nocif. Tout comme l’était le contenu de ce récipient, son travail était nocif. Il était venu grignoter son existence paisible, sans qu’elle ne remarque rien, peu à peu. Et puis, une fois qu’il l’avait rongé jusqu’à l’os, Peter Pan avait donné le coup de grâce. « J’ai tout oublié. ». Elle sentit la douleur s’enfoncer en son sein et elle se replia en deux brusquement, comme si le coup avait été réel, alors qu’elle sentait des larmes gonfler sous ses paupières. Elle se redressa tout aussi vivement, se refusant de se faire détruire par une simple mésaventure. Ses doigts glissèrent sur la poudre blanche, soudaine tentatrice. Elle pourrait l’avaler, l’engloutir, s’étouffer avec et mourir empoisonnée. Un sanglot lui échappa à l’idée et ses mains agitées de tremblements incontrôlables poussèrent la poudre vers le sol, la jetant hors de sa vue avec les gestes saccadés d’une désespérée qui retarde l’échéance. « J’ai tout oublié ». Elle. Eux. Le monde entier. Et Wendy, elle, avait oublié de vivre, elle s’était avancé d’un pas rapide vers la mort, effrayée du danger d’une existence audacieuse, sa peur l’avait rongé, l’avait pourrie jusqu’à la moelle, ne laissant plus rien de l’enfant innocent qu’elle avait jadis été. De la poudre tomba en un nuage immaculé dans le tiroir, sur les couteaux aux lames affutés, comme de la poudre de fée nacrée. Elle avait vécu dans la peur. De grandir. De devenir une femme. De son mari. De l’échec. De la séparation. Des retrouvailles. De la vie. Son existence toute entière avait été parsemée de peurs. « Va la rejoindre, Peter. ».

Les mots s’échappaient de ses souvenirs avec violence, déferlant en elle comme autant de coups, comme si c’était la première fois qu’elle les vivait. La couverture glissa de ses épaules, tombant en un bruit mat sur le lino et le froid vint l’envelopper de ses bras froids, lui glaçant l’âme. Si elle n’était rien sans les autres, cela signifiait-elle qu’elle aussi était devenue une ombre ? Que sa noirceur ne pouvait exister sans la lumière d’autrui ? Pas d’identité précise, un visage flou oublié aux contours de nombreuses rues. Le couteau vint se loger dans le creux de sa main droite en un automatique effrayant, sa pointe venant serpenter sournoisement sur sa paume gauche, remontant rapidement. Elle s’arrêtât à l’orée de son poignet, marquant une pause de quelques secondes. Il était peut-être temps pour elle d’oublier aussi. Lui. Eux. Tout. La lame s’enfonça lentement dans sa peau sous une soudaine pression hâtive, et aussitôt un tiraillement désagréable la fit serrer le poing. Se libérer. La pointe remonta lentement, suivant le tracé bleuté d’une veine timide, divisant sa chair en des éclats de douleurs terribles qui la firent trembler de tout son corps, la morsure glacée du métal lui arrachant de force des larmes amères. Tout. Toi. S’oublier soi-même. Le couteau s’immisçait en elle avec une lenteur insupportable qui lui donnait envie de hurler, dans une brûlure vivre qui la mettait au supplice. Elle se mordit les lèvres pour s’en empêcher, et se rendit compte que des sueurs froides l’agitaient, qu’elle était pantelante alors que son cœur tambourinait dans sa poitrine en des battements douloureux, menaçant d’imploser sous la pression exercée. Sa main gauche était engourdie, l’autre oscillait dangereusement. Du sang se mit à sortir de la plaie, serpentant en de minces langues cramoisies jusqu’à ses doigts pour perler au bout de ses ongles. Filets chatoyants continuant sur sa peau pâle en glissant et se divisant comme les branches d’un arbre rouge dans un ciel enneigé. Des goûtes tombèrent sur le comptoir et elle sentit son ventre se tordre sous la vision. Impossible de continuer jusqu’au creux de son coude. Trop douloureux, trop dur. Comme toutes les autres choses qu’elle avait faite dans sa vie ; incapable d’aller jusqu’au bout des choses. Trop lâche. Minable, pathétique. Le couteau glissa de sa main moite, cliquetant sur le bois du plan de travail en retombant. Elle cilla et sentit son souffle se couper dans sa gorge emmêlée de sanglots réprimés, son bras brûlant, en feu. Elle-même fiévreuse. Des tâches noires se mirent à s’agiter comme de sombres lucioles devant ses yeux clairs et elle crut qu’elle allait perdre connaissance. Au lieu de cela, ses jambes se contentèrent de la lâcher, ses genoux s’entrechoquant alors qu’elle se laissait glisser contre la paroi du comptoir jusqu’au sol. Tomber dans l’inconscience ? Cela aurait été bien trop simple comme échappatoire, bien trop doux pour elle. Il fallait qu’elle souffre avant de trouver le repos. Elle fit basculer son visage vers l’arrière, les lèvres tremblantes, frissonnant elle-même entièrement, les joues noyées sous des larmes inconscientes, les jambes repliées sous elle, le poignet contre son ventre. Et Wendy se mit alors à attendre la mort. Pour tout oublier.

