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MessageSujet: • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. EmptyVen 9 Aoû - 22:36


ஹ Woman is not made to be the admiration of all, but the happiness of one.


Une averse de couleurs fluorescentes, une cascade de bruits stridents, une marrée de corps dénudés s’enlaçant et s’étreignant, se chérissant, se désirant, se charmant et se trouvant. Il y a ces flashs indécents, ces teintes osées qui reflètent toute la vulgarité et la souillure des esprits tordus s’emboitant les uns dans les autres, formant un excellent puzzle, montrant une parfaite image des déboires de l’être humain. Et puis, il y a aussi ce bruit que crée les verres s’entrechoquant ; strident, insupportable. Pire encore ? Les paroles, cet ensemble de mots, ce concentré de littérature réduit à un simple et misérable... Bruit. Les femmes minaudent et gloussent ; les hommes grognent et bredouillent. Je tente de discerner ce qu’ils disent, me fie peut-être d’avantage au langage corporel que verbal, j’en conçois, mais je ne parviens cependant qu’à discerner une drague salasse, bien loin de la courtoisie d’antan que je retrouve entre les lignes de d’avantage qu’un ouvrage. Mes yeux glissent sur les pentes que forment les dos musclés des hommes, parcourent les formes des femmes, ne s’attardent jamais, ne font que survoler. Je sens plus que je ne vois l’odeur pestilentielle de la sueur, bien qu’entre deux clignotements, je distingue sans peine la brillance loin d’être hygiénique des peaux. Oh et, par tout ce que je peux invoquer – Satan, Dieu ? Je ne sais pas, je ne suis pas croyant – n’y avait-il donc point mieux comme musique pour se déhancher de la sorte, de façon si obscène ? Je répugne et en viens à espérer être momentanément privé de mes sens.
Désirant du plus profond de mon être devenir aveugle et ne plus avoir à regarder cette affreuse décadence, je souhaite aussi devenir sourd pour ne plus avoir à entendre les femmes se rabaisser, les hommes en profiter ; la misogynie n’est point mon domaine et si j’en fais preuve, c’est que je comprends que la personne en face de moi n’apprécie pas. Quel étrange concept ai-je donc de l’évolution des relations humaines, non ? Ma liste de souhait du moment s’étend jusqu’à perdre l’odorat pour ne plus que deviner l’odeur de l’amour et du désir, pour enfin pouvoir imaginer que la senteur est agréable, divine et non pas putride comme je le sens. L’amour détérioré, le désir sale ; ces sots n’oseraient point souiller pareils sentiments s’ils avaient un jour été privé, non pas d’un sens mais de leur humanité, dès lors incapables de ressentir, spectateurs d’un défilement de ressentis. Quoi qu’il en soit, il y a aussi le fait d’être privé du sens du toucher qui me permettrait de ne pas sentir ces corps se déhancher contre moi, ce mur glacé accueillant par obligeance mon dos. Me restera encore le sens du goût. Privé de celui-dernier, je serai en peine – et en serai bien heureux d’ailleurs – de connaître le goût des lèvres des femmes pressant leurs corps contre le mien alors même que je me complais à m’enfoncer dans toute réflexion pouvant me libérer de ce bas monde, des déboires dans lesquelles je me perds pourtant habituellement mais dans lesquelles je ne me retrouve aujourd’hui pas.
Mes bras entourent la taille de cette belle créature qui s’attèle à m’embrasser et à me susurrer des mots que je ne retranscrirai pas, jugeant qu’ils sont d’un cru tel qu’ils ne pourront que salir ce que je me pousse à embellir.
Je réponds à ses baisers machinalement, adossé à un des murs de cette boite de nuit sur lesquels se reflètent une splendide couleur bleutée ; le bleu électrique est divin à contempler, je vous le garantie.
La brune s’en va après que je le lui demande de se retirer assez rudement, car d’elle-même, elle ne l’aurait point fait, ne semblant point se préoccuper par mon indifférence. Que je réponde à ses baisers et que je ne me gêne pas de glisser mes doigts sur ses gracieuses courbes doit lui suffire. Certainement même.
Mais moi, ça ne me suffisait point. Pas ce soir du moins.
Tous dansent d’un pied à l’autre, me cognant, s’excusant ou m’ignorant. Je croise les bras sur mon torse mais ce n’est que de courte durée avant qu’une rousse s’approche de moi, réussissant à me soutirer un sourire amusé tandis que j’entreprends de l’embrasser en l’amenant à moi, sentant sa poitrine se réceptionner sur mon torse.

Je me plains de ce surplus de... Trop. J’aime les choses en grand, qui brillent et attirent, attisant la curiosité, la convoitise et la jalousie. Mais là, dire que trop de trop tue le trop ne serait guère erroné. Je me plains de ces lumières, de ces bruits, de cet avilissement ainsi que de la mentalité emplissant l’atmosphère, semblant tromper les lois de la physique en alourdissant les particules.
Mais je fais tout de même partie du décor. Bien que j’essaye de trouver plus simple, le seul moyen à mes yeux de suspendre le temps, de figer les sentiments et d’alléger ladite atmosphère – de faire plus que partie du décor – est sans conteste enchaîner verre sur verre, liqueur sur liqueur, m’enfonçant dans les corridors sombres donnant sur cette simplicité... Simpliste.
Et libertine.
Mais même lorsque je me fonds dans la masse, ce n’est jamais nous, toujours eux et moi, jamais unis, toujours séparés par les barrières d’une maturité indéniable, de la possession d’une conscience.
J’en viens à me demander si tous sont dotés d’une conscience d’ailleurs. Je doute de l’équilibre des dosages de chaque humain ; le plus aimable ne sera guère aussi chanceux que le mauvais de l’histoire. Cynisme du sort qui vous rie, vous crache littéralement à la figure

Toujours eux et moi. Jamais nous. Comment font-ils pour être si indissociables ?
Mes doigts se perdent dans les mèches indomptées, sauvages et quémandant mon attention. Cette femme est si belle qu’elle me permet de fermer les yeux, juste un instant, et de l’imaginer mienne, l’imaginer avec moi, que je cesse d’être seul, que je puisse avoir droit au nous, moi aussi. À moins que je ne le mérite pas. Mais sur quoi serait basé le mérite de l’intégrité ? Je l’ignore. Mais j’y réfléchirai. Pas maintenant, parce que cette femme m’ôte toute attache à la réflexion. C’est magique, teinté de cette grâce divine. Grâce qui revient au fait que ce soit éphémère. Une grâce sans joie, sans sens.

J’ouvre les yeux en allant trouver le cou de la belle mais mes prunelles ne sont plus éblouies par les jets de lumières, s’y étant habituées. Elles parcourent le bar et s’arrêtent brusquement sur cette fine silhouette élancée, assise, gracieuse.
Je dois rêver. Pareille posture ne peut que témoigner de somptuosité qui, une fois décrite par des mots, aussi puissants soient-ils, sera réduite à quelque chose de simple et d’accessible. Or, ce dont je vous parle est un trait propre à cette femme, jamais cela ne pourra être acquis par qui que ce soit d’autre.
Je continue de la contempler alors que je m’active à marquer le cou de la jolie rousse.
Je la vois mal, à peine, certainement pas assez, pas comme je le voudrai. De profil, un peu de dos aussi ; je ne sais pas, ne sais plus, me perd et entame une série de baisers effrénés sur le cou de la rousse que je crois entendre gémir. Oh, ses mains ne seraient pas aussi baladeuses et elle ne serait d’ailleurs pas aussi entreprenante si elle savait qu’elle n’est point la muse m’inspirant tant de suave férocité.

Alors que mes dents percent pour mordiller la peau délicate de la femme, j’aperçois, près de ma Grâce, cet individu, cet homme.
La rousse s’éloigne brusquement en plaquant sa main contre son cou. Je la regarde, étonné. Que... Je lui ai fais mal ? Réellement ? Ma jalousie est-elle si maladive ? Cette femme... Mais qui est-elle ?
Je lui dis pardon en la regardant et elle me lance un sourire satisfait, enjôleur. Je darde mon regard marron sur cette belle qui m’exaspère désormais et la repousse d’une main lorsqu’elle tente de revenir m’embrasser. Elle parle, m’insulte ; je ne réponds pas, ne l’entends même pas.
Je suis décidé. Décidé à me libérer de ma jalousie ainsi que de la tentation ; y céder, simplement.

