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Happy ever after ✭ Tara & Aiden Vide
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 Happy ever after ✭ Tara & Aiden

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MessageSujet: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptySam 4 Jan - 13:00

J’avais répondu au sms d’Ellis par une missive manuscrite que je lui avais adressée et envoyée à l’appartement de cet Aiden. Je savais qu’elle avait une chambre au Méli Mélo, je savais aussi qu’elle n’y passait pas beaucoup de temps, et je trouvais plus amusant de faire implicitement part de mon omniscience à mon ennemi de cette manière. J’avais fait savoir à mon chef-d’œuvre malade que je serai absent de chez moi ce soir, lui assurant qu’elle pourrait récupérer ses dernières affaires sans souffrir mon intolérable présence. J’avais apprécié mon propre style très Vicomte de Valmont au désespoir pour écrire à la femme de ma vie, terminant par une formule qu’entre temps j’ai oubliée mais qui devait verser dans un certain pathos propre à émouvoir toute créature du sexe faible tout en trahissant une capitulation feinte de ma part à son égard. La laisser croire que je me plie à ses désirs et jouer les martyrs pour un moment ne saurait faire de mal. « Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie », avait bien dit je ne sais plus quel Romantique, et, malgré l’aberrante bêtise dont témoigne une telle phrase, elle désigne fort bien les mécanismes de pensée féminins : un homme qui se rend malade pour elle, qui se lacère délibérément l’organe vital sous ses yeux, ça ne saurait, tôt ou tard, que la ramener à la maison. Bon, cela dit, de fort belle humeur sous les bourrasques hivernales en remontant une contre-allée quelque part dans Skyline Square, je m’apprêtais à faire le contraire de ce qu’annonçait ma lettre, rentrant chez moi d’un pas paisible et assuré. Je m’assis sur un banc dans la pénombre, sur le trottoir qui faisait face à celui de l’immeuble que j’occupais. Une très jeune fille, quinze ans peut-être, vint s’assoir à l’autre bout de mon banc, son visage éclairé du halo qui émanait de son téléphone portable. « Vous ne souhaitez pas vous assoir ici », lui dis-je de ma voix caverneuse en m’allumant un cigare de La Havane qui dégagea d’épaisses volutes dans un rayon lunaire. Je fixe sur elle mon regard bleu de méthylène avec suffisamment d’insistance pour que la demoiselle tressaille et s’en aille sans avoir prononcé un mot. Je déteste les asymétries faciales, j’éloigne de moi les créatures disgracieuses comme si leur profonde banalité était une maladie contagieuse, et cette demoiselle avait clairement la bouche de traviole, c’était presque indécent. Jetant un coup d’œil à ma montre à gousset et ne comptant pas sur la ponctualité d’Ellis, je calculai qu’il me faudrait fumer un petit quart d’heure encore avant de repérer à cinquante mètres à la ronde le manteau flashy qu’elle n’aurait pas manqué de se coller –c’était plus fort qu’elle, quand je n’étais pas là pour l’éduquer vestimentairement elle n’en faisait qu’à sa tête et ce n’était pas son nouveau petit copain mal fagoté qui allait l’aider à tenir son standing. Je calculais mieux qu’elle savait lire l’heure, aussi la vis-je frissonner sur ses jambes précisément treize minutes après m’être débarrassé du gnome qui avait un instant envahi mon banc. Si l’on faisait abstraction de son accoutrement –rose framboise, le manteau– c’est une éclipse de lune qui se produisit sous mes yeux à la seconde où elle fit irruption dans mon champ de vision. Ses cheveux accrochaient la moindre lumière et auréolaient son visage d’une cascade d’or digne des tableaux de l’âge victorien. Elle avait des yeux magnétiques et répulsifs qui vous jetaient du plomb au fond de l’estomac et dans l’esprit la conviction d’avoir croisé le regard de Méduse. Et néanmoins, une infinie tendresse, un fleuve de compassion s’y écoulait dans des entrelacs verts hypnotiques. Les délicats pétales de ses lèvres palpitaient sous ce que je distinguai comme le baiser d’un autre, un baiser immonde suspendu à cette bouche divine ! Avec quoi me faudrait-il nettoyer cela quand je retrouverai mon chef-d’œuvre, hélas ! Je me voyais d’ici, forcé de lui maintenir la tête et de frotter cette petite bouche en forme de cerise avec une pierre ponce ou de l’eau de javelle ou que sais-je encore, pour la rendre de nouveau intacte, et elle ne manquerait pas de pleurer et de me supplier d’arrêter et cela me faisait horreur avec de l’avance. Je terminai mon cigare exactement au moment où sa fine silhouette entra dans la projection de lumière venant du hall d’entrée de l’immeuble.