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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyJeu 13 Juin - 0:04

Ahuri au milieu de sa chambre, le regard vitrifié par l’horreur, il cligna des yeux en remarquant les projections de lumière bleu et rouge sur les murs blanc cassé de sa chambre, rythmées par le cri strident et irréel des sirènes. La porte du hall d’entrée du Méli Mélo, en bas, elle grince, comme d’habitude. Il allait voir surgir d’un instant à l’autre une horde d’hommes en uniformes, des sauveurs, des héros, et ils allaient prendre… ce tout petit corps exsangue qu’il avait déposé sur son propre lit dans un geste de hâtive délicatesse… emporter sa Wendy.
 

Il n’était pas trop mécontent de raccrocher le téléphone. Les gens du théâtre s’adressaient à lui différemment, depuis qu’il avait reçu des fonds suffisants pour passer les portes du Julieta Theater sans arborer un badge de plastique indiquant le titre pompeux de « technicien de surface ». Il prit oralement congé de son interlocuteur avec dans la voix le sourire de quelqu’un qui a tout à conquérir mais qui, cette fois, a pour se faire les armes suffisantes. Il avait hâte de reprendre sa petite confrontation matinale avec Wendy, qui, depuis la référence aux aiguilles, s’était montrée délicieusement impertinente. Il aimait bien la provoquer gentiment, il aimait bien qu’elle trouve matière à répliquer, il aimait bien quand ils faisaient tous les deux comme si tout allait pour le mieux. Monsieur est un homme de théâtre, oui. Mais ça n’allait pas. De sa petite silhouette discrète au bleu tapageur de ses yeux, rien en Wendy n’était à la convenance de Peter. Il maugréait et ruminait intérieurement sa rage, il la détestait de ne pas prendre soin d’elle, le forçant à le faire pour elle. Il voulait qu’elle aille mal mais il voulait que, son malheur, ce soit à lui qu’elle le doive. Ou alors, il voulait qu’elle aille bien, et il la protégeait de loin en ronchonnant, pour qu’elle ne pense surtout pas à le remercier, car il ne voulait pas qu’elle croit qu’il puisse aimer la faire sourire. Son sourire, en plus, il le maudissait, pour tout ce qu’il avait d’éclat, pour comment il le faisait se sentir insignifiant. Comme une ombre que le soleil éclipse. Bref, il repassa du côté de la cuisine en souriant une grimace mitigée, certain qu’il se résignerait à voler discrètement le contenu de l’assiette que Wendy aurait fait mine de préparer pour elle, mais qu’elle n’aurait cuisinée que pour lui, sans en avoir l’air.
 

