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Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Vide
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 Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden

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Invité
Anonymous

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Invité
MessageSujet: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptySam 21 Déc - 21:27



« Ce ne fut qu’un battement d’ailes au ciel de mon éternité, qu’un battement de cœur amoureux qui bat dans les poitrines conquises. Je ne pouvais plus tomber. »

Paul Eluard
« Mademoiselle ? Est-ce que tout va… Oh mon Dieu ! »
Dans une confusion de couleurs impressionnistes, Tara s’effondra à terre au milieu de Demacia Place tandis que la dame qui passait près d’elle et qui lui avait adressé quelques mots faisait signe aux passants de lui venir en aide. Elle resta dans un état de demi-conscience ; une chaleur hectique l’habitait, assortie de la dérangeante impression qu’on avait allumé le soleil beaucoup trop fort, à lui en brûler la rétine. Les silhouettes vivide des quelques personnes qui se pressaient autour d’elle émettaient des son étouffés par la ouate de son esprit qui ne comprenait rien, qui ne voulait plus rien entendre, qui en avait trop écouté. Elle tourna faiblement la tête vers la dame qui cherchait son téléphone dans son sac à main et, avec un geste aussi précis qu’elle le put, elle lui agrippa l’avant-bras qu’elle serra aussi fort que possible.
« N’appelez pas les pompiers », murmura-t-elle d’un air paniqué.
Ils durent croire que la jeune femme était en proie au délire, car on ne fit aucun cas de sa prière. A bout de souffle sur l’asphalte, Tara en fut réduite à espérer qu’Aiden ait eu la présence d’esprit de s’accorder un jour de congé le soir du 24 décembre, ou tout du moins qu’il ne ferait pas partie de l’équipe qui serait appelée sur place pour la ramasser, ou que son patron l’aurait renvoyé chez lui en lui trouvant une petite mine… Elle ne voulait pas que leurs retrouvailles soient ainsi, car, en guise d’explications pour ce demi-évanouissement, elle avait un petit mensonge à formuler que n’importe qui pourrait croire, sauf Aiden, à qui elle était physiquement incapable de mentir.
« Oui monsieur, je vous assure que je suis suffisamment morte de honte pour me souvenir de ne jamais sortir de chez moi sans avoir mangé. C’est que je suis bien futile et que je me sous-nourris depuis une semaine, pour être assez jolie sur les photos du Réveillon. »
Elle protesta ensuite qu’il était inutile de la conduire à la clinique ni de l’escorter jusqu’à chez elle (si seulement ils savaient qu’elle s’était évanouie précisément au pied de son immeuble de Skyline Square !), fit de jolis sourires pour montrer que tout allait bien, affirma qu’un homme qui guérissait une femme d’hypoglycémie en lui faisant manger du chocolat méritait réellement son titre de héros, etc. Elle marqua le coup en leur achetant le calendrier tout en faisant une ou deux plaisanteries d’autodérision qui soulignaient encore sa maladresse et promit trois fois de se ménager, ce soir, car sa tension était « un peu faible ». Elle héla un taxi sous les regards rassurés des passants qu’elle avait pris soin de remercier à plusieurs reprises. Consciente qu’elle n’avait pas de liquide, elle demanda au chauffeur de la rapprocher du Méli-Mélo autant qu’il le pouvait pour le plus petit billet existant. Le taxi fit trente mètres dans la rue et s’arrêta. C’était suffisant pour que le camion de pompiers ait disparu et que les passants se soient dispersés. Elle paya et se retrouva de nouveau dehors. Elle focalisa son esprit sur le chemin à emprunter, sur la boîte entourée d’un ruban que lui tendit la boulangère, sur les lumières de Noël allumées dans les rues, tout pour ne pas repenser à son entrevue avec Cesare qui venait d’avoir lieu. Pas de cri ni de reproche quand elle lui avait dit qu’elle souhaitait voler de ses propres ailes, quand elle lui avait dit que malgré tout l’amour qu’elle éprouvait à son égard il lui semblait qu’il était actuellement nocif pour elle. Il l’avait faite entrer dans leur appartement qu’elle n’habiterait plus, lui avait tiré une chaise en murmurant « Assise », d’un ton caressant et autoritaire. Elle s’était exécutée, comme d’habitude lorsqu’il employait ce ton avec elle. Il avait été fort gentil, il lui avait dit qu’il comprenait, qu’il l’aimait trop pour l’enfermer, qu’il ne renoncerait jamais à elle mais qu’il pouvait attendre qu’elle fasse ses propres expériences sans se soucier de lui pendant un moment. Elle l’avait remercié de sa sollicitude et avait fait mine de se lever pour partir. Trop facile. Il la maintint en place en appuyant sur son épaule et se servit tranquillement un verre d’eau sous ses yeux, dont il but une gorgée avant de pivoter pour se trouver derrière elle.
« J’aimerais bien te laisser t’envoler ma douce Galatée, mais je peux t’assurer que tu vas t’écraser au sol et qu’il n’y aura que moi pour te ramasser. Parce que je suis le seul qui sache que tu n’as pas d’ailes. »
Les mots en eux-mêmes étaient blessants mais pas insurmontables. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux et s’apprêta cette fois à se lever et à s’enfuir pour de bon, mais il la retint encore, plus fermement cette fois.
« La preuve… »
Elle vit son geste dans le miroir face à eux, elle le vit lever le verre d’eau au-dessus de sa tête sans pouvoir rien faire pour se soustraire à ce qui allait suivre. Le liquide l’aspergea, l’inonda, elle poussa un cri et se débattit avec l’impression de ne plus respirer, l’impression de suffoquer. Il la souleva de sa chaise et la pressa contre lui, les yeux allumés de colère mais aussi d’un certain… amusement. Il repoussa ses cheveux ruisselants et l’obligea à le regarder.
« Alors va t’en, rends-toi compte que je suis le seul à t’aimer malgré toute cette écœurante fragilité qui te caractérise, malgré tous tes torts et toutes tes trahisons. Va t’en et reviens pour que je te répare, lorsqu’ils t’auront tous brisée. »

Une fois arrivée au pensionnat où elle avait pris une chambre, s’étant arrangée avec le gardien qui avait gentiment fait en sorte qu’elle puisse payer le premier mois de loyer en même temps que le deuxième, elle entra toute habillée sous la douche et fit couler l’eau en même temps qu’elle enleva fébrilement ses vêtements. C’est de peau qu’elle aurait voulu changer, songea-t-elle, recroquevillée dans un coin. Elle essaya de penser au Glittering Goldie, à l’ami qu’elle s’y était fait et aux personnes qui l’avaient si gentiment accueillie lorsqu’elle était arrivée à Blueside le mois dernier. Peut-être que Cesare n’avait pas tout à fait tort, mais ce qu’il ne savait pas c’est qu’elle était plus forte maintenant qu’auparavant, et qu’elle ne laisserait jamais personne l’accabler. Elle n’avait peut-être pas d’ailes mais son âme était insoumise et vaporeuse, son âme connaissait le chemin de la liberté. Elle sortit de la douche et faillit passer devant le miroir en baissant la tête. Elle soupira, se retourna pour faire face à son reflet, qu’elle observa un instant, avant de lui sourire. Ce n’était pas trop mal. Elle n’était pas si laide qu’on voulait lui faire croire, alors elle reprit un peu de courage et s’alluma de la musique le temps de se préparer à ressortir, sautillant au milieu de sa petite chambre.

Elle frappa à la porte, marquant ses coups juste en-dessous du numéro 174 sur lequel rebondissait un éclat métallique. En trente secondes, elle se demanda ce qu’elle allait avoir sous les yeux lorsqu’on viendrait lui ouvrir. Un Aiden en colère avec en trame de fond un salon passablement enfumé ? Un Aiden dévasté dont l’haleine alcoolisée parachèverait le tableau d’un homme que tout a abandonné ? Peut-être qu’il n’accepterait même pas de lui ouvrir. Peut-être qu’il lui ouvrirait, la prierait de s’en aller, et lui claquerait la porte au nez. Lorsqu’elle sentit son courage fondre sur les parois endolories de son corps, la jeune femme s’astreignit à lever la tête et à s’ancrer moralement sur le seuil de cette porte. Il n’était plus question de faire demi-tour, de refuser d’affronter Aiden sous prétexte qu’elle lui avait peut-être faire du mal ou sous prétexte qu’il avait peut-être bien fait de l’oublier. S’il ouvrait cette porte et la regardait comme une étrangère, ce serait le pire, mais elle était prête à l’accepter, elle n’allait pas se défiler. Et si c’était une fille qui venait lui ouvrir ? Tara souffla un grand coup pour se calmer et empêcher son esprit de filer à cette allure. Elle entendit la clef tourner dans la serrure et la porte grincer légèrement sur ses gonds. Son cœur manqua un battement (ou peut-être deux ou trois). Dans le salon, au fond du décor, elle remarqua les projections enthousiastes des lumières du dehors qui filtraient par la fenêtre leur gaieté tapageuse. Elle n’osa pas regarder le reste en détail, elle ne vit rien, rien à part les yeux d’Aiden braqués sur elle. Elle se demanda d’abord s’il la voyait vraiment ou s’il croyait au fruit de son imagination, car il ne lui dit rien, et le silence s’installa. Tara ne laissa pas de trop précieuses secondes s’égrener et chercha rapidement à se souvenir des phrases d’introduction qu’elle avait préparées. Elle s’aperçut, horrifiée, qu’elle n’avait rien préparé du tout, qu’elle était complètement démunie devant ces deux iris brunes qui brillaient sans éclat.
« S’il te plait ne referme pas la porte, dit-elle pour commencer d’un ton qui lui paru moins frêle et mal assuré qu’elle l’aurait cru. Je ne suis pas venue parler à l’ami que j’ai déçu, ni même à l’homme qui a de bonnes raisons de m’en vouloir, je suis venue pour m’adresser à celui qui m’appelait son ‘‘âme’’ et qui n’a jamais cessé de me soutenir et de me rendre plus grande par ses encouragements. Je demanderai certainement pardon aux deux premiers lorsqu’ils me le permettront, mais au troisième je suis venue dire merci. »
Elle le regardait bien en face et sans arme, sérieuse et paisible, pour qu’il puisse, s’il en avait la force, la regarder à son tour et être fier d’elle, car elle n’était pas partie en vain, elle était allée au bout de quelque chose et lui était revenue plus sûre d’elle et plus capable de faire ses propres choix. Sincèrement, elle était toujours cette petite personne maladroite et câline, sensible et affectueuse, mais elle savait qu’elle avait gagné en maturité. Elle était désormais suffisamment courageuse pour se tenir devant lui et ne pas trembler en se disant qu’il la haïssait peut-être. Elle ne recourrait pas aux larmes avec lui, elle n’allait pas le supplier de ne pas être en colère, elle allait juste assumer ce qu’il aurait à lui reprocher, comme une grande personne.
« Je sais que c’est irréfléchi de m’imposer à toi le soir du Réveillon, je comprendrais que tu me renvoies… ou que tu sois occupé… »
Inconsciemment elle laissa vagabonder son regard derrière la silhouette d’Aiden, cherchant dans le décor une ombre ou un mouvement qui trahirait la présence d’une tierce personne, avant de reporter son attention sur le jeune homme. Elle trouva qu’il avait maigri, qu’il avait mauvaise mine, mais elle voyait toujours (surtout) en lui cette très belle, cette très imposante personnalité dont il fallait prendre soin, qu’il négligeait lui-même trop souvent, mais que Tara, elle, aimait tendrement, alors qu’il la rendait invisible aux yeux de beaucoup. Alors, elle se rappela qu’elle se détestait de l’avoir laissé sur place à Fantasia Hill, de l’avoir laissé noyer cet astre qu’il portait en lui sous un peu de désinvolture et beaucoup d’auto-dégoût. Elle aurait voulu avoir le droit et l’aptitude pour débroussailler ce cœur famélique qu’il portait comme un fardeau, mais il n’avait pas encore parlé. Il ne lui avait pas encore dit s’il la voulait morte ou vive. S’il la voulait du tout… Avant qu’il ouvre la bouche, elle reprit la parole un peu précipitamment, après avoir légèrement tressailli.
« Je ne te demande qu’un quart d’heure. Tu n’auras même pas besoin de m‘adresser la parole, seulement de m’écouter. Tu vois, j’ai même… l’intention d’essayer de te soudoyer avec le contenu de cette boîte… »
Elle secoua doucement son bras au bout duquel elle tenait le ruban rouge qui fermait la boîte de gâteaux qu’elle avait achetés à la boulangerie. Elle lui adressa un sourire, car ce n’était pas tant les gâteaux que la référence à leur dernière conversation qui devait amadouer le jeune homme. Elle espérait qu’il n’avait pas oublié. La façon dont, même éloignés, ils avaient réussi à communiquer et à se réconcilier, et dont, même tristes pour se dire au revoir, ils demeuraient étroitement liés. Est-ce qu’il se souvenait qu’il lui avait dit qu’une partie de lui était toujours avec elle ? Allait-il lui arracher brutalement cette partie de lui-même en l’en jugeant indigne ? Est-ce qu’il avait oublié la brûlure partagée de leur dernière étreinte, des mots qu’elle n’avait pas prononcés mais qui enluminaient pourtant ses silences ? Est-ce qu’il avait gardé en mémoire la couleur confondue de leurs souffles qui s’étaient mêlés, et l’harmonie de leur tristesse où ils trouvaient quand même des étoiles ? Est-ce que, en la regardant, il pouvait deviner quelle torture cela avait été pour elle de s’arracher à lui ? Et comme, quoique terrifiée, elle était infiniment heureuse de se retrouver devant lui ? Aiden, est-ce que tu peux l’entendre, quand je me tais très fort, que mon cœur bat seulement de t’aimer ?

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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyDim 22 Déc - 1:32

Si tu peux être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage.


Habituellement, le mois de Décembre était mon préféré. Habituellement, je me complais à laisser glisser mes yeux bruns sur la neige poudreuse qui recouvre les rues de Fantasia Hill, avec l’approche des fêtes de fin d’année. Habituellement, je me contente d’enfiler quelques vêtements bien chauds, de me saisir de mon courage et de m’en aller vagabonder dans les rues de la ville, laissant les effluves qui émanent des marrons chauds me parvenir et titiller mon imagination, m’incitant à aller me payer quelques gourmandes. Habituellement, à cette période de l’année, je prends mon mois de congé payé et me prélasse tel un chat près de chaque coin chaud que je peux trouver. Habituellement, une averse de poussière de fées magique s’abat sur moi, figeant un sourire franc sur mes lèvres, encrant le sentiment de joie dans mon cœur, effaçant de mon esprit toutes les traces des récentes erreurs que j’ai commises. Habituellement, lorsque le soir établi son règne, je m’en vais me balader entre les stands du marché de Noël, n’achète nulle fantaisie, me contente d’embaumer mon cœur des sourires et rires des enfants, de l’amour flottant et de la chaleur sentimentale environnante, malgré le froid glacial qui se fraye un chemin malgré les nombreuses couches de vêtements. Habituellement, j’évite, pendant ce mois que je bénirai presque, de côtoyer bars et tavernes, amantes et connaissances ; n’ayant pas de famille à qui je pourrai rendre visite comme la plupart de ceux que je connais, je me penche alors vers mes amis ; sans les entraver dans leurs plans, sans les influencer à rester avec moi des heures entières, je m’invite chez l’un d’entre eux et lui propose de venir avec moi, boire un verre et manger quelque chose. J’apprends à les connaitre, comme si mon esprit s’ouvre d’avantage aux leurs avec l’arrivée des pluies et des neiges, des ventes et de la grêle. Habituellement, je m’en vais m’enfoncer dans les ruelles jusqu’à trouver un sapin à acheter que j’emporte avec moi, que je dépose dans mon salon, trônant entre les quelques cartons contenant guirlandes et boules de noël, neige artificielle et étoile sacrée. Habituellement, sur une douce musique entrainante, je m’active à décorer l’arbre du mois, minutieux et attentif, un sourire béat collé au visage, un sentiment de vie indescriptible ; je claque la porte au nez de la vie brumeuse et confuse que je m’impose en temps normal, change mes habitudes pour ce laps de temps et prends le temps d’apprécier le moindre moment passé avec chaque personne.
Habituellement, mon cœur ne bat pour personne d’autre que moi. Habituellement, mon âme ne palpite jamais en étant aussi loin de moi. Habituellement, je ne me demande jamais si la personne détentrice de mon âme ressent les palpitations que je ne peux qu’imaginer, que me figurer. Habituellement, on ne me propose pas d’être le témoin d’un mariage dont j’aurai peut-être pu soupçonner le plan bien que n’y pensant pas. Habituellement, on ne me confronte pas à pareil grand évènement si subitement alors que je tente de trouver mille excuses à la raison d’un rendez-vous fixé au beau milieu d’un magasin de robes de mariées situé dans le quartier le plus huppé que je connaisse. Habituellement, je ne réagis pas pareillement à la demande d’une personne qui m’est si important que je la nomme volontiers « mon âme ». Habituellement, cette même personne ne prend pas l’initiative de s’éloigner de moi, de la ville toute entière, de son fiancé, aussi. Habituellement… Pourquoi je parle encore d’habitude, lorsque rien n’est pareil, lorsque tout a changé, lorsqu’en rien, ce mois de Décembre ne ressemble au précédant ? Enfin, j’ai au moins pris mon mois de congé, histoire de me torturer mentalement et physiquement un peu plus souvent ; boire et fumer à volonté, comportement que je ne peux me permettre en étant de service.

Nous sommes le vingt-quatre et, assis sur mon canapé, je me tourne et fixe ce coin dans mon salon, vide, orphelin, faisant résonner l’écho de ma négligence et de ma lassitude. Je porte mon regard sur la table basse sur laquelle s’amoncelle restes de pizzas et cannettes vidées ; je ferme les yeux et jure que, si je ne suis pas le même pour Noël, mon appartement au moins, sera le même. Peut-être qu’à feindre la normalité, je finirai par me persuader d’enfiler ce tissu de mensonges.
Je ne sais pas pourquoi cette fête est si chère à mon cœur ; toutes ces lumières, toute cette joie de vivre ravivent, d’une certaine façon, le souvenir de mon ancienne ville, de mon ancienne vie. Dunes de sables et danses endiablées du vent, j’ai quelque part l’impression de redécouvrir la vie et de me souvenir qu’à tout moment, comme les cierges allumées et disposées dans les églises, peut s’éteindre ; et ce qui est éphémère est captivant n’en est que plus resplendissant d’importance.
Alors je pose cette bouteille à peine entamée sur le sol, me redresse en écrasant ce qui reste de ma cigarette, qu’un pauvre mégot qui vient s’ajouter près des autres, dans un cendrier beaucoup trop plein que j’ai pourtant vidé ce matin. Drôle de rituel que j’ai, depuis maintenant un mois, à ainsi me réveiller de bonne heure, à ne rien faire si ce n’est fumer, boire et réfléchir, me souvenir, penser, peser le pour et le contre, m’imaginer des scénarios, m’improvisant metteur en scène.
« Et si » deviennent des mots que je ne supporte plus, mais desquels je suis indéniablement dépendant ; heure après heure, jour après jour, semaine après semaine, ce couple de mots, ces quatre lettres au grand pouvoir ne cessent de me torturer, d’étaler la noirceur dans mon cœur, me rendant, plus que pessimiste, fataliste. Alors ça me pousse, encore et encore, irrévocablement, vers le précipice de la mort lente dans lequel je me laisse tomber, battu, vaincu ; je continue de m’étouffer dans la fumée que j’émets, je persiste à ne plus être capable de distinguer ce qui se dit à la télévision ; et la cigarette et l’alcool combiné, je deviens rapidement incapable de me souvenir ce à quoi je pensais il y a une minute. Et l’ignorance est terrible, l’oubli est effroyable ; je ne sais plus que je me suis insulté et que je me suis maltraité, mentalement, d’avoir agi si brusquement avec Tara, lorsqu’elle m’annonça son mariage. Et si j’oublie, alors, forcément, j’y repense et revis cette douleur, encore et encore, incapable de me focaliser sur le rose teintant ses lèvres, sur ce même rose qui tâche ses joues, sur ces souvenirs chauds que je n’oublie pas, que je néglige au profit d’une activité devenant un hobby : broyer du noir.
Ne suis-je épargné que les jours où je m’endors trop ivre et trop tard pour avoir la jugeote, pour avoir ne serait-ce que l’idée de me réveiller tôt. Et je dis être épargné, alors qu’au fond, ce n’est que mon supplice qui est raccourci de quelques heures mais qui n’en est pas moins rude, moins bestial.

Je sors et m’engouffre dans une bouche de métro, cherchant un vendeur de sapins. De retour chez moi, c’est sur une chanson de Bob Marley, Waiting in Vain, que je décore l’arbre, laissant en revanche de coté une étoile de cristal, bleutée, bien que me semblant, en ce jour, éteinte.
Je range rapidement, me promet de ne plus boire une seule bière ce soir ; champagne et vin, pas même de la tequila, de la vodka ou du rhum. Je me glisse sous la douche après m’être départi de mes vêtements et en ressort plus réveillé ; je m’habille d’un jean et d’un chemisier blanc, m’en vais prendre place, de nouveau, sur mon canapé, une cigarette dans la bouche ; la fumée trouve son chemin jusqu’à es poumons, ressort directement jusqu’à l’extérieur, grâce à la fenêtre entrouverte près du sapin.
Alors je suis là, collé devant un film auquel je ne comprends rien, auquel je n’ai pas même tenté de comprendre quoi que ce soit, à vrai dire ; je ne pense à rien et c’est ce rien qui ensemble  tellement mes songes, justement.
Dans le film, je vois l’homme s’agenouiller près de la femme et lui faire sa demande ; un sourire s’affiche sur mon visage au vu de l’ironie de la situation ; et moi qui faisais un effort.
Fuyez, fuyez… Vous serez toujours rattrapé par vos démons.
J’entends la femme dire un « oui », émue jusqu’aux larmes et prononcer une phrase qui s’achève avec le retentissement de quelques coups distincts à ma porte.
C’est le miracle de Noël, qu’elle disait.
Interloqué par la situation, ainsi parler de miracle alors qu’on toque à la porte, je me lève en écrasant ma cigarette dans un cendrier vidé, ne suis même pas capable de me dire que je n’attends pourtant personne. Et c’est en me demandant si la personne derrière la porte est mon miracle que je tourne la clef dans la serrure avant d’ôter toute barrière opaque m’empêchant de voir qui se tient en face de moi.

Peut-être aurai-je mieux fait de rester assis, finalement ; peut-être aurai-je mieux fait d’ignorer les cours donnés à la porte ; peut-être aurai-je mieux fait, surtout, de ne pas boire autant en début de journée, car j’ai bien l’impression de rêver, là. Quel Dieu peut être si saugrenu pour ainsi nourrir mon espoir avant de m’arracher à ce mirage ? Si au moins, on me laisse baigner dans cette douce mer jusqu’à m’y noyer, jusqu’à ignorer que l’illusion n’est pas réelle. Je me dis aussi, bêtement, que je n’aurai pas dû prendre ce mois de repos, que j’aurai dû être dans la caserne, à feindre rires et amusement, au lieu d’être acteur de ma déchéance.
Apparition divine, réponse à l’appel silencieux d’une tierce personne à une muse, mirage semblable à celui de la vue d’une oasis dans un désert, je ne saurai le dire.
Je cligne des yeux, silencieux, n’y croyant pas encore. Son prénom reste coincé dans ma gorge alors que je sais parfaitement que le prononcer réussira à lui faire passer un millier de messages. Ce n’est pas si mal, au fond, qu’elle ne sache pas à quel point… À quel point j’ai souffert, à quel point je l’ai aimé ? Souffrir va-t-il donc toujours de paire avec aimer ?
Je promène mon regard sur son visage, sur ses cheveux, sur sa taille, ne m’attendant cependant pas sur son accoutrement ; la voir en bonne santé me suffit, même si je note une certaine pâleur. Il fait froid, c’est normal ; où alors, je suis subitement devenu intimidant.
Ou peut-être est-ce pour une autre raison. Je n’y songe pas plus, préférant prêter oreille attentive à ses mots. Alors qu’elle me demande ne pas fermer la porte, mon regard croise le sien pour la première fois.
Tara.
Je pense fort, fort, fort… Pas assez fort pour réussir à le prononcer, ce divin prénom. Rapidement, mes yeux glissent jusqu’à son poignet avant que je retourne baigner dans les sources chaudes verdâtres et étincelants qui m’ont tant manquées. Je la laisse parler sans trouver la force de lui répondre, profitant de ce contact visuel, m’y abreuvant comme l’agneau s’en est allée se désaltérée. Un loup m’attend-il, moi aussi ? C’est en me posant la question que je l’entends me remercier. J’arque un sourcil.
Elle pourrait s’excuser, je peux encore comprendre, mais me remercier ? Me remercier de quoi ? Sincèrement, je ne saurai pas même comment réagir en l’entendant clairement s’excuser, car à aucun instant, je ne l’ai jugée en tort, mais alors là, en me remerciant, me voilà bien perdu. Et elle continue à m’enfoncer un peu plus dans une forêt dense que je ne connais pas, me faisant découvrir que je peux être encore plus perdu que je ne le suis déjà, me disant qu’elle comprendrait que je la renvoie. J’aurai voulu l’arrêter à peine sa première phrase prononcée, car bien sûr que je n’allais pas la renvoyer.
C’est exclu.
Occupé… Comment aurait-elle réagi, dans ce cas ? Je me surprends à hausser les sourcils, amusé ; elle m’a tellement manquée.
Son regard glisse un instant derrière moi, rencontre peut-être le sapin fièrement dressé, l’appartement mieux entretenu que ce que j’aurai cru moi-même il y a quelques heures. De nouveau, son regard trouve le mien et le choc me fait reculer d’un pas, comme si elle vient de me pousser en arrière. Je déglutis, cligne des yeux, me maudit de ne pas trouver quoi que ce soit à dire ; elle reprend de toute façon la parole et achève de jeter sur moi un voile d’incompréhension. Un quart d’heure ? Mais bon sang, s’imagine-t-elle un instant que je lui en veux, que je… Que je la haïsse ?
Sa dernière phrase me fait légèrement sourire ; cette allusion m’entraine loin, un mois auparavant et mon cœur, contre toute attente, s’emballe. Je me souviens de notre proximité que j’ai presque ordonnée, tant elle semblait vouloir me fuir premières. Je me souviens de son regard, je me souviens de ses mots, de mes mots. Je me souviens de cette longue étreinte. Je me souviens du cadenas, signant l’arrêt momentané de ma vie. Je me souviens du lit, je me souviens de son corps, du mien, proches, beaucoup trop proches. Je me souviens de son cou, je me souviens de ses lèvres ; je me souviens de mes mots, de ma sincérité, de sa réponse qu’elle tut. Et, plus que tout, je me souviens que ce jour, je lui ai dis ce que nous savions tous deux, j’ai trouvé le courage de mettre des mots sur une situation sans nom, elle a trouvé le courage de l’accepter : je me souviens lui avoir dit qu’une partie de moi soit avec elle. Et cette partie n’est pas des moindres, c’est mon âme.
Je me souviens aussi ne pas lui avoir dis au revoir. J’ai eu raison.