Je progresse à grandes enjambées, joue des coudes et repousse avec une once – prononcée – de brutalité les femmes un peu trop entreprenantes. En moins de temps qu’il en faut pour le décrire avec l’adjectif le plus fort question rapidité, j’atteins la hauteur de ce couple improvisé.
Son copain ? Non. Il ne peut pas être son copain. Il n’a pas le droit. Elle non plus n’a pas le droit d’être autre que mienne. Et puis, non, cet homme a l’étoffe d’un dragueur. Il surveillerait ce trésor qu’il possède si c’était sa copine, au lieu de quoi, je vois bien qu’il ne peut même pas la regarder dans les yeux. Elle doit avoir de belles formes.
J’en saliverai presque.
Elle sourit. Pourquoi sourie-t-elle ? Pourquoi lui sourie-t-elle ? Pourquoi pas à moi ? Pourquoi ne suis-je pas le destinataire de ce délice ? Oh, j’ai envie de l’insulter, de la punir – hum ? – et de la... Posséder.
Je suis près de l’homme. Je lui tapote l’épaule et il se tourne avec un sourire qui s’évapore à ma vue.
Qu’est-ce qu’elle lui trouve ?
Je lui agrippe le col et le lève de force, l’obligeant à reculer et prenant sa place. Il rechigne et lève son poing vers moi, près à me l’abattre dessus. Poing que je bloque avec un sourire tandis que j’utilise ma main libre pour le frapper, poing serré et de façon violente à son plexus. Il hésite, m’insulte, me menace...
Puis s’en va, la queue entre les jambes.
L’ignorance est le plus grand des mépris.
Je me tourne vers elle. Mais que vais-je faire, que vais-je dire ? J’éloigne les deux verres et pose mon coude sur le comptoir en contemplant la belle.
Des cheveux soyeux, bruns, encadrant, un visage aux traits fins et féminins, une paire d’yeux appétissante, couleur chocolat.

« Ta malice est palpable, ton jeu évident ; je vous défie, Princesse des dunes, et l’enjeu sera... Nous. »

Si tu gagnes, beauté divine, tu m’auras. Et si je gagne, je t’aurai. Pour toujours, nous oserons l’espérer, mais nous ne cesserons d’en douter. Car le doute est un vice et que le vice est l’esquisse à partir de laquelle est né l’être humain.
Toujours eux. Jamais nous.
Il y a eux, il y a moi. Et maintenant, il y a elle. Y aura-t-il nous ? Je me le demande. Je l’espère. Je le conçois, le prévois, ne cesse pour autant d’en douter et de le craindre. Car je ne suis un homme qui frémit devant l’Inconnu et qui tient tout particulièrement à sa Liberté. Liberté que je ne sacrifierai pas même pour l’Amour de ma vie. Si je pourrai, sans souci ni regrets s’en suivant, sacrifier mon apprentissage déjà bien avancé du désir selon différentes femmes pour l’apprentissage de l’amour d’une unique divinité, cela ne traine pas pour autant dans son sillage le sacrifice de ma Liberté. Mais cependant, je ne doute réellement pas de la facilité avec laquelle je cesserai de passer de femme en femme pour tenter d’atteindre les sommets, le summum – le paroxysme – du désir avec une unique femme.
L’Unique femme.
Les désirs des personnes sont changeants, pas toujours concentrés aux mêmes endroits. Alors, à défaut d’être réduit à un apprenti à chaque fois, obligé d’apprendre ce qu’aime ma campagne, je veux apprendre à ne désirer qu’une seule femme.
Mais nous n’en sommes pas encore là.
Je tends les doigts, saisit une de ses mèches, l’amène à mes lèvres, soupire.
Je demande deux verres d’un alcool basique et bois du mien une gorgée.
Je perds la tête. Je deviens fou. Fou d’elle. Je la connais. Forcément. Pareille élégance me rend tellement nostalgique.

« Serait-ce trop osé, trop audacieux, trop arrogant de ma part de vous demander... »

D’être mienne.
Mes mots se meurent sur ma bouche. Cette bouche qui ne demande qu’à couvrir celle de cette femme, qui ne demande qu’à déverser un flot de belles paroles et de promesses. Ma bouche ne demande qu’à embrasser celle de cette princesse.
Et l’allusion aux dunes n’est qu’un espoir que je nourris intérieurement et silencieusement, espérant éveiller l’attitude princière de la belle si c’est bien elle que je recherche et, si ce n’est point elle, ce surnom ne sert qu’à l’invoquer, cette princesse de mes rêves.


Dernière édition par Aiden J. Amane le Ven 27 Sep - 22:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. EmptyMar 13 Aoû - 23:23

« Le regard, la voix, la respiration, la démarche sont identiques ; mais comme il n'a pas été donné à l'homme de pouvoir veiller à la fois sur ces quatre expressions simultanées de sa pensée, cherchez celle qui dit vrai, vous connaîtrez l'homme tout entier. »

Honoré De Balzac

Ses pieds ne trompaient personne. Ils donnaient le rythme à sa marche, de sorte à ce qu'elle donne l'air d'être parfaitement assurée. Paraît-il que, s'il vous prenait de désirer compter ces pas-là, vous tomberiez sur un chiffre impair à chaque fois avant qu'il ne bouge un doigt, réajuste un col de chemise ou glisse l'indexe sur son menton. Un, deux, trois. Un geste. Un, deux, trois, et un autre. La silhouette elle-même, bien que trop révélatrice du sexe opposé, en disait long sur cet individu. C'était un homme qui se savait respecté - tenez, remarquez avec quel fiel il lançait sa jambe devant l'autre pour marquer un pas ! ce mouvement ne débordait-il dont point d'une assurance palpable ? Un homme respecté, disaient-ils tous, donc. Mais à quel point respectable, en vérité ? Là demeurait toute la nuance de la chose.

Jasmine croisa les bras sur sa poitrine, enfonçant un peu plus son dos dénudé contre le mur de pierre. Le ciel s'était déja drapé de saphir depuis quelques heures déjà, il était ainsi indéniable que l'heure devait être bien avancée dans la soirée. Assez en tout cas pour que les sacres de la nuit prennent la relève de la chasteté du jour... Que faisait-elle donc ici ? Plusieurs réponses se tentaient à être admises, parmi les ô combien nombreuses se comptant comme recevables. Elle observait, simplement. Appréhendait et jaugeait pourraient également être de mise, mais pour le moment, elle se contentait d'analyser. Pour mieux comprendre. Son champs de vision offrait rien de moins qu'un vaste dédale de rues, débouchant quant à elles sur des ruelles qui elles-mêmes parfois ralliaient la grande avenue à une poignée d'immeubles d'ici. La fièvre nocturne avait apporté avec elle une chaleur doucereuse et agréable, et avec elle des dizaines de passants, déci delà. Mais ce n'était ni la populace ni la température qui s'accaparait présentement l'attention de la brune. Ses iris sombres étaient, elles, vrillées en ligne droite sur cet homme qui traversait à présent la rue. Une attention toute particulière brillait dans son regard, à un point qu'elle ne pouvait se résoudre à s'en détacher. Heureusement pour elle, l'angle de la rue menant au lieu du rendez-vous offrait un point de vue consistant pour cette considération dissimulée, elle pourrait donc à sa guise scruter et à la fois compter sur l'ombre de l'établissement non loin d'elle pour déguiser ses propres traits qui seraient à cet homme bientôt connus. Ainsi, c'était lui, l'homme respecté qu'elle se devait de voir avant son départ en Asie du sud-est. Il lui fallait avouer que son charme précédait sa réputation. Cependant, quelque chose la démangeait dans sa façon de marcher. Une flamme dansante, affectant tous ses membres, rendait la démarche quelque peu délicate mais indéchiffrable, lugubre et luxuriante. Putride et prétentieuse. Minutieuse par dessus tout. L'homme venait de s'engouffrer dans le dernier endroit dont la jeune femme se serait attendu. Elle arqua un sourcil et esquissa un pas de côté. Il ne lui avait pas indiqué le lieu du rendez-vous, ni décrit ce qu'il porterait ce soir là. Seulement le nom de la rue et l'heure. Était-il possible qu'elle se soit trompée de personne ? C'est impensable... Ça ne pouvait qu'être lui ! D'un haussement d'épaules, la brune attendit patiemment que la porte se referme.
Un dernier regard en faveur des nombreuses tavernes et rhumeries s'étalant à sa droite et à sa gauche sous la lumière des belvédères comme seul éclairage, et elle franchissait déjà le seuil à de la boîte de nuit.