« Monsieur ? »
Son bras droit se contracta de l’épaule au poignet tandis que son poing se resserrait lentement. Un des pompiers s’était planté devant lui et semblait vouloir le secouer du regard. Peter ne détournait pas les yeux de son lit, de la silhouette évanescente de la jeune femme. Tous ses muscles étaient tendus. L’homme valeureux ne se laissa pas démonter par le manque d’attention que lui portait le témoin du drame.
« Vous êtes un ami ? Quand est-ce que ça s’est passé ? »
« Son colocataire, répliqua-t-il laconiquement. Quinze minutes. Vingt. J’en sais rien. »
« Est-ce que vous l’avez vue… »
Peter tourna la tête vers lui pour la première fois. L’expression figée sur ses traits parut fortement dissuader l’homme d’aller au bout de sa question.
 

La cuisine à première vue désertée. Trois pas de plus et il fit irruption au milieu d’un cauchemar. Est-ce qu’il savait, au fond ? Là, devant le plan de travail qu’il allait bientôt contourner, un millième de seconde avant d’en avoir l’image, est-ce qu’il ne le savait pas déjà ? Ses pensées se liquéfièrent instantanément, preuve que son esprit faisait barrière, qu’il ne voulait pas rendre cette scène intelligible. Son corps en mode automatique, il arriva désincarné devant le micro-ondes, mû par une force qui l’opprimait. Baisser les yeux, ce fut le plus dur. Sa nuque s’était en quelque sorte solidifiée, il eut la sensation de briser chacune de ses vertèbres et cervicales une par une quand il fit cet effort. Le craquement des os résonnait dans l’impressionnant silence que son cœur avait cruellement ménagé en lui au moment où il avait définitivement cessé de battre. Par terre, Wendy. Il fut convaincu de son manque d’humanité total dès lors qu’il senti cet impérieux, de très pressant besoin de faire demi-tour et de fuir. Reculer géographiquement repousserait peut-être les frontières du temps, récupérerait de précieuses secondes et le ramènerait éventuellement à avant. Maintenant, il comprenait. Il comprenait Peter Pan. Il en venait à prier pour que Wendy se relève sous ses yeux ébahis, qu’elle ramasse ce couteau de bois trempé dans de la confiture de fraise, et qu’elle s’écrie d’un air de fanfaron en se léchant le bras : « C’était pour de faux ! ». Il aurait voulu qu’elle ait huit ans et demi et qu’ils soient de nouveau tous là-bas. Pitié, Wendy, dis-moi que tu as des pensées heureuses et envole-toi !
 