« S’il y a de la cannelle, tu auras droit à vingt minutes. »

Je lui souris franchement, signe qu’elle a toute la nuit, toute l’éternité qu’elle désire ; je glisse mon doigt sous la ficelle rouge, ne la touchant pas, elle, de peur qu’une décharge électrique me secoue. Je m’éloigne de l’encadrement de la porte, m’éclipse rapidement dans le salon avant de disposer ce qu’elle a ramené sur une assiette que je viens poser sur la table basse du salon, éteignant la télévision en soupirant.

« Je serai un monstre de ne faire que t’écouter parler alors que j’attends de pouvoir t’adresser quelques mots depuis un mois. »

Ce que je dis ne nous avance à rien, j’en ai bien conscience. Pourquoi faut-il, depuis peu, que la tension soit si présente entre nous à nos retrouvailles ? Pourquoi faut-il qu’une glace se dresse entre nous ?
Alors brise la classe, imbécile.
Je glisse une main derrière sa taille, lentement, l’attire vers moi, tout aussi précautionneusement, et m’en vais glisser mon autre main dans son dos, laissant mon corps rencontrer le sien dans un assortiment de chaleur et de légèreté, le tout peint sur une toile avec pour fond une envie contenue ainsi qu’une passion doucereuse et avec pour cadre un mélange de tendresse et d’amour. Alors, j’appuie mon front contre sa tête et murmure quelques syllabes unies pour former des mots :

« L’ami que tu as déçu n’est pas là, l’homme qui a de bonne raisons de t’en vouloir est borné, ne t’en veut pas et a, de toute façon, de meilleurs raisons de te chérir qu’il pourrait d’ailleurs t’énumérer. Et celui qui t’appelle ton âme tient à te demander quelque chose de très important, en plus de débattre avec toi pour des remerciements qu’il ne mérite pas – mais pour ce dernier point, nous verrons plus tard, si tu le veux bien. »

Car, au risque de me répéter, ce que j’ai à te demander est vraiment important.
Je me redresse à peine, glisse ma main chaude, que j’espère rassurante, sous son menton et plonge mon regard dans le sien, la laissant découvrir ma délivrance, la laissant deviner ma pénitence.
Alors quoi, je vais m’agenouiller devant elle et lui demander de m’épouser ?

« Tara, comment vas-tu ? »

Mon cœur a souffert, mon cœur est aujourd’hui meurtri, bien qu’en voie de guérison. Mon âme a été tienne, l’est toujours et le sera encore ; mais je te fais confiance, je sais que tu pourrais jusqu’à défendre mon âme en interposant la tienne. Mais je ne te demande pas comment vont nos âmes qui, je pense, ont tellement flirté qu’elles ont en fusionné.
Juste toi, Tara. As-tu souffert ? As-tu eu mal ? Je n’en tirerai aucune satisfaction, peut-être, en revanche, un peu plus de culpabilité.
Dis-moi, mon âme, est-ce tu vas bien ?


Dernière édition par Aiden J. Amane le Lun 23 Déc - 22:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyLun 23 Déc - 11:43


« J'essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. »

Christian Bobin
Elle entendit, pourtant, qu’il prononçait son prénom du regard, elle l’entendit dans le tracé que ses yeux noirs dessinèrent le long de son corps pour s’ancrer au niveau de son poignet gauche. Ce premier contact, sonorisé sans notes, effleuré sans caresse, la fit tressaillir sous son manteau en forme de tulipe inversée qui s’arrêtait au même niveau que sa jupe. Il la fixa ensuite avec une telle intensité qu’elle se figura que ses iris venaient de blanchir, car, certainement, il en avait bu toute la couleur, dont elle l’avait laissé se désaltérer sans se défendre. Il avait l’air assoiffé, malheureux sur chaque centimètre de son épiderme et jusqu’au creux des os. Alors elle se mit enfin à parler, à dire des mots en guettant ses réactions, laissant son regard courir sur le visage émacié de cet ange qu’on avait jeté du haut des cieux et qui ne s’était jamais remis de la chute. Sauf qu’en l’occurrence, c’était sans doute elle qui l’avait précipité plus bas que terre. Elle, qui lui avait brutalement arraché quelque chose de sa divinité pour s’en faire un manteau. Est-ce qu’elle avait vraiment fait cela ? Avait-elle ce pouvoir sur lui et, quand bien même l’aurait-elle eu, comment aurait-elle osé en faire usage ? Elle se demanda s’ils étaient devenus des vampires l’un pour l’autre, et, réellement, elle crut qu’elle allait pleurer, en le contemplant. Elle ne pensait pas en avoir le droit, car c’était plutôt à lui que revenait maintenant la prérogative de se laisser aller. Elle lui dit qu’elle ne l’importunerait pas plus d’un quart d’heure s’il en décidait ainsi. Elle le vit sourire, faiblement mais c’était tout de même un petit sourire bien présent, et pas l’ombre d’un mirage qu’elle se serait figuré au coin de ses lèvres. Il trouva une réplique qui lui fit sentir le contraire de ce que les mots signifiaient.
« S’il y a de la cannelle, tu auras droit à vingt minutes. »
C’est-à-dire : si tu te taisais un peu, je t’aurais déjà dit que tu as des heures devant toi. Elle lui adressa un sourire alors qu’il se détourna pour emporter la boîte de gâteaux dans la cuisine. Elle franchit le seuil de la porte, qu’elle referma derrière elle avant de marcher jusqu’au salon, qui était étonnamment bien rangé. Quand elle arriva près du canapé, elle ouvrit de grands yeux et ne put retenir un cri de joie, un petit cri aigu parce qu’elle venait d’oublier que la situation était un peu tendue, elle oubliait les circonstances pour se consacrer toute entière à cette petite vision de bonheur inespéré qu’elle avait sous les yeux.
« Aiden, tu as fait un sapin ! » cria-t-elle un peu trop fort, d’un ton surexcité, sans s’apercevoir que le jeune homme venait de la rejoindre et qu’elle avait donc risqué de lui vriller le tympan.
Elle se précipita devant l’arbre décoré qui clignotait gaiement, se pencha vers sa ramure à aiguilles bien vertes et respira le parfum si reconnaissable qui émanait des branches. Elle adorait Noël ! Elle avait presque oublié que cette fête la rendait folle. D’ailleurs elle regretta un tout petit peu que cet arbre soit déjà décoré car elle aurait bien aimé en faire un cette année (et Aiden aurait pu avoir besoin d’aide pour faire le sien, se dit-elle en souriant tandis qu’elle décrochait deux boules dont elle échangea les places, pour que l’effet soit plus harmonieux). La vision du sapin tout éclairé l’avait empêchée de tourner la tête vers la télévision, où elle avait cru entrapercevoir du coin de l’œil une robe de mariée, ce qui, l’espace d’un instant, lui avait fait un petit pincement au cœur. Elle se détendit en entendant le jeune homme éteindre l’objet parlant et qu’elle le sentit proche d’elle, glissant sa main sur sa taille. Elle se retourna lentement, le regard encore tout pailleté de la vue des guirlandes du sapin, et chercha à décrypter l’expression de son visage. Pauvre amour ! A présent qu’elle le voyait sous les lumières du salon, elle constatait combien son teint manquait de couleurs, comme il avait le même regard fatigué et brillant que les enfants malades. Son étreinte, cependant, quand il la prit dans ses bras, était chaude et assurée, c’était le même câlin que ceux qu’il lui avait souvent faits, mais peut-être un peu plus important, aujourd’hui qu’ils se retrouvaient. Elle l’écouta qui se remettait à parler, un petit peu plus longuement cette fois ; elle l’écouta de l’intérieur, comme elle aimait bien le faire, entendant le bruit de sa voix qui résonnait dans sa cage thoracique alors qu’elle se tenait la joue appuyée contre son torse.
« Celui qui t’appelle son âme tient à te demander quelque chose de très important, en plus de débattre avec toi pour des remerciements qu’il ne mérite pas (et comme il la sentit se redresser et qu’elle ouvrit la bouche pour parler, il crut sans doute bon d’ajouter quelques mots) mais pour ce dernier point, nous verrons plus tard, si tu le veux bien. »
Il lui fit lever le menton avec ce geste affectueux qui la faisait se sentir petite (parce qu’elle devait vraiment lever la tête pour le regarder quand elle était contre lui) et la regarda à son tour sérieusement et sans barrière. Leurs cœurs retrouvés se dirent bonjour à travers ce regard, et Tara s’y plongea toute entière, avide de savoir comment allait le jeune homme, tout au fond.
« Tara, comment vas-tu ? » demanda-t-il en écho à la question inarticulée qu’elle lui posait.
Elle vit que c’était une vraie question qui demandait une vraie réponse, qu’il ne la laisserait pas s’occuper de lui tant qu’il ne serait pas mis au courant de son état à elle. Alors, elle lui sourit tout doucement et se mit sur la pointe des pieds pour effleurer son nez du sien.
« Cela ne se remarque pas au premier coup d’œil mais j’ai grandi, répondit-elle en un murmure. Je vais bien. Je… suis allée voir aujourd’hui mon ex fiancé (elle insista doucement sur le terme avant de baisser les yeux). Il a réussi à me déstabiliser mais je crois… Tu sais, je crois qu’il n’arrivera plus à faire de moi sa… »
Chose. Cependant, ce n’était pas un mot qu’elle se permettrait de prononcer. Pour elle, Cesare était malade, il souffrait, il ne faisait pas exprès le faire d’elle sa captive. Il l’aimait, n’est-ce pas ?
« Ce voyage m’a beaucoup apporté, reprit-elle en secouant ses boucles blondes. J’ai appris à faire du rodéo sur un taureau électrique ! Et j’ai pris des décisions pour mon retour à Fantasia Hill. Maintenant j’habite au Méli-Mélo House, tu vois ?... Et… Bon, ne te moque pas de moi mais je me suis inscrite à l’Université. J’ai payé l’inscription avec le salaire que j’ai eu en travaillant comme serveuse dans une taverne à Blueside… Tu sais, pour une demoiselle qui portait des boucles d’oreilles en diamants il y a à peine deux mois et qui crevait de faim dans la rue il y a moins d’un an, je trouve que j’ai enfin obtenu l’équilibre qu’il me fallait. Regarde, je me suis acheté une bague que j’ai payée 15€ mais c’est moi qui l’ai choisie ! »
Elle se mit à rire en lui faisant admirer une fausse pierre aigue-marine à sa main droite. La première fois qu’elle avait été livrée à elle-même dans le vrai monde, elle avait effectivement bien failli se laisser mourir de faim et de froid. Cela avait été absolument traumatisant pour elle, et d’ailleurs elle n’en parlait pas souvent, pas aussi spontanément qu’elle venait de le faire. Le reste du temps, elle avait toujours vécu avec Cesare qui la couvrait de bijoux et de vêtements, qui la renvoyait se changer quand ils allaient à un dîner et qu’il ne la trouvait pas assez bien habillée, quitte à l’accompagner dans sa chambre pour choisir lui-même sa tenue. Donc, elle avait connu deux états diamétralement opposés (celui de presque-fantôme et celui de poupée princière), et, sincèrement, le fait qu’elle ait actuellement des problèmes d’argent et une carte d’étudiante la faisait se sentir juste humaine. Prenant un air un peu plus sérieux, elle glissa l’une de ses mains dans celle d’Aiden, entremêla ses doigts aux siens, avant de faire remonter l’autre le long de son bras jusqu’à son épaule, et de son épaule à sa nuque, où elle laissa quelques caresses. Elle n’avait pas besoin de longuement l’observer pour voir qu’il souffrait… avait souffert ? Qu’importe ; que des griffes invisibles avaient lacéré le fragment d’âme qu’il avait gardé en lui-même, fragment qui errait désormais comme un animal blessé, obligé de se tapir dans l’ombre pour éviter d’autres prédateurs. Elle ne savait pas si elle réussirait à l’apprivoiser, si elle pourrait le guérir, mais elle voulait mettre toutes ses forces à s’y essayer.
« Mais toi mon beau, mon pauvre chéri, qu’as-tu fait ?… Je me sens coupable de… On dirait que tu t’es laissé mourir de faim. »
C’était encore peu dire. Elle avait aussi un peu triché, lors de son séjour à Blueside, car Peter était venu lui rendre visite à l’improviste. Au départ, elle n’avait pas voulu qu’il lui parle de Fantasia Hill, de ce qu’elle avait laissé derrière elle mais, dardant sur elle ses prunelles couleur des ténèbres, Peter avait répondu à sa prière muette. Il lui avait dit qu’Aiden n’était pas dans un bel état mais qu’il s’en remettrait. Heureusement que Peter était venu la voir à la fin de son séjour, sans quoi elle aurait plié bagages avant d’avoir fini sa quête personnelle et serait rentrée à la maison. Probablement dans les bras de Cesare, mais au moins le plus près possible d’Aiden. Tara poussa un soupire et se détacha du jeune homme, opérant une demi-volte pour aller prendre un gâteau sur la table. Il s’agissait de mini moelleux chocolat-cannelle en forme d’étoiles de Noël, décorés d’un glaçage blanc où étaient accrochées de petites billes de sucre dorées.
« Fais ‘‘aaah’’, dit-elle en lui faisant signe d’ouvrir la bouche, et pendant que tu goûtes cela je vais pouvoir te demander pardon sans t’entendre râler. J’ai eu raison de m’en aller mais je suis navrée d’en avoir eu besoin, et surtout de t’avoir fait de la peine, alors je te prie de me pardonner d’avoir été en-dessous de tout, en particulier de notre amitié. Tu sais, ce n’était pas de l’insensibilité, le fait que je ne te téléphone pas. Si j’avais entendu le son de ta voix, je suis sûre que cela aurait effrité mes résolutions et que je serais rentrée immédiatement, parce que… »
Elle recula dans sa tête. Pas de beaucoup, juste un peu.
« Parce que tu m’as manqué comme… la neige manquerait à l’hiver, l’inspiration au poète et les lèvres au baiser… »
La dernière comparaison lui était venue spontanément en regardant Aiden, et le fait qu’elle ait prononcé à haute voix ce qui lui passait par la tête la fit rougir tout à coup. Alors elle s’échappa et retourna près de la table pour se mettre un gâteau dans la bouche, de sorte à se taire une bonne fois pour toutes. Ou tout simplement à changer de sujet.
« Mmm, fit-elle en mâchant, j’aurais été incapable de faire cela moi-même… Sans doute aurais-je plus certainement fait exploser le four ! Qu’est-ce que tu en dis ? »

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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyMer 25 Déc - 16:53

Le fou, l'amoureux et le poète sont farcis d'imagination.

Je suis fou depuis cent ans, amoureux depuis une éternité et poète depuis une éternité et cent ans.
D'amour et de poésie, je suis donc devenu fou.

 
Noël représente pour moi ce que représente une journée en plein air après être resté une année entière coincé dans un endroit d’où ne perçait qu’une lumière tamisée par un grillage glacial et fourbe. Je n’ai jamais considéré cette fête comme étant un évènement familial car que ce soit dans ce monde ou dans le précédant, je n’ai jamais possédé de liens de sang avec quiconque. Mais au fond, si l’esprit familial n’y est pas, l’esprit convivial répond présent ; je n’ai jusque là jamais passé Noël en me fondant avec la décor d’une taverne, j’ai toujours été chez moi ou chez un ami, à partager joie de vivre et légèreté, à se lancer vannes et provocations, à remiser tous les maux et toutes les douleurs à l’année prochaine, se consacrant les uns aux autres, se consacrant à cette joyeuse fête, se consacrant à tout ce qui pourrait faire sourire l’un d’entre nous, quitte à agacer un instant l’autre ; les blagues sont, vous l’aurez compris, souvent au rendez-vous.
À défaut de boire du vin datant du siècle dernier, nous prenions un malin plaisir à mélanger différentes liqueurs, y ajoutant ce que nous considérions comme simples accessoires, passant d’un quartier d’orange aux lèvres d’une femme, allant y chercher notre mélange d’alcools pour ensuite savourer l’excitation et l’exaltation que pouvait nous procurer d’avantage la bouche d’une femme qu’un vulgaire citron. En arrivant dans ce monde, je ne fus pas pris de nostalgie, ne ressentit nul malaise, à aucun moment ; l’heure pour moi était venue pour enfin cesser d’exister dans l’ombre d’Aladdin, brillant enfin de mille feux sans même avoir un quelconque projeteur braqué sur moi. Rapidement, mes mains accompagnaient mon regard pour retracer les courbes des belles créatures pour qui mon cœur battait un instant, que mon bout d’âme allait ausculter avant de revenir vers moi avec l’affreuse nouvelle que non, ce n’était pas elle qui détenait le reste de mon âme, le reste de mon humanité. Et ce bout d’âme, cette part d’humanité, je les trouvai mis en évidence dans un regard lumineux, cachés par une mer infranchissable couleur émeraude. Et le regard de suie que je plongeais dans ces mers était, ce jour-là, palpant de gratitude.
 
Le regard que je pose sur Tara aujourd’hui mélange douceur, tendresse et douleur dissimulée, souffrance qui commence à peine à guérir ; dans mes prunelles se terre un cœur tailladé, un esprit tourmenté, une flammèche d’espoir qui menace de s’étreindre avec le vent en une folle accolade pour s’éteindre. Debout sur ce seuil, j’entends ma belle parler, s’excuser, demander à avoir un peu de mon temps. Et moi, le sot, suis dans l’incapacité la plus honteuse de réussir à lui parler, de l’apaiser et, à défaut de ne pas l’accueillir entre mes bras car la situation est beaucoup trop tendue, de ne serait-ce que l’entourer d’une aura protectrice, de mots suaves qui pourrons anesthésier sa souffrance le temps que la situation se détende et que je puisse la prendre contre mon cœur, que je puisse m’atteler sérieusement à guérir la moindre de ses douleurs. Elle doit bien savoir, elle doit bien voir à travers mon regard que je suis mal en point, que son départ a laissé non pas seulement un vide dans son appartement, mais un vide dans mon cœur. Je préfère être relatif quant au fait de savoir qui est coupable car, effectivement, nous pourrions dire que c’est son absence qui a dévasté mon être toute entière en laissant de visibles séquelles sur mon physique, nous pourrions aussi dire que c’est de ma faute qu’elle s’en est allée et, sincèrement, je le lui dirai volontiers. Pourtant, elle doit penser avoir une part de responsabilité alors que je ne le pense pas un instant ; pour le moment, je n’aborde pas le sujet, mais ça risquerait de tomber. Pour le moment, c’est tout autre chose qui encombre mon esprit : elle et seulement elle. Pas notre situation actuelle, pas nos remords communs, pas ses excuses ou mes protestations, pas non plus tous les sens qui se glissent dans nos regards emmêlés en une étreinte sensuelle ; elle, seulement elle.
Je m’éclipse un instant dans la cuisine et me rends compte, en posant les magnifiques gâteaux dont les effluves viennent chatouiller mes narines et attiser ma gourmandise, que je tremble. Je m’oblige à rester immobile un instant, prenant une grande respiration avant qu’une pensée vient établir son règne dans mon esprit, l’envahissant entièrement pendant quelques secondes : je préfère trembler que d’être privé plus longtemps de sa vue, car elle n’est pas uniquement mon âme, elle est aussi mon oxygène et nul besoin pour moi de tenter de prendre ma respiration alors que des mètres nous séparent. Jamais je n’aurai cru pour dépendre autant d’une personne, d’une femme ; jamais je n’aurai pensé aimer à ce point, jamais je n’aurai pensé être dévoué à ce point, jamais je n’aurai pensé avoir l’âme d’un poète dédiant en plus de ses œuvres, sa vie entière, à une seule et unique muse. Elle ne veut nulle promesse, et elle a raison ; toutes les promesses ont déjà été faites par biais de nos regards. Nous n’avons pas besoin d’être ensemble, nos cœurs se sont trouvés et dansent sur une symphonie menée par un chef d’orchestre qui est né de la fusion de nos deux âmes.
 
Son cri enthousiaste alors que je suis près d’elle me fait froncer les sourcils et plisser les yeux, bien qu’un sourire amusé étire mes lèvres. Les paillettes dans ses yeux font tressauter mon cœur alors que je passe une main dans mes cheveux, faisant glisser mon regard jusqu’au sapin. J’aurai su qu’elle allait venir, je l’aurai attendue pour qu’on puisse décorer cet arbre symbolique – attendre une heure de plus ne m’aurait pas dérangé, vu tous les jours qui se sont écoulés depuis le jour où j’aurai dû le faire.
Finalement, chaque détail a son importance ; en plus d’illuminer le regard des esprits les plus innocents, le sapin de Noël réunit les personnes autour de lui, armés de guirlandes et de boules de décoration. Quel intérêt que d’inhaler l’odeur des aiguilles de sapin seul, dans son salon, avant de passer à la nicotine juste après ? Aucun. Alors pourquoi je l’ai fais ? Pour chercher à tâtons un semblant d’habitudes.
Elle interpose deux boules alors que mon sourire s’adoucit, se laissant attendrir par cette légèreté émanant de la belle à laquelle je réponds tendrement :
 
« Ma chérie, je suis désolé, il ne reste plus que l’étoile à placer. Il faut croire que j’attendais ta venue, car je n’ai pas l’habitude d’attendre avant de la laisser trôner sur mon salon. »
 
Je hausse les sourcils, ne comprenant pas moi-même la raison pour laquelle l’étoile bleutée reposait encore sur le sol alors que j’avais achevé le reste de la décoration.
Alors son regard encore constellé par des éclats de naïveté candide se pose sur moi et me sonde alors que je me laisse aller à son emprise loin d’être dérangeante ; je la laisse pénétrer mon être toute entière. Je l’amène contre moi en un geste ferme mais lent, entamant mon discours en l’obligeant à ne pas se redresser lorsqu’elle voulu, je n’en doute pas, me contredire. Mon doigt glisse sous son menton alors que je lui demande comment elle va ; elle se met sur la pointe des pieds après avoir étudié la question, frottant son nez contre le mien alors que j’esquisse un léger sourire, mon cœur serré sous les griffes acérées de l’inquiétude.
Dans un souffle chaud, elle me dit avoir grandi alors que je glisse une de mes mains dans ses cheveux en laissant mes doigts démêler ses boucles souples, précisant que ça ne doit pas beaucoup se remarquer.
Ça se voit, Tara. Je le vois dans ton regard qui a moins d’éclat de naïveté, plus de brillance due à la maturité. En d’autres termes, c’est d’une toute autre scintillation que ton regard flambe aujourd’hui.
Elle affirme ensuite aller bien, avant de me dévoiler une vérité que je n’aurai su imaginer me laissant les sourcils haussés un instant. Son ex fiancé ? Elle a donc rompu ses fiançailles. Alors qu’elle baisse sa tête, j’en fais autant en fermant un instant les yeux. Pas un instant durant ce mois qui s’est écoulée d’une lenteur phénoménale je n’ai remis en doute les sentiments que je nourrissais à l’égard de Tara et même si je n’apprécie décidément pas cet homme, je ne peux que me sentir coupable. À dire vrai, je me sens d’avantage coupable de la douleur causée à cette femme qu’à cet ex fiancé. Pourtant, je ne dis rien, ne dévoile rien de mes pensées emmêlées desquelles je ne distingue plus que des bribes volatiles. Les mots qui souvent atténuent nettement ma culpabilité pour éveiller en moi un instinct à la fois protecteur moucheté de curiosité. Je fronce cette fois-ci les sourcils, relevant le menton de Tara au moment même où elle interrompt sa phrase.
Chose. Sa chose.
La réponse est lisible dans ses yeux et je retire ma main de son visage en laissant mon bras retomber le long de mon corps, mon poing se crispant alors qu’un tic nerveux agite ma lèvre inférieure. Elle a bienfait de rompre avec lui. Il ne la mérite décidément pas ; qu’on appelle cela de l’amour, je nommerai ce sentiment comme un complexe d’infériorité qui lui donne une envie inlassable de dominer. Je me demande un instant ce qui a bien pu se passer pour qu’elle l’aime – ou qu’elle prétende l’aimer, j’avoue ne plus savoir – avant de me résoudre à laisser les poussières du passé à la remise car il n’est plus temps, ni pour moi ni pour elle, de se remémorer quoi que ce soit qui puisse entacher son humeur.
 
Elle repend cette fois-ci, son ton se faisant plus guilleret au fur et à mesure qu’elle se perdait dans ses souvenirs à Blueside, me laissant sourire de nouveau tandis que mon cœur bat à nouveau d’une cadence dite dans les normes. Elle me montre une bague alors que je lui tiens la main du bout des doigts, m’éloignant d’un pas avant de faire une révérence théâtrale en laissant mes lèvres effleurer la fasse pierre ornant l’anneau, rejoignant son rire avant de me redresser, un sourire flanqué sur mes lèvres :
 
« Du rodéo électrique ? Tu as tenu… quinze secondes ? Et puis, je ne savais pas que t’y connaissais en alcool ! Attends, rassure-moi, tu t’y connais, hein ? je m’interromps un instant pour lui tirer la langue avant de reprendre d’un air plus sérieux, je suis plus que ravi que tu te sois inscrite à l’Université mon ange, tu vas faire quelles études alors ? Je pourrai t’aider à réviser le premier semestre, après je n’y comprendrai certainement plus rien. »
 
Je lui souris d’un air amusé, bien que je sois plus sérieux ; qu’elle choisisse littérature ou médecine, je pourrai toujours relire ses leçons et lui poser des questions, mais je suis plus que certain que les premiers mois écoulés, je ne saurai plus même déchiffrer les mots qui, à ne pas en douter, m’obligeront à aller acheter un dictionnaire plus épais.
Son regard change de teinte ; elle arbore un air plus sérieux tandis qu’une de ses mains glisse jusqu’à étreindre la mienne, l’autre parcourant mon bras, mon épaule, ma nuque pour se perdre dans mes boucles brunes. Les caresses qu’elle me prodigue me font plus de bien que je ne l’aurai cru et, bien que devinant les mots qui vont suivre, je lui souris faiblement en lui caressant le visage du bout des doigts, laissant glisser ma main jusqu’à ses boucles blondes qui tracent à merveille le parcours auquel j’ai eu droit ; des ondulations, des virages, des bouleversements, des nœuds parfois, mais au bout un bout de paradis, une partie d’un jardin fleurit sous un ciel étoilé et, plus que tout, mon âme. Alors je secoue doucement la tête en murmurant :
 
« Mais non, ce n’est que la fatigue ma chérie, mélangée à un peu trop d’alcool et de nicotine… Fais-moi plaisir, ne t’inquiète pas pour moi. S’il te plait. »
 
Car j’ai cette drôle de sensation qui me prend lorsqu’on s’inquiète pour moi, un mélange de culpabilité et d’inutilité ; si à cet instant, on me tend un miroir, je ne verrai que des vagues de fragilités et de vulnérabilité, de lâcheté et de laideur.
Je n’ai pas réellement menti ; il est vrai que j’oubliais parfois de me nourrir, mais c’est surtout mon manque de sommeil et l’excès d’alcool qui ont achevé de modeler mon corps avec quelques kilos en mois, quelques noirceurs autour de mes yeux, quelques ombres régnant sur mon regard.
Elle émet un soupire en écho du mien que je pousse intérieurement, s’envolant de mes bras pour se saisir d’un gâteau en forme d’étoile, glacé de blanc et qui laisse découvrir un mélange chocolat-cannelle si j’en crois ma vue et mon odorat surdéveloppé lorsqu’il s’agit de chercher des traces de cannelles. Elle me demande de, je cite, faire « aaah », en me montrant l’exemple tandis que j’obtempère alors que je laisse mes dents se refermer sur le moelleux, ma langue venant aider alors que la gâterie vient envahir ma bouche, m’empêchant de parler, me forçant à écouter ma douce sans l’interrompre ; l’écouter me demander pardon, l’écouter me dire toutes ces choses auxquelles je ne sais de toute façon quoi répondre. J’avale assez rapidement ce que j’ai dans la bouche ; je trouverai quoi dire, je ne peux la laisser parler ainsi, pas encore, pas sans réagir… Elle s’interrompt un instant et m’incite à fermer ma bouche lorsqu’elle reprend. Ses derniers mots résonnent dans ma tête et je crois noter des rougeurs sur son visage ; je ne sais cependant si c’est dans ce souvenir où je lui parlais de croquer ses lèvres que je la vois les joues rosées ou c’est ce qui se passe actuellement, mais le fait qu’elle se détourne subitement me laisse penser qu’elle vient de se faire rougir toute seule, laissant un sourire se dessiner sur le coin de mes lèvres alors que je passe une main dans mes cheveux.
 