Et ce fut l'annihilation des sens. Tous et toutes vibraient au rythme endiablé du son électronique lézardant les murs, sans ne jamais s'arrêter. Ce dernier mot ne prendrait d'ailleurs, son sens originel qu'à l'heure où la lune s'inclinerait devant la volupté solaire. Pendant ce laps de temps si long et pourtant si court pour d'autres, les uns comme les autres profiteraient. Les notes vibrantes n'échappant guère au plaisir. Faisceaux lumineux et spots arc-en-ciel aveuglaient ou éclairaient des visages inconnus par vingtaines, cinquantaines et centaines. Combien étaient-ils ? il lui aurait été impossible de compter tout comme de se risquer à arrondir à un nombre près. Ce que cache la nuit ne peut qu'être découvert au lever du jour. La particularité avec ce genre d'endroit était qu'ils n'ouvraient pas au contact de la présence du soleil, n'attendant que l'autorisation lunaire pour s'affranchir... Cela sous-entendait-il que tout ce qui demeurait en ces lieux en restait prisonnier à jamais ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Tout en nouant ses doigts derrière son dos, elle fit quelques pas sur le sol, au rythme irrégulier de ses mains tapotant ses reins. Ses yeux glissaient sur les parois closes autant qu'elle-même rasait les murs. Était- il possible que tous, jusqu'au moindre des objets, et même davantage, jusqu'aux liquides colorés qu'abritaient les verres, étaient frappés autant que tous ces êtres par le son environnant ? étaient-ils tous empoisonnés par l'envoûtement de la musique, sentaient-ils tous cet annihilation sensorielle ? Où était-ce seulement elle ? C'était une épidémie de voix, de soupires pleins de promesses et de mensonges. Des murmures qui à l'unisson se muaient et d'inter-changeaient la parole pour ne former que deux mots, le bruit. Non, la passion. Tout n'était qu'un tout. Des fusions de corps et d'âmes. L'asservissement des mœurs et la provocation crachée aux pieds des raisons. Ce dernier mot n'existait plus en ce bas monde, pas plus qu'aucun des individus ici figurément parlé. Car tout ceci ne semblait qu'être tout droit sorti d'un songe, un rêve cueilli au beau milieu d'une nuit d'érotisme, sinon comment expliquer l'agissement de tous et le sien quand la fièvre la trouvait ? Un bout d'amour, ce devait être cela, ça et là, ainsi qu'une passerelle vers l'autorisation publique de la luxure, la réalisation des désirs et la levée des tabous. L'occasion rêvée - sans jeu de mot un seul - d'emprunter cette attrayante voie du nom d'échappatoire, d'oublier le temps d'un instant tout ce que nous avons choisi de mettre de côté pour vivre pour de vrai.
Ce lieu n'était que le sanctuaire de l'oubli et de la trouvaille charnelle et émotionnelle. Elle-même n'avait pas de mal à comprendre pourquoi certains ne l'appréciait pas tandis que d'autres en étaient régulièrement habitués. Les raisons étaient simples. Logiques.

« Mademoiselle ? »

Une voix masculine ? Ce devait être lui. L'interpellée fit volte face, coupant de cette façon court à ses fabulations. Raté. Ce n'était pas l'homme qu'elle recherchait. Nul besoin toutefois de s'enflammer. En cas d'erreur, sa réponse était toute faite.

-Bonsoir. Marquant une pause, elle considéra des yeux l'inconnu. Le tour ne prit qu'une fraction de seconde. Ce qui suffit largement. Une lueur amusée se nicha aux coins des lèvres de la jeune femme, et elle saisit entre ses doigts le verre de l'ingénu, le lui ôtant des mains. Ayez la main plus dure sur ce verre, si vous comptez en offrir un à une femme. Votre légèreté ne trompe que trop votre âme ce soir. Bonne soirée à vous.

Son sourire s'accentua puis s'évanouit à mesure qu'elle pivotait sur ses talons pour s'éloigner à grands pas - ou autant que la pièce le lui permettait toutefois - sans lui accorder le temps de répliquer. Elle déposa au passage le verre dérobé sur une table basse. Mais où pouvait-il bien être ? Elle n'était entrée qu'une ou deux minutes à sa suite, il ne devait pas s'être envolé bien loin... Se hissant sur la pointe des pieds, elle localisa bien vite le comptoir. L'endroit par défaut idéal pour bien débuter un premier rendez-vous, en d'autres termes. Insufflant une bouffée de vie, quelques jeux de coudes et glissades de côté suffirent à le rallier en quelques pas. Un homme était attablé à quelques mètres à peine, les épaules larges et le dos exagérément droit. Son haut de costard trompait son fond, mais Jasmine ne se formalisa pas là dessus, cherchant plutôt une façon cordiale de l'aborder sans trahir sa surprise quant à ce choix de lieu. De toute façon, cet homme ne tarderait pas à lui révéler bien vite davantage sur sa personnalité qu'il ne pouvait le croire, et ainsi révéler ses véritables motivations quant à ce particulier entretien.
Elle le rejoint en quelques enjambées, posant doucement sa main sur le bois de la table une fois arrivée à sa hauteur. Là, elle se hissa sur la chaise avec légèreté, commandant une boisson au liquide bleuté dont elle était maintenant habituée. Une fois la commande posée, elle enroula des doigts autour du verre et se tourna vers son éventuel futur supérieur professionnel.

-Vous semblez avoir tenu parole, Mr. Auditore. Il est exactement vingt-trois heures quarante-cinq et vous êtes déjà assis, attablé de surcroît et sirotant votre boisson avec bonne humeur. Pardonnez mon retard. Je suis Jasmine Meradj, c'est un plaisir.

L'homme en question ne semblait guère étonné de la voir ici. Dommage, elle aurait préféré une réaction différente. Il se contenta de pencher la tête de côté, illuminant ses prunelles d'un intérêt renouvelé. Insistant déjà. Étrange, aussi.

« Jasmine... Enchanté d'enfin vous rencontrer. Je suis ravi que vous m'ayez trouvé, d'ailleurs, car il est clair que cet endroit est certes peu accommodant. Vous m'en excuserez, de toute façon, n'est-ce pas ? Appelez-moi Alarico, je vous prie. » Ces derniers mots toujours roulant sur sa langue, l'homme se pencha légèrement vers la jeune femme. Cette dernière parcourait son visage des yeux, la mine circonspecte. Depuis ses cheveux blonds cendrés jusqu'au contour de ses lèvres fines, tout semblait être fait pour plaire. Sa mâchoire était tracée par des os solides et bien visibles. Vu sa carrure, il devait être un peu plus grand qu'elle mais surtout très mince. Il aurait pu être charmant avec cette écharpe grise autour du cou si ses yeux verts ne trahissaient pas un intérêt plus que professionnel et si son sourire avait davantage été teinté d'amabilité que d'engouement. Jasmine pinça les lèvres et se redressa, tendant la main pour la lui serrer cordialement et préférant ignorer ses ressentis. Bon, cet homme ne risquerait pas d'être une partie de plaisir. Elle se doutait bien qu'un tel endroit n'était pas approprié pour un rendez-vous, mais prendre quelques rafraîchissements n'aurait pas fait de mal si elle avait été en bonne compagnie. Tout en rapportant son verre aux lèvres, elle but une, puis une deuxième plus longue gorgée.
La conversation s'ensuivit de façon plutôt banale, tombant finalement après un certain temps dans l'ennui profond. Rapidement. Trop rapidement pour être naturel - l'ennui était-il naturel si vite ? Alarico Auditore était un maître de théâtre, pour ainsi dire un metteur en scène. Elle avait trouvé son annonce sur internet, mais jamais n'avait eu l'occasion de le rencontrer ou même de décrire un temps soit peu son allure. Mais il ne lui plaisait définitivement pas. Il tentait avec trop d'entrain d'esquiver ses questions en la relançant sur des sujets bien trop personnels. La brune dut procurer un effort considérablement grand pour contrôler sa main droite qui encerclait toujours son premier verre. Si il continuait sur cette voie, il ne tarderait pas à se l'avaler en pleine figure. Très vite. L'idée l'amusait et la tentation était enivrante.
Qu'aurait donné le mariage de ses yeux verts au bleu de son rafraîchissement ? Ha ! Ha !
Mais elle ne pouvait se le permettre décemment, ni de quelqu'autre manière. Le prochain sujet dramatique de l'artiste l'intéressait bien trop pour qu'elle laisse filer l'occasion si promptement et pour une raison aussi déshonorante que celle de n'avoir pas pu contenir son agacement... ou répondre aux avances d'un imbécile. Toutefois... Se voyait-elle réellement travailler avec un homme aussi vicieux durant des semaines et des semaines ? Elle réprima un spasme nerveux qui menaçait sa poitrine. Ce fut trop d'efforts. Le sourire de la détentrice des yeux bruns rapporta une ultime fois le verre à sa bouche, laissant le bleu édulcoré caresser sa langue avec douceur, puis le reposa avec plus de violence qu'escompté sur le comptoir. Son sourire s'effaça en même temps que son interlocuteur.
Mais en rien pour les mêmes raisons.
Ce dernier sursauta, à sa grande surprise, tandis que des mains lui saisirent le col pour le reculer brutalement, le soulevant en fait avec une facilité déconcertante, et en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire, un jeune homme plus jeune que le précédent se retrouva assis près d'elle. Et le reste défila en quelques gestes. Le nouveau venu décocha un revers - ma foi bien adroit - en plein dans le plexus du blond. Ce dernier s'enfuyait déjà dans la direction opposée.
Jasmine posa les yeux sur le garçon, et n'eut pas le temps d'esquisser un mot que déjà il prenait la parole.