Un homme ralentit en passant devant elle, la regarda, fit quelques pas pour continuer sa route. Se ravisa. Il fit volte face et attrapa Ellis par l’avant-bras, la trainant un mètre plus loin, pour qu’elle reste plus à l’ombre. Elle dut être toute étonnée, peut-être même lui demander s’il a besoin d’aide, je n’en sais rien, je suis trop loin pour entendre. Je distingue assez bien leurs deux corps, par contre, je suis à la bonne place pour tout observer sans être vu. Je la vis se débattre après avoir lâché son sac à main. Le contenu se répandit à terre, je notai dans un coin de ma tête la manière très esthétique dont les objets épars roulèrent dans la lumière du hall. L’homme finit par lui tenir les deux poignets dans une seule main, les appuyant contre le mur, au-dessus de sa tête, et, de sa main libre, je le vis sortir un canif dont il se servit pour arracher d’un seul coup les trois boutons qui tenaient fermé le manteau d’Ellis. Il libéra ses poignets mais elle fut dissuadée de se débattre de nouveau lorsqu’il appuya son couteau sur sa gorge. J’espérai vivement qu’il ne laisserait pas de marque sur sa peau délicate, à cet endroit la peau met un peu de temps à cicatriser. La main de l’homme se promena sur le corps de la jeune femme, passa probablement sous ses vêtements. Je me relève et époussète mon manteau pour être sur que le banc n’y a pas laissé de trace. Ensuite, je sors de l’ombre, place ma main en visière au-dessus de mes yeux. Je me mets à courir en traversant le carrefour en son centre, ne prêtant aucune attention au klaxon d’une voiture qui m’indiqua que je ferais mieux d’utiliser les passages piétons si je tiens à ma vie. Mais à quoi de personnel tient un homme amoureux qui voit sa fiancée se faire agresser ? Il ne pense qu’à la sauver, évidemment. Je ne pense qu’à la sauver. J’arrive haletant devant notre immeuble, et à présent j’entends les gémissements étouffés d’Ellis, qui doit certainement être en train de pleurer et de prier le Ciel pour mourir sur place. Je suis bien placé pour connaitre la réaction des femmes dans pareille situation. Le regard allumé de fureur, j’attrape le gars par le col de son manteau et le tire brutalement en arrière. Ma main sur sa nuque, je le force à ployer et lui envoie violemment mon genou dans le ventre avant de l’entrainer un mètre ou deux plus loin, criant à Ellis de se mettre à l’abri. Je me retourne pour jeter un regard à la jeune femme qui tremble de tout son corps. Mon regard se fait suppliant alors que je lui crie « Maintenant, Ellis, je t’en prie ». Elle est secouée mais courageuse. Elle ramasse ses affaires, principalement son téléphone. Son agresseur en profite pour me saisir à la gorge, essayant de m’étrangler. Il me plaque contre le mur ; du coin de l’œil je vois Ellis entrer dans le hall de l’immeuble. J’adresse un sourire discret à l’homme, qui me relâche immédiatement. J’arrange mon manteau, lui colle une liasse de billets dans la main et lui fais signe de dégager. Mon acolyte s’enfuit comme un voleur dans la nuit. Je me retourne, mon visage se décompose, j’accours dans le hall, où je trouve Ellis recroquevillée à terre, en train de composer un numéro de téléphone. Je m’agenouille immédiatement devant elle, lui arrache le portable des mains, appuie sur le bouton rouge, glisse le gadget dans ma poche avant de prendre la jeune femme dans mes bras.