Cette féline femme change brusquement de sujet alors qu’inconsciemment, je me figure ses lèvres presses contre les miennes. Cela dit, je vois bien avouer que la façon poétique dont elle m’avoue lui avoir manqué m’embaume le cœur en plus de me donner ce bonus de me reconnaitre dans ses mots. Mais là où elle s’arrête, là où elle rougit, je continue, fier ; Tara, tu m’as manquée comme… C’est dans un murmure à peine audible que je continue.
 
« Comme la dulcinée à l’amoureux. »
 
Je déglutis, entend à peine ce qu’elle me dit, ne retient que la dernière phrase. Je m’approche d’elle et lui saisis les poignets avant de faire glisser mes mains jusqu’aux siennes, ancrant mon regard dans le sien, fixant mon esprit au sien, calquant les battements de mon cœur à la cadence de sa respiration, laissant mon âme gouter à la sienne alors que mon front rencontre le sien.
 
« J’en pense que ce n’est pas malin de ma part de te faire culpabiliser, j’en suis d’ailleurs désolé. Je ne peux pas t’entendre dire tout cela sans râler. Tu n’as pas le droit de t’excuser d’avoir eu besoin de t’en aller, car si ça n’avait pas été ma réaction, ce jour-là, tu ne serais pas partie, tu serais restée près de… Lui. Écoute-moi ma douce… Ferme les yeux. »
 
Je lui caresse doucement le visage et laisse mes yeux exprimer un simple « fais-moi confiance » avant qu’elle ne fasse ce que je lui demande. Mon front contre le sien n’est plus ; mes lèvres le remplacent, se pressent contre le front de Tara avant que je m’éloigne à peine juste assez pour pouvoir parler, m’échouant au fur et à mesure contre son cou que j’effleure à peine de mes lèvres, laissant les volts me parcourir tout le corps, électriser ma peau et emballer mon cœur en une valse folle.
 
« Tu m’as laissé l’occasion d’avoir tort, de regretter, d’effacer ces mots ; tu m’as dis que je pourrai te le redire, sans d’autre but que ces mots veulent dire et je pense que ce but est, non pas de se débarrasser d’un poids, mais de faire en sorte qu’il ne cesse pas de peser, non pas sur nos épaules, mais sur notre cœur. C’est un poids de légèreté, celui qui nous octroie quiétude et sérénité, alors on fait tout pour l’alourdir, en avouant nos sentiments à la personne aimée, par exemple. Tu peux rouvrir les yeux maintenant. »
 
Je relève la tête, espérant être confrontée à ses prunelles.
Parce qu’il faut que je te voie, parce que j’ai besoin de tes prunelles braquées sur moi, me transcendant pour me sonder.
 
« Ce n’est pas seulement que je te veux, mon amour, ce n’est pas uniquement que j’ai besoin de toi… C’est juste que je t’aime. D’un amour électrique, d’un amour frais, d’un amour artistique. Mes sentiments n’ont pas changé, mais… Mais je ne te dis pas ça pour t’obliger à me dire ce que tu ressens, ce n’est pas une promesse que je te fais, ce n’est pas une réponse que je te demande. Ça fait juste alourdir le poids de légèreté dans mon cœur, ça me rend un peu plus heureux. »
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyJeu 26 Déc - 15:12


« Happiness is like a kiss. You must share it to enjoy it. »

Bernard Meltzer
Noël dernier, Tara l’avait passé avec Cesare mais aussi une centaine d’autres convives, réception au cours de laquelle elle s’était sentie intimidée et insignifiante. Le sapin qui trônait au milieu de la salle faisait trois mètres de haut, et était… entièrement en cristal. Elle n’avait même pas eu droit à un vrai sapin à décorer. Cesare l’avait trainée de cercle en cercle, présentant à tous sa fiancée, dont on louerait plus tard la robe haute couture et l’appétit de moineau. Parce que ne pas manger beaucoup c’est élégant, quitte à avoir un carré de sucre dans son sac à main pour éviter de défaillir. C’est juste quelques jours après cette soirée qu’elle avait pris la fuite, sur un coup de tête (ou coup de génie) qui lui avait fait sentir qu’elle n’était pas à sa place au milieu de tout ce faste impersonnel. Tara était faite pour se blottir dans une bonne couverture et partager avec son amoureux des chamallows à faire flotter au-dessus d’un chocolat chaud, pas pour afficher un sourire publicitaire sur papier glacé pour la promotion du nouveau livre de son futur-époux ni pour prétendre qu’il n’y a rien de meilleur au monde que les asperges au sel quand on veut garder la ligne. Ainsi, Aiden était loin de pouvoir se douter de ce que son sapin représentait aux yeux de la jeune femme. L’odeur fraiche de ses aiguilles embaumait la liberté.
« Ma chérie, je suis désolé, il ne reste plus que l’étoile à placer. Il faut croire que j’attendais ta venue, car je n’ai pas l’habitude d’attendre avant de la laisser trôner sur mon salon. »
La tendresse dans la voix du jeune homme la fit se retourner pour poser sur lui un regard tout scintillant d’affection et de reconnaissance. Elle chercha l’étoile des yeux et ne tarda pas à trouver ce joli cristal sur lequel la lumière réfractée traçait de petits arc-en-ciel et des paillettes bleutées. Elle la ramassa et s’approcha d’Aiden.
« Ce n’est pas grave, l’étoile est la plus importante car elle doit veiller sur le propriétaire du sapin. Je serais très contente de la mettre, mais ton sapin est plus grand que moi et deux fois plus gros, il me faudrait une chaise, ou alors tu devras me porter, et vu tout le chocolat que j’ai mangé cette année je pense qu’une chaise serait plus raisonnable… »
Ce qu’elle ne dit pas c’est que, l’année dernière, avec ses quarante-deux kilos pour son mètre soixante, elle faisait presque peur à voir, tandis qu’avec quelques kilos supplémentaires on avait arrêté de la regarder bizarrement dans la rue en la prenant pour une anorexique.

Vint le moment où il lui demanda comment elle allait, alors que la vraie question, à les regarder l’un et l’autre, était plutôt comment lui il allait. Tara avait l’air un peu fatiguée et restait assez pâle depuis son évanouissement de cet après-midi, mais somme toute elle souriait sincèrement et semblait beaucoup moins soucieuse et malheureuse que le mois dernier. Aiden semblait être passé sous un rouleau compresseur. Elle répondit pourtant à la question, résuma rapidement sa situation pour expédier un peu son cas au profit de celui du jeune homme. Il sembla noter son hésitation lorsqu’elle évoqua Cesare. Il lui fit relever le menton d’un geste un peu plus ferme et plongea son regard dans le sien une demi-seconde avant de la relâcher. Elle pouvait bien taire les mots mais Aiden lisait aisément les informations manquantes dans son regard. Elle le vit serrer le poing et sentit qu’il maîtrisait de son mieux une décharge de colère qui l’avait parcouru. Elle ne voulait pas qu’ils partent sur ce sujet, au moins pas ce soir, alors elle se mit à parler de son séjour à Blueside. Elle rit gaiement en le voyant lui faire la révérence et poser un baisemain théâtral sur ses doigts, ayant admiré sa bague, contente qu’il ait joué le jeu et accepté de changer de sujet.
« Du rodéo électrique ? Tu as tenu… quinze secondes ? Et puis, je ne savais pas que t’y connaissais en alcool ! Attends, rassure-moi, tu t’y connais, hein ? »
« Eh ! Ne sois pas vexant je te prie, répliqua-t-elle en lui mettant une petite tape sur le bras. Mon record sur le taureau c’est une minute, et j’aimerais bien t’y voir ! Quant à l’alcool, j’ai… heum, appris sur le tas, et puis tu sais les hommes ivres ne savent plus ce qu’ils boivent vraiment alors… »
Elle secoua la tête et ajouta rapidement :
« Tout le monde était très gentil, je n’ai vraiment eu aucun problème. »
Aiden s’intéressa ensuite à ses études, déclarant qu’il pourrait l’aider pour le premier semestre.
« Tu pourras même m’aider un peu plus longtemps, j’en suis sûre, parce que j’ai choisi Lettres Modernes en pensant à toi… à Baudelaire, aussi. »
Elle s’était trouvée un peu bête devant la feuille d’inscription et la liste des matières, alors elle avait tout simplement pensé à son exemplaire des Fleurs du Mal qu’elle avait acheté après qu’Aiden lui avait parlé de certains poèmes de Baudelaire. De toute façon, elle ne pensait pas aller jusqu’au Master, loin de là, mais elle espérait bien tenir deux ans, et avec un peu de chance, pousser jusqu’à la Licence, mais elle ne se projetait pas tellement. Quoiqu’il en soit, elle pensait avoir suffisamment parlé d’elle pour le moment, et se crut l’autorisation de lui demander à son tour comment il se sentait. La réponse qu’il lui fit était prévisible, mais Tara y répondit quand même par une petite moue. Même en temps normal, même quand ce n’était pas elle la cause du désarroi du jeune homme, elle s’inquiétait pour lui. Souvent, elle ne le lui montrait pas tellement, ménageant délicatement sa fierté toute masculine ou ce elle ne savait quoi il le faisait se sentir vulnérable lorsqu’on s’inquiétait ouvertement pour sa santé.
« Ne me parle pas comme si j’avais douze ans. S’il te plait, imita-t-elle. Je ne vais pas te traiter comme un petit chiot abandonné, si c’est de cela dont tu as peur. Je voudrais juste que tu ne me tiennes pas à distance comme si j’étais une étrangère. »
Elle n’était pas une de ces femmes d’une nuit qui se s’intéressait pas à ce qu’il ressentait. Elle n’avait plus l’intention de disparaître. D’ailleurs, elle n’avait jamais disparu à proprement parler car elle avait précisément dit à Aiden et Cesare où elle allait. Cependant, elle commençait à craindre que son départ ait abîmé la confiance qu’Aiden avait mise en elle, et qu’il ne puisse plus se reposer en sa présence comme avant.

Elle comprendrait bientôt que ce n’était pas le cas, mais pour l’heure elle tâcha de lui transmettre un message qui lui importait beaucoup, de lui dire qu’il lui avait manqué plus que les mots l’expriment. Elle s’arrêta à un carrefour sans savoir quelle direction prendre. Alors elle se retourna et s’éloigna un peu pour noyer sa confusion sous quelques calories. Elle entendit derrière elle un murmure, juste quelques mots qui voletèrent jusqu’à elle, bientôt suivis de leur émetteur.
« Comme la dulcinée à l’amoureux. »
Il lui prit les poignets puis les mains tandis qu’elle se retournait pour l’observer. Naïvement elle se demandait s’il s’était contenté de filer la métaphore ou s’il… Oh, il avait l’air satisfait et attentif et quelque chose d’autre aussi que Tara distingua à peine. Elle songea que s’ils allaient sur cette voie il n’y aurait pas de retour en arrière.
« J’en pense que ce n’est pas malin de ma part de te faire culpabiliser, j’en suis d’ailleurs désolé. Je ne peux pas t’entendre dire tout cela sans râler. Tu n’as pas le droit de t’excuser d’avoir eu besoin de t’en aller, car si ça n’avait pas été ma réaction, ce jour-là, tu ne serais pas partie, tu serais restée près de… Lui. »
Elle éprouvait un peu de difficulté à respirer correctement, Aiden était trop présent auprès d’elle, trop affectueux, trop beau avec le sapin illuminé en arrière-plan, trop blessé, trop tentant.
« Ecoute-moi ma douce… Ferme les yeux. »
Elle n’aurait pas pensé que recevoir de lui cette délicate injonction la ferait se sentir prise au dépourvu. Fermer les yeux, c’est lâcher prise, c’est laisser le réel nous envahir et nous toucher plus fort. Elle l’avait souvent fait en sa présence, parce qu’elle se sentait protégée auprès de lui, mais, sans qu’elle ne comprenne pourquoi, en cet instant cette demande eut pour effet d’accélérer la cadence des battements de son cœur qui la secouaient imperceptiblement. Il lui caressa la joue tout doucement, comme s’il comprenait qu’elle soit troublée, et l’incita d’un regard tendre à se laisser aller. Elle ferma les rideaux de ses yeux et Aiden, qu’elle venait pourtant de perdre de vue, lui sembla plus présent que jamais devant elle. Elle devinait sa silhouette qui se pencha vers elle à la chaleur de son corps et non plus au parcours de ses yeux sur lui. Il reprit la parole au moment où son souffle aborda son cou. Il ne la toucha pas à proprement parler mais leurs âmes, qui elles étaient depuis longtemps enlacées, durent se moquer un peu de Tara qui commençait à trembler d’envie et de désespoir. Pourtant la voix d’Aiden eut sur elle un effet tranquillisant, comme une ritournelle dont on finit par fredonner les notes, ces notes qui laissent un goût sur les lèvres. Elle ne comprenait pas tout, puisque, comme souvent, Aiden avait de très beaux mots pour exprimer un lyrisme compliqué, mais après tout, c’est bien le propre de la poésie d’employer un langage surnaturel pour frapper plus fort au cœur. Il lui parla de poids et de légèreté, antithèses qui valsèrent dans son esprit et qu’elle ne parvint pas à rattraper, comme des feuillets emportés par le vent. Il lui dit qu’elle pouvait rouvrir les yeux. Elle était enivrée. Et désormais elle savait précisément ce qu’enivrée voulait dire. Elle chercha son regard tandis qu’il se redressait en guettant la confirmation du sien. Elle pressentit qu’il voulait qu’elle voit qu’il ne lui disait que la vérité.
« Ce n’est pas seulement que je te veux, mon amour, ce n’est pas uniquement que j’ai besoin de toi… C’est juste que je t’aime. D’un amour électrique, d’un amour frais, d’un amour artistique. Mes sentiments n’ont pas changé, mais… Mais je ne te dis pas ça pour t’obliger à me dire ce que tu ressens, ce n’est pas une promesse que je te fais, ce n’est pas une réponse que je te demande. Ça fait juste alourdir le poids de légèreté dans mon cœur, ça me rend un peu plus heureux. »
Il lui parlait un langage incompréhensible qu’elle comprenait vraiment bien, qu’elle comprenait de l’intérieur comme si ce fût son propre langage. L’amour frais, c’est l’amour tendre, l’amour de tous les jour (l’amour « j’ai besoin de toi ») celui qui donne envie de sourire et de vivre l’éternité. L’amour artistique c’est l’amour spirituel, celui de leurs âmes qui en savent bien plus qu’eux en la matière, qui savent l’alchimie et la fusion, qui savent toutes les déclinaisons de l’amour des profondeurs. Cet amour surgit du fond de l’être lorsqu’on prononce les mots : « Je t’aime ». Et l’amour électrique… C’est quelque chose comme le dessin du souffle d’Aiden sur sa peau, ou ses iris vertes mêlées à la poudre noire de ses yeux, c’est comment elle était bouleversée lorsqu’il la prenait par la taille et l’amenait contre lui, leurs corps en collision. Mais cet amour était encore un bel étranger qui s’exprimait en langage des signes, et, Tara n’ayant pas encore appris tous les gestes et codes, il la faisait rougir légèrement et devait se contenter, pour l’heure, d’attraper au vol les baisers qu’elle lui envoyait de manière candide.
« Aiden… »
Elle faillit répondre longuement, avec beaucoup de mots rapides et joyeux comme elle savait le faire, mais elle sentit tout à coup que ce n’était pas la chose appropriée. Elle sentit qu’elle voulait laisser l’émotion provoquée par le discours du jeune homme s’évaporer lentement, résonner encore un peu autour d’eux sans qu’elle y plaque des mots à elle. Il venait de lui dire, de lui répéter qu’il l’aimait, et à regarder ses yeux, à décrypter les accents de sa voix, elle savait qu’il lui avait dit les mots de son cœur, de son âme, et de tout son corps qui exprimait tendresse, franchise, et aussi un peu de cette même envie qui faisait frémir Tara. Elle se figura un moyen de lui dire « Moi aussi » mais sans mot. Elle se tourna vers l’étranger qui lui fit un signe, et l’amour frais et l’amour artistique hochèrent la tête, marque de leur assentiment. Elle adressa un sourire à Aiden et lui indiqua qu’elle allait se taire, pour une fois. Elle se rapprocha de lui, presque discrètement, comme si elle souhaitait qu’il n’y voit que du feu, mais c’est bien le feu qu’elle sentit grandir en elle dès que la distance entre eux fut réduite à néant. Laissant de nouveau ses doigts glisser sur le cou du jeune homme et se perdre dans ses cheveux bruns, elle posa son autre main sur son torse, tout contre son cœur, et leva la tête pour ne croiser son regard qu’une seconde, avant que ses yeux verts se mettent à errer le long du tracé de ses lèvres. Elle lui avait fait une promesse, mais ce n’était pas à celle-ci qu’elle rendait hommage, ce n’était pas une question quantitative de ce qu’elle devait ou non à Aiden. Ce qu’elle s’apprêtait à faire restait dans la logique de ce qu’elle était partie chercher à Blueside. Le courage de commencer une phrase par « Je veux », par exemple. C’est ce genre de phrase que son cœur battit en sourdine contre la peau d’Aiden, à l’instant où elle axa son souffle dans le sillage du sien et qu’elle fit se rencontrer leurs lèvres. Elle avait fermé les yeux sur un décor déjà évanescent, ses autres sens s’éveillant tout à coup. Son baiser fut d’abord doux et fragile comme les ailes vermeilles nouvellement déployées d’un papillon du mois de mai, comme si elle craignait qu’Aiden la repousse. Elle sentait pourtant qu’il n’en ferait rien ; peut-être était-il surpris mais au moins elle savait qu’il n’était pas en colère. D’ailleurs, il ne la brusqua pas, la laissa appuyer un peu plus fort d’elle-même tandis qu’elle savourait dans son souffle un parfum retrouvé de cannelle, souvenir d’un gâteau qu’elle l’avait presque forcé à avaler. Alors son baiser se fit presque souriant, presque complice, tout à fait « je t’aime ». La seconde d’après, elle ne savait plus rien, peut-être qu’elle s’abandonna un peu plus, peut-être qu’elle avait hésité et qu’il l’avait encouragée ; elle entrouvrit les lèvres sous les siennes et, en même temps qu’elle était emportée par une vague de chaleur qui la laissait dans un état de demi-conscience, elle se sentait profondément vivante. Elle était à peu près certaine que, s’ils entremêlaient leurs doigts maintenant et qu’ils plaçaient une ampoule au creux de leurs mains, cela ferait de la lumière. C’était beaucoup de sensations d’un coup, trop de choses sur lesquelles elle ne pouvait pas mettre de mots. Elle détourna la tête tout doucement, la respiration heurtée, mais elle ne voulut pas rouvrir les yeux tout de suite de peur d’être brusquement éblouie par la réalité, aussi se contenta-t-elle de cacher sa tête dans le creux du cou d’Aiden. Ils restèrent enlacés un moment dont Tara ne compta pas les secondes. Elle amena ses doigts à ses lèvres qu’elle effleura, comme pour voir si le baiser y était resté accroché. Elle réfléchit à savoir si elle avait déjà embrassé Cesare ainsi, mais il ne lui fallut pas trois secondes pour se souvenir que c’était plutôt lui qui l’embrassait, qui prenait d’elle ce qu’il voulait, et, surtout, elle se souvint qu’il ne partageait pas, que ce n’était pas vraiment un échange. Elle soupira, laissant glisser au sol ses souvenirs les moins heureux, sentant l’espoir pousser en ondulations dans le jardin de son cœur.
« Je t’aime aussi », répondit-elle dans un murmure.
Ce ne serait pas facile, de l’aimer en craignant toujours de l’étouffer, de l’aimer en sachant qu’il est un être profondément libre, de l’aimer en continuant de s’inquiéter pour Cesare, de nourrir des sentiments complexes à l’égard de cet homme torturé, ce ne serait pas facile de l’aimer mais son bonheur en dépendait entièrement, elle en était certaine maintenant. Elle l’embrassa furtivement dans le cou avant de rouvrir les yeux et de se redresser pour le regarder.
« Je sais que tu ne veux pas m’obliger à te dire ce que je ressens, parce que je sais que tu ne voudras jamais m’obliger à quoique ce soit.  C’est une des mille raisons pour lesquelles tu m’as manqué, non pas lorsque j’étais à Blueside, mais dès lors que je t’ai laissé au magasin de robes de mariée. Ce n’est pas pour me demander si je t’aimais que j’ai fait ce voyage, mais plutôt pour savoir si j’en ai le droit. Pas seulement vis-à-vis de Cesare. La question était : est-ce que moi, avec tout ce que j’ai de maladroit, d’insupportable, de capricieux, de culinairement dangereux, et de si fragile, est-ce que j’ai le droit d’être amoureuse de toi et de ta forêt enchantée ? Au début j’ai hésité, et après je me suis souvenue de ton goût pour la décoration et je me suis dit qu’en fin de compte tu as terriblement besoin de moi. »
Elle se mit à rire après avoir désigné l’arbre de Noël pour le taquiner (alors qu’en réalité il n’était vraiment pas mal décoré). Elle retourna contre lui pour lui faire un nouveau bisou esquimau, mais très vite ses yeux s’allumèrent de la même brillance de gourmandise que lorsqu’elle mangeait du chocolat.
« Est-ce que tu crois que… »
Son regard tomba de nouveau sur les lèvres du jeune homme et elle n’osa pas poursuivre sa requête. Elle se détourna en chantonnant « turlututu », nouvelle pirouette à laquelle Aiden était certainement habitué depuis qu’il connaissait Tara, et alla s’assoir sur le canapé, les joues de nouveau teintées de rose. Elle récupéra sur la table le ruban de satin rouge qui avait servi à fermer la boîte de gâteaux et s’appliqua à faire un joli nœud, avec l’intention de se le mettre dans les cheveux par la suite. Au moins, cela lui permis de faire semblant de ne pas penser aux lèvres d’Aiden sur les siennes.

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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyVen 27 Déc - 1:41

The sound of a kiss is not so loud as that of a cannon, but its echo lasts a great deal longer.
 