« Ta malice est palpable, ton jeu évident ; je vous défie, Princesse des dunes, et l’enjeu sera... Nous. » Elle posait sur l'homme des yeux attentifs, ne sachant comment réagir à cette approche. Elle voulait réagir. Elle le voulait vraiment. Elle voulait répondre, par dessus tout et sans en quémander trop, elle voulait trouver les bons mots. Mais quelque chose l'en empêchait et nouait sa langue, la condamnant au mutisme. Que dire en réalité ? la première impression qu'elle avait eu de lui était foncièrement négative, et, à vrai dire, elle bouillonnait à l'intérieur. Réalisait-il qu'il venait de tirer un trait sur son rôle dans la seule pièce qui l'intéressait réellement depuis deux mois ? Réalisait-il l'affront qu'il venait de lui infliger avant même d'avoir pu entrer dans sa vie, faire ou dire quoi que ce soit ? La chose était ainsi ; un ange passe et la laisse là, au milieu des lumières nimbées elles-mêmes de perdition, ce même ange qui passe et lui ôte les mots de la bouche tout comme lui fait perdre le fil de ses priorités. Si l'incompréhension ne tétanisait pas ses membres, cela aurait été divin que de céder enfin à ses pulsions et de le remettre à sa place comme il venait si bien de le faire. Il mériterait qu'elle le plante ici, tout de suite, et lui fasse payer son injure. Et aille s'excuser auprès de l'Auditore, tenez.
Quoique. Ce dernier point était clairement à bannir. Elle ne pourrai s'y résoudre, et la raison était simple ; si le coup n'était pas du nouvel arrivant, il aurait fusé d'elle-même, bien qu'elle ne soit guère habitué à user de violence. Cet homme venait tout simplement de réaliser ce qu'elle brûlait de faire depuis maintenant une demi-heure. Une demi-heure, trente minutes et 1 800 secondes que ses phalanges viraient blanc et le bas de sa paume rouge aux endroits où ses ongles s'étaient enfoncés, tellement elle contenait son irrépressible envie de remettre à sa place l'homme qui venait de s'en aller. Devait-elle pour autant manifester de la reconnaissance en faveurs du potentiel sauveur ? Peu probable. Il ne pouvait pas avoir deviné sa révulsion envers le metteur en scène, aussi ne méritait-il aucun remerciement de sa part. La brune darda subitement son regard sur ses mains, paume soumises au ciel, soumises à ses yeux qui pâlirent ses traits en un millième de seconde lorsqu'elle nota les entailles fines, irrégulières et entourées de rose.
Ce ne fut qu'à cet instant que ses mots la frappèrent de plein fouet pour en vomir le sens en plein dans le puits sombre de ses yeux.

-Quel... Quel nom m'avez-vous donné ?
Elle se serait maudit de faire preuve d'autant de déstabilisation, lui donner l'occasion de contempler l'étendue de son succès pour la toucher ne lui plaisait guère. Sa voix n'avait en fait été qu'un murmure, un souffle, un espoir rongé, usé, un verre à demi-vide qu'elle se refusait à voir à demi-plein. "Princesse des dunes". Une ribambelle d'images défilèrent sous ses yeux, sortant de l'oubli tels des monstres millénaires, effrontés de se voir oubliés, vinrent hérisser sa peau, rappelant à ses sens odeurs et saveurs, sensations d'antan, et... Avait-elle rêvé ? C'était une éventualité guère négligeable. Elle devait se murer d'idées, forcément. Il était impensable qu'il sache quoi que ce soit de son passé. Impossible, à moins qu'il...

« Serait-ce trop osé, trop audacieux, trop arrogant de ma part de vous demander... »

-Qui êtes-vous ? Le coupa-t-elle, les yeux ravivés d'un intérêt nouveau quoique méfiant. Je vous connais... Je... Elle déglutit péniblement, et bénissait accessoirement le bruitage environnant pour couvrir le son sourd de ce dernier. Entendait-il seulement ses paroles ? Quel cas faisait-il de ses pensées ?
Pourquoi m'avoir appelé ainsi ?

Ignorant si elle avait exprimé cette dernière pensée à l'oral ou non, sa voix se perdit dans sa confusion sans qu'elle ne soit capable d'en arrêter, ou d'en amortir en dernier recours au moins la chute. Elle porta une main à sa gorge. La réponse, elle ne voulait pas la connaître. Elle serrait les dents sous ses lèvres. Elle hurlait sous sa gorge. Ce cri résonnait dans sa tête, entre-mêlait toutes ses interrogations pour se muer en regard, un regard lourd de mots, de demandes, d'incompréhensions. D'espoir, également. Que de poésie dans ses paroles et elle osait ne pas s'en formaliser pour quelque chose d'aussi insignifiant ! - l'était-ce vraiment ? "Et l'enjeu sera... Nous." Un frisson traça sa colonne vertébrale, grisant cellule par cellule. Tout en patientant pour la réponse, elle suivit des yeux ces doigts qui lui paraissaient si familiers et qui cueillirent pourtant pour la première fois une mèche de ses cheveux pour la porter à ses lèvres. S'étaient-ils tous donné le mot ce soir pour la troubler et voler toute raison à ses certitudes ? Son propre regard dériva alors sur ses cheveux à lui, aussi sombres que les siens, croisant des yeux d'une profondeur alarmante, des yeux qui ne la quittaient pas, dessinant le contour de son visage qui ne disait rien à sa mémoire mais que son coeur et son âme semblaient reconnaître... Pour venir s'échouer sur l'humidité de ses lèvres qui venaient quant à elle de rompre contact avec sa chevelure en faveur d'un verre récemment commandé. La jeune femme se surprit à haïr ce verre. Et l'instant d'après, à se haïr elle-même d'avoir éprouvé cette ridicule haine. Elle tendit alors ses doigts vers la joue du brun pour s'y poser avec douceur, davantage pour elle que lui, traçant des sillons enflammés sur sa mâchoire, jusqu'au menton. Là, elle s'y attarda, cherchant des yeux, des mains et du corps, quelque chose qu'elle ne trouverait pas car cette chose n'existait plus. Ses iris s'embrasaient comme le bout de ses doigts, suivant cette trajectoire, la suivirent toujours lorsque ces doigts qu'elle n'avait pas oublié, remontèrent jusqu'aux... Non. Comme brûlée par sa peau, et électrisée par la destination finale de son indexe et de son majeur, ses doigts se retirèrent vivement. Elle les rapporta à ses lèvres, effarée, interdite.
Existait-il des douleurs par le feu qui vous soient appréciables ?
Le marron des yeux qui l'accablaient lui était si familier, si étranger à la fois comme si quelque chose lui disait que, qu'importe si ils s'étaient déjà vu ou non, ces yeux n'avaient jamais été ainsi... Quel en était le sens ? Était-il fructueux que d'en briguer un ? Cette situation jouissait d'un plaisir inconstant. Si tout ici pouvait t rester enfermé coffré à jamais, jusqu'à quel point pouvait-on se risquer à voir toutes ces fantaisies disparaitre ? Après tout, n'avait-ce point été la magie qui les avait conduit ici ? Mais tout ne pouvait s'évanouir à bride si abattue... son coeur s'en briserait. Cela n'avait aucun sens. Comment osait-il la torturer ainsi en peignant devant elle toute l'étendue et la majesté de ce qui autrefois avait été sienne ? Comment le pouvait-il maintenant qu'elle avait consentis à la défaite et l'idée de ne plus goûter à cette chaleur, ses racines, son univers ?

-Vous n'êtes qu'un égoïste...