« J’appellerai les secours de chez nous, mon cœur, tu as besoin de t’allonger. »
J’appelle l’ascenseur après l’avoir soulevée de terre, et, parce qu'elle elle pleure, je lui dis « chut, ça va aller » d’un ton qui m’étonne moi-même tant ma voix est calme et tendre et ferme, totalement la voix de l’amoureux transi qui console sa fiancée. Mes doigts tremblent encore de rage lorsque je cherche à enfoncer les clefs dans la serrure. J’y parviens finalement, ferme la porte derrière nous en la claquant, sans la fermer à clef, et m’en vais déposer Ellis sur le canapé. Je la débarrasse de son manteau et m’en vais lui servir un verre d’eau et deux aspirines qu’elle boit sans réfléchir, désincarnée.
« Ma chérie, ma vie, je… Mon dieu je m’en veux tellement… J’aurais du venir te chercher en voiture, j’aurais du te rapporter moi-même tes affaires, je… J’aurais voulu tuer ce gars, lui arracher la peau mais… Non, ne pleure pas, ça va te faire mal à la tête, chut, calme-toi ma princesse… Tu es en sécurité maintenant, ne t’inquiète pas. »
J’approche ma main de sa joue pour la caresser, me ravise, fais le visage de celui qui ne peut pas la regarder en face tant il se sent misérable. Je baisse la tête et voit une goutte de sang sur mon canapé –bordel de… Je ne m’énerve pas, reste dans le personnage, ausculte Ellis d’un regard soucieux, lui prend les mains, les retourne –elle a des bleus aux poignets, je vais vraiment lui faire la peau à l’autre, j’avais dit pas de trace– mais elle ne saigne pas. Passant une main sur mon propre visage, je constate que c’est moi qui saigne, mon arcade sourcilière est ouverte. J’essuie tout ça d’un revers de main d’un air indifférent.
« Je suis désolé ma belle, je n’étais pas le plus fort sur ce coup-là. Il s’est enfui… Je… Je vais appeler les secours, pour t’être au moins utile à quelque chose avant de me laisser mourir de honte et de remords. Allonge-toi, repose-toi, je reviens. »
Je me lève d’un air désespéré et m’en vais dans ma chambre avec le téléphone fixe. Je fonce vers le miroir pour voir si je suis défiguré, mais ça a l’air d’aller, alors je soupire et me dis que je m’occuperai de l’autre abruti plus tard. J’entre dans la salle de bain attenante à ma chambre, ouvre un tiroir sous l’évier, en sors deux seringues de couleurs différentes, que je glisse dans la poche arrière de mon pantalon. Je retourne dans ma chambre, me baisse pour regarder sous le lit. J’en tire un magnifique club de golf que je cale près de la porte de ma chambre, avant de rejoindre Ellis dans le salon, ayant au préalable revêtu mon masque de tendresse et d’inquiétude.
« J'ai appelé les pompiers, ne t'inquiète pas, il n'y en a plus pour longtemps... »
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyDim 19 Jan - 22:39


« Beaucoup d'hommes compliquent leur existence et s'inventent des destins. Mais à quoi bon tricher ? Ce qu'ils veulent c'est aimer et être aimés. »

Albert Camus
Elle crut bien voir une ombre du coin de l’œil, comme un scintillement d’éclat de verre rapide sur l’asphalte obscure. Elle tourna la tête et déjà l’illusion s’était évanouie, elle ne perçut que les ténèbres opaques. Elle ne se fit pas de frayeur, son naturel insouciant rendant vite à ses yeux la couleur d’un sourire. Cependant, cette silhouette qu’elle avait imaginée, elle en état constamment victime. Une apparition constante, sans ses rêves et dans sa réalité, quelque chose d’élancé et d’imposant, de roide et de distant. Quand elle rêvait de lui, elle ne voyait que son dos, il marchait toujours deux pas devant elle, sans se retourner un seul instant, et elle peinait à mettre ses pas dans les siens. A chaque enjambée, la boue lui montait plus haut le long des jambes, et s’en extirper devenait de plus en plus impossible. Juste avant que la terreur la réveille, elle entendait sa voix, mais en déformé et bourdonnant, avec de l’écho jusqu’à l’infini, et il lui disait de s’immobiliser, sans quoi elle mourrait noyée dans la fange. Le réveil était pénible, lui aussi, car effectivement elle était immobile : crise d’angoisse, le corps inerte, l’esprit à vif. L’impression d’être emprisonnée dans son propre corps et de ne plus