Ses ondulations blondes tracent le temps tandis que ses émeraudes vertes ont ce don de faire durer chaque seconde une éternité ; mes boucles brunes créent le contraste avec l’éclat de ses cheveux là où ma poudre noirâtre pourrait entacher de mille brillances resplendissant. Plus je me penche sur la question, moins je comprends la raison pour laquelle le destin a décidé de faire entrecroiser nos chemins. Pas que je pourrai aujourd’hui m’en plaindre, seulement que sa naïveté aurait dû rester immaculée, son innocence aurait dû rester inébranlable ; je n’ai fais que pâlir la première, flétrir la deuxième. J’ai fais irruption dans sa vie sans qu’elle n’ m’y est conviée. J’ai demandé à rester près d’elle pour garder un œil sur ces âmes qui s’enlacent dans la chaleur de son corps, qui s’étreignent follement, qui se cimentent l’une à l’autre avec ardeur, comme si quoi que ce soit risquait de les éloigner. Mais elles étaient restées collée sis longtemps l’une à l’autre que si elles en venaient à, malencontreusement, devoir se séparer, chacune emporterait un bout de l’autre avec elle. Le bonheur éternel est l’accomplissement de la quête de la liberté, et là où je pensais ne plus pouvoir être plus libre, là où je pensais avoir enfin forgé mon bonheur en ailes, mon regard s’est brutalement entrechoqué à deux pierres avec la couleur de l’émeraude, l’éclat du cristal et la solidité du diamant. Là où je pensais voler, je me rendis compte que je n’avais été que sur la pointe des pieds, comprenant que mon âme me manque et qu’elle m’est dès lors indispensable. Et cette femme devint plus qu’une amie, plus qu’une confidente, plus qu’une protégée, tellement plus qu’une muse, infiniment plus qu’une vulgaire déesse ; avant que je ne comprenne que mes sentiments changeaient considérablement à son égard, elle m’avoue avoir accepté une demande de mariage. Jamais je ne pourrai lui offrir ne serait-ce que la moitié des bijoux et cadeaux dont la couvrait Cesare ; je paraitrai bien sot à dire qu’au lieu d’orner ses oreilles de boucles endiamantées, je pourrai les décorer de jolis mots, qu’au lieu d’orner son cou de colliers de perles nacrées et de parfums haute gamme, je pourrai l’habiller de caresser, qu’au lieu de lui acheter maintes couleurs pour donner de l’éclat et du volume à ses lèvres, je pourrai les couvrir des miennes. Et pourtant, c’est tout ce dont je suis capable ; offrir amour et passion, tendresse et volupté, certainement pas perles et diamants, or et argent. Je pourrai lui donner tout ce que je possède, je pourrai travailler des heures et des heures supplémentaires, je pourrai emprunter, hypothéquer et, pas un instant, je n’hésiterai, mais pour cela, il faudrait que ce soit primordial, nécessaire. J’ai toujours trouvé que ces femmes beaucoup trop penchées sur les valeurs superflues des bijoux et de l’argent sont les pires, ne sont que marionnettes de leurs patrons ou de leurs maris. J’ai toujours vu en elle un manque flagrant de personnalité, elles les vendeuses d’âmes au Diable, elles les viles, elles qui ne connaissent rien à la poésie ou à la beauté naturelle des choses. Mais Tara n’a jamais été bien à l’aise avec ces robes moulant son corps, entravant ses mouvement, avec des bijoux alourdis par le fait que ne soit pas indispensable. Là où toutes ces femmes de la haute classe voient le diamant ornant l’anneau d’or, pèsent de leurs yeux le nombre de carras, je m’attarde d’avantage sur la couleur de la boite, sur cet écrin dans lequel trône le bijou, sur l’objet sur lequel est déposé l’écrin, peut-être même sur la paume de main. Là où elles tentent de savoir si cette femme porte, oui ou non, des lentilles, je me demande si, oui ou non, ses yeux brillent d’un éclat de malice, d’innocence, de joie, de quiétude. Et pas un instant je n’ai douté du fait que Tara n’a rien à voir avec toutes ces nobles personnes. Pas qu’elle ne mérite pas tout ce que lui offrait son ex-fiancé, seulement qu’à sa place, avec sa fortune, je me serai d’avantage soucié du degré de romantisme et d’intimité que de la renommée du chef cuisiner qui a mijoté les plats trônant dans des assiettes toute de porcelaine faites. Là où il se serait indigné de voir habillée Tara d’un jean et d’un t-shirt trop large, j’aurai saisi l’occasion pour lui proposer mes bras ; là où il aurait été outré par une pluie qui les aurait surpris lors d’un dîner sur la terrasse, là où il l’aurait amenée à l’intérieur en jurant, je l’aurai amené contre moi et l’aurai embrassée sous les larmes de joie du ciel, laissant mes doigts plaquer ses mèches mouillées à son visage, dégustant un baiser de rosée enduit.
Nous n’avons pas le même budget, nous n’avons pas les mêmes valeurs ; le désert que j’ai connu a toujours privilégié la beauté du ciel à celle des bijoux ; le monde d’où je viens a toujours privilégié la magie au calcul du moindre détail pour que le rendez-vous soit parfait.
Tara aurai besoin d’une bouffée d’air, de plus de soin, de moins de superflu ; Tara aurait besoin qu’on lui donne la matière pour se modeler des ailes, pas qu’on lui offre des ailes de cristal. Elle préférerait faire quelque chose elle-même quitte à ce que la qualité soit piètre plutôt qu’à ce que ce soit parfait mais fait par des mains étrangères. Je sais que je peux lui offrir, mais je ne me voile pas la face, je sais aussi que si je peux lui offrir ce qui, à mes yeux, n’a prix, si je peux lui offrir beaucoup de joie pour quelques larmes, je ne peux lui offrir une cage de cristal faite, de diamants ornés, de perles décorée, de superficiel emplie. Peut-être a-t-elle besoin de plus que ce je peux lui offrir. Peut-être a-t-elle besoin d’un homme qui soit poète mais fortuné.
Tara se complète à elle-même. Tara n’a pas besoin d’un homme ; Tara voudrait, éventuellement un homme. Je ne peux choisir à sa place et penser qu’elle a besoin de qui que ce soit est une grossière erreur ; elle peut le penser, elle, mais jamais je ne devrai parler d’elle comme si elle était incomplète, ce serait outrageant et je ne pourrai me permettre de vexer la femme que j’aime. Et je ne parle pas d’amour qu’on a jusque là partagé, je ne parle pas d’étreintes, de baisers innocents dans le cou et de surnom affectueux ; je parle d’amour, de vrai, de celui qui fait trembler Zeus, de celui qui fit rêver Aphrodite, de celui qui aurait fendu la pierre dans laquelle Excalibur était planté.
 
Cette étoile aux reflets bleutés, démunie jusque là de toute brillance à mes yeux, retrouve toutes sa magie dans les mains laiteuses de la jeune blonde et, alors qu’elle parle, jouant la mélodie adéquate à la scène, mes yeux ne cessent de s’émerveiller devant la beauté de spectacle ; ce qu’elle tient en main, c’est plus qu’une étoile, c’est le symbole de la protection, le symbole d’une année bienveillante, le symbole de partage et de joie, le symbole d’une promesse d’une durée d’un an, la promesse de plus de trois-cent jours où la magie sera là, tout autour dissipée, et qu’il suffira d’en amasser assez pour en faire de la joie, en gardant assez pour en faire une aura protectrice nous amenant jusqu’au Noël prochain, là où la promesse sera renouvelée.
Un sourire amusé étire mes lèvres alors que je m’avance vers le sapin, me tournant vers Tara pour qu’elle vienne près de moi.
 
« Tu crois que la chaise est plus solide que moi ? Hum, attention à ne pas me vexer. »
 
Un nouveau sourire, plus rieur qu’amusé, est flanqué sur mes lèvres alors que je m’en vais me glisser dans son dos, laissant mes mains agripper sa taille avant que je ne la soulève assez haut pour qu’elle puisse y accrocher l’étoile, le sapin n’étant de toute façon pas bien haut.
Je la dépose et laisse mes mains sur ses hanches un instant, toujours derrière elle, contemplant le sapin avant d’aller lui embrasser doucement la joue, lui murmurant deux simples mots :
 
« Joyeux Noël. »
 

Ma révérence fut accueillie d’un rire joyeux et, alors que je me moque ouvertement d’elle, elle me demande de ne pas être vexant, me tapant doucement le bras alors que je hausse les sourcils, un sourire franc aux teintes amusées sur le visage. J’espère qu’elle se tenait au taureau électrique avec plus de force que celle qu’elle vient d’employer pour m’asséner une petite tape, tout de même. À cette pensée combinée au fait qu’elle admet ne pas s’y connaitre en alcool, je ris doucement ; l’idée de la savoir verser de la tequila à un une personne demandant de la vodka est réellement hilarante.
Je me calme néanmoins lorsqu’elle me fait part de son choix d’études et je lance un « ça ira », comme pour la rassurer car je suppose que se lancer dans le milieu universitaire doit pas évident.
Je suis ravi que Baudelaire, de fond de sa tombe, ait réussi à avoir l’influence nécessaire sur elle pour qu’elle s’engage sur le chemin des Lettres Modernes ; je suis aussi ravi d’avoir pu contribué à cette décision, évidemment.
Elle me demande comment je vais et ma réponse tombe comme une évidence à ses yeux, à en voir sa moue déçue. Les mots qu’elle m’adressa eurent un effet poignardant sur moi et je m’en voulu aussitôt de lui avoir donné cette impression. Son imitation me fait, quant à elle, prendre conscience de la puérilité de ces mots que je lui adressai, la traitant réellement comme une enfant. Je pousse un soupire en glissant une main dans mes cheveux, nerveusement.
 
« Espères-tu que je te dise que tu es coupable de cet état lamentable dans lequel je suis, Tara ? Je dormais à peine, surtout la première semaine, quand je travaillais, je buvais à en être ivre mort, fumais jusqu’à tousser avec cette impression de cracher mes poumons. Mais en aucun cas ce n’est de ta faute, c’était ma manière à moi de me punir, ma manière à moi de réagir à ton départ. J’ai été lâche, j’ai été faible, j’ai été lamentable, mais je ne veux pas que tu te sentes coupable. Je préfère encore te donner l’impression de n’être qu’une étrangère que celle d’être la raison de mon mal-être, ce que je viens de faire. »
 
Je soupire ; ma dernière phrase est tranchante, laissant transparaitre le fait que je n’ai pas apprécié qu’elle se décrive comme étrangère, car si je lui en ai donné l’impression, elle aurait cependant dû comprendre que je me suis mal exprimé, aussi bien verbalement que gestuellement ; si elle croit que je manque de confiance en elle, alors c’est qu’elle manque de confiance en moi.
Je ne sais pas pourquoi on se prend la tête sur mon état, je ne sais pas pourquoi, subitement, c’est de moi qu’on parle alors que c’est précisément le sujet que je ne voulais pas aborder.
Mais, à cet instant, je ne savais pas encore que j’allais mettre à nu la moindre parcelle de sentiments à l’égard de Tara habitant mon cœur.
Alors je tais toutes les bêtises qui n’attendent que d’être prononcées et j’offre à mon cœur une langue, qu’il puisse s’exprimer librement, ma bouche ne sera que son indéniable dévouée. Ce ne sont pas des mots qui, de ma bouche tombent, mais plutôt une pluie ; une pluie de sincérité, une pluie de poésie, une pluie de tout ce qu’il y a de plus beau dans ce monde ; une pluie d’amour.
Je ne sais actuellement pas ce que ressent Tara et, pour la première fois depuis qu’on se connait, j’ai ce sentiment d’être une autre personne. Effectivement, j’ai toujours senti en moi une part d’elle ; mais ainsi face à moi, sa bouche close et ses yeux drapés de ses paupières, je ne peux savoir ce qui se passe dans son esprit, dans son cœur, les miens m’occupant beaucoup trop. Je ne peux m’attarder sur les détails de sa respiration là où la mienne a perdu toute normalité. Je ne peux deviner la cadence des battements de son cœur là où je semble dépourvu du miens tant j’ai du mal à ne serait-ce qu’à articuler, respirer. Je me concentre sur mes mots, je me concentre sur mon état, m’obligeant à ne pas perdre ma voix qui aurait pu se confondre au souffle de ma belle. Je m’oblige à ne pas perdre de vue mon objectif, bien que je sois tenté de lui dire de tout oublier, de peut-être simplement changer de sujet, de regretter… Je doute que je regrette, mais si cela vient à arriver, je tiens à au moins avoir une bonne raison de le faire alors je me dois d’aller au bout de me pansée. Alors je lui parle d’un amour électrique, de celui-ci même que nourrissent étreintes, baisers, échanges langoureux de regards ; je lui parle d’amour frais, celui qui s’abreuve de la routine, de ces réveils consécutifs près de l’être aimé, de celui qui vous permet de prendre une grande respiration et d’entamer une course folle, sachant pertinemment qu’à la moindre chute, qu’à la moindre faiblesse, quelqu’un est juste là, près de nous, veillant sur nous. Et alors je lui parle d’amour artistique, celui-ci même que nos âmes dessinent sur un tableau électrisant de fraicheur. Là où l’amour frais est celui des hommes, là où l’amour électrique est celui des dieux, l’amour artistique est celui des poètes et, il va de soi que le poète n’est pas un homme, pas plus qu’il n’est un dieu ; il se place en-dessous ou au-dessus, qu’importe, c’est un poète, il n’y autour de lui qu’un monde poétique, il n’a comme armes que poésie et il ne s’encombre pas du titre « homme » ou du titre « dieu ».
Mon prénom dans sa bouche est en sécurité, protégé. Mon prénom dans sa bouche est frais, est électrique, est artistique ; pas d’erreur possible, c’est elle dont je suis amoureux.
 
Son sourire apaise mon cœur un quart de seconde ; le quart de seconde qui suivit, il s’élança rapidement ; jamais mon cœur ne battit si fort.
Ses doigts glissaient sur ma nuque, électrisaient ma peau, s’habillant de mes boucles brunes alors que son autre main peut, à sa guise, découvrir les battements affolés d’un cœur fou. Son regard ne croise qu’un instant le mien et ce qu’elle va faire m’apparait comme une évidence ; pas que je ne m’en sois pas douté avec son sourire, seulement que la confirmation est brutale et me voilà à ignorer que je sais. Je sens son cœur battre contre moi et j’y décrypte ce qu’elle veut que j’y lise : sa volonté, son courage, son changement et, plus que tout, son amour.
Son souffle se confond au mien au moment même où ses lèvres appliquent une pression timide sur les miennes.
Si on m’avait dit qu’être amoureux, c’est lorsqu’un regard peut rendre fou et, en un instant, réduire les volontés qu’un homme a bâties depuis un siècle ; si on m’avait dit qu’être amoureux, c’est lorsqu’un baiser peut mettre en vitrine un instant dérobé à l’éternité et de sa pression le marquer d’un arc-en-ciel de couleurs ; si on m’avait dit tout ça, eh bien ma foi, je n’aurai jamais pris le risque de tomber amoureux.
Mais je suis heureux de ne pas avoir su ce que c’était que le véritable amour avant aujourd’hui, je suis ravi d’avoir pris le risque, je suis heureux de l’aimer, elle et nulle autre. Je suis heureux.
Une de mes mains s’en va glisser jusqu’à sa nuque là où l’autre épouse la courbe de sa hanche gauche ; je me laisse entièrement faire, la laisse presser un peu plus fort ses lèvres contre les miennes, la laisse arpenter ces contrées qu’elle n’avait fait qu’observer jusqu’à maintenant, la laisse découvrir la splendeur de ce baiser, la laisse aussi tenir sa promesse ; celle de m’embrasser, non pas de se faire embrasser. Elle entrouvre les lèvres, tout contre les miennes, et mes doigts derrière sa nuque se font soudainement plus pressants alors que j’approfondis lentement le baiser, ne la brusquant pas, ne me brusquant pas ; je me laisse le temps de retrouver un goût de chocolat dans sa bouche, me laisse le temps de découvrir la saveur du paradis sur ses lèvres et m’en vais cueillir, avec une extrême prudence, le fruit de la tentation en laissant mes lèvres s’embaumer de la chaleur qui ne quitte plus mon corps.
Alors je ne sais pas, ne sais plus, sais tout ; je ne sais pas combien de temps s’est écoulé ; je ne sais plus le déroulement des évènements qui nous a mené à ce baiser ; je sais que nos souffles se sont tus, je sais que l’étoile bleutée s’est arrêtée de refléter les couleurs de l’arc-en-ciel pour se nourrir des couleurs de notre baiser, je sais que le soleil s’est arrêté dans sa descente du ciel pour nous contempler, je sais que le monde s’est arrêté de tourner pour offrir un bout d’éternité à deux amoureux, je sais que je commence à manquer de souffle, je sais que le vent, qui s’est arrêté de souffler, exhale de nouveau pour me permettre de garder mes lèvres sur celles de Tara encore un instant, je sais que les oiseaux se sont réveilles de leur demi-sommeil pour chantonner une douce symphonie sur laquelle se meuvent nos lèvres, nos langues, nos cœurs, nos âmes, nos corps.
 
Elle s’éloigne à peine, ne rouvre pas les yeux, s’échoue contre mon cou alors que mes doigts s’en vont lisser ses ondulations blondes.
Je t’aime aussi.
Ce n’est pas une promesse qui se noue avec nos sentiments mis à nus, exprimés de façon brute ; c’est un début. Le début d’un conte de fées, le début d’une scène de théâtre dramatique ; c’est un début, le début de notre histoire, la fin des doutes, le début d’un cheminement d’événements, de joie et de tristesse, de sourire et de larmes, de ravissement et de déception.
Non, ce n’est pas même un début ; c’est un renouveau. On revit, puisant la force dans l’autre, puisant la vie dans l’autre.
Elle laisse un baiser sur ce cou, doit sentir que je déglutis. Alors elle se redresse, me fait face tandis que je glisse mes doigts dans le blond perdus jusqu’à son visage que je caresse lentement, un sourire simple sur les lèvres. Je lui prête grande attention lorsqu’elle se met à parler, ne peut m’empêcher d’élargir un peu plus mon sourire au fil des mots, fortement ému lorsqu’elle fit référence à ma forêt enchantée.
Elle rit doucement en relevant mon goût pour la décoration, désignant le sapin de Noël alors que je hausse les sourcils, faussement outrée, ne me départant guère de mon sourire. Elle frotte alors son nez contre le mien et je remarque une étincelle se ravivant dans les yeux de la belle ; ses prunelles tombent sur mes lèvres et elle se détourne furtivement, agilement, pour aller s’installer sur le canapé, laissant sa phrase en suspens. Ses joues s’empourprent et elle s’applique à faire un nœud avec le ruban rouge posé sur la table, celui même qui ornait la boîte. Je m’approche d’elle pour m’asseoir sur la table, la laissant achever son œuvre pour le lui enlever des mains le nœud, un sourire flanqué sur les lèvres.
 
« Oui, mon âme, tu as parfaitement le droit d’aimer quelqu’un d’aussi idiot que moi, puéril, impulsif, embêtant, maladroit, provocateur et grandement rieur ; d’autant plus que, tu vois, sans toi, je décorerai toujours aussi mal et ça risque de faire la une des journaux, alors je deviendrai célèbre et j’aurai un fan-girl. Et même si tu ne m’aimes pas, je suis sûr que tu seras jalouse et je serai tellement bon que je reviendrai vers toi. »
 
Et voilà, quand j’essaye d’être sérieux un instant, il faut toujours que les bêtises que je dise ensuite soient les pires d’entre toutes. Je ris doucement avant de poser le nœud rouge sur sa cuisse, me penchant vers elle.
 
« Bon eh bien, si tu ne veux pas finir ta phrase, je suppose que je peux formuler une requête ? Tu vois, Aphrodite aimerait qu’on lui apprenne à embrasser amoureusement, elle vient de me le murmurer – promis, je n’ai pas succombé à sa beauté – alors on devrait lui montrer. Le courroux des dieux, même de la déesse de l’amour, est terrible, ravageant. »
 
Mon regard s’éclaire d’une avidité, furtivement, trop pour que je sois sûr de ce que je ressens ; ma main sur sa joue, je rapproche son visage du mien jusqu’à ce que mes lèvres étreignent les siennes, transmettant un message d’amour et de sincérité, réceptionnant une missive de sincérité et d’amour. Mes doigts pianotent sur son visage alors que je bascule légèrement son visage en arrière, positionnant sa lèvre inférieure entre les miennes, nous laissant à peine le temps d’emmagasiner de l’oxygène.
De nouveau le soleil s’immobilise, de nouveau le ciel se teinte des nuances de ce baiser.
Je défie la barrière de ses lèvres pour approfondir le baiser, tout aussi doucement, sentant mon cœur battre dans ma bouche, donner le rythme à ce slow romantique dans lequel nos lèvres se succombent, dans lequel nos langues se goûtent, dans lequel nos cœurs se trouvent, dans lequel nos âmes flirtent et s’aiment.
 
« Je n’ai pas d’autre cadeau pour toi qu’un amour sincère et une salve de baisers passionnés durant la soirée. »
 
Je la regarde avec un sourire amusé.
Il y a un mois, j’étais troublé. Il y a une heure, j’allais mal. Et en cet instant, je suis heureux.
Il y a un mois, j’étais amoureux sans le savoir. Il y a une heure, j’étais amoureux sans l’admettre. Et en cet instant, je suis amoureux.


Dernière édition par Aiden J. Amane le Jeu 16 Jan - 21:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyLun 30 Déc - 11:53



« Je dis à cette nuit : "Sois plus lente" ; et l'aurore va dissiper la nuit... »

Alphonse de Lamartine
Si elle se donnait la peine (le chagrin) d’y réfléchir, elle s’apercevrait que Cesare ne l’aimerait pas du tout telle qu’elle se comportait avec Aiden. Nous ne voulons pas dire « parce qu’il n’apprécierait pas qu’elle soit aussi tactile avec un autre homme » mais « parce qu’il détesterait tout en elle si elle se comportait de cette manière avec lui ». Un jour, il était assis dans un fauteuil et lisait quelque ouvrage sérieux sur la psychanalyse et Tara s’ennuyait fort, sur le canapé d’en face. Elle s’était donc levée, s’était approchée pour lui retirer l’ouvrage des mains et s’assoir sur ses genoux, en demande de bisous. Le visage hermétique et la fureur contenue qu’il lui présenta alors la laissèrent pantelante et terrifiée, tandis qu’il la renvoyait s’occuper ailleurs. Son côté totalement maniaque semblait s’accentuer avec le temps, de telle sorte que Tara avait appris à s’assoir toute droite comme un i sur le canapé, à croiser ses mains sur ses genoux (et ne surtout pas croiser les jambes, c’est disgracieux), et à regarder en face d’elle sans bouger, des heures durant. Elle avait failli croire qu’il était normal pour une fiancée de faire la statue dans le salon pendant que son (compagnon ? presque-époux ? maître ?) fume un cigare. Pourquoi avait-elle était amoureuse de lui ? Pas pour les cadeaux trop exorbitants ni pour les rares (et cependant trop insistantes) marques d’affection de sa part. L’aimer lui avait semblé une pure évidence, comme si cela avait été inscrit en elle depuis la naissance. Elle l’admirait, avant tout. Et, quand il était de bonne humeur, il était réellement adorable. Quelquefois, il la quittait le dimanche après-midi pour aller elle ignorait où, dans ce qu’il appelait « son havre », un lieu secret. Quand il revenait, il était détendu, serein, et il se montrait tendre avec elle. Il lui faisait couler un bain avec de la mousse et il ne l’appelait plus son « chef-d’œuvre » mais son « ange ». C’était les seuls moments relâchés qu’ils pouvaient passer l’un avec l’autre. Le reste du temps, Tara était constamment sous tension, en sa présence. Heureusement, Aiden n’était pas aussi psychorigide, se dit la jeune femme alors qu’il lui faisait signe de s’approcher de lui. Lui, il s’en fichait qu’elle se blottisse contre lui alors qu’il était en train de lire, qu’elle mange dans son assiette ou qu’elle danse au milieu du salon en chantant à tue-tête. Elle le soupçonnait même de bien aimer quand elle était exubérante, peut-être encore plus que quand elle faisait un effort pour être sage ou jolie ou spirituelle.
« Tu crois que la chaise est plus solide que moi ? Hum, attention à ne pas me vexer. »
Oui, elle croyait vraiment qu’une chaise, un objet conçu pour soutenir des personnes et dont la seule utilité se résumait en fait à celle-ci, était plus solide que lui, qui avait certes de la force (dut-elle lui concéder en remarquant qu’il la soulevait avec aisance, ses mains enserrant sa taille), mais qui restait humain, et qui pouvait avoir, que sais-je, une crampe, ou bien être chatouillé par quelque chose, de telle sorte qu’il la lâcherait et la laisserait tomber sans prévenir. Cependant, quand elle eut fièrement accroché l’étoile sur la cime du sapin et qu’il la reposa à terre tout en délicatesse, elle tourna la tête pour le regarder par-dessus son épaule, et, avec un petit sourire mutin, lui lança :
« Mon héros ! Voilà pourquoi je préfère toujours m’assoir sur tes genoux plutôt que sur une chaise… »
Juste pour lui faire plaisir, mais sans doute percevrait-il aussi le petit grain de taquinerie dans sa voix. Il répondit par un baiser sur la joue avant de lui souhaiter un joyeux Noël à l’oreille. Elle sourit, et jeta un coup d’œil à l’étoile qui scintillait sereinement, reflétant les clignotements enthousiastes de la guirlande lumineuse. Elle savait que c’était un peu idiot de s’adresser moralement à un objet en lui prêtant un pouvoir magique, mais, au cas où, elle formula silencieusement à l’étoile le souhait de veiller à ce que l’année d’Aiden soit douce et moins émotionnellement encombrée et pesante que le fut ce dernier mois. Ce cristal qui, deux minutes avant, tandis qu’elle le tenait dans sa main, était un simple objet de décoration, lui paraissait maintenant un symbole important, et, comme le rythme aléatoire des illuminations s’accéléra à ce moment précis, il lui sembla que l’étoile lui fit un clin d’œil : « Ok ! », cela voulait dire. Alors Tara fut réconfortée pour un petit moment, et c’est avec un sourire radieux qu’elle se tourna vers Aiden, lui rendant son baiser sur la joue.
« Joyeux Noël ! Oh… pour moi il l’est déjà, j’ai tellement de chance d’avoir eu assez bon goût en pâtisseries pour que tu ne mettes pas à la porte… »
J’ai tellement de chance d’être auprès de toi. C’est tout ce que cela voulait dire, mais elle ne voulait pas que le ton de la conversation devienne trop grave, elle ne voulait pas faire la comparaison entre ce Noël et le précédent, elle voulait juste profiter de cet instant avec lui. C’est aussi ce que devait vouloir Aiden, c’est pourquoi il sembla un peu fâché que la discussion se tourne vers lui pour revenir sur ces dernières semaines. Il lui avoua ses insomnies, ses abus de substances nocives, lui fit remarquer que c’était une forme d’auto-flagellation et non une façon de la faire se sentir coupable. Il termina assez sèchement, sans voir que Tara avait déjà pâli sous le coup de l’émotion. Elle aurait aimé qu’ils soient assis tous les deux sur le canapé. Parce qu’ainsi, elle aurait pu se mettre à genoux sur les coussins et être un peu plus haute que lui, pour l’entourer de ses bras et lui dire : « Moi aussi je veux te protéger ». Elle n’était pas très crédible, toute petite et toute diaphane, mais elle savait qu’elle aussi connaissait quelques formules magiques. Tout comme Aiden savait toujours l’encourager et la soutenir, elle pouvait soulager un peu ses blessures, lui donner plus souvent envie de sourire, elle arrivait presque, parfois, à faire qu’il se regarde un peu plus comme elle le voyait que comme lui-même se considérait, et il devait y gagner en estime de soi. Elle était partie sans plus pouvoir veiller sur lui, et ses mauvaises habitudes de se faire du mal s’étaient accrues de façon exponentielle. Bien sûr qu’elle se sentait coupable. Mais elle n’avait pas besoin qu’il lui raconte pour se sentir coupable. Elle avait besoin qu’il lui raconte pour savoir d’où repartir, et par quels moyens commencer à panser ses blessures. Si c’était à refaire, elle recommencerait de la même manière, elle repartirait à Blueside, même si la culpabilité la rongeait. Pourquoi ? Parce que, telle qu’elle était il y a un mois, elle était inachevée et blessée elle-même, incapable d’aller au bout de quoique ce soit. Telle qu’elle était aujourd’hui, elle était assez forte pour supporter la culpabilité tout en aidant le jeune homme à aller mieux. Elle était aussi plus capable de lui offrir ce qu’il méritait : une femme qui s’autorisera pleinement à l’aimer, au lieu d’une moitié de tendresse coupée d’incertitudes.
« C’est maintenant que tu es lamentable, idiot, le gronda-t-elle en lui pinçant le bras. Il n’y a rien en toi que je ne puisse voir, rien qui me fera horreur ou que je trouverai trop difficile à porter. Si tu t’es infligé une punition, ne sois pas méchant avec moi, ne me repousse pas si j’essaie de te consoler. Je suis désolée, je n’étais plus là pour te renvoyer ta lumière et tu t’es cru plein d’ombre, et cela c’est de ma faute, mais (elle appuya sur le mot pour le dissuader de lui couper la parole) je vais gérer ma culpabilité comme une grande, merci. Et toi, arrête, lâche prise. En me laissant m’en aller tu as fait ce que tu sais faire comme personne : me donner des ailes. En revenant, j’espère que tu me laisseras faire ce pour quoi je suis douée. T’entourer d’un nid. »
Elle le regardait très sérieusement, son bel incompris, et très profondément pour qu’il sente bien qu’elle était là et qu’elle ne le trouverait jamais indigne ou pitoyable. Il était beau et triste, et sous ses grands airs il n’avait pas confiance en lui, c’est tout. Elle fit un pas vers lui et l’enlaça, glissant ses bras dans son dos pour y laisser une caresse lente dont elle espérait qu’elle l’aiderait à se calmer. Il lui avait manqué si fort ! Cela aussi, elle espérait qu’il le sentait. Elle avait appris un peu ce qu’était l’indépendance, mais ce qu’elle voulait, c’est être indépendante juste à côté de lui, tout contre lui, et qu’il lui tienne la main.