Son coeur se serra. Forçant ses yeux à se détourner, et par la même ses pensées à ne pas tendre vers la brûlure toujours fraiche du contact de ses doigts sur sa peau. Comme... comme le feu enivrant des dunes. Comme la symphonie que vouait à la Lune les étoiles. La jeune femme quitta alors son siège. Trop. C'en était déjà bien trop en un si court laps de temps. Rien de tout ceci n'était censé arriver. Lui en particulier. Lui n'était pas censé échoir ainsi dans son existence et prendre possession d'elle si vite. Ses pieds effectuèrent quelques pas prestes derrière lui, en quête de s'en éloigner le plus possible, n'importe où, pourvu qu'elle en oublie cette rencontre et soit assez loin pour se convaincre qu'elle avait halluciné. Ces quelques mots avaient davantage pris forme de grommellement que de réelle intonation pour qu'elle se souci d'avoir, ou non, été entendue.Tourner la page sur son pays, royaume et ancien amour, avait été vital comme un tel anéantissement pour elle ! tout perdre en arrivant, qui s'y attendrait ? Quelle imprudente aurait-elle été en se risquant sur ces trompeurs plateaux ? Elle s'immobilisa alors soudainement, et fit volte face. Incroyable. Il n'avait pas le droit de semer ainsi les grains de sable de son antériorité et s'en sortir si vite, si facilement. Il avait décidé de jouer un jeu, aussi destructeur et dangereux soit-il ? Alors elle jouerait.
Et elle gagnerait. Qu'importe l'enjeu.
Un mouvement de recul et deux pas suffirent. Les doigts de sa main droite épousèrent la courbe de l'épaule de l'inconnu, sa main gauche ignorant le verre que le jeune homme venait de lui commander, lui préférant le sien, à lui. Elle en but une gorgée, et glissa sa main libre vers son menton pour le forcer doucement mais fermement à lui faire face. Ignorant parallèlement les lancements des lames de feu sur son épiderme, la réaction dans son ventre, la tempête de ses pensées.

-J'ignore qui vous êtes, lâcha-t-elle. Mais vous avez toutefois la prétention de romancer sur mon identité. Vous vous êtes débrouillé pour m'agacer doublement ce soir en l'espace de deux minutes. En premier lieu, je peux dire au revoir à mes semaines de tragédie grecque. Plus de Pyrrhus, plus d'Andromaque ni de couronne ou de prison. J'aimerai vous remercier pour la cause qui a provoqué cet effet mais, voyez-vous, Racine est l'un des dramaturges auxquels je voulais au moins une fois dans mon existence rendre grâce. Deuxièmement, vous m'avez substitué le plaisir de remettre à la place cette ordure. Je devrais vous punir, vous ignorer ou pis encore, mais j'ai du mal à admettre que vos mots s'enivrent de trop de mystères pour se tenir à l'écart de l'étouffement de mon amour-propre par votre faute ébranlé. Ce pourquoi... Elle se tut une fois encore, interrompue par la Raison qui l'enjoignait, la sommait de se taire, de partir. Il en était hors de question. Ce serait faire preuve de lâcheté, chuchotait l'Instinct. Je ne refuse aucun défi. Je le relève donc... à la condition d'une réponse à une seule de mes questions. Là. Maintenant.

Une pause. L'information qui filtre à travers ses yeux, atterri au creux des pupilles de l'inconnu. La provocation est lancée. Comprise, depuis si longtemps, n'attendant que ce moment pour ordonner à ses chaînes de se briser à ses pieds. Le souffle est libéré. Le château de cartes mis au pied du mur, révélant le jeu et ses règles, le revers de la médaille dorée.

-Quel genre de folie exercez-vous, Voleur de sable ?

Embrasement.
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MessageSujet: Re: • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. • If you aren't the woman I think you are, then this isn't the world I thought it was. EmptyMer 28 Aoû - 23:31


ஹ L'amour n'est pas un feu qu'on renferme en une âme : tout nous trahit, la voix, le silence, les yeux ; et les feux mal couverts n'en éclatent que mieux.


Le cœur d’un homme est empli d’une multitude de petites choses, de nombreux riens formant un tout. Cette apparence physique, ces os et cette chaire, tous sont complices, tous dissimulent des secrets noirs et impurs, des mensonges et de la douleur, une souffrance impossible à supporter mais que l’on garde égoïstement pour nous, car s’ouvrir n’est pas chose simple.
Ainsi donc, mon regard a fini par trouver celui d’une femme. Ce n’est pas la première fois, certainement pas la dernière, mais je vois bien que c’est l’une des rares à avoir capturé mes prunelles d’avantage que je ne l’ai fais avec les siennes. Appartenir à cette dulcinée est exclu. Et j’ai bien l’impression de lui appartenir.
Je hais appartenir à quelqu’un, être réduit à un misérable objet n’ayant qu’une seule utilité dont l’on se débarrasse lorsqu’une version plus performante apparait. Je ne peux me permettre d’être, une fois encore, manipulé et trainé de main en main. Même le spectre de Zeus ne pourra me convaincre de me réduire une seconde fois à une chose ne méritant que rarement l’attention. Malgré les exploits de ce spectre, seul le nom du Dieu des Cieux est cité entre les pages anciennement vierges noyées sous des litres d’encre, des litres d’imagination, des litres d’une utopie idyllique.
Je veux sentir et ressentir, aimer et détester, faire mal et souffrir, compter aux yeux des autres. Je suis aujourd’hui le vassal d’une âme torturée en quête d’une Liberté fugace, quémandant un dû naturel, aspirant à être éternellement lié par les chaines d’un être libre et seul ayant autant accepté de partager sa liberté que sa solitude. D’un voile de poussière de fées sont recouverts les plus beaux mystères de la vie, ainsi que les pires, et je ne demande pas à tous les percer, juste pouvoir pourchasser autant de vérités auxquelles je crois. Accompagné d’un grand esprit, d’une lettre aspirant à être un chiffre, d’un être exigeant l’impossible : toucher le point le plus bas sur terre du bout des pieds et frôler le paroxysme du monde des doigts, raclant ses ongles dessus et y marquer son passage. Soyons fous, soyons sots, espérons, cessons de prier et agissons. Toute énigme possède une clef donnant sur sa lumière. En l’occurrence, si on se sert d’une philosophie imaginative mais surtout de simplicité pour cette énigme là, je vous dirai que c’est possible, qu’il suffit de fermer les yeux et de rêver, ivre de faire vivre un personnage fictif à travers des écrits.
Je veux être un aventurier si et seulement si la personne m’accompagnant daigne cesser de se confondre dans la complexité et être simplement rêveuse. Faire preuve de simplicité sans jamais devenir banal et ennuyeux ; rêver sans jamais se méprendre à confondre réalité et rêve. Je veux une personne logique, mais pas trop, intelligente, mais pas trop, tacticienne, mais pas trop, naïve, mais pas trop. Je veux une personne mienne, mais entièrement.
Je suis possessif. Jaloux, aussi. Je fais dans le trop, jamais dans le pas assez. Je ne dois pas être perçu dans un cadre de subtilité ; je ferai tâche, sincèrement.
Ainsi donc, me revoilà amené à la réalité, mes yeux baignant dans ceux de cette femme.
Elle dégage une confiance et une sûreté toutes deux surprenantes, comparables à celles qui émanaient de ma Princesse. Je ne peux me fier au physique, certes, mais ces yeux sont des fenêtres sur une âme purement et chastement souillée, un esprit rebelle et sauvage, indomptable mais ne demandant en parallèle qu’à être apprivoisé. Je le vois, je le sens aussi, m’en nourris, m’en délecte, ne peux en être repu, en demande encore, en ait à volonté.
Je pourrai m’attarder sur tellement de détails. Dans son regard, par exemple, je pourrai me demander si cette étincelle relève uniquement de la surprise ou de la colère, si ce soudain voile est tombé sur ses prunelles pour m’ôter la pseudo-satisfaction de lui avoir extirpé une réaction – elles sont tordues, les femmes, à nous penser bien fiers de les avoir faites rire ou sourire ; à se méfier de tous, elles risquent de faire abandonner leur quête aux plus tenaces ainsi qu’aux détenteurs des meilleurs intentions tout en leur faisant amèrement regretter d’avoir un jour entreprit de les courtiser. Je pourrai aussi me poser d’avantage de questions à propos de cet homme assis à ses cotés il y a un instant. Son copain, j’en doute. Son ami ? Peut-être. Il la regardait avec tellement d’insistance que j’en viendrais naturellement à exclure cette possibilité. Sauf s’il était bourré et, en l’occurrence, il n’en avait pas l’air. Quand bien même il avait été cet ami qui l’aime secrètement, je... Il me semblait trop insistant. J’ai bien fait. Forcément.
Je pourrai aussi m’attarder sur ce qu’elle porte, ce qu’elle boit. J’aurai bien pu aller m’asseoir à sa droite et tenter de savoir de quoi elle parlait. Peut-être était-ce important. Peut-être aurai-je dû réfléchir. Mais bon sang, elle est la seule à blâmer ! Elle qui m’a attirée, elle qui m’a fait retrouver mes sens en plus de mon instinct un instant perdu, elle qui a brouillé mon esprit, elle qui m’a empêcher de réfléchir, de relativiser. Ce n’est pas de ma faute, c’est de la sienne. C’est elle et elle seule qui possède ces gracieuses courbes, ce dos envoûtant et cette nuque malheureusement dissimulée par une cascade brune où je rêvais déjà, sans même avoir encore vu clairement son visage, d’y tremper mes doigts. J’aurai pu tant faire si d’elle n’émanait guère une telle aura, une telle férocité ne demandant qu’à s’évanouir sur les lèvres d’un homme ô combien chanceux. Oui, j’aurai pu tant faire. Réfléchir, par exemple. Me dire qu’elle risque de mal prendre mon intrusion. Et comment lui en voudrai-je ? Je l’aurai abordé autrement, si elle ne m’avait pas attiré avec son chant de sirène. Je me serais peut-être rétracté si je ne l’avais pas vu sourire à cet homme, à cet imbécile. Je me serai peut-être résolu à attendre encore un peu, à espérer que son accompagnateur – je ne peux me dire que c’est son compagnon – s’éloigne et puis à lui proposer un verre. Mais en plus du fait qu’il ne l’aurait peut-être même pas laissée seule, il y a le fait que... Que je sais qu’elle m’aurait rejeté, refusé. Elle se serait peut-être même moquée de moi et je ne l’aurai guère supporté, taisant ma souffrance en l’enterrant sous des couches de volupté données par d’autres femmes. Je sais bien, je le vois bien : je ne peux me permettre d’agir avec une vile banalité pour attiser l’intérêt d’une femme sortant de l’ordinaire, semblant menacer tout prétendant de l’approcher s’il n’a pour intention que de la trainer dans son lit, s’il ne possède nul atout faisant que lui, plus que tout autre, mérite ses yeux gourmands.
Et je veux être cet homme, cet Élu. Son Élu.
La jalousie me ronge, la possessivité m’envahit et l’impulsivité règne dans mon esprit brouillé par le trop, par le pas assez ; cet esprit qui cherche, qui est en quête du meilleur, de l’anciennement nouveau, plongé dans une nostalgie amère et qui aspire à un futur totalement différent ; un esprit de fou, un esprit de damné.