parvenir à être maîtresse de soi-même précédait un état de tremblements compulsifs associé à l’impression écrasante de porter un corset qui l’empêcherait de respirer à fond. Elle avait remarqué qu’en prenant des somnifères, les cauchemars ne la réveillaient pas. Jusqu’à maintenant, elle s’arrangeait pour en avaler un avant de s’endormir, quand elle était avec Aiden, se forçant à garder ses terreurs nocturnes pour sa chambre du Méli Mélo, mais, comme elle n’y était pas si souvent, elle commençait à pressentir qu’elle allait devoir trouver une autre alternative à ce problème (l’abus de ce genre de médicaments ne devait pas être recommandé). Elle pourrait tout simplement en parler au jeune homme, mais elle voulait avoir avec lui le moins de conversations possible au sujet de Cesare, et, avec son optimisme habituel, elle ne se faisait pas trop de soucis et s’imaginait que cette phase désagréable allait vite lui passer, dès qu’elle aurait l’habitude qu’on s’occupe d’elle, dès qu’elle arrêterait d’être étonnée, le matin, de sentir autour d’elle les bras d’Aiden, qui l’avait gardée enlacée toute la nuit. Malgré la froideur étrange de Cesare à son égard, elle éprouvait ce soir un peu de nostalgie, en arrivant devant le hall de leur immeuble. Elle avait cru être amoureuse de lui, avant de brutalement s’apercevoir que l’amour ne doit pas aller dans un seul sens pour qu’un couple soit en harmonie. Elle n’était plus certaine de ce qu’elle éprouvait à son égard. Une partie très profonde d’elle-même se méfiait de Cesare, mais l’autre, plus en surface, dépendant de penchants plus irrésistibles, continuait obstinément de nourrir une forme d’amour pour lui. Cette sorte d’amour qui ferme les yeux, qui pousse à se boucher les oreilles et à espérer que l’homme que l’on a tous les jours en face de nous décide de changer. Il aurait fallu un changement radical pour que Tara tombe amoureuse de son fiancé : il aurait fallu qu’il cesse d’être un étranger pour elle. Il lui semblait qu’elle s’ouvrait à lui, qu’elle lui racontait d’elle des choses enfouies, et qu’il s’en nourrissait silencieusement, sans rien lui donner en retour. Ainsi, tiraillée entre le regret d’un passé finalement décevant et l’espoir d’un avenir qui brillait déjà à l’horizon, c’est un peu troublée qu’elle ne vit pas l’inconnu la croiser.

Veuillez laisser un message après le bip.
Du fil barbelé entourait ses cordes vocales, seul un bruit humide de respiration saccadée fit suite à la tonalité du répondeur d’Aiden. Immédiatement, elle vit Cesare faire irruption dans le hall et s’accroupir devant elle. Il lui prit le téléphone des mains et pressa le bouton rouge sans qu’elle n’ait dit mot. Quand était-il apparu ? Comment ? Il avait inexplicablement volé à son secours. Elle ne leva les yeux vers lui que lorsqu’il parla, tout en esquissant un mouvement dans sa direction. Il la prit dans ses bras et la souleva comme une brindille. Sa voix était déformée, bourdonnante, en-dessous du grésillement horrible du sang qui battait à ses tempes comme des électrochocs inutiles. Il avait prononcé un mot doux, un mot qu’elle ne se souvenait pas lui avoir entendu auparavant, mais déjà elle l’avait oublié. Elle ne voyait que la goutte de sang qui grossissait au-dessus de l’œil de Cesare. Il ne semblait pas savoir qu’il était blessé. Elle était tétanisée à l’idée que la goutte tombe sur le manteau du jeune homme. Elle y aurait presque porté ses doigts fébriles pour l’effacer, mais elle n’arrivait pas à déterminer si Cesare serait plus en colère de l’anéantissement de son manteau ou d’une tâche sur ses doigts à elle. Elle fixait encore son arcade sourcilière lorsqu’il la déposa sur le canapé de son salon. Il termina l’œuvre d’un autre en la déshabillant et, quoiqu’il ne lui enleva que son manteau, elle resserra ses bras autour d’elle parce qu’elle se sentait toute nue devant lui ; non comme la jeune fiancée devant son amoureux, mais comme le cadavre ouvert sur la table d’une morgue, ses organes (son cœur figé, ses poumons immobiles) impudiquement exposés à la vue de tous. Elle savait qu’elle pleurait, que ses larmes étaient d’humiliation et de rage… tellement de rage !