Il tomba à genoux et posa sur elle un regard d’enfant perdu. Son maigre corps était pris de spasmes, ses lèvres en forme de cerise expiraient difficilement un air raréfié. Il ne savait pas s’il devait la toucher ou non, lui venir en aide ou… Une langue de lumière avide lécha les dents sanguinaires du couteau, attirant son attention sur l’arme du crime. Wendy allait souffrir le martyr pendant au moins une demi-heure, se vidant de son sang lentement, elle sentirait chaque fragment de son âme se décrocher douloureusement de son corps et… Lui, il avait la force suffisante pour abréger ses souffrances. L’idée ne l’effleura qu’une demi-seconde, mais il se demanda ce que signifiait « aider Wendy ». Choqué par ses propres pensées, il se redressa immédiatement, avant qu’il songe à chercher la carotide de la jeune femme, et dégaina son téléphone pour appeler du secours. Au moment où il raccrocha et abandonna son portable sur le plan de travail, il remarqua la poudre blanche répandue un peu partout, suivit du regard le sillage de phalanges fines qui y était creusé. Il bondit de nouveau auprès de la jeune femme, lui prit les mains, les ouvrit, les inspecta, fut de nouveau frappé de stupeur en voyant qu’au creux de ses paumes douces le sang se mêlait à des flocons neigeux. Si elle avait en plus tenté de s’empoisonner… Il se rapprocha d’elle, la prit contre lui, cala sa tête contre son épaule et observa à la lumière du jour son visage blême. Il passa ses doigts sur ses lèvres et ressentit un soulagement dérisoire en n’y trouvant pas de trace de poudre. Elle avait les yeux mi-clos et des tremblements de plus en plus violents la secouaient. Ses tempes étaient trempées d’une sueur froide où quelques mèches dorées coagulaient. Il les repoussa et souffla sur son front avant de replier son bras blessé contre elle et de se relever en la portant.
« Wendy, Wendy… »
Il appelait son prénom d’une voix rauque dans l’espoir de la sortir de son état de transe, mais il ne savait pas si elle pouvait encore l’entendre. Il passa de nouveau le seuil de sa chambre, allongea Wendy sur le lit en se faisant la réflexion que c’était comme se délester d’une plume. Affaiblie comme elle l’était, elle ne résisterait pas longtemps. Peut-être qu’elle avait prémédité tout ça, qu’elle ne s’alimentait plus depuis des jours précisément pour que cet instant soit rapide… Il la tuerait, il l’étranglerait de ses propres mains s’il en venait à savoir qu’elle avait préparé ce dernier Acte en secret…
« Tu n’as pas le droit, Wendy… Tu avais dit que ça en valait la peine. Tu m’entends ? Tu me l’as dit tous les jours, que ça en valait la peine… »
Complètement abruti par le poids du « j’aurais dû », éperdu, il l’éventait avec un livre ouvert dont les pages bruissaient énergiquement, lui caressait les joues, le cou, il sécha les larmes au bord de ses yeux, il se mit à prononcer des mots tantôt colériques, tantôt déments et plaintifs, il alla jusqu’à jurer qu’il l’assassinerait lui-même si elle ne se réveillait pas, puis, soupçonneux, il déclara que, finalement, non, mourir de sa main lui ferait trop plaisir, il l’obligerait à vivre, plutôt. Il devint parfaitement paranoïaque, transcendé par une terrible impression de déjà vécu, il crut à une machination un instant. S’apercevant que les caresses n’y faisaient décidément rien, il se pencha sur elle et frotta ses épaules pour la réchauffer, avec des mouvements saccadés.
« Wendy, murmura-t-il en scrutant son visage, s’il te plait, ma chérie… »
Une minute plus tard, la chambre était pleine de cliquetis et d’effervescence. Deux des pompiers durent user de toute leur adresse pour détacher Peter du corps inerte de la jeune femme. Il était dans un état second, et il les tuerait tous, s’ils cherchaient à l’éloigner d’elle. Craché, juré.
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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyDim 7 Juil - 16:45

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E. Kathlynn S.-Heathcliff

My life with you
AMOUR-AMITIÉ-EMMERDE:
LISTE-DES-CHOSES-A-FAIRE:
VOTRE RÊVE: Toucher les étoiles.
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E. Kathlynn S.-Heathcliff
J'ai posé bagages ici le : 31/08/2012 Jouant le rôle de : Evangeline, l'étoile du soir. Nombre de messages : 1316 On me connait sous le pseudo : Broken Cookie. Un merci à : lovelybush & silver lungs & tumblr. Je suis fier(e) de porter l'avatar de : Jennifer Morrison
MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy EmptyVen 16 Aoû - 13:09

J'archive « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy 1823284050


Lit'l star lost in a wild world
« Avec d'autres bien sûr je m'abandonne mais leur chanson est monotone. Et peu à peu je m'indiffère, à cela il n'est rien à faire car chaque fois "les feuilles mortes" te rappellent à mon souvenir. Jour après jour les amours mortes n’en finissent pas de mourir. » ❈ anaëlle & gainsbourg.
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MessageSujet: Re: « Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy « Espérer, c’est démentir l’avenir  » ✭ Wendy Empty

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« Espérer, c’est démentir l’avenir » ✭ Wendy

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