Je ne sais plus trop à quoi je pensais lorsque j’ai repoussé la merveilleuse rousse dans mes bras pour me diriger d’un pas assuré vers la brune.
Je préfère les rousses de un, et de deux, celle que j’embrassais était un coup sûr pour ce soir. Alors pourquoi diable vais-je vers cette autre femme ? Je pourrai faire mon prétentieux et dire que je veux simplement relever le défi, sachant parfaitement qu’elle aussi finira par m’être acquise. Pour un soir tout du moins. Mais pourtant, je ne pense même pas à cela. C’est juste elle que je veux, là, tout de suite, ici. Pas même la plus belle des rousses.
Je n’oublie pas que chaque pas qui me rapproche d’elle me rapproche aussi de celui qui partage sa compagnie en ce moment. Ainsi donc, je sens mon impulsivité faire déferler ses vagues sur moi tandis que mes poings s’animent machinalement.
Une seconde d’hésitation. Une seconde dont profite la belle pour sourire. Un sourire ne m’étant guère destiné. Toute hésitation ayant pu me ramener à la raison n’est plus qu’un lointain souvenir lorsque j’agrippe le col de l’homme pour l’obliger à se lever, que je joue un peu du poing contre son plexus.
Peut-être un amant. Le genre d’amant âgé et répugnant, soumis au lit et laissant à la femme lui procurer tout le désir tandis que lui ne fait que profiter. Je trouve cela totalement dégelasse et macho.
Souvent, on se retrouve à associer le désir de domination masculine au machisme. Pourtant, moi qui aime être dominateur, n’abrite en moi qu’une fierté masculine qui, bien que pouvant se confondre avec le machisme, n’en a rien. Je trouve que la femme mérite largement que l’on prenne le plus grand soin de lui fournir le plus fou et le plus fort des désirs. Quitte à sacrifier le mien.
Peut-être aussi est-ce son compagnon. Mais le tout sonnerait tellement faux dans mon esprit que je n’envisage pas réellement cette possibilité. Je répugne à l’idée que cet homme au sourire beaucoup trop pervers, au regard beaucoup trop appuyé et aux idées beaucoup trop saugrenues et prévisibles puisse être aimé par la jeune femme.
Mentirai-je en disant que je peux dévorer une femme des yeux avec un sourire que je décris d’enjôleur mais que d’autres voient comme pervers ? Certainement pas. Mais c’est parce qu’il y a deux catégories de femmes : les femmes et les Femmes. Chose à laquelle je ne pense cependant pas sur le moment.
Son frère ? Non, je ne pense pas.
Les idées se cognent les unes aux autres dans mon esprit totalement instable – ni le sexe ni l’alcool sont à blâmer, seulement un charme ayant opéré, une attraction divine que je pourrai décrire en toutes langues mais qui ne restera à jamais qu’une bien piètre description – et j’en conclus bien vite que quoique cet idiot puisse représenter pour la jeune femme, il n’est qu’un lâche ne méritant même pas de poser ces yeux sur elle. Qu’il soit un amant ou un simple dragueur, il aurait pu se battre et se débattre pour cette femme. Or, il a abandonné beaucoup trop vite.
Une seconde, une réflexion. J’agis comme un animal et mon raisonnement, bien qu’une bête ne puisse raisonner, reste celui d’une vile créature certainement pas humaine. C’est à la fois amusant, gamin et... Effrayant. Bon sang, qui est cette femme qui ranime de la sorte mon instinct sauvage ?
Voilà, je suis près d’elle. Oui, et maintenant ? Je ne sais trop comment réagir, mais je pense que cet instinct sauvage dont il était question il y a un instant refit surface car les mots se déversent de ma bouche.
Pourquoi diable est-ce que je lui parle de sa malice, d’un quelconque jeu ? Suis-je donc si joueur, incapable de prendre quoi que ce soit au sérieux ? Elle ne le sait pas, mais je m’en veux. J’ai l’impression d’avoir commis une erreur quant au choix de mes mots. Je m’attends à ce qu’elle le prenne mal, à ce qu’elle réplique qu’elle n’est pas, contrairement à moi, joueuse. Je m’attends même à une gifle, à vrai dire. À des insultes, pourquoi pas ? Mais elle m’a l’air intelligente alors peut-être me lancera-t-elle une réplique réfléchie qui saura néanmoins me remettre à ma place. Je joue peut-être à cet être qui fut privé d’un cerveau au profit du désir et de l’alcool, pourtant, je réfléchis, je comprends, je ne suis pas... Stupide. Et penser que je le suis est une véritable erreur. Complètement même.
Je m’attends à beaucoup de réactions de la part de cette jolie femme, principalement – uniquement – des mauvaises, à vrai dire. Car j’ai appris que ne pas espérer évite d’être déçu. Or, je sais qu’au final, j’espère quand même un peu. Un tout petit peu, mais c’est déjà beaucoup trop.
Je m’attends donc à tout ; j’ai droit à un long regard qui semble me détailler, à un silence frustrant que je ne me vois pas briser. Pas tout de suite.
Subitement, les prunelles chocolat de celle qui va, j’en suis certain, devenir mon interlocutrice, se dérobent aux miennes. Que regarde-t-elle ? Je n’ai pas vraiment le temps de suivre son regard qu’elle le relève vers moi. Je ne dis rien, me contente de la regarder. Et puis, tout aussi subitement, elle répond.