Elle n’arriva pas à le lui dire tout de suite, pas vraiment, peut-être trop émue, trop timide, ou trop fatiguée pour trouver les bons mots. C’est lui qui le lui dit en premier. En lui parlant d’amour frais, il lui disait qu’il voulait l’aimer tous les jours. Il l’aimait du plus profond de lui-même, disait l’amour artistique. Et plus ardemment que tous les feux de l’univers, renchérissait l’amour électrique. Et le baiser de Tara, le tout premier qu’elle lui ait jamais donné sur les lèvres, répondit « Moi aussi, mon amour ». Elle comprenait, maintenant, pourquoi leurs âmes ne se décrochaient plus. Que les corps sont idiots, que les cœurs sont hésitants ! Les âmes comprennent avant tout le monde que tout est incomplet tant qu’il y a des barrières, que tout est insurmontable si l’on n’essaie pas à deux. Quand, étonnée et à bout de souffle, elle détacha ses lèvres des siennes pour se reposer un instant dans son cou, il glissa ses doigts dans ses cheveux, et tout son corps en émoi frissonna sous cette caresse soyeuse. Tara n’arrêtait pas de se répéter : « Calme toi », et pourtant elle était fort calme, fort reposée comme si elle avait dormi un siècle et se réveillait comme une fleur… et pourtant elle était fort bouleversée, avec un goût de piment et de miel dans la bouche, un mélange de salé et de juteux sur les lèvres, du nuageux et de l’aquatique dans l’esprit, en clair elle était folle, toute contente et toute effrayée, toute enfantine dans les bras de celui qui la faisait se sentir tellement femme. Elle se redressa pour parler un peu trop, ou juste ce qu’il faut, et, tout en voulant faire comme si elle avait oublié le goût de ses lèvres pour avoir une excuse et les savourer de nouveau, elle hésita et partit à tir d’ailes sur le canapé. Quand il la rejoignit pour s’assoir face à elle, elle était fort occupée et ne leva pas les yeux vers lui, jusqu’à ce qu’il lui prenne des mains le nœud de satin qu’elle venait de faire.
« Oui, mon âme, tu as parfaitement le droit d’aimer quelqu’un d’aussi idiot que moi, puéril, impulsif, embêtant, maladroit, provocateur et grandement rieur ; d’autant plus que, tu vois, sans toi, je décorerai toujours aussi mal et ça risque de faire la une des journaux, alors je deviendrai célèbre et j’aurai un fan-girl. Et même si tu ne m’aimes pas, je suis sûr que tu seras jalouse et je serai tellement bon que je reviendrai vers toi. »
« C’est vrai que tu es embêtant, renchérit-elle en esquissant un mouvement pour récupérer le nœud qu’il lui avait retiré, en vain. Et donc, par simple charité humaine, tu reviendrais vers moi toute seule alors qu’une horde de groupies serait à tes pieds ? Je ne te crois pas ! Tu sais, moi, si Max Irons vient frapper à la porte de ton appartement là tout de suite, je t’abandonne sur-le-champ et m’en vais avec lui, pas besoin qu’ils soient nombreux… »
Elle haussa les sourcils d’un air mystérieux, pour le laisser croire cinq secondes… avant de se mettre à rire et de lui envoyer un baiser en soufflant sur sa main.  Il lui rendit le nœud, ou plutôt le posa sur sa jambe, et le contact furtif de ses doigts sur sa peau l’empêcha de se mouvoir, son cœur repartant de plus belle. Un nœud c’est très joli aussi comme cela, posé sur la jambe, aucun problème c’était totalement calculé ! Mais cela… Aiden se penchant vers elle avec cet affreux détestable (à croquer) petit sourire asymétrique… Elle se redressa sur le canapé et s’enfonça un peu contre le dossier, ne sachant plus où fuir maintenant qu’elle s’était déjà échappée et qu’il l’avait rejointe dans son lieu de retraite.
« Bon eh bien, si tu ne veux pas finir ta phrase, je suppose que je peux formuler une requête ? Tu vois, Aphrodite aimerait qu’on lui apprenne à embrasser amoureusement, elle vient de me le murmurer – promis, je n’ai pas succombé à sa beauté – alors on devrait lui montrer. Le courroux des dieux, même de la déesse de l’amour, est terrible, ravageant. »
« Je retiens surtout que tu as le numéro de téléphone d’Aphrodite. Le Skype de Poséidon aussi ?... »
Bla bla bla. Tout cela pour brasser de l’air, mais cela n’empêcha pas les frissons de parcourir sa peau quand il posa sa main sur sa joue, ni ses lèvres de s’enflammer en pressentant la caresse de celles d’Aiden. Juste avant qu’elle ferme les yeux, elle vit la petite étincelle dans les iris chocolat du jeune homme, cela lui fit une drôle de sensation dans le ventre, des battements d’ailes. Il se mit à l’embrasser, et d’abord elle était trop émerveillée pour réagir. Elle se débarrassa du nœud qui ornait toujours sa cuisse et l’envoya sur la table, comme si son poids était suffisant pour la déséquilibrer, alors qu’en réalité l’impression de vertige venait de l’intérieur. Elle réagit doucement au baiser, émue parce qu’elle sentait qu’il lui communiquait ainsi tout son amour, agréablement surprise aussi en s’apercevant qu’elle répondait de la même manière, de tout son cœur. Il lui releva juste un peu le visage et emprisonna sa lèvre inférieure entre les siennes. Son baiser était chaud, et doux, mais en même temps affamé, et son souffle qui se mélangeait au sien l’enivrait graduellement, et, avant qu’elle sache ce que c’était exactement, elle sentit le désir monter en elle, lentement, sensuellement, cela la dévasta.
« Je n’ai pas d’autre cadeau pour toi qu’un amour sincère et une salve de baisers passionnés durant la soirée. »
Elle se mordit la lèvre inférieure et prit un air navré avant de sourire au jeune homme, le regard pailleté d’espièglerie et de tendresse.
« Le Père Noël a dû se tromper, je n’avais pourtant pas entouré Etre au comble du bonheur, dans le catalogue… »
Elle rit doucement avant de s’avancer sur le canapé, obligeant Aiden à reculer un peu sur la table basse qu’il occupait. Elle quitta sa place et se mit à genoux sur la table, une jambe de chaque côté du jeune homme, face à lui. Tout en espérant que sa table soit plus solide que ses chaises, elle fit ingénument remonter ses doigts dans les cheveux d’Aiden, la paume appuyée contre sa nuque.
« Tourne la tête et regarde ton joli sapin », ordonna-t-elle en appuyant doucement son index sur sa joue gauche, de sorte à ce qu’il soit occupé et distrait pendant qu’elle se penchait pour embrasser son cou, de manière toujours désordonnée et vivifiante, mais avec plus d’ardeur qu’elle ne l’avait jamais fait jusqu’alors, imprimant ses doigts de l’autre côté de son cou pour qu’il ne s’échappe pas sous ses baisers. Elle remonta jusqu’à sa mâchoire, puis alla lui mordiller l’oreille, avant de lui dévorer la joue en souriant, oubliant un potentiel risque de représailles pour ces attaques qu’elle faisait à sa peau. Enfin, comme elle s’imagina qu’il était obnubilé par sa contemplation de son œuvre hivernale, elle regarda par-dessus son épaule, pour voir où elle avait envoyé son nœud rouge. Quand elle l’eut trouvé, elle enlaça Aiden et passa son bras derrière lui pour attraper l’objet de sa quête.
« Yey ! », fit-elle gaiement en se redressant, un peu comme si elle avait fait un tour de magie abracadabrant.
Elle vola un baiser au coin des lèvres du jeune homme en riant, avant de s’envoler de nouveau, à la recherche d’un miroir, en essayant den e pas trébucher à la sensation des papillons qui ne nouveau prenaient leur envol au fond d’elle. N’en trouvant pas dans le salon (de miroir… ni de papillons, à bien y réfléchir), elle s’arc-bouta, utilisant le reflet sombre et mat de la télévision le temps d’épingler le nœud dans ses cheveux.
« Ami d’Aphrodite, que ferais-tu si je te disais que… Que je préfère écouter Artémis, sœur d’Apollon ? Déesse de la lune et de la chasse ! Et, heum… de la chasteté aussi, je crois… »
Son soucis d’exactitude la fit légèrement rougit, mais elle laissa s’évaporer bien vite les idées qui lui vinrent, sautillant de nouveau jusqu’à Aiden. Elle fit semblant de tenir un arc et de lui décocher un flèche, avant de retourner s’assoir sur le canapé, en face de lui, lui faisant signe de venir à côté d’elle car elle voulait se blottir dans ses bras.
« Si je le pouvais, je lui enverrais un sms pour lui dire d’éterniser la lune, et que cette nuit ne s’arrête pas, car il me semble que je rêve, et j’ai peur que le réveil soit brutal… »

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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyLun 30 Déc - 17:15

You know you're in love when you can't fall asleep because reality is finally better than your dreams.


Believe me, my love, you’re not dreaming. Reality is just better than you dreams.

Je ne me souviens ni du temps qu’il faisait, ni du lieu où ça s’est produit, pas même du mois dans lequel nous baignons. Parce que moi, je ne baignais pas dans un quelconque mois, dans une quelconque saison ; j’étais noyé ailleurs, dans les mers émeraude, dans ces lacs tumultueux, dans ces rivières qui laissaient entrevoir des grains d’or en leurs fonds, brillant de mille et un feu, resplendissant de toute leur beauté.
Je me souviens de cette étreinte de regards, de cette découverte que je fis, de cette découverte qui me promit, en murmurant à mon oreille, que ma vie changerait, qu’elle connaitrait peut-être quelques chutes, mais que les remontées n’en seront que plus phénoménales, que des nuages de coton viendront faire pleuvoir au-dessus de moi une infinité de parcelles de bonheur, des éclats de rire par millier, des fragments de sourires par milliard et moi, simple humain, n’ai pu que me résigner à me laisser entrainer dans ce tourbillon de nouveauté, ce tourbillon de joie et d’éternité. Cette découverte, c’était que même avec la malédiction s’étant abattue sur nous, il y a de cela quelques temps, n’avait pas réussi à me donner une âme, n’est parvenu qu’à m’offrir un corps et un cœur.
Mais lorsque je la vis, à quelques mètres de moi physiquement, se fondant littéralement en moi mentalement, je sus que ce n’était pas qu’une merveilleuse femme que je voyais, ce n’était pas qu’une divine blonde aux yeux émeraude et au sourire contagieux ; c’était deux âmes enlacées dont l’une que je reconnus comme étant mienne. Dès lors, je fus plus que connecté à cet être lumineux, à cet ange paisible et à cette muse maligne ; dès lors, je fus pris d’admiration pour elle, me demandant comme elle avait bien fait pour abriter deux âmes là où je fus incapable de ne serait-ce que mettre la main sur la mienne.
J’appris son nom, son âge, ses gouts, les noms de ceux qu’elle aimait ; j’appris qu’elle était forte, j’appris qu’elle était courageuse, j’appris qu’elle devait être la réincarnions de la Passante dont parlait Baudelaire car derrière ce sourire adorable, derrière ce regard pailleté, se cachait une petite fille recroquevillée, apeurée, brisée mais qui a su être remise sur pieds. Je ne savais pas, à cette époque, que c’était Jim qui avait réussi à la faire marcher de nouveau, ne savait pas non plus ce qui avait bien plus la casser si efficacement. Je vis compassion et agacement teinter son regard, sans que jamais ce sentiment d’être aimé ne me quitte, sans que jamais elle ait réussi à me convaincre de la haïr, de lui être indifférent. Je n’appris pas à lui faire confiance au fil du temps que l’on passa ensemble car, d’emblée, je l’avais placée entre ses mains, non, plutôt entre la séparation quasi-inexistante entre nos deux âmes enlacées. Ce fut, en revanche, grâce au temps que je ne pus distinguer la séparation de ces deux halos lumineux, l’un plus étincelant que l’autre, l’autre plus entaché que l’un. Ce ne fut qu’une poignée de microsecondes, ce ne fut qu’une séparation de pas plus d’un iota qui disparut ; juste le temps d’éveiller nos deux cerveaux pour qu’ils se connectent, juste le temps que nos regards prennent leurs aises dans celui de l’autre, et mon âme fut entièrement prise dans la sienne.
Lorsque je la prends dans mes bras, c’est tout un déferlement d’amour et de vie qui me submerge ; lorsque mes lèvres parcourent les parcelles de sa peau, c’est comme si elle daigne me transmettre un bout de mon âme, me le retirant dès que je m’éloigne, me susurrant qu’elle me le rendrait la prochaine fois, sans préciser qu’elle me le reprendrait aussitôt. Jamais je n’appartiendrai à quelqu’un, mais mon âme n’est plus mienne ; elle eut assez de bonté en elle pour me confier quelques étincelles de mon âme la première fois que l’on s’est vu, comme pour me jurer solennellement qu’elle n’avait nulle intention. Comme un enfant attiré par une friandise, comme un papillon attiré par la lumière, je m’en suis remis à elle, je me suis approché, peut-être sans m’armer de prudence, j’en conçois, mais aujourd’hui encore, je sais que j’ai fais le bon choix, je sais que moi-même n’aurait pas pris autant soin de mon âme qu’elle le fait elle-même.

Son absence d’un mois, son absence de plus d’un siècle réussit à déchirer mon cœur, à lacérer mon esprit et à littéralement détruire mon corps ; et pourtant, les retrouvailles n’en sont que plus délicieuses. Pouvoir l’entourer de mes bras, pouvoir l’entourer d’une aura chaleureuse et scintillante, pouvoir l’avoir là, juste contre moi, son cœur battant contre le mien et son souffle se mêlant inlassablement au mien est un plaisir que je ne saurai m’interdire, un plaisir que je pourrai faire perdurer des millénaires entiers.
Ses lèvres se pressent contre me joue avant que sa voix ne résonne jusqu’aux tréfonds de mon cœur, avouant – non pas sans sarcasme – qu’elle préférait mes genoux à une chaise. Je me contente de lui rendre son sourire en haussant les sourcils, l’air de lui dire « tu as tout intérêt » avec ces vagues enchanteresses transportant ma voix jusqu’à Apollon pour qu’il puisse la rythmer grâce au son de sa lyre.
Je lui souhaite doucement Joyeux Noël, chose qu’elle me redit ensuite et les mots qui découlèrent de sa bouche me firent rire un instant. J’apprécie sa façon détourner de dire qu’elle apprécie qu’on soit là, tous les deux ; je lui souris en lui caressant du bout de l’index le visage, retraçant ses courbes.
La discussion porte sur moi, sur mon état et ce n’est pas sans agacement que je réponds, attendant à peine avant qu’elle ne réplique, me pinçant le bras en me… Grondant ? Alors qu’elle me décrit de lamentable et d’idiot, tout ce que je trouve à faire est d’étirer mes lèvres en un sourire amusé, penchant la tête sur le coté en l’entendant déverser un flot de paroles dont je ne saisis pas tout le sens. Elle dit vouloir me consoler, elle dit ne pas vouloir la repousser, sans comprendre que c’est en décrivant ce qui s’est passé lors de son absence qui fait habiter ne moi un sentiment d’indignité et de culpabilité ; elle ne semble pas comprendre que je m’obstine puérilement à refuser toute aide et que, elle aura beau insister, je ne risque pas de tendre la main, d’avouer mes faiblesses.
Je suis ce genre de personne qui pourrait tout sacrifier pour un sourire, même momentané, d’un ami ; je suis ce genre de personnes qui accepterait les pires souffrances et la pire pénitence pour un bonheur éphémère de la personne aimée ; je suis ce genre de personne qui accepterait sans l’once d’une hésitation de dédier les battements de son cœur à la personne aimée, qui offrirait le moindre fragment de son âme, se condamnant à l’errance éternelle et à la souffrance perpétuelle ; ce genre de personnes qui se prétend fort et courageux mais dont les bribes de cœur ont été éparpillés un peu partout, dont les méandres des esprits sont perdus et qui a besoin qu’on l’aide, qui à besoin qu’on lui panse ses blessures et qu’on le dépanne avec un bout d’âme mais qui ne se risquera jamais, à aucun moment, de quémander de l’aide. Je souhaite intérieurement qu’on m’aide, mais extérieurement, j’affirme haut et fort ne pas avoir besoin de sympathie, de pitié.
Tara le sait. Et Tara sait qu’elle pourrait me faire parler, en insistant un peu trop. Mais elle doit savoir aussi que si je lui avoue avoir besoin d’aide, je risque d’en être vexé, blessé, alors je doute qu’elle insiste au point de me faire avouer ma faiblesse. Ou du moins, j’ose l’espérer.

« Si tu m’entoures d’un nid, me promets-tu de ne pas oublier de t’envoler quelques fois, pour ne pas perdre cette merveilleuse habilité ? Je ne veux pas que tu te préoccupes tellement de moi que tu en viens à oublier que tu peux, justement grâce à tes ailes, voler. Je ne prendrai jamais le risque de faire passer mon bien avant le tien ; je préfère affronter le froid et la douleur plutôt que de vivre avec le poids de te savoir trop préoccupée par moi pour te consacrer à toi-même. »

Je parle d’un ton étrangement calme ; mes mots sont clairs, les sens évidents, la voix limpide.
J’arrive à esquisser un léger sourire en glissant mes doigts dans ses boucles blondes, espérant qu’elle ne prendrait pas mal ce que je viens de lui dire, qu’elle n’en viendrait pas à penser qu’elle est la cause de ma réticence ; comme toutes les personnes que j’aime, je fais passer leurs bien êtres avant le mien.
Et le bonheur de Tara est au top de ma liste mentale ; si je le lui dis, cependant, elle se sentirait peut-être mal, alors je préfère ne rien le dire, bien que mes yeux crient et s’époumonent à dire qu’elle est non pas la femme qui a donné un sens à ma vie mais… Ma vie.

Un goût de chocolat mousseux flotte en petits nuages sur mes lèvres alors que mes yeux s’entrouvrent lentement pour se poser sur un visage angélique sur lesquels les Dieux ont négligé de retirer les quelques moutons de cotons qu’on a su décrocher du ciel, du paradis. Ce baiser que l’on vient d’échanger n’est pas une promesse d’amour, pas plus qu’une preuve d’affection ; ce baiser est un havre pendant lequel nos pensées se libèrent de notre esprit devenu trop étroit pour s’entrechoquer, se mêler, s’aimer et se succomber ; un havre de tendresse et d’amour où se tassent nos battements de cœurs et nos palpitations d’âmes.
Je ne cherche pas un instant à comprendre depuis quand je l’aime ; je ne sais pas quand est-ce que je suis tombé amoureux d’elle, pas plus que je ne sais pendant combien de temps je le serai, tout ce qui m’importe est de savoir que mon amour est incommensurable et immuable, pour le moment, tout du moins.
Assis face à elle, je lui retire le nœud des mains et l’empêche de le récupérer lorsqu’elle m’avoue être embêtant, me parlant ensuite de… Max Irons ? J’arque un sourcil vers elle et, lorsqu’elle rit en faisant planer un silence pendant lequel le doute s’instaure, me soufflant un baiser, je ne peux que cligner bêtement des yeux. Je fais passer ma main libre dans mes cheveux avant de lui sourire doucement en répliquant :

« Sincèrement ? Je pense que je t’y encouragerai, Max Irons doit être un bon parti. Je pourrai bien te citer un prénom d’une célébrité, mais je n’aime pas les stars ; bien qu’elles soient belles et bien..., je me tais en me mordant la lèvre inférieure, me ravisant, quoi qu’il en soit, je détesterai qu’on me prenne de haut. Pour le fan-girl, je n’aimerai pas que l’on me voit comme je ne sais quoi, alors oui, je reviendrai vers la seule, l’unique… Mon âme, ma douce, ma dulcinée. »

Je lui tire la langue d’un air gamin en me penchant légèrement vers elle pour lui pincer doucement la joue avant de lui rendre son nœud, laissant trainer mes doigts sur sa cuisse en sentant une décharge électrique me prendre d’assaut, me laissant planer un instant.
Le numéro d’Aphrodite ? Le Skype de Poséidon ? Je murmure un « raté » quant à sa tentative de m’empêcher de faire ce que j’ai en tête ; et avec des vagues de tendresse, un tourbillon de folie et une bourrasque de passion, mes lèvres retrouvent les siennes en semblant toujours les chercher. L’écho de l’amour de Tara, l’écho de sa tendresse, de sa sincérité ainsi que de sa profondeur résonnent contre mes lèvres alors que nous semblons sur la même longueur d’ondes, approfondissant le baiser au même instant pour entreprendre un balais sensuel ; la flamme de désir qui fait fondre mes résolutions se ravive par le souffle de Tara qui se meurt contre mes lèvres.
Lorsque mes yeux retrouvent les siens, je lui avoue ne pas avoir de cadeau matériel pour elle ; elle me répond d’un air faussement navré, un sourire enjolivant ses fines lèvres rosées. Son rit est contagieux, me fait à mon tour émettre quelques éclats cristallins tandis qu’elle s’approche de moi et que je recule un peu, la laissant prendre place sur mes genoux avec un « ne te gêne surtout pas » rieur. Ses genoux des deux cotés de mon bassin, j’entoure presque machinalement sa taille d’un bras en haussant les sourcils, me demandant quels peuvent bien être ses plans. Ses doigts vont s’orner des boucles brunes de mes cheveux alors qu’elle m’ordonne gentiment de regarder mon sapin. Un sourire appuyé d’un long regard soutenu et j’obtempère, son index appuyé sur ma joue. Appuyant ses doigts sur un coté de mon cou, ses lèvres s’occupent à ensevelir l’autre coté sous des baisers éparpillés mais concentrés, laissant ma respiration s’accélérer tandis que je me coince la lèvre inférieure entre mes dents nacrés, agrippant de ma main libre le bord de la table. Ses lèvres parcourent ma peau pour embrasser ma mâchoire, jusqu’à aller titiller mon lobe d’oreille pour finalement s’arrêter après avoir ravagé ma joue ; mon cœur me hurle de lui dire de continuer cette douce sucrerie, ma raison, elle, me tonne de lui dire d’arrêter ce magnifique supplice et c’est son petit cri de joie qui réussit, pour une fois, à mettre mon cœur et ma raison d’accord : pour profiter d’un plaisir de volupté et de sensualité légère et nuageuse sans que j’en défaille, il suffit que je ne sois plus la victime de ma belle mais son bourreau.
Elle me laisse la poussière d’ailes d’un papillon au coin des lèvres avant de se relever, s’en allant chercher je ne sais quoi, sans grand succès visiblement. Je l’observe sans rien dire, allant finalement observer son reflet grâce à l’écran du téléviseur éteint pour s’accrocher le nœud rouge dans les cheveux ; joli contraste entre le blond et le rouge éclatant, couleur de Noël. Je me dis qu’elle devait chercher un miroir sans trop m’attarder sur cela, préférant laisser glisser mes yeux sur ses courbes avant que je ne déglutis faiblement, détournant furtivement les yeux en sentant l’ardeur du désir s’accentuer en moi.

Elle ma parle d’Aphrodite, d’Artémis, d’Apollon ; elle me parle de lune, de chasse et aussi de chasteté ; ses joues s’empourprent et mes lèvres s’étirent en un sourire amusé. J’aime beaucoup la mythologie grecque, j’y ai toujours nourri un fin intérêt et j’apprécie les précisions données par Tara ; assise sur le canapé, elle me demande de la rejoindre, chose que je fais immédiatement en passant un bras sur le haut dudit canapé, appuyant de mes doigts sur ses épaules pour qu’elle vienne se lover contre moi alors que je vais déposer un baiser sur ses tempes, sincèrement attendri par ses mots.

« Amie d’Arémis, désires-tu priver les hommes et les Dieux de Noël, désires-tu te priver, me priver, de Noël, par simple crainte que le réveil soit brutal ? »

Je me redresse un peu et fais tourner son visage vers le mien en allant imprimer un baiser sur son front.

« Tu es le miracle de ma vie, sache que remuerai cieux et mers pour que ton réveil soit aussi doux que cette soirée que nous passons. Tu sais, je ne pourrai sans doute pas te couvrir de cristaux et de diamants, de perles et de joyaux, mais sache que je suis au moins capable d’embaumer cette nuit celles qui viennent, ainsi que les réveils qui s’en suivront d’un halo bienveillant. J’aimerai que tu nous fasses confiance, car on mérite tellement plus qu’une soirée, tellement plus que quelques heures… Demander à Artémis cela, c’est peut-être un peu extravaguant, non ? Mais tu peux me demander de veiller sur ton réveil, de veiller sur toi, et je le ferai. »

Je parle trop, beaucoup trop… J’en ai conscience.
Je soupire doucement et fais pencher sa tête sur le coté pour aller appuyer mes lèvres contre son cou, dégustant sensuellement la moindre parcelle de sa peau, laissant mes dents percer sans pour autant la marquer et, suivant une trajectoire opposée à la sienne, je descends jusqu’à sa clavicule avant d’aller en-dessous de sa tachée, n’allant cependant pas plus bas, pas plus loin ; je remonte mes lèvres vers les siennes pour un baiser furtif que j’appuie délicatement contre ses lèvres, laissant glisser mes doigts le long de son visage avant de les laisser se perdre dans ses ondulations blondes. Je m’allonge sur le canapé en attirant Tara sur moi, car c’est légèrement trop étroit pour qu’on soit l’un contre l’autre. J’amène mon front au sien et ferme les yeux, mon cœur battant la chamade, rompant tout degré de la normalité, pouvant dès lors sortir de ma cage thoracique pour aller se lier à celui de ma belle, matériellement parlant. Les deux bras derrière son dos, je la garde contre moi avant de hausser les sourcils, un air rieur teintant mon visage.

« Me feriez-vous l’honneur de bien vouloir abandonner la chambre que vous occupez pour me faciliter la tâche de veilleur sur vos réveils ? Ou alors, je devrai rôder autour du Méli-Mélo House et je risquerai de passer pour un pervers. »

Je ris doucement, d’un rire transparent, d’un rire sincère, d’un rire cristallin ; d’un rire frais, d’un rire électrique, d’un rire frais, d’un rire artistique ; d’un rire amoureux ; d’un rire heureux.
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyMer 1 Jan - 22:12


« Donne-moi des ailes et du chocolat. Parle-moi du bleu du ciel dans un restaurant chinois, offre-moi du miel du bout de tes doigts. Parle-moi de tes silences, avec ta bouche et tes bras, entre dans la danse et danse avec moi. Parle-moi de ces distances qui ne nous séparent pas, et dis-moi que l'amour ne s'arrête pas. »

Marc Lavoine
Ce qu’il pouvait être bête ! se disait-elle, attendrie en le voyant incliner la tête d’un air légèrement incrédule et définitivement irrésistible tandis qu’elle le grondait doucement. Heureusement, ce n’était pas une découverte pour elle, elle savait depuis longtemps qu’il jouait la carte de l’insouciance pour ne pas montrer qu’il pouvait avoir mal. Sans doute ne l’entendrait-elle jamais dire : « J’ai besoin que tu m’aides », mais ce n’était pas important, parce qu’à chaque fois qu’il l’appelait « mon âme », cela la désignait comme une personne non seulement digne de confiance, mais aussi capable de le soigner de l’intérieur, d’ouvrir un fleuve d’eau fraiche sur son être en fièvre. Il lui dit qu’il souhaitait qu’elle continue de s’envoler parfois, parce qu’il était ainsi, parce qu’il n’aimait pas que les intentions délicates se tournent vers lui (cela le mettait mal à l’aise), il préférait prendre soin d’elle. C’était tant mieux car ses ailes avaient déjà été cassées une fois, et Tara venait à peine de reprendre un peu d’assurance, grâce à lui, mais il ne fallait pas qu’il cesse de l’encourager, de lisser ses plumes fragiles et de toujours lui répéter qu’elle était capable de belles choses. Elle risquait si vite d’en douter elle-même, d’oublier…
« C’est promis, répondit-elle en un souffle avant de secouer la tête. Je ne me préoccupe pas tellement de toi en vérité, je suis juste entièrement égoïste : je veux que tu continues à me nourrir de chocolat, c’est tout. »
Il devait savoir qu’elle lui mentait, le petit sourire détaché qu’elle arborait disait ouvertement qu’elle se moquait gentiment de lui en disant cela, mais tout de même elle le disait rien que pour lui, rien que pour qu’il ne prenne pas peur. Il détesterait qu’elle joue les infirmières avec lui, qu’elle lui renvoie une image de lui-même qui laisserait supposer qu’il a des faiblesses. Il n’avait aucune faiblesse, il n’avait que des merveilles, et, en tant que telles, elles étaient fragiles, hésitantes. Sa forêt enchantée était un lieu reculé au fond de lui-même, qui scintillait de loin mais dont il ne fallait s’approcher que très prudemment, parce que, comme les lucioles, elle risquerait de s’éteindre au moindre bruit trop violent, et de mettre du temps à reprendre assez confiance pour se rallumer. Tara voulait qu’il la laisse faire quand elle tâchait de l’aider, mais elle ne forcerait pas l’entrée, elle attendrait qu’il lui prenne la main et l’invite lui-même à visiter cette contrée si sensible de son intériorité. Un jour, il avait déjà eu le courage de lui en donner la carte, la première fois qu’il lui avait dit qu’il l’aimait, mais elle l’avait laissée fermée jusqu’à aujourd’hui, avec l’idée qu’il voudrait peut-être faire machine arrière et la lui reprendre.
Tomber amoureux. Cette expression n’a aucun sens. On s’envole amoureux, plutôt. Si l’on tombe par inadvertance, le cœur ne s’arrête pas de battre pendant la chute, parce que l’on sait qu’en bas il y a quelqu’un pour nous rattraper, nous empêcher de toucher terre. Tara n’était pas certaine d’avoir jamais connu pareille sensation. Bien sûr, elle avait aimé Cesare, mais elle doutait maintenant en avoir été amoureuse, puisque celui-ci lui avait toujours donné l’impression qu’elle ne devait pas faire le moindre faux pas, que si elle trébuchait et se brisait en mille morceaux en arrivant au sol, il la tiendrait responsable de la destruction d’un rêve. Aiden la tenait dans ses bras de telle sorte qu’elle pouvait s’autoriser à se lâcher et à se jeter en arrière, il allait la retenir et l’empêcher de se blesser, ou trouver un lit de plumes pour amortir la chute. Et elle pouvait faire pareil pour lui, même si elle ne le lui dirait pas, pour respecter l’image qu’il se donne de n’avoir besoin d’être protégé par personne. C’est ce que le baiser voulait dire ; je te fais tellement confiance que tomber amoureux revient à une chute vers le haut.

Cependant la conversation prit un tour plus léger après qu’ils aient chacun énuméré leurs défauts et imaginé une vie de strass  et de paillettes. Aiden déclara qu’il ne la disputerait pas à Max Irons, parce qu’il devait être un bon parti (meilleur que lui, devait-il sous-entendre), alors Tara leva les yeux au ciel en poussant un soupire.
« Note ça sur ta liste, monsieur : quand je te fais de la provocation en te parlant d’un bel acteur, tu dois soit me déclarer que l’accent britannique c’est complètement surfait et que, vue sa constitution, il aura du ventre avant ses cinquante ans, soit enfiler un heaume de chevalier et me déclarer que tu t’en vas le provoquer en duel immédiatement ! Comme cela, je peux soit te consoler en te disant que c’est toi le plus beau, soit te retenir de force contre moi en frissonnant de peur à l’idée que tu t’armes d’une lance. Tu ne connais vraiment, vraiment rien aux femmes, toi ! », finit-elle en affichant un sourire espiègle.
Elle n’oubliait pas que c’était Aiden lui-même qui lui avait montré comment mettre des jarretières, d’ailleurs, c’est pourquoi lui dire cela était assez amusant venant d’elle. Mais c’était agaçant de le provoquer et qu’il fasse tomber à l’eau sa réplique et, fort heureusement, il s’était rattrapé en l’appelant son âme, sa douce et sa dulcinée, alors Tara lui adressa quand même un sourire tendre, seulement parce qu’il était trop mignon. Il fut encore plus craquant en s’approchant d’elle, murmurant « raté » de sa voix au timbre légèrement voilé, accompagnée d’un petit sourire assuré et taquin quand elle fit mine de vouloir s’intéresser à ses relations online avec Poséidon. Finalement, peut-être que la provocation avait fonctionnée, ou alors peut-être qu’il avait été piqué quand elle lui avait déclaré qu’il ne savait pas s’y prendre avec les femmes, mais, sous son baiser, elle oublia tout à fait leur conversation à propos de monsieur Irons et de la chevalerie. Elle trouva bien à se venger en s’asseyant sur Aiden juste à près pour pouvoir lui dévorer le cou à son aise. Ses yeux bruns s’étaient allumés de curiosité en la voyant faire, alors qu’il devait bien se douter qu’elle avait dans l’idée de le paralyser à son tour sous des caresses. Il se plia à ses ordres, non sans d’abord l’avoir observée suffisamment intensément pour que Tara ait besoin d’avoir recours à son regard de chaton inoffensif de sorte à ce qu’il daigne tourner la tête vers le sapin. Tout de même, ce n’est pas sans satisfaction qu’elle constata qu’elle lui faisait un peu d’effet, à en juger par le bruit différent de sa respiration et la façon dont il sembla se retenir à la table, mais elle s’aperçut bien vite que le fait qu’il réagisse ainsi la faisait se sentir toute bizarre et lui donnait envie de continuer, de l’embrasser plus fort, de voir ce qu’il ferait si elle se laissait aller à continuer de le torturer ainsi. Un éclair de lucidité lui rappela qu’elle était venue récupérer son nœud rouge, et la voici qui s’échappa pour parfaire sa tenue de Noël. Elle retourna s’assoir sagement sur le canapé en demandant au jeune homme de venir ) côté d’elle, ce qu’il fit en passant un bras autour de ses épaules et en imprimant un baiser sur sa tempe.
« Amie d’Arémis, désires-tu priver les hommes et les Dieux de Noël, désires-tu te priver, me priver, de Noël, par simple crainte que le réveil soit brutal ? »
Elle réfléchit dix seconde et fit non de la tête. C’est vrai que demain matin ce serait officiellement Noël, et elle ne voulait pas que tant d’enfants soient tristes de ne pas pouvoir profiter de leur jouets, que tant de parents n’aient pas le bonheur de les voir s’amuser à construire un bonhomme de neige dans le jardin… Et puis Aiden semblait adorer Noël autant qu’elle alors… Il l’embrassa sur le front après lui avoir fait tourner le visage vers lui.
« Tu es le miracle de ma vie, sache que remuerai cieux et mers pour que ton réveil soit aussi doux que cette soirée que nous passons. »
Elle dit un petit « oh ! », sincèrement touchée par ses mots qui disaient la vérité que reflétaient ses yeux noirs, avant de se blottir un peu plus fort contre lui. Il soupira qu’il ne pourrait pas la couvrir de joyaux, et elle songea qu’il devait faire une comparaison rapide avec les moyens dont disposait Cesare. Il n’avait vraiment rien compris s’il pensait que les bijoux et sacs à main importaient à Tara. Il possédait en son cœur une richesse qu’elle désirait ardemment et dont Cesare était entièrement dépourvu, et, si seulement il lui donnait un centième de la tendresse dont ce cœur était capable, alors elle serait plus riche qu’une reine. Il lui dit qu’il veillerait lui-même sur ses nuits et ses réveils, si elle le lui demandait. Elle savait qu’elle n’aurait jamais peur ni du noir ni du retour du soleil, s’il restait à côté d’elle, ou si, se réveillant dans la nuit, elle cherchait ses baisers pour être rassurée, pour être sûre qu’il n’ait pas été seulement un joli rêve. Elle aimerait bien lui mordiller l’oreille pour le réveiller au petit matin et l’entendre grogner, ou qu’il la retienne de force sous la couverture en prétendant qu’il était encore trop tôt, mais elle n’était vraiment pas sûre d’avoir le droit de rêver à cela, parce que c’était trop beau pour être vrai. Il la tira de ses pensées en se penchant vers elle pour aller poser ses lèvres sur son cou. Très vite cette douce caresse fut plus intense, plus sensuelle lorsqu’elle sentit ses lèvres s’entrouvrir et ses dents croquer légèrement sa peau. Elle ferma les yeux en le sentant descendre plus bas, juste un peu, en suivant la ligne oblique de sa clavicule où il dessina une rampe de baisers enfiévrés. Elle allait se sentir mal, ou plutôt se sentir trop bien, c’était presque insoutenable, ou complètement délicieux. Il se redressa et l’embrassa sur les lèvres, pas très longtemps, juste assez longtemps pour la rendre folle. Ses doigts se perdirent entre les luxuriantes boucles blondes de ses cheveux tandis que Tara se disait qu’elle aurait besoin d’électrochocs pour parvenir à détourner la tête. C’est lui-même qui éloigna ses lèvres, s’allongeant sur le canapé, la laissant à bout de souffle, le cœur palpitant. Il l’attira au-dessus de lui, et elle n’était pas certaine de vouloir, car maintenant tout son corps reposait sur le sien et il devait bien le sentir, qu’elle était bouleversée. Pourtant dès qu’il l’entoura de ses bras elle retrouva un semblant de sérénité et lui sourit, alors qu’il semblait frappé d’une illumination.
« Me feriez-vous l’honneur de bien vouloir abandonner la chambre que vous occupez pour me faciliter la tâche de veilleur sur vos réveils ? Ou alors, je devrai rôder autour du Méli-Mélo House et je risquerai de passer pour un pervers. »
Elle se mit à rire à son tour, avant que son regard s’éclaire d’une petite étincelle de rêverie.
« J’aimerais bien que tu viennes y rôder, moi ! Nous pourrions refaire la ‘‘scène du balcon’’ de Roméo et Juliette, toi en bas et moi à la fenêtre… »
Elle repensa au fait qu’Aiden avait dit qu’il aimerait qu’elle ait confiance en eux. C’était tout de même assez inhabituel que ce soit lui qui semble croire plus fort qu’elle en leur pouvoir ; Or, ce n’est pas du tout qu’elle n’y croyait pas. Seulement, elle devait être prudente, et éviter de faire comme d’habitude : être trop heureuse, se précipiter, tout gâcher. Il fallait qu’elle trouve un moyen de lui faire part de ses craintes sans être blessante ou pessimiste, alors elle commença par se hisser doucement jusqu’à ses lèvres, l’embrassa tendrement et furtivement, avant de plonger son regard dans le sien. Elle sourit à ce contact visuel tellement rassurant, tellement merveilleux, et reprit la parole d’une voix tranquille.
« Quant à abandonner ma petite chambre, je suis navrée mais, pour le moment, il n’en est pas question ; Quitte à ce que je vienne frapper à ta porte tous les soirs et que j’ai toujours ma brosse à dents dans mon sac, je ne veux pas habiter vraiment chez toi tout de suite. J’ai envie que, quand tu rentres du travail, tu puisses te sentir libre d’inviter Raj à boire une bière, ou Peter et ses cigarettes à venir philosopher avec toi. Je n’ai pas envie que tu sois sûr de me trouver à t’attendre sur ton canapé et que tu sois empêché de quoique ce soit à cause de moi… En revanche, il faut que tes amis sachent bien que, si j’arrive chez toi et qu’ils sont là, je les mettrai gentiment à la porte, parce que c’est moi qui ai la priorité sur toi, on est d’accord ? réclama-t-elle en souriant, avant de secouer la tête et d’ajouter rapidement : Et ça ne veut pas dire que tu n’as pas le droit de voir des amies-filles, c’est juste que je ne connais que les noms de Raj et Peter… »
Il ne manquerait plus qu’il croit qu’elle allait l’enfermer à cause de sa jalousie ! Non, elle ne serait pas jalouse vis-à-vis de lui, parce que, quand elle le regardait maintenant, quand il lui donnait des baisers ou qu’il passait tout simplement sa main dans ses cheveux blonds, elle savait (elle était sûre) qu’il l’aimait réellement.
« Ecoute, dit-elle en baissant légèrement la voix, j’ai déjà tout gâché une fois. L’amour frais est si fragile au tout début, il ne faut pas le brusquer ou le contraindre. Je me laisse toujours trop vite emporter par n’importe laquelle de mes émotions, et j’aurais peur de t’étouffer tout à coup si je commençais déjà à habiter ici, parce que je serais trop joyeuse, trop collante et trop enthousiaste, et cela 24h/24 ! J’ai… Un homme m‘a déjà demandée en mariage et je lui ai tellement brisé le cœur et je l’ai tellement rendu fou que je crois que, désormais, il a envie de… De me faire du mal. Je suis super-nocive, à hautes doses, je pense… »
Dans son esprit, l’épisode de tout à l’heure, elle assise devant le miroir et Cesare en train de lui verser de l’eau sur la tête, c’était entièrement de sa faute, et uniquement parce qu’elle avait blessé son ex fiancé. Elle lui avait déjà pardonné ce geste, d’ailleurs. Mais elle ne voulait pas que son excessive gaieté, et tous les défauts qu’elle possédait viennent entacher ce qu’elle partageait maintenant avec Aiden. Ce n’était pas un manque de confiance en eux, un manque d’optimisme. Elle savait que leur amour existait déjà, qu’il n’était pas en train de naître mais bel et bien au monde, bien vivant. Elle lui éviterait juste de tomber malade en assommant Aiden de sa présence obligée tout de suite.
« Et puis, ajouta-t-elle en laissant un petit sourire amusé errer sur ses lèvres, je n’ai encore jamais essayé de sauter sur ton lit, pour voir s’il rebondit assez bien pour que je daigne y dormir… Oh… Mais peut-être que tu me proposais de dormir sur le canapé ? »
Non-non c’était vraiment une vraie question, pas de l’ironie. Elle inclina la tête et repensa à ce qu’il avait dit juste avant.
« Tu sais, je ne te demanderai ni cristaux ni diamants… Ce serait trop facile ! Je veux te demander des cadeaux horriblement compliqués à obtenir, comme par exemple… La promesse que tu m’offriras un coquelicot par mois, quelque soit la saison, ou alors je te demanderai de me faire danser sous la pluie au beau milieu d’une rue, même s’il n’y a pas de musique et même si les gens nous regardent… ou encore, de m’introduire discrètement dans ta caserne de pompiers pour que je puisse essayer votre rampe verticale rigolote dont je ne connais pas le nom… Je veux que tu m’apprennes à faire du patin à glace, et moi je t’apprendrai à sculpter quelque chose, ta première œuvre d’art qu’on installera dans ton salon ! Je t’aime, et je veux que dans tous les cadeaux que tu me feras il y ait un peu de toi dans différentes nuances… Où te verrais-je, si tu te contentais de m’acheter un collier de saphirs ? A moins, bien sûr, que tu sois allé chercher les pierres toi-même au fond d’une carrière et que tu les aies taillées de tes propres mains, mais cela me semble trop irréalisable… Bon, et maintenant, laisse-moi t’embrasser ! »
Sous-entendu « point final et je veux des câlins », conclusion logique d’une discussion sur deux lorsqu’on s’adressait à Tara (l’autre conclusion aurait pu être : « j’ai faim, et si on faisait une fondue au chocolat ? »). Elle voulait voir si elle pouvait lui croquer le cou à son tour, chose qu’elle fit délicatement en guettant sa réaction, après avoir caressé sa peau de ses lèvres quelques secondes. Elle laissa ses mains vagabonder sur son torse en-dessous d’elle jusqu’à ce que ses doigts ripent sur le premier bouton de sa chemise blanche. Sans trop réfléchir, elle l’ouvrit lentement et écarta un peu le tissus pour pouvoir faire descendre ses lèvres encore un petit peu sur sa peau et semer des baisers aussi ardents qu’affectueux. Il fallut qu’elle ait envie d’ouvrir un deuxième bouton de sa chemise pour s’apercevoir de ce qu’elle venait de faire et, sans en être catastrophée, elle ne savait pas ce qui lui avait pris, sans regretter, elle se redressa et scruta le visage d’Aiden pour voir s’il lui ferait les gros yeux.



Dernière édition par Tara Ellis M-G. Wilkes le Sam 11 Jan - 13:44, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyJeu 2 Jan - 23:00

J'aurais jamais su qu’un rire pouvait arrêter la Terre de tourner. J’aurais jamais su qu'un regard pouvait habiller mes journées.

Qu’on naisse humain ou qu’on le devienne suite à une malédiction farfelue, les questions existentielles s’imposent à nous telle une indéniable fatalité à laquelle on ne peut ni échapper, ni l’ignorer ; on cherche sans relâche des réponses à des interrogations qui n’en possèdent peut-être pas, avec cette idée qu’on nous a presque imposé – sans savoir qui est ce « on » cela dit – qu’il y a toujours une solution à un problème et que, si tel n’est pas le cas, alors il n’y a pas de problème. On se demande qui on est, exactement, ne pouvant s’en tenir à un nom et à un prénom ; on se demande pourquoi on est là, si un quelconque Dieu existe ; on se demande, parfois, si des masques ornent les visages de tout le monde, le notre y compris ; on se demande dans quel but on vit ; on se demande s’il y a quelque chose après la mort ; autant de questions que je me pose, autant de questions auxquelles je ne trouve pas de réponses, autant de questions qui ne m’empêchent cependant pas de dormir. Depuis que je suis dans ce monde, me préoccupations premières ont toujours été les femmes ; je passais mes journées au travail et mes nuits entre les mains de quelques rousses aux mains délicates, me posais parfois pour lire ou philosopher, ne poussait jamais trop loin la réflexion ou, pour les rares exceptions, je réussissais à me perdre dans l’irrationnel qui me dit que la réponse à mes questions c’est juste « c’est comme ça, ne cherche pas plus loin » et, comme un sot, je m’y fie ; et c’est tout, fin de l’histoire.
Depuis quelques mois, les femmes sont devenues à mes yeux source d’ennui plus que source de plaisir ; ça avait commencé avec des amantes auxquelles je me suis attaché plus que nécessaire, puis il y eut Lauren qui disparut soudainement après avoir volé des fragments de mon cœur, sans parler de Nala qui, à elle seule, mériterait des vers entiers, des quatrains complexes et une bonne bouteille de Vodka pour que je ne me perde pas dans les tréfonds du désespoir en me rappelant que je l’ai aimé, qu’elle m’a aimée tout en aimant un autre, que cet autre est devenu trop important, tout d’un coup présent et qu’elle a éteint la flamme de mon regard en exhalant de l’air, aussi simplement qu’on souffle un allumette, aussi simplement qu’on claque des doigts.
Mais qu’était-ce qu’une amante à l’importance étonnante, qu’était-ce qu’une femme que je considérais comme une amie mais qui n’a pas agi comme tel en s’éclipsant de ma vie sans nulle explication,  qu’était-ce qu’une femme qu’on avait aimée et qu’on avait soutenue lorsque son mari l’oublia et qui, pour vous remercier, s’en retourne vers ce même homme, oui, qu’était-ce donc tout ça face à une douce liqueur aux feuilles d’eucalyptus découlant du regard de la belle Tara ? Elle n’eut besoin ni de mois ni de gestes, seulement d’une présence, d’un établissement d’un lien visuel pour redonner un rythme à mon cœur, pour ôter le poids qui m’assaillait les poumons. Elle n’eut qu’à faire son entrée dans ma vie pour d’emblée réussir à calmer ma situation ; dans une mer de lumière et de clarté, elle apparue telle… Oh, à dire vrai, je ne saurai comparer son irruption dans ma vie, car c’était magique, c’était exceptionnel, fantastique, indescriptible. Je n’en oublie pas pour autant toutes les autres femmes qui ont laissé des traces certaines dans ma vie ; je n’en oublie pas moins Lauren, Nala et toutes ces amantes ; seulement, entre sources d’ennuis et source d’amour, je préfère la deuxième solution et ce, de loin.

Elle m’appris à me débarrasser de mon sourire de façade, elle m’appris à voir en moi, elle m’appris que je valais mieux que des dizaines de rousses écervelées, elle m’appris à aimer, à l’aimer ; doucement, étape par étape, me soutenant lorsque je trébuchais, me relevant lorsque mon regard quémandait de l’aide, me suivant et ne m’abandonnant pas ; elle fut patiente et je ne saurai assez l’e remercier.
On dit que l’amour est compliqué, on dit de l’amour qu’il est nocif sans jamais se dire que ce sont ceux qui le ressentent qui provoquent ainsi le désastre, qui répandant le chaos, indéniablement, répétitivement. L’amour, en revanche, peut arracher des ailes s’il est manié par de mauvaises mains ; et je ne saurai priver Tara de son habilité à voler. Alors je lui demande de me faire une promesse, de ne pas revenir sur ses mots ; elle fait même plus que cela, elle masque la vérité sous des aspects gourmands et délicieux qui me font sourire sans que je ne rétorque quoi que ce soit. J’apprécie le fait qu’elle n’avoue pas me venir en aide, autant que j’apprécie le fait qu’elle ait trouvé un moyen, en parallèle, de me faire sourire.


Son rire espiègle ne tarde pas à venir enchanter tous mes sens – son rire, je l’entends, je le vois, je le sens, le ressens et m’en abreuve – lorsqu’elle entame un petit discours qui me fait hausser les sourcils. Je fais passer ma langue sur mes lèvres, plissant les yeux en approchant mon visage du sien.
Moi, je ne m’y connais pas aux femmes ? Oh, je me doute bien qu’elle sait à quel point elle a tort, mais même ainsi, elle ne s’imagine pas encore la moitié de mon savoir sur ces mêmes femmes. Je me souviens de ce jour où les sentiments se sont manifestés brutalement ; je me souviens l’avoir aidée à enfiler ses jarretières et, plus précisément, je me souviens avoir soulevé sa robe jusqu’à apercevoir ses jambes ainsi que ses cuisses et si, à cet instant, rien de bien spécifique n’avait trop longtemps habité mon esprit, aujourd’hui, je sens clairement une vague de chaleur s’abattre sur mon être toute entière. Cependant, rapidement, une agitation se fait clairement ressentir en moi, bien que mon sourire en reste en grande partie amusé, bien plus que troublé ou soucieux ; je connais justement trop les femmes, leurs corps…
Amantes.
Ce mot s’impose à moi. Tara doit bien savoir que si je peux me passer des femmes avec qui je passe une nuit, il sera nettement plus difficile pour moi de me débarrasser de mes habitudes quant à des amantes, soit des femmes que je vois plus d’une fois. Mais nous n’en parlerons pas ce soir, nous n’en parlerons pas si je ne fais aucune idiotie – chose que je ne garantie malheureusement pas.
Mes lèvres glissent jusqu’à son oreille droite et je glisse ma langue sur son lobe avant de lui murmurer quelques mots :

« Le souci, ma chérie, c’est que je connais si bien les femmes que je sais qu’il ne faut jamais répondre à leurs provocations mais être celui qui, justement, provoque ; ne jamais faire ce qu’on attend de nous lorsqu’on nous taquine, car on perdrait de notre coté embêtant et, de ce fait, un des rares avantages que nous avons sur les femmes. Et non, je ne parle pas de domination, juste d’amusement. »

Je m’éloigne avant de lui faire une pichenette sur le front ; quels autres avantages ont les hommes sur les femmes ? Pouvoir les maintenir sur le lit pour les chatouiller ? Il y en a d’autres, mais sincèrement, je n’y pense pas et ne le désire pas.
Sur mes genoux, elle a tout le loisir de constater que les femmes ont, quant à elles, un pouvoir évident sur les hommes ; mais je saurai lui faire payer cette doucereuse torture.
Finalement, nous sommes sur le canapé, l’un contre l’autre, à parler de mythologie grecque et de Noël. Je lui demande si elle désire annuler pareille festivité et après réflexion, elle me fait non de la tête ; étrange comme la voir ainsi me répondre après avoir réfléchi me rappelle un enfant. Je glisse une main dans ses cheveux et la caresse se fait plus appuyée ; ému, cette femme réussit à m’émouvoir juste au moment où je pensais définitivement ne plus être apte à ressentir pareilles sentiments. Je souris doucement en allant lui embrasser le front avant de continuer à philosopher avec quelques mots volés aux poètes pour avoir en retour un « oh » d’avantage prononcé par le cœur que par la bouche qui réussit à accentuer mon sourire.
Les richesses matérielles ne sont que matériaux pouvant devenir poussières ou sans importance, mais certaines personnes y accordent un certain intérêt et puis… Et puis, Tara mériterait cela. Certes, elle doit d’avantage attendre les richesses du cœur que celles que l’argent peur procurer, mais elle mériterait tout autant perles nacrés et pierres brillantes.
Je pourrai lui offrir une cupcake au chocolat pimenté avec un nappage de cerise sur lequel serait saupoudré un peu de cannelle, y planter une bougie et aller la réveiller à minuit pour un pré-anniversaire ; je pourrai la garder contre moi sans qu’elle ne porte autre chose qu’un débardeur et un short sans rien faire de stupide, si ce n’est coller mes lèvres au creux de son dos ; je pourrai puiser dans son regard l’inspiration nécessaire pour réussir à trouver le quasi-parfait cadeau ; je ferai tout ce qu’un homme amoureux et poète peut faire, tout ce qu’un pompier peut faire.
Alors je me venge, doucement, lentement, me languissant, le faisant elle-même languir ; j’embrasse son cou, suis tenté de continuer cette salve de baisers, mais m’interdit d’être trop entrepreneur, m’en vais retrouver ses lèvres, brièvement. Trop brièvement ; j’aimerai aussi garder mes lèvres contre les siennes plus longtemps, mais je préfère me délecter du spectacle : la savoir et la voir agitée me plait à un point que je ne saurai décrire et cette sensation se transmet évidemment à moi. Son corps repose maintenant contre le mien et un sourire donne une gracieuse courbe à mes lèvres ; l’avantage d’avoir de l’expérience avec les contacts physiques, c’est qu’on apprend à garder notre calme un certain temps.