Princesse des dunes. Je ne sais moi-même pas pourquoi je lui ai donné pareil surnom. Au fond, je sais que c’est un espoir secret que je nourris comme quoi elle serait la femme que j’attends. Cette femme là qui fait partie de mon passé et dont je peine à retrouver ne serait-ce que l’odeur dans mon présent. Jusqu’aujourd’hui où mes yeux ont retrouvé ce semblant de pureté en cette femme. Elle lui ressemble tellement... Oh non, je ne parle pas du physique, je serai bien en peine de comparer ces deux femmes sur ce plan-là. Seulement, elles dégagent toutes deux une aura, une telle puissance qu’une fois encore, je ne peux qu’être un objet pour les servir du mieux que je le peux.
Je suis un homme maintenant. J’ai donc une chance de me faire aimer autrement. Peut-être. Peut-être pas. Je ne vais pas la draguer, ne vais pas l’aimer ; je vais la courtiser pour ensuite la chérir du plus profond de mon être. Je ne l’emmènerai pas dans mon lit ; je lui ferai l’amour, au sens propre du mot, laisserai tout ce que je ressens pour elle sortir du moindre de mes ports, se laisser exprimé dans n’importe lequel de mes gestes, l’atteindre, la faire frémir.
De la même façon dont mon ancien meilleur ami s’y prenait pour faire frémir sa princesse.
Mais même, je n’aurai jamais dû utiliser pareil surnom. Je semble l’avoir réellement déconcertée et si quelques hommes en auraient été fiers, moi, je me sens assez mal. Je n’en témoigne rien, élude pour le moment cette question avec une indifférence monstre. De cela aussi, je m’en veux déjà, mais je n’ai pour le moment nulle réponse à lui donner.
Mais si elle est... Oh non, je n’ai pas le droit de me permettre d’espérer cela. Je ne suis plus Aiden, il n’est plus question de Jasmine. Je veux simplement être Jev. Pourtant, le fait que je ne me sois toujours pas détaché de mon premier prénom – je l’utilise même nettement plus souvent que le second – prouve à quel point ma quête pour trouver ma princesse est sérieuse. Sauf si son prince la trouve avant moi.
Le privilège d’avoir atterri dans un corps d’homme et non celui d’une femme est que je peux cesser de réfléchir tout aussi brutalement et brusquement que je me suis mis à le faire.
Je lui lance une autre phrase, sortie du même nulle part que la précédente et le fait qu’elle me coupe avec une interrogation me permet de soupirer intérieurement ; ainsi, elle ne saura jamais que ma phrase serait restée inachevée, car quelque chose manquait, inévitablement.
Oui, indéniablement, quelque chose cloche dans cette situation.
Qui je suis. Je la regarde, perplexe. Qui je suis ? Qu’en sais-je ? Quelle réponse attend-elle de moi ? Que je lui donne mon prénom ? J’en doute. Que je lui dise que je suis victime d’une malédiction ? Si le sort fait qu’elle n’est pas du même monde que moi, je pense que prendre ses jambes à son cou serait ce qu’elle ferait dans le meilleur des cas. Alors que veut-elle ? Je ne sais pas, l’ignore et j’ai l’impression de déjà ne pas la mériter. Incapable de répondre à sa question, de trouver des mots assez forts, de répondre à sa requête, une seconde fois. Je pourrai encore lui dire pourquoi j’ai utilisé ce surnom, mais qu’en serait-il de sa deuxième interrogation ? Je ne peux répondre. Mon regard ne se dérobe pas, cependant, mon esprit se tord, mon estomac se noue ; me revoilà réduit à un rien, à tout sauf l’image du dragueur que je donne parfois. Elle continue, balbutie et, cette fois, pendant une seconde traitresse, mon regard s’adoucit considérablement. Je veux lever la main vers elle, la rassurer, mais comment, de quelle façon, avec quelle force ? Elle est tellement plus forte que moi, je le vois bien, je le sens, le sais. Alors comment se fait-il qu’elle ait besoin de mon aide ? En a-t-elle seulement besoin ? Je pense que oui. J’espère plutôt... Oh, je ne sais plus.
Elle pense me connaitre, dit-elle ? J’aimerai tant lui dire que moi aussi, j’ai cette terrible impression. J’aimerai tant lui faire part de mes hésitations, de mon espoir quant au fait qu’elle soit celle que je recherche. Pourtant, tout ce que je me vois en mesure de faire est de la regarder et de m’exprimer doucement :

[color:e959= #666633]« Je ne sais pas, Princesse... J’aimerai beaucoup être qui tu penses que je suis. Peut-être le suis-je ? Comment saurais-je, comment saurais-tu ? Tu me confrontes à une question existentielle en nourrissant l’espoir que je puisse y répondre ? Je n’ai pas l’étoffe d’un philosophe ou d’un poète, je ne saurai te dire qui je suis. Mais toi, tu peux me dire qui je suis. »

À défaut de me dire qui tu es.
Je ne dis pas ces derniers mots, car je n’ai pas envie de lui dire ce qu’elle et moi savons parfaitement : elle est tout aussi incapable que moi de répondre à la question « qui es-tu », mais le lui souligner pourrait être interprété comme une offense, comme une insulte. Et comment oserai-je bien manquer de respect à ma Princesse ? Ma ? C’est que j’aimerai bien, mais je n’ai aucunement le droit de me l’approprier. Elle m’a bien l’air d’une femme trop libre pour qu’elle puisse m’appartenir. Mais ce n’est pas parce que les probabilités sont contre moi que je vais abandonner ; tout ne fait que commencer.
Elle porte sa main à sa gorge et son regard retrouve le mien sans que je ne puisse démêler la confusion des autres sentiments qui rendaient cette magnifique couleur chocolat un peu plus sombre encore. Je ne dis rien, attends qu’elle parle, qu’elle agisse, je ne sais pas.
Mais je ne peux pas ne rien faire, ne rien entreprendre. Pas avec cette femme que je veux entièrement – sans nul mauvais sous-entendu. Ainsi donc, je prends possession d’une toute petite partie d’elle ; une mèche de sa belle et soyeuse chevelure. Je l’amène à mes lèvres, me délecte autant de son goût que de son parfum et finit par la relâcher, de peur d’être encombrant, gênant, possessif.
Mais je suis possessif. J’ai seulement peur qu’en le remarquant tout de suite, elle ne veuille plus rien avoir à faire avec moi. Je prends grand soin de là où je m’aventure, de ces pentes glissantes qui pourraient m’amener à m’échouer sur une île perdue, déserte et surtout... Loin d’elle.
Je bois dans mon verre presque de façon machinale, cesse d’ainsi la scruter comme un pauvre détraqué.
Et puis je le sens. Ce contact. Ce doux contact. Ce contact de braise, brûlant. Ce contact de glace, frigorifié. Instinctivement, mes yeux retournent à la recherche des siens et involontairement, ma tête se penche sur le coté, ma peau me brûlant et me quémandant de l’éloigner de ces doigts si fins, si habiles. Mais quelle appétissante douleur, quelle suave souffrance que voilà ici. Ainsi donc, je suis à la rechercher de la douceur. Mon instinct masculin me tonne de ne pas s’éloigner alors même que mon instinct de survie s’époumone en m’ordonnant de fuir ce contact, de ne pas me laisser glisser dans ce tourbillon, de ne pas faire partie de ce maudit cercle vicieux. Ça semble durer une éternité, une seconde... Ses doigts s’apprêtent à s’échouer sur mes lèvres avant de se retirer tellement brutalement que dire que j’ai eu mal même physiquement ne serait pas abusé. Je la regarde, étonné, avant de me rendre compte, pour la première fois depuis le début, qu’il y a aussi la possibilité que je lui plaise. Après tout, pourquoi pas ? Je ne parle ici pas de séduction mutuellement salasse, mais bel et bien de quelque chose de plus fort, de nettement plus profond, de plus pur et de plus brut par la même occasion. Ses propres doigts se posent sur ses lèvres et je ne dis plus rien, incapable d’émettre ne serait-ce qu’une pensée rationnelle.

Égoïste. Mon cœur manque un battement et mon sang ne semble faire qu’un tour. J’ouvre la bouche, mais que dire ? Lui demander pourquoi ? M’excuser ? Lui dire que c’est elle l’égoïste qui me montre le paradis et qui m’y interdit l’accès, qui me fait goûter au miel et qui m’en interdit la consommation, qui modère tout, comme ça, dans ma vie, avec un simple coup de baguette magique ? Je referme ma bouche, incapable de lui faire des reproches, incapable de quoi que ce soit si ce n’est la laisser s’éloigner.
Je veux me relever, lui attraper le poignet, lui faire faire volte face, l’attirer contre mon cœur, la serrer, ne plus jamais la laisser s’en aller, pouvoir découvrir son corps de mes doigts, sa bouche de la mienne, sa chevelure de mes mains. J’aimerai l’avoir contre moi, pour toujours, pour une éternité mortelle, pouvoir l’écouter me parler et m’apprendre, me sermonner et m’apprécier, apprendre à me connaitre, à me chérir, peut-être. Je veux vraiment la rattraper, lui dire tout ce que j’ai sur le cœur, ouvrir la bouche pour ne la refermer qu’après lui avoir dit tout ce que je pense d’elle, de moi, de nous... Je serai essoufflé, mais je lui dirai tout ce que je peux lui dire, tout ce que je veux lui dire.
Mais je ne fais rien. Je baisse les yeux sur le comptoir. Je m’en veux tellement. Affreusement. Je ne la mérite pas, moi qui suis jusqu’à incapable de ne serait-ce que la retenir. Je ne veux pas passer pour un adolescent stupide, mais si elle tient à moi comme je tiens à elle – on ne dirait pas, n’est-ce pas, que je parle d’une « inconnue » – alors elle reviendrait.
N’est-ce pas, non ?
Pourquoi refuse-t-elle le jeu ? Pourquoi ? Peur de perdre ? Peur de moi ? Manque de volonté ? De qui vient le problème ? Je... Je ne sais pas. Ne sais plus. Je veux me lever et partir. Courir loin, fuir loin de cette personne. Comment ose-t-elle ? Je sais parfaitement. Je le sais, bien sûr. Je sais que même si je prends la direction opposée et que je cours à toutes jambes, je finirai par la retrouver, retrouver son visage, ses yeux, son sourire, ses cheveux... Son aura.

Je sens, de nouveau, sa présence. Près de moi. Tellement près. Je ne relève même pas les yeux vers cette silhouette que je devine élancée, cette si belle femme. Je rêve, je le sais bien. Ce n’est qu’une chimère.
Une chaleur vive me parcoure le corps en commençant par mon épaule. Sa main ? Oh, ce serait trop demandé, bien sûr. Je la voix piocher dans mon verre, en y tremper ses délicates lèvres et me voilà à me demander ce qu’elle trouve de plus à mon breuvage qu’à ma bouche – vous vous attendiez à ce que je me demande ce qu’elle trouve de plus à mon breuvage qu’à celui que je lui ai commandé ? Je n’y pense pas, elle est capricieuse, je le sais, le vois.
Une chaleur, plus vive, plus présente, tellement plus douloureuse et réelle s’abat sur mon menton. Je lève le visage tandis que la jeune femme s’attèle à le faire aussi et je croise son regard.
Chimère, illusion... Oh non, c’est réel. Affreusement et abominablement réel. Tellement que je pourrai crier de joie. Ou simplement me taire, comme je le fais, car je ne suis décidément pas assez expressif lorsqu’il le faut.
Tandis qu’elle parle, je me saisi du verre et, sans la quitter des yeux, dépose mes lèvres sur l’empreinte qu’a laissé les siennes, bois une gorgée de cet alcool. Je passe ensuite le bout de ma langue sur le bord du verre et le repose.
Bon, un point commun : elle ignore qui je suis. C’est assez drôle dit comme ça. Après tout, je sais qui j’étais anciennement, qui je suis aujourd’hui – enfin, approximativement. Pourtant, il y a encore des blancs, des lacunes. Après tout, lorsqu’on me demande qui je suis, je ne trouve rien de mieux à dire qu’à donner mes deux prénoms et mon nom avant d’éclater de rire.
Avec elle, c’est différent. Et tellement pareil. C’est étrange, perturbant et frustrant .Elle abat su moi des éclairs de fourberie, m’éclaire de sa malice, m’attire en étant simplement elle-même. Tandis qu’elle parle, qu’elle me blâme, un sourire étire mes lèvres.
Elle est très jolie. Vraiment belle.
Elle s’interrompt, semble reprendre son souffle, reprend. Une nouvelle pause, un long regard, une malice échangée, une couleur annoncée, un jeu débuté. De nouveau, les mots déferlent sur moi et, de nouveau, ses propos me plaisent, m’amusent.
Voleur de sable, hein ?

Il y a en premier lieu cette prétention qu’elle dit que je possède en romançant sur son identité. Aurai-je touché un point plus sensible encore que ce que je pensais en la voyant balbutier ? Je suppose bien que oui. L’agacer doublement ? Je ne retiens que le deuxième mot. Ainsi donc, j’ai bien fais d’intervenir. Certes, ça lui fait une nouvelle dose d’agacement à ingurgiter de force, mais je vois bien que ce n’est pas le même... Agacement. De toute façon, je ne peux être comparé à l’autre blond idiot. Hors de question ; vous appelez cela de la prétention ? J’appelle cela de l’objectivité, du réalisme.
Par la suite, je réalise que cet homme devait être un scénariste – ou quelque chose du même style. Je ne suis pas du genre à connaitre tous les adeptes du théâtre, alors bien entendu, je ne le connais pas. Ainsi donc, je viens de lui faire rater une occasion de se mêler à l’histoire prenante de Pyrrhus amoureux d’Andromaque qui elle-même aime un mort, aimé d’Hermione qui est aimée par Oreste. S’en suit un aveu quant au fait que le fameux blond l’avait bel et bien agacé et qu’elle s’apprêtait à le remettre en place. Si ce n’est que je pense sérieusement qu’elle ne l’aurait pas fait, elle semble réellement tenir à ce rôle – du moins elle y tenait.
Elle n’avait qu’à aller le rattraper, cet abruti.
Ensuite, entre deux phrases, entre deux reproches, elle témoigne de flatterie quant au fait que je vienne lever l’autre homme pour prendre sa place. « J 'aimerai vous remercier pour la cause qui a provoqué cet effet »
Elle semble relever mon défi. Et, ô bon Dieu, je m’en délecte réellement.
Je me relève, conscient de la distance quasi-inexistante entre nos deux corps, et baisse les yeux vers elle. J’esquisse un sourire sincère et amusé, malicieux et mystérieux, arrogant et enjôleur.
Par où commencer, Princesse ?

« Je suis heureux que vous me blâmiez, Princesse, car je crains votre silence, et non pas vos injures. Cet homme, cette... Chose, ne méritait pas de ne serait-ce que poser les yeux sur vous. Veuillez excuser mon intrusion et veuillez aussi répondre à ma requête : ne me punissez pas de votre silence, je ne m’en remettrai pas. »

Oui, je suis assez cultivé pour connaitre au moins une citation de Racine.
Je lève les doigts vers son visage, cueille son menton, glisse mon index dessus, épousant sa courbe gracieuse et finit par aller dessiner le contour de ses lèvres de mon pouce. J’approche mon visage du sien, ignore les battements intempestifs de mon cœur qui veut sortir de ma poitrine et, subitement, mes deux mains se retrouvent sur les épaules de la jeune femme, immobilisés.
Je suis paralysé, charmé.

« Et c’est moi l’égoïste... »

Je crache presque ces quelques mots.
Je soupire et la relâche, tente de reculer, rencontre ma propre chaise et abandonne, toujours aussi proche d’elle, debout.
Voleur de sable. Oh... Elle a ses secrets, n’est-ce pas ?
Je semble me reprendre, mon regard s’excuse pour moi et je vais retracer les contours fins et féminins de son visage du bout de mon index.

« Le genre de folie que j’exerce, Princesse, c’est celle qui vous soumet au rang de démente, celle qui vous rend, justement, folle, celle qui a le plus d’effet sur vous, bien sûr. Mais la folie vous immunise, non ? Même vous jeter du haut d’une tour vous est permis, personne ne vous blâmera, ne salira votre mémoire ; vous serez l’éternelle folle à leurs yeux... L’éternelle Princesse aux miens. »

Je relève son visage vers le mien et colle mon front au sien. Mes lèvres cherchent les siennes, mes yeux ont trouvé leur tombeau. Je veux que mon âme s’enfonce dans la sienne, que mon esprit s’adapte au sien, que nos cœurs battent à l’unisson, formant une douce symphonie.
Je veux que le sable nous réunisse, que les dunes nous unissent et que le soleil du désert soit témoin de notre fusion solennelle.
Je me redresse doucement. L’embrasser, j’en brûle d’envie, le désir me consume, la volonté m’étreint le cœur, guide mes mains et ma bouche. Mais mon respect pour elle m’empêche de le faire.
Et si elle appartient à un autre ? Oh, je ne me pardonnerai pas d’être ainsi une gêne pour un couple déjà formé – enfin, pas son couple du moins. Même si je jalouse déjà un hypothétique amant, un hypothétique et entièrement supposé... Amour.
Mais bon sang, pourquoi est-ce que je pense à l’amour ?
Je croise mes bras sur mon torse et, de nouveau, sourit, dévoilant cette fois-ci ma dentition. L’idée qui fleurit dans mon esprit est très... Particulière.

« Jouez, Princesse ! Soyez Hermione ou Andromaque, montrez-moi vos talents et peut-être vous dirai-je pourquoi est-ce que je vous nomme ainsi, Princesse des dunes. »

Forcément, vous êtes ma Princesse. Forcément, je suis votre Voleur. Forcément, nous venons du sable, des dunes, du désert. Forcément, nous sommes héritière et héritage Majestueux.
Forcément, nous nous connaissions. Forcément, nous nous connaissons.
Inévitablement, les lignes d’encre de notre passé s’entrelacent et se rejoignent dans les pages vierges de notre futur, traversant les écrits de notre présent.
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