Je lui demande de quitter la chambre qu’elle loue pour rester avec moi et elle semble y réfléchir un moment, allant trouver rapidement mes lèvres, riant avant de me sortir une phrase légèrement trop farfelue à laquelle je ris de bon cœur alors que je vais coller son front au mien. J’aurai aimé lui rétorquer que Roméo pourrait retourner se coucher avec ses belles paroles et que Juliette pouvait tout aussi bien en faire autant avec une concurrente telle qu’elle, la belle et somptueuse Tara.
D’une voix sereine, elle semble reprendre son sérieux en laissant s’écouler de sa bouche un flot de mots auxquels j’accorde une importance étonnante. Elle semble un instant se perdre dans ses propres paroles, faisant brièvement référence à la copine excessivement jalouse et possessive qu’elle n’est point et je l’en gratifie d’un sourire. Elle peut être sereine, j’ai peu d’amies,  mais, à ses yeux, peut-être ai-je trop d’amantes. Je déglutis faiblement en lui caressant le visage pour qu’elle aille au bout de ce qu’elle a à dire. C’est de Cesare qu’elle parle ensuite et cette fois, mon regard se dérobe au sien avec mes paupières qui voilent mes  iris ; je refuse de la laisser entrevoir, non pas de la jalousie, mais uniquement de la colère.
Sincèrement, ce mec, il ne m’inspire rien de bon.
Dormir sur le canapé ? Cette fois, elle suscite toute mon attention tandis que j’arque un sourcil ; j’hésite à un instant et me demande sincèrement si elle est sérieuse. Connaissant Tara, j’ai bien peur que oui. Je lui souris d’un air presque navré qu’elle ait pu penser cela avant de rire faiblement, comme pour la dissuader de cette idée. Qu’elle refuse de venir chez moi ne me dérange réellement pas, car je ne sais plus trop d’où je tiens cela, mais j’ai appris que lorsqu’on demande quelque chose, on peut s’attendre à un oui autant qu’on peut s’attendre à un non. Et lorsqu’elle reprend la parole, je ne peux empêcher un regard amusé de caresser ses prunelles ; elle me donne bien des exemples de cadeaux que je pourrai lui offrir, avec cette impression que tout ce qu’elle me dit là n’est plus acceptable et qu’il me faudra trouver autre chose avant de me demander de la laisser l’embrasser, comme si c’était moi qui enchainait monologue sur monologue sans me laisser le temps de répliquer ; mais ça, c’est du Tara et ça, c’est une des raisons pour lesquelles je suis définitivement fou d’elle.

Ses lèvres trouvent mon cou avant que ses dents ne percent pour me croquer doucement. Je ne cache pas ma surprise, laissant un sourire étirer mes lèvres alors que je glisse une main contre sa nuque pour l’inciter à rester là encore un moment, mes yeux se fermant doucement. Ses mains à elle se frayent un chemin jusqu’à mon torse tandis qu’elle déboutonne le premier bouton de ma chemise, ses lèvres trouvant ma peau alors qu’une nouvelle fois, je déglutis. Elle défait le deuxième bouton et, cette fois-ci, je la sens bouger alors je rouvre les yeux pour croiser son regard. Je lui caresse doucement les cheveux, me demandant si elle pensait que je pourrai lui en vouloir pour ce geste, ou si j’en serais outrageusement surpris. Je lui murmure un « ça va aller » avant d’aller trouver ses lèvres, plus longtemps que ces deux dernières fois, moins lentement que les deux premières fois. Je m’éloigne et lui sourit d’un air amusé, les yeux plissés :

« Peut-être que je ne te demandais que de passer ces prochaines nuits avec moi ? je laisse planer un moment de suspens avant de reprendre, un sourire rieur flanqué sur les lèvres en arborant un air fier ça, ma belle, c’est pour te prouver que c’est moi le plus taquin des deux. Plus sérieusement maintenant, ça ne me dérange pas que tu ne veuilles pas t’installer ici et puis, on pourrait se faire des moments sympas, Peter, toi et moi ? Quant à mes amies filles, je n’en ai pas beaucoup et elles s’invitent rarement chez moi. Tu n’as pas tout gâché, Tara. Tu as suivi ton cœur qui t’a dicté que ce n’était pas un amour frais, mais un amour souillé par l’autorité de ton ex-fiancé. J’ai cette fâcheuse impression qu’il avait besoin de te couvrir d’or et de diamants, comme dans l’espoir de te garder près de lui assez autoritairement. Je ne vais pas te parler de lui en jouant les jaloux, Tara, je voudrai simplement que tu me dises si tu es certaine de lui avoir brisé le cœur. Même s’il en a un, de cœur, est-ce que c’est pour toi qu’il battait ? »

Je soupire profondément avant de me passer une main nerveuse dans les cheveux.

« Oublie, s’il te plaît, je n’ai pas envie qu’on se dispute. Aussi, tu es aussi nocive que trop de chocolat ; ça peut donner des nausées, mais on ne s’en passe pas, on en redemande et tu es bien placée pour le savoir, n’est-ce pas ? Quoi qu’il en soit, tu es la bienvenue ce soir, sur un lit qui, j’espère, rebondira assez. Quant à un éventuel cadeau autre que des diamants hors de prix, de propose de… Redresse-toi, s’il te plait, ma chérie. »

J’attends qu’elle veuille bien le faire avant d’en faire autant, la capturant littéralement entre bras en allant l’embrasser délicatement, la menant jusqu’à ma chambre où je la relâche d’un peu haut, pour qu’elle puisse savoir si le matelas rebondit assez à son goût.
Je me hisse au-dessus d’elle et m’en vais dévorer sensuellement ses lèvres, frénétiquement au fur et à mesure que le souffle commence à me manquer et que je respire trop vite pour réfléchir lucidement. Mes deux mains glissent jusqu’à ses hanches et je les remonte lentement, par-dessous son haut, m’immobilisant en sentant sa peau laiteuse glisser sous mes doigts enflammés. Je fais passer mes doigts sur son ventre en retournant l’embrasser, ressortant une main pour lui caresser le cou du bout des doigts.

« Je te propose d’attendre minuit avant de t’endormir, et je peux te promettre de te parler de tout et de rien, surtout de tout ; j’aimerai pourvoir rester là, avec toi, à te demander ce qui t’a amené à revenir vers moi, à te demander si tu as déjà pris de la vodka, si tu aimes ça, avant de chercher à savoir quel est ton plat préféré, si tu préfères la mayonnaise ou le ketchup, le sel ou le poivre, le bleu ou le gris, les perles ou les cristaux… J’aimerai parler et encore parler, te bercer de ma voix, ne pas te laisser répliquer, continuer à t’embêter, à te taquiner et à t’embrasser. J’aimerai qu’on fasse quelque chose de normal, rien que ce soir, car je te garantie tout sauf quoi que ce soit de normal pour les jours à venir ; va savoir pourquoi, j’ai l’impression qu’une nouveauté originale va pimenter ce… Nous. Je pourrai commencer par te dire que je n’aurai jamais pensé que ton regard pourrait persuader mon cœur de ne battre plus que pour toi, je n’aurai jamais cru que tes baisers étaient si lourds de sens et de poésie, je n’aurai jamais pensé que tu saurais combiner en plus de tous les amours que je t’ai cités, un amour… Romantique. »

L’amour romantique, celui des sages, celui des pieux ; l’amour de Roméo et Juliette en revisité, en bien mieux. L’amour qui donne des ailes à un ange déchu, l’amour qui fait entrevoir le rang d’archanges à un ange gardien tel que Tara ; l’amour vrai, l’amour jeune, l’amour passionné, l’amour fougueux.
La main sous son haut glisse dans son dos avant d’aller frôler ses côtes, histoire de savoir si elle est sensible à d’éventuelles chatouilles. Mes lèvres se pressent contre les siennes avant que je n’aille m’échouer contre son cou, laissant ma langue y creuser des sillons et, de nouveau, je redescends vers la clavicule, m’amuse à cet endroit en y laissant plusieurs baisers fiévreux et successifs. Je me redresse au-dessus d’elle et plisse de nouveau les yeux, l’inspectant rapidement avant de déclarer sur un ton purement amusé :

« Tu n’as pas besoin de jarretières pour avoir un air mignon mais provocateur. »
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Faites place à la vedette
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyVen 17 Jan - 2:24


« Quand je suis loin de lui, je n'ai plus vraiment toute ma tête et je ne suis plus d'ici. Non je ne suis plus d'ici. Je ressens la pluie d'une autre planète. »

Véronique Sanson
Ce quelque chose de purement insolent, qui pétilla à la surface de ses iris couleur Coca Light lorsqu’il s’approcha d’elle, lui donna envie de le boire à la paille jusqu’à la lie. Elle aimait bien faire mouche, elle aimait bien l’embêter, et, quoiqu’il dise, il réagissait de la plus exquise façon à ses légères provocations quand il prenait cet air et qu’elle se sentait obligée de reculer de quelques centimètres, en anticipation des représailles. Elle savait que l’attaquer sur sa non-compréhension de la gente féminine l’obligerait à lui répondre, de la même manière que, si elle était allée l’embrasser et qu’au lieu de cela elle lui avait mordu la lèvre inférieure, il aurait été forcé de répliquer sur le même ton. Il n’était pas si insensible que cela aux taquineries de mademoiselle Wilkes, et elle le savait, et elle faisait semblant de le laisser avoir raison d’elle pour que le petit manège continue de tourner. Elle se souvenait qu’il avait des amantes, mais cette réalité lui semblait mirage, loin au fond de son esprit, et quand elle l’avait embrassé pour la première fois sur les lèvres elle n’avait pas senti le parfum des autres bouches qui s’y étaient happées, et quand il la prenait dans ses bras c’était son havre à elle et l’abri de nulle autre. Peut-être était-elle naïve, peut-être faudrait-il la plaindre de penser ainsi. Elle avait eu à ce sujet des demi-conversations avec Peter (seulement demi-conversations parce qu’elle était effarée de la désinvolture et de la franchise avec laquelle le jeune homme aux yeux profonds comme des volutes de fumée répondait calmement à ses questions, et que par moments elle se bouchait les oreilles, ce qui le faisait rire et se taire). Comme la curiosité se mêlait à la candeur, elle avait du mal à ne pas demander d’explications et du mal à entendre les réponses. Peter lui avait parlé d’une femme, une femme aux yeux de neige, avait-il dit, et il en parlait avec beaucoup de tendresse et de précaution, comme si la décrire risquait de l’abîmer, et en même temps il semblait désabusé et un peu agacé en l’évoquant. Tara avait cru qu’il lui décrivait la femme dont il était amoureux. Il avait répondu que non, que ce serait trop facile d’aimer un rêve, trop humain d’aimer quelqu’un qui le ferait se sentir vivant. Il ajouta qu’il aimait une femme qui le faisait se sentir anéanti, c’est-à-dire qui le faisait se sentir la négation de lui-même. Il était toujours difficile de suivre Peter lorsqu’il partait sur ce sentier glissant de jolis mots découpés en dentelle de papier, en ribambelle d’origami. Il lui dit qu’il aimait une femme fragile aux yeux immenses, dont l’iris finissait de délimiter l’univers, un femme qu’il détestait parce qu’elle le faisait se sentir comme son ombre, à toujours la suivre du regard, à ouvrir en lui le désespoir de ne pas pouvoir l’empêcher de tomber lorsqu’elle trébuche. « Et pourtant, elle me regarde, et c’est alors que j’existe », avait-il conclu. Tara avait failli pleurer en l’entendant parler ainsi d’une femme qui, certainement, ne savait pas que cet homme l’aimait, qui ne le saurait jamais parce qu’il a trop d’orgueil et de désespoir en lui. Alors, Peter l’avait prise sur ses genoux en souriant, et lui avait dit de ne pas s’inquiéter pour lui. « Et Aiden ? », avait timidement demandé Tara. Peter l’avait regardée quelques instants, et elle n’avait pas compris ce regard bizarroïde qu’il posait sur elle, ce petit sourire en coin, ce petit sourire en coin qui semblait remplacer un long soupire. « Il rêve beaucoup, avait-il répondu finalement d’un ton rieur, et tant mieux pour lui, parce qu’ainsi il croit qu’il ne sent pas la douleur de s’être cogné aux limites de l’univers contre les yeux d’une créature de cristal ». Cette fois, Tara n’avait rien compris à ces explications poético-mystérieuses, et n’avait pas osé demander plus de détails.

La chaleur du souffle d’Aiden, ainsi que le petit coup de langue dont il l’embêta, la sortirent tout à coup de ses souvenirs emmêlés quant aux « femmes des rêves ». Ainsi, les amantes supposées du jeune homme s’entassèrent comme autant de feuilles mortes dans un coin de son esprit, qu’elle décida de ne plus secouer avant longtemps car cela lui déclencherait à coup sûr une terrible migraine.
« Le souci, ma chérie, c’est que je connais si bien les femmes que je sais qu’il ne faut jamais répondre à leurs provocations mais être celui qui, justement, provoque ; ne jamais faire ce qu’on attend de nous lorsqu’on nous taquine, car on perdrait de notre coté embêtant et, de ce fait, un des rares avantages que nous avons sur les femmes. Et non, je ne parle pas de domination, juste d’amusement. »
Il était trop craquant quand il avait l’air fier de lui, aussi ne répondit-elle rien du tout, se contentant de lui opposer un regard pailleté d’impertinence, avec une certaine manière de battre des cils qui semblait vouloir dire : « Nous verrons bien, mon chéri ». Il connaissait ses « rêves », il croyait qu’il savait à quoi s’attendre, oubliant que Tara jouait sans règle, sans triche et sans défense. Elle ne jouait pas du tout, elle se donnerait toute entière et miserait tout d’un coup, c’est pourquoi il était si facile de lui faire du mal. Cesare l’avait bien compris. Sauf qu’elle espérait qu’Aiden partagerait avec elle, quand elle aurait dépensé jusqu’à la moindre parcelle de son cœur, quand elle aurait gaiement semé tout son être aux quatre vents, elle espérait qu’il la recueillerait le temps qu’elle se refasse une main, plutôt que de faire comme son ex fiancé, de la briser d’un coup sec. Le jeune homme l’embrassa sur le front, et elle se sentit toute heureuse, comme ces pommes plantées sur des bâtonnets que les marchands trempent dans du sucre coloré et qui en ressortent toute rouges, toutes brillantes, et difficiles à croquer. Aiden la faisait se sentir jolie et protégée, il la rendait plus douce et plus forte en même temps.

Elle ne sut jamais ce qui l’amena à parler autant, à parler longuement, mais au fond c’était peut-être quelque chose chez Aiden qui la rendait si prolixe. Elle parlait, et elle voyait qu’il réagissait à tout ce qu’elle disait. Il écoutait. Il ne faisait pas semblant, c’était comme s’il était vraiment intéressé par toutes les fantaisies qui sortaient de sa bouche. Ce n’était pas Cesare qui aurait fait preuve d’autant de patience ; quand elle prononçait plus de trois phrases de suite, elle voyait du givre couvrir la surface de ses yeux bleus, alors elle savait qu’il n’écoutait pas, qu’il était parti dans ses propres réflexions. D’ailleurs, le seul moment où Aiden détourna son regard du sien, le seul moment où il essaya de l’empêcher de voir en lui, c’est lorsqu’elle évoqua Cesare. Pourtant, c’était une précaution inutile, car la colère était palpable, elle n’aurait su dire comment, mais quelque chose, soit dans les mouvements de sa cage thoracique en-dessous d’elle, soit dans son étreinte, se rigidifia sous l’effet de l’énervement, et elle le sentit. Alors, elle trouva autre chose à dire, avant de seulement se taire et chercher son approbation pour pouvoir l’embrasser dans le cou, avant de faire descendre inconsciemment ses lèvres sur son torse. Si la surprise de son propre geste ne l’avait pas arrêtée… Mieux valait rester calme et ne pas y penser. En attendant, elle souriait timidement à Aiden, qui lui caressa les cheveux avant de profiter du silence inespéré de Tara pour lui répondre. Elle cligna des yeux sans vraiment comprendre, quand il lui dit qu’il lui proposait peut-être de ne passer que quelques nuits en sa compagnie. Elle ne pouvait pas comprendre parce qu’elle n’envisageait même pas qu’Aiden lui demande d’être une de ses amantes. Non qu’elle se sente trop bien pour être traitée vulgairement, mais elle était seulement certaine de ne pas pouvoir lui apporter ce qu’il devait chercher avec ces dames. Ou du moins pas tout de suite. Et elle ne pouvait compenser ce défaut que par des choses qui prennent du temps, beaucoup plus que quelques nuits : souffler de la magie sur leur relation, prendre confiance en eux, découvrir doucement la profondeur de ce « nous » dont ils ne connaissaient que l’orée. Mais Aiden dilua le suspens en retrouvant son adorable sourire taquin et un peu fanfaron, puis passa un certain temps à la rassurer, sur son refus d’habiter chez lui, sur sa rupture avec Cesare. Il avait raison à propos de ce dernier, il était trop sévère avec elle pour que cela soit normal, venant d’un amoureux. Tout à l’heure, Aiden avait parlé de domination, et c’était cela, Cesare la dominait, mais pas seulement cinq minutes pour jouer, pas avec la seule volonté de l’embêter quand il tirait profit de sa force sur elle, c’était un état constant et pas uniquement physique. En réalité, il n’avait pas besoin de bijoux pour la garder près de lui. Il n’avait besoin de rien, à peine une certaine inflexion de voix, à peine un regard appuyé, il ne lui fallait presque rien pour qu’elle lui obéisse toujours. C’est la raison pour laquelle il était actuellement très dangereux pour elle et qu’elle avait décidé de ne plus le croiser avant un moment. Elle ne savait pas encore quelle emprise il avait exactement sur elle et, quoique le fait qu’elle ait réussi à s’enfuir de chez lui cet après-midi soit encourageant, il n’était pas question qu’elle continue de s’évanouir à chaque fois qu’elle aurait une interaction avec lui.  L’air nerveux qu’arbora Aiden en lui demandant d’oublier sa dernière question la ramena à lui. Elle lui sourit doucement, pour lui montrer qu’elle n’était pas offensée. Des disputes, ils en auraient (Tara avait au moins l’honnêteté de se reconnaître un caractère un peu volcanique), mais pas ce soir et pas à cause de Cesare… il était interdit que son ex fiancé leur gâche leur Réveillon.

Quand Aiden lui demanda de se redresser, elle s’exécuta et le regarda l’imiter en inclinant la tête, curieuse de savoir quel genre de cadeau non-onéreux il allait inventer pour lui faire plaisir. Il la souleva du canapé avant qu’elle puisse anticiper son geste, et elle prit une mine toute fière, se sentant grande, ainsi juchée dans ses bras. Elle passa un bras autour de son cou et regarda par-dessus son épaule le sapin égayé disparaître au fond du salon, comme il l’emportait en direction de sa chambre.
« Wouuh ! », s’exclama-t-elle en riant quand il la lâcha sans prévenir et qu’elle rebondit sur son lit.
Elle s’apprêtait à se mettre à genoux et à sautiller de nouveau pour finir de tester le matelas, mais le jeune homme s’affala sur elle de tout son long sans se soucier de l’air indigné qu’elle prit. Empêchée de jouer les vendeuses de chez Ikea, elle émit un petit râle de faux mécontentement qui cependant ne fit pas long feu, vite oublié sous les lèvres d’Aiden. Elle lui rendit son baiser tendrement et, comme il se figea un instant, ayant éloigné ses lèvres d’un demi-centimètre, elle crut qu’elle allait pouvoir recommencer de l’embêter. Mais elle sentit les mains du jeune homme, qui avaient trouvé ancrage sur le léger arrondi de ses hanches par-dessus le tissus gris foncé de sa jupe, se frayer un chemin sous son haut, lentement. Elle retint son souffle sans s’en apercevoir, intimidée puis chavirée de douceur lorsque ses doigts glissèrent sur la peau fine et veloutée de son ventre, y faisant s’envoler des centaines de petits frissons électriques comme autant de papillons. Il ressortit une de ses mains pour aller lui caresser le cou, mais l’autre resta parmi les papillons et elle ne pouvait pas s’empêcher d’y penser. Il lui proposa d’être en quelque sorte sa Cendrillon, attendant minuit avant de s’endormir, et lui concocta un joli programme qui la fit acquiescer gaiement.
« Je pourrai commencer par te dire que je n’aurai jamais pensé que ton regard pourrait persuader mon cœur de ne battre plus que pour toi, je n’aurai jamais cru que tes baisers étaient si lourds de sens et de poésie, je n’aurai jamais pensé que tu saurais combiner en plus de tous les amours que je t’ai cités, un amour… Romantique. »
Comment ne pas rêver de l’amour romantique ? Comment ne pas espérer le connaître un jour, quand il peuple tous les contes de l’enfance et tous les plus grands romans ? Elle prit son souffle pour répondre, pour lui dire comment elle était venue le trouver ce soir comme si elle retournait chercher son cœur là où elle l’avait laissé pour qu’il soit à l’abri, pour lui raconter tout ce qu’il voudrait, tout ce qui étrangement semblait avoir de l’intérêt à ses yeux, mais une fois de plus elle fut arrêtée par un mélange de curiosité tactile et de fièvre innocente. Elle appuya ses deux mains contre son torse en souriant, les sourcils haussés, quand elle s’aperçut qu’il avait essayé de la chatouiller (ce qui fonctionnait trop bien), dans un demi-mouvement pour s’éloigner de lui. En même temps, sa main qui remonta dans son dos lui ôta toute volonté de fuir, elle prit racine dans cet ici et maintenant tellement réel, parce que les doigts d’Aiden qui faisaient doucement pression sur sa peau, elle pouvait les sentir, et ce « nous » dont il parlait prenait soudain une matérialité qu’elle n’aurait jamais osé espérer. Il approcha de nouveau ses lèvres et les appuya plus fort sur les siennes avant d’y laisser un goût de baiser anthropophage lorsqu’il les abandonna pour s’attaquer à son cou. Alors là, ce fut terrible. Tara avait une respiration de métronome affolé, elle voulait presque dire à Aiden d’arrêter mais c’était sur le bord de ce fil insoutenable que se situait tout ce que ce contact avait d’agréable et de dérangeant. Elle tourna la tête, essaya de repérer dans le décor de la chambre un élément digne d’intérêt pour y focaliser son attention, mais tout était en clair obscur et l’ombre filait dans les coins son rire malicieux qui narguait la jeune femme au désespoir. Elle ferma les yeux et l’abandon était trop plaisant, tellement qu’elle serra fort la main droite pour imprimer les petites traces en demi-lunes de ses ongles sur sa paume, se faire mal doucement pour contrebalancer ce elle ne savait quoi de trop irrésistible qu’il lui faisait dans le cou. Il se redressa de nouveau et la regarda en plissant légèrement les yeux, vit forcément le rose poudré qui avait envahi ses joues, les couleurs dilatées de flou artistique au fond de ses yeux, et Tara voulait juste se retourner sur le ventre et se cacher le visage dans ses mains.
« Tu n’as pas besoin de jarretières pour avoir un air mignon mais provocateur. »
Elle ouvrit la bouche, le son ne sortit pas. Elle la referma après avoir rougi de plus belle. Il avait l’air assez calme, avec son sourire amusé. Peut-être qu’elle aurait dû écouter Peter jusqu’au bout les quelques fois où elle lui avait posé des questions sur les fameuses amantes, peut-être qu’elle aurait dû être prévenue de ce que l’amour électrique pouvait faire, au lieu qu’elle le considère comme un inconnu qu’elle n’avait pas besoin de trop connaître, peut-être, enfin, qu’elle n’aurait pas dû trop provoquer Aiden tout à l’heure, parce qu’elle venait de découvrir en même temps que lui à quel point elle était sensible à ce genre de contact.
« A propos de cela, commença-t-elle d’une voix un peu voilée, tu sais… Je t’ai déjà dit que j’ai eu un accident et qu’une voiture m’a percutée et que mes souvenirs les plus anciens datent d’il y a seulement deux ans… Eh bien… Je ne sais pas si auparavant… Mais en tout cas, avec Cesare je ne… Et quand tu me touches comme cela, je… OH REGARDE ! Le traineau du Père Noël ! »
Ouf ! Heureusement qu’elle était super douée en diversions, se dit-elle après avoir pointé du doigt la fenêtre en criant un ton trop aigu au moment où son visage était devenu cramoisi. Elle leva le bras et attrapa vite un coussin du lit pour se cacher la tête dedans. En fin de compte, il était beaucoup trop tôt pour lui parler de cela, mais au fond elle était vaguement soulagée d’avoir mis Aiden sur la voie (en admettant qu’il ait compris quoique ce soit à ses phrases avortées), même si… peut-être qu’il se doutait. Pas étonnant qu’elle ne sache pas ce que c’était que le désir, ou d’être désirable, avec un Cesare qui ne la regardait jamais à moins qu’elle soit habillée en Prada de la tête aux pieds, qui ne l’embrassait presque exclusivement qu’en public, quand il était satisfait que tout le monde les observe, et qui avait décrété que son lit était un espace sacré qu’elle n’avait pas le droit d’empiéter. Quand elle fut un peu moins paniquée, elle sortit de sa cachette et envoya le coussin rebondir de l’autre côté du lit avant d’adresser un petit sourire à Aiden. Comme tout ce qui état gênant, elle oublia vite ce moment de trouble, et se tortilla quelques secondes en riant pour faire comprendre au jeune homme qu’elle voulait qu’il la libère. Chose faite, elle se redressa et se mit elle-même au-dessus d’Aiden, après avoir appuyé sur son torse pour le faire s’allonger.
« Ketchup ! annonça-t-elle comme un cri de guerre de piraterie en appuyant son index sur la fossette de la joue du jeune homme. Mais je préfère le Nutella à n’importe quelle sauce. Sinon, j’ai bu de la tequila, quand j’étais à Blueside, jamais de vodka. Il y avait un jeu pour lequel il fallait tenir plus d’une minute sur le taureau de rodéo, sinon on buvait deux shots d’affilée, mais moi je buvais des shots de lait, c’était de la triche mais, tu sais, j’aime trop le lait ! Pour les bijoux, j’aime les perles d’eau douce, mais Cesare n’a jamais voulu m’en offrir car il n’aime pas que chaque perle soit légèrement irrégulière, différente de celle d’à côté. Bon, et toi alors ? Dis-moi quelque chose que je ne sais pas encore sur toi ! Et, pour répondre à ta question de tout à l’heure, je suis partante pour qu’on organise des soirées avec Peter, mais seulement lorsqu’il aura une petite-amie, parce que, sinon, moi toute seule entre vous deux, je ne veux même pas imaginer comment je… vous martyriserai ! »
Elle se remit à rire après avoir prit un air qu’elle avait voulu sanguinaire mais qui donna juste l’impression qu’elle se tenait face à une tablette de chocolat géante. Elle accrocha son doigt au niveau de l’ouverture de la chemise d’Aiden, là où elle n’avait pas osé ouvrir le troisième bouton, et l’incita à se redresser sur ses coudes en tirant légèrement.
« Là-bas, souffla-t-elle d’un voix plus intime, plus posée, ils ont une tradition à laquelle j’ai été conviée : une fois par an, les habitants se lèvent au milieu de la nuit et marchent jusqu’à un point de vue, tous ensemble, et on apporte des couvertures pour s’assoir par terre et se tenir chaud, et on mange du popcorn comme au cinéma. Tout cela pour voir le soleil se lever. C’est une festivité à laquelle tout le monde a participé, même ceux qui la veille disaient que c’est une tradition ringarde. Et moi j’aime les choses ringardes, je n’ai pas peur des clichés, je suis idiote mais je me nourris de la tendresse des vieilles ritournelles, alors, quand j’ai vu les nuances de rose et de doré envahir le ciel, j’aurais juste aimé pouvoir… tourner la tête et regarder le reflet de ces couleurs dans tes yeux. Tu m’as manqué un milliard de fois, au quotidien, pour les choses les plus futiles qui puissent être. A chaque fois que quelque chose me faisait rire, il y avait toujours quelques fractions de secondes où je te cherchais du regard pour savoir si toi aussi tu riais. Le jour où j’ai réussi à ouvrir moi-même une bouteille de Champagne, j’aurais voulu que tu sois là pour que je t’offre le bouchon et que tout discrètement je te donne ma main pour que tu y mettes un bisou, parce que la vérité c’est que ça m’a fait mal et que j’avais réussi à m’ouvrir la paume avec le truc en fer qui entoure le bouchon… Quand j’avais froid, ma première réaction, avant de penser à mettre un pull, c’était de chercher tes bras pour m’y blottir. Et quelquefois, quand j’étais toute seule, j’avais un peu de temps pour lire, et c’est ta voix que j’entendais dans ma tête pour prononcer les lignes que j’avais sous les yeux. Alors… Si ça ne te fait rien d’aimer une fille qui est aussi vieux-jeu et qui n’a pas besoin d’aller très loin pour se sentir étrangère, il faut que tu saches que, quand elle a retrouvé ton sourire, elle s’est sentie rentrée à la maison, et qu’avec toutes ses maladresses et toutes ses bêtises, elle ne te laissera plus tout seul et fera tout pour te rendre heureux. »
Elle lui sourit, les yeux brillants, et se pencha vers lui pour frotter son nez contre le sien, avant de poser son doigt sur ses lèvres, pour lui indiquer de ne pas répondre tout de suite. Elle en dessina la courbe en une caresse qui s’inacheva en tombant dans son cou délicatement. Ses yeux miroitaient de leur couleur nocturne toute la profondeur de son être, et tout à coup elle se souvint sans l’avoir oublié qu’elle le désirait, dans le sens immensément vaste qu’elle ne voulait plus jamais le quitter, qu’elle voulait visiter sa forêt enchantée, l’aimer tous les jours et que leurs ailes invisibles s’effleurent et s’électrisent. Elle se rapprocha, glissa sa main dans son cou et ses lèvres sur les siennes, contre lesquelles elle souffla quelques mots ouatés.
« Je suis revenue parce que, peu importe le pays, si tu n’es pas avec moi, je suis étrangère. Ma terre natale c’est de t’aimer. »

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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyDim 19 Jan - 22:49

La courbe de tes yeux fait le tour de mon cœur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr.

Ses yeux sont le purgatoire des âmes insolentes, le paradis des esprits libres, l’enfer des cœurs épris. Torturé de son absence, je m’en vais retrouver réconfort et tendresse au purgatoire ; je plonge mes mains dans l’eau verdâtre et me purifie. Maintenant apte à être heureux sans ne plus penser à ce mois passé loin d’elle, à ses étreintes peut-être offertes à d’autres, à ses lèvres effleurant les verres au lieu d’être dans leur étui, soit juste là, sur les miennes, je m’en vais aller faire un détour au paradis. J’y dérobe quelques bouts cotonneux pour décorer le Sapin de la fête du retour qui n’est autre que mon cœur et me rends compte, dans un élan de douleur et de douceur, de la chaleur de cet organe. Et c’est totalement épris d’elle que je me vois arrivé aux portes de l’enfer que je pousse d’un simple battement de cils. Ses yeux sont tel du fer chauffé qui s’appuie sur ma peau et me fait hurler d’une douleur insoutenable, d’un plaisir pervers.
Dis, Tara, tu le sais, que je ne vois que ce que tes yeux reflètent ? Tu le sais, n’est-ce pas, que la pire des souffrances, reflétée dans tes yeux, n’est qu’une douceur suave ? Dis-moi que tu sais que je vois mon cœur se dérober à moi dès que tu clignes les yeux. Je t’en pris, ma chérie, dis-moi que tu vois mon âme palpiter, dis-moi que tu vois l’amour que j’ai pour toi fleurir sur mes lèvres, sur mes joues, au coin de mes yeux. Et tu le sens, dis, quand je suis très loin de loi mais que je t’étreins contre moi comme l’eau de mer étreint le sable, comme le ciel étreint les nuages ?
J’ai lu quelqu’un part que quelqu’un s’est rendu compte qu’il ne savait pas nager lorsqu’il s’est noyé dans ses larmes ; aujourd’hui, je me rends compte que je ne sais pas aimer car ce que j’ai à aimer est tellement beau, tellement grand que ce n’en est que fantasmagorique, à coup sûr ; aujourd’hui, je me rends compte que je ne sais pas être autoritaire car mon cœur et mon âme s’en sont allés se loger dans les bras de la femme que j’aime ; aujourd’hui, je me rends compte que si je savais voler, je ne sais pas où j’irai, mais je sais parfaitement où je n’irai pas : loin d’elle.
Les ongles des créatures nocturnes que sont mes amantes ne réussiront jamais à me faire aussi mal qu’un seul cheveu de Tara si elle le décide. Les lèvres de carmin colorées ne me feront jamais autant d’effet que la couleur nature de celle de cette délicieuse femme aux yeux si profonds qu’ils auraient pu inspirer amour et joie au plus sombre des poètes, qu’ils auraient pu ôter toute once de malheur à Baudelaire, l’Éternel Incompris qui aurait cependant trouvé auprès de Tara une gardienne de cœur et une infirmière pour penser ses blessures d’un simple sourire.
Qu’est-ce que ça fait de sentir que son être se dérobe à nous car elle nous juge indigne d’en être l’hôte plus longtemps encore ?  Qu’es-ce que ça fait de se rendre compte qu’on est aimé d’une femme qui vaut plus que nous, tellement que l’aller-retour vers Vénus n’est pas même le dixième de la distance de notre différence ? Qu’est-ce que ça fait que d’avoir une créature faite de gouttes d’eau brillantes et de paillettes rosées échouées dans ses bras mais de pourtant savoir que sur ses épaules pèsent le poids d’une nouvelle vie autre que a sienne, la notre, qu’elle dirige sans même le savoir ? Ce que ça fait, c’est un mélange de sentiments, d’émotions. Ça fait mal, ça fait du bien, on se sent petit, on se sent grand, on se sent indigne, on se sent heureux, on veut fuir, on veut tout sauf partir ; alors on ferme les yeux et on se persuade que ce n’est qu’un rêve, alors on pense avoir le droit de profite un peu plus, alors on pense avoir le droit d’aller au bout de ce même rêve et c’est ainsi qu’on pense être digne, sans pourtant l’être réellement. Alors on fait ce pour quoi on est ici, on fait de notre mieux pour accomplir cette tâche sans commettre d’erreur ; alors on atteint la délivrance, alors on est libres, alors on aime.

Ses lèvres ne remuent pas pour me répondre quant à mon sous-entendu clair qui dit que j’aurai toujours le dessus sur elle, mais le défi qu’elle me lance est tellement palpable à travers son regard que j’en tressaille. Je lui souris doucement, comme pour compatir à ses futures défaites quant au jeu de la provocation. Se taire lorsqu’on attend une réponse de nous, interrompre les belles phrases pour dire une ineptie, rétorquer du tac-au-tact, quitte à manquer de tact, ça me connait tellement que j’ai parfois l’impression d’en être à l’origine, moi le parfait adepte de l’ostentation lorsque qu’on secoue au-dessus de ma tête une boule laissant tomber des paillettes de défi sur mon être.
J’aime prendre mon temps au jeu, j’aime dévoiler une carte après l’autre, sans jamais me précipiter, avoir le temps de voir mon adversaire se débattre, le pousser à la fraude et, sans jamais tricher à mon tour, retourner sa mal-maitrise contre lui et l’amener à se plier aux pieds de la défaite. Je ne mise jamais trop gros, non pas par crainte mais par pure méfiance, ne me laisse quasiment jamais emporter par les provocations, garde mon calme et obtempère aux règles de la raison jusqu’à finalement démontrer une claire supériorité – dans l’autre cas, dans ce cas le plus pathétique où je me vois être le malheureux perdant, je reste fier car, n’ayant qu’à peine misé, n’ait perdu que peu. Mieux vaut ne pas montrer trop haut, car en cas d’échéance, la chute sera brutale et violente, se relever quasi-impossible, trop agonisant. Mais Tara est du genre passionnée, extravertie et qui jouera innocemment tout ce qu’elle a, sans trop réfléchir aux milliers d’éventualités possibles ; elle jouera tout et de son regard pétillant, elle vous pressera de jouer à votre tour pour voir si vous êtes aussi fou qu’elle. Et avec elle, je suis plus que fou, je suis totalement déjanté ; je jouerai ma mise toute entière, y rajouterai des tonnes de futilités. Je monterai haut, très haut, et si je perds, je sais qu’elle m’aura préparé un nuage de coton rose et plein de pots de Nutella pour m’accueillir. Avec Tara, es règles de mon jeu changent car je n’aurai strictement aucune satisfaction à la voir échouer face à moi. Mais ça reste  mes yeux un perpétuel jeu de séduction, de conquête, pour ne jamais tomber dans la spirale de la routine et de l’ennui, pour ne jamais cesser d’innover pour plaire à l’autre, pour que je puisse retomber amoureux d’elle chaque jour, pour que je puisse l’aimer un peu moins certains jours et l’aimer tellement plus d’autres jours ; le miel n’en est que plus doux après avoir avalé un verre de citron pressé.

Alors, ce bref instant de silence se rompt pour un torrent de paroles que je bois sans geindre ; j’avale les sens de ses phrases et ne manque pas une seule occasion de noter dans un coin de mon esprit sur quoi je pourrai la taquiner. La discussion a peut-être des airs sérieux et sévères, mais c’est le Réveillon de Noël, une soirée saupoudrée de cannelle de fée – pourquoi pas, après tout, pourquoi ne doit-il toujours y en avoir que pour la poudrée de fées – alors je ne serai pas un seul instant totalement sérieux, pas maintenant que l’amour de Tara veille sur mon bien-être – sur ma santé mentale, surtout. Je lui dis qu’il est possible que je ne l’ai invitée que pour quelques nuits, sans pour autant sous-entendre que je veux faire d’elle mon amante. Je dis seulement que j’aurai pu lui proposer de poser bagages chez moi quelques temps, avant de repartir vivre chez elle avec l’invitation perpétuelle de venir dans mes bras quand elle veut. Cependant, à son air confus, à ses clignements répétitifs, je vois bien qu’elle a compris autre chose encore, comme justement le fait d’être une de mes amantes.
Une amante est une créature de verre de verre plein d’éther contre laquelle je me frotte les soirs d’hiver et revient chez moi, entaillé par ce même verre composant le récipient, saigné à mort, mais endolori par ce maudit éthoxyéthane.
Mais je ne prends pas la peine de la rassurer plus que cela, je suis beaucoup trop déstabilisé par cette lueur de soulagement brillant dans ses iris pour me perdre dans un labyrinthe d’explications confuses et, soyons sincères, plutôt inutiles. Je tente en revanche d’éclairer certains points avec elle, sans trop m’y attarder non plus, bien que laissant palper une colère évidente lorsque « Cesare » fit violemment irruption dans mon esprit. J’ai cette étrange impression qu’il nous surveille et, si je n’ai pas peur de lui (peut-être devrai-je, mais l’amoureux fougueux et l’adulte gamin que je suis ne saura à quoi s’en tenir que s’il se retrouve battu et humilié, car une défaite simple ne suffirait qu’à me donner envie de revenir vers lui) j’ai cependant une peur bleue de ce qu’il pourrait infliger à ma belle. Je ne suis pas ce super-héros, ne suis certainement pas l’homme fait pour elle, alors je ne pourrai la protéger à temps plein, bien que je le veuille très sincèrement. Son sourire me réconforte quant au fait qu’elle ne m’en veut pas, mais son innocence regorgeant ne fait qu’accentuer mon sentiment actuel : innocente, douce, naïve, pouvant accorder une seconde chance, une troisième, une centième… Cesare aura toujours une emprise sur elle. Ne reste plus qu’à espérer qu’en sa présence, elle puisse détourner son regard du sien et trouver l’encre du mien pour y lire un « tu es une personne à part entière » qui saura remettre cet homme à sa place.
Jugeant qu’il a trop longtemps envahi mes pensées, je l’en évacue étonnamment efficacement.

Dans mes bras, je l’emporte dans ma chambre sans m’empêcher de penser à une de ces scènes romantiques – et pathétiques, fierté masculine oblige – dont les dessins animés ; mais si Tara a les allures d’une reine, jamais mes traits ne seront ceux d’un prince.
Son cri de joie embaume mon cœur, mais pas tant que sa petite moue accompagnée d’une faible râle lorsque je l’empêche de profiter de mon matelas en allant me jucher au-dessus d’elle. Mes lèvres trouvent les siennes en cet instant magique où mes mains épousent le creux de ses reins ; mes lèvres pianotent sur les siennes en cet instant magique où mes doigts valsent sur la peau laiteuse de son ventre. Je ne sens plus son souffle contre mon visage lorsque je m’éloigne quelque peu d’elle, mais son cœur, je l’entends, je le vois, je le sens ; il bat fort, très fort, aussi fort que se tait le mien quand elle est loin de moi.
Je lui parle de façon évasive, je lui parle de ketchup et de minuit, de tout et de rien, mais surtout de rien ; alors elle acquiesce et j’aborde cette fois-ci un autre sujet : l’amour romantique. Ce qu’il brille, ce qu’il est beau, ce qu’il est éclatant et ce qu’il est intimidant, à ainsi faire se pâmer amour frais, électrique et artistique.
Ma tentative de la chatouiller fonctionne plutôt bien, mais je ne vais pas plus loin, maintenant distrait par les mains sur mon torse, par ces fins doigts qui peuvent sentir l’organe sous la peau battre à tout rompre, qui peuvent le sentir pomper le sang et au bord de l’explosion ; mais est-ce que Tara sait, que mon cœur a une toute autre fonction que me faire vivre aujourd’hui ? Sait-elle que ce n’est plus le sang qui s’y réunit pour être distribué aux autres membres de mon cœur ?
Est-ce que tu sais, mon ange, que c’est ton amour que mon cœur distribue, que c’est pour t’aimer qu’il bat aujourd’hui ?
Alors ma douce torture s’entame ; alors mes lèvres dévorent les siennes, alors mes lèvres lacèrent son cou, alors je fais battre son cœur plus vite que le mien – à moins que ce soit le mien qui batte plus fort, je ne sais plus démêler ce qui est sien de ce qui est mien – ; alors je la fais souffrir et me fais agoniser, alors je la vois se dérober à sa rationalité et me vois me perdre dans les méandres du plaisir charnel. Je semble plus aisé avec ces contacts, cependant, à en voir le rose teintant ses joues lorsque je plisse les yeux pour l’observer, lançant une énième provocation.
Je la vois rougir encore, hésiter un instant pendant lequel je ne fais ni ne dis rien, et l’entends reprendre la parole d’une voix veloutée.  Elle ne fit pas ses phrases, et ayant retenues les dernières bribes, je la reprends aussitôt, alors qu’elle se cache le visage :

« Eh bien… Je ne sais pas si auparavant on m’a déjà fait tout cela, mais en tout cas, avec Cesare je n’ai jamais ressenti pareilles choses, et quand tu me touches comme cela, je ne sais sincèrement plus si je t’aime ou si je te déteste, si être amoureux, au fond, ce n’est pas juste haïr très fort jusqu’à devenir fou et avoir des hallucinations qui disent que cette haine n’est qu’amour. »

J’aurai pu trouver mieux, mais  c’est sombre et beau, c’est romantique et jouissif, alors je ris doucement avant de soupirer, comme pour évacuer une pression accumulée, un surplus d’amour que je lui lance à la figure pour qu’elle le partage avec moi.
Je ne sais pas trop comment, mais elle se retrouve sur moi et je cligne des yeux, comme si j’avais été absent un instant ; il allait falloir que je me trouve un guide, voire une GPS, pour cesser de me perdre dans ses yeux, ça pourrait devenir gênant. Un doigt sur ma fossette, elle entreprend un petit discours que j’écoute, comme à mon habitude, très attentivement. Son doigt coince au niveau du troisième bouton de ma chemise et je me redresse sur mes coudes, mon visage près du sien, un sourire amusé en réaction à son rire infantile ; je ne fais qu’écouter, je ne pense pas encore à tout ce qu’elle vient de me dire et je fais bien, je serai vite perdu avec elle.
Mais ce qui suit, je ne l’écoute pas ; je le ressens. Elle n’a plus besoin d’ajouter un mot, je sais où elle veut en venir, mais je ne me lasse pas de cet ornement littéraire qui fait pétiller son regard, qui voile le mien de paillettes sombres, de romantisme, de désir, d’amour, d’admiration.
Mes doigts caressent doucement son visage, avant de s’évanouir le long de mon corps.
Je la trouve belle. Non non, je ne pense pas à son physique d’ange alors qu’elle me parle d’elle, de moi, de nous, de toutes ces magnifiques pensées qu’elle avait ; non, voyez au-delà du physique, du matériel : je la trouve belle. Une femme qui aime est merveilleuse, une femme qui est aimée en retour est resplendissante, mais Tara, elle, elle est… Belle. Et vous voyez, être belle, c’est mieux qu’être merveilleuse, qu’être resplendissante, car on attire que le regard de celui qu’on veut charmer, pas ceux des autres, pas ceux des hypocrites, des jaloux. Etre beau, c’est en ce moment la meilleure chose que je puisse penser à son égard. Mais ça changera, je trouverai bien quand je récupérerai quelques heures de sommeil, quand mon sang oubliera le goût de l’alcool et que mon cerveau cessera de réclamer de la nicotine incessamment.
J’ouvre la bouche pour lui répondre – je ne sais absolument pas ce que je vais lui dire, mais je trouverai, forcément, quand on a une muse à coté, on ne peut que se montrer digne – mais son doigt pressé sur ma bouche me fait renoncer. Son sourire malicieux, son regard pétillant… Pourquoi diable impose-t-elle cette barrière entre mes lèvres et ses oreilles, entre mes lèvres et les siennes, car si elle ne veut pas que je réponde tout de suite, qu’elle me laisse au moins l’embrasser. Mais j’obtempère, la laisse dessiner la courbe de mes lèvres, comme pour s’en souvenir, laisse ce doigt cueillir mes frémissement dans ma cou. Sa main entière vient rejoindre son doigt, son visage s’approche du mien, son souffle se mêle au mien juste avant que ses lèvres n’étreignent les miennes et que sérénade de l’amour romantique ne vienne faire teinter les cloches de mon cœur.
Je ferme les yeux en glissant une main sur sa nuque, me laisse tomber entièrement sur le dos en l’embrassant délicatement… Mais ce fut rapide, car je me laisse rattraper par un surplus d’émotions, me laisse dominer par celles-ci et vient approfondir le baiser, car l’amour romantique m’intime de le mêler à l’amour électrique. Lorsque je mets un terme au baiser, j’ai le souffle court, le regard sombre d’un désir non dissimulé, brillant d’un amour palpable. Je prends une graine inspiration et ferme les yeux pour ne pas me laisser déconcentrer par les siens, ce que j’ai à dire est beaucoup trop important.
Sa terre natale est de m’aimer, je n’ai pas le droit de buter ne serait-ce que sur un seul mot.

« Comment est-ce que je vais pouvoir être à la hauteur de cet amour que tu me portes ? Dis-moi comment est-ce que je peux entretenir tes terres natales, comment je peux entretenir ce que je suis pour que tu y puises tes récoltes, pour que tu m’aimes tant que tu pourrais te priver de Nutella toute une journée ? La vérité, Tara, c’est que je n’attends pas de réponse, parce que tu vois, quoi que tu me dises de faire, je doute que je pourrai – à moins de me dire de rester moi-même. Si je change, c’est involontairement, en mieux ou en pire, mais involontairement. Je ne pourrai qu’être moi et espérer que tu m’aimes encore demain, que tu ne me dises pas que tu t’étais trompée. Mais je ne t’en voudrai pas, parce que si je ne saurai supporter que tu m’aimes alors que je deviens nocif pour toi, sache que moi, je ne cesserai pas de t’aimer, même si me méprises, même si tu me hais. Tu aimes un adorateur de Baudelaire qui aurait pourtant préférer lire tes quatrains tissés de fils de sucre et d’amour. Tu aimes un amateur de nicotine qui n’a cessé d’espérer trouver le velours de tes lèvres au lieu d’une cigarette froide et à la texture étrange. Tu aimes quelqu’un qui s’en va plonger dans les verres d’alcool en se demandant quelle liqueur serait la plus rapprochée de celle que ta bouche renferme. Tu aimes un passionné d’étoiles, mais qui n’a su trouver sa constellation que dans tes mers émeraude. Tu aimes quelqu’un qui est impulsif avec toi, mais qui ne se permettra jamais de se montrer brutal. Tu aimes peut-être la mauvaise personne, celle qui te fera du mal sans même le comprendre, tant elle est stupide, je dis dans un soupire avant de rouvrir brusquement les yeux en les plantant dans les siens, mais, peut-être aussi que tu aimes la personne qui te fera sentir heureuse et aimée, qui te fera sentir… Comme une personne complète, bel et bien en vie, qui a des ailes et qui est poussé au bord sans savoir si elle saura voler, sans être totalement convaincue que je serai capable de la rattraper, voire si je ne la laisserai pas tomber volontairement, une sorte de mal pour un bien, une chute pour un renouveau ; une vie de danger, de passion. C’est quitte ou double avec moi, je ne sais pas doser. Sache dans quoi tu t’embarques, sache qui tu aimes, même si, entre nous, tu me connais bien, très, voire trop, bien. »

J’ai parlé plutôt rapidement et, à cette réflexion, un sourire étire mes lèvres ; eh bien, elle a dû me contaminer en cours de route, à ainsi déballer un flot de paroles hâtivement. Disons que chez elle, c’est charmant. Chez moi, ça doit être brouillon.
Je la fais légèrement bouger pour qu’elle se retrouve à coté de moi et, allongé sur le flan, j’entoure un bras autour de ses épaules en allant coller mon front au sien.
C’est son regard que je cherchais dans les foules, c’est ses mains que je désirais quand ces femmes me touchaient, ce sont ses mots que je voulais entendre quand je voyais des films, ce sont les incendies de mon cœur que je peinais à éteindre alors que je maîtrisais ceux des immeubles et, plus que tout, c’est son amour dont j’étais en quête lorsque mon cœur battait, à tout instant, à tout endroit.
Mes lèvres se collent sur son front, glissent sur l’arrête de son nez, s’en  vont au-dessus de sa bouche, embrassent sa lèvres supérieure, vont s’appuyer doucement contre sa lèvre inférieure et s’en vont alors vers sa joue que je parsème de baisers alors que je m’en vais embrasser délicatement son épaule que je dénude. Je ne saurai expliquer pourquoi au contact de la peau de cette même épaule, je frémis tout entier, mais ma main retourne sur son ventre pour y cueillir quelques fourmillements avant de valser jusqu’à son dos que j’effleure à peine, traversant l’échine de haut en bas, lentement.
C’est dans un souffle chaud que je me souviens que j’ai oublié de lui dire quelque chose qu’elle ignore sur moi. Je cherche un instant quelque chose de pas trop important, pas trop futile ; je ne parlerai pas de mon ancienne amante Catherine, je ne parlerai pas de Nala qu’elle connait déjà, mais ne parlerai pas non plus de la couleur que je préfère.

« J’ai un terrible dilemme dans le vie : je ne sais absolument pas si je préfère le pop-corn salé ou sucré. Je dirai… Salé pour les films d’horreur et sucré pour les fils d’actions. Les poupées, je trouve ça flippant et malsain pour les petites filles. Le ballon, je trouve ça abrutissant. Les jeux vidéo, ça fait passer le temps, mais c’est tellement surfait. Mais j’aime bien les boules de Noël et les punching-balls, voire les sacs à sables. Ouais, je fais un peu de boxe avec Raj quand je m’ennuie. Je veux bien faire du footing, mais pas le matin, je préfère faire la grâce mat’ et aller brûler des calories le soir. Oh et, très important… je lui souris doucement en glissant mon index sur ses lèvres pour qu’elle ne m’interrompe pas, qu’elle n’y pense même pas, j’ai pensé aimé. Jasmine la première. Mais, sincèrement, je me rends compte que je lui étais littéralement asservi ; je ne l’ai vue qu’une fois en ville. Nala, je pensais que ça aboutirait, mais tu vois, c’est mon âme-sœur, trop cliché pour moi, trop pas de l’amour. Donc voilà, le truc très important, ce que tu dois retenir de ces dernières phrases à propos de ces deux femmes, c’est que… »

J’avais dis que je ne devais pas buter sur un mot, alors sur une phrase complète ! Oui, ça comptera pour toute la soirée.
Je prends une grande respiration avant de rire doucement, allant l’embrasser tendrement, ayant calmé mes ardeurs étant donné que je ne cherchais plus particulièrement sa langue de la mienne, son corps du mien.
J’ai eu deux amours et ils étaient aussi factices l’un que l’autre.

« Tu es mon premier vrai amour, Tara. »
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MessageSujet: Re: Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden EmptyDim 27 Avr - 3:48

3 mois sans réponse j'archive tristeuh
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Whatever our souls are made of, his and mine are the same ♔ Avec Aiden

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