« Ma chérie, ma vie, je… »
Vraiment, Tara cligna des yeux et surmonta les courbatures généralisées dans tout son corps pour tourner la tête et jeter un coup d’œil derrière elle. Elle n’aurait pas été surprise que Cesare s’adresse à une reproduction de Mona Lisa accrochée au mur ou à n’importe quel objet d’art éventuel plutôt qu’à elle. Se souvenant qu’il n’y avait qu’une baie vitrée derrière elle, elle dut se rendre à l’évidence étonnante qu’il l’appelait tendrement. Elle s’aperçut également qu’elle tenait un verre d’eau à la main, et que du frais avait tempéré son larynx asphyxié. De là à savoir ce qu’elle avait avalé pour accompagner cette eau… Non, Cesare lui mettait des choses dans les mains et elle se mouvait comme une automate, sans réfléchir. Il s’éclipsa sans qu’elle n’ait rien compris. Elle sentit son estomac se révulser quand elle le vit s’éloigner dos à elle à grandes enjambées vers sa chambre, et elle rester inerte sur le canapé, laissée derrière. Elle posa son verre sur la table, tout doucement, sans faire de bruit, et resta plantée, comme faisant partie du décor, sur ce canapé où elle avait eu ses habitudes. Elle prit racine, arrêta de pleurer, s’oublia. Elle se tenait toute droite, les deux mains croisées sur ses genoux, regardant devant elle. Elle eut la drôle d’idée de laisser vagabonder son regard quelques secondes, sur la porte d’entrée qui lui faisait face. En baissant les yeux, elle vit sur le canapé la tâche de sang, et se sentit blêmir. Elle voulut l’effacer, frottant frénétiquement un pan de sa jupe sur l’assise endommagée. Et là, ce fut comme si son âme sortait de son corps et l’obligeait à se regarder de l’extérieur. Son esprit critique, elle avait une vague idée de l’endroit où elle l’avait aiguisé. Pas ici. Pauvre chose effrayée. Cesare n’avait jamais levé la main sur elle, et pourtant, elle se comportait comme si… Elle se releva d’un soubresaut, tous les sens en alerte. La porte. Il ne l’avait pas fermée à clef. Elle glissa sa main dans sa poche. Non, son téléphone, il le lui avait pris, elle s’en souvenait. Elle se tenait fluette sur ses jambes et comme prête à fuir au moindre bruit, une petite biche traquée par un chasseur. Elle interrogea son âme (non, la sienne à lui, celle qu’il lui avait prêtée, celle qui était la plus rebelle des deux et qui donnait du courage à l’autre par ses caresses), et elle devina qu’elle devait partir. Elle entendit le pas de Cesare dans la chambre. Cela la fit sursauter, et elle s’élastiqua devant la porte d’entrée. S’obliger à ne plus trembler lui fit perdre quelques précieuses secondes, mais ce fut profitable, car elle parvint à ouvrir lentement la porte sans faire le moindre bruit. Le froid venant du hall, en bas, et qui montait les escaliers, lui lança une bouffée d’air nécessaire et lui fit espérer qu’elle allait juste sortir, courir dans la boutique la plus proche et demander qu’on lui prête un téléphone pour pouvoir appeler Aiden. Il allait lui falloir être courageuse encore cinq minutes, seulement cinq petites…
« J'ai appelé les pompiers, ne t'inquiète pas, il n'y en a plus pour longtemps... »
Sa voix remonta précipitamment le long du couloir et lui parvint comme une gifle, ou plutôt comme un coup de canif dans la doublure de son manteau. Elle savait qu’elle allait se tourner vers lui et le voir la regarder en train de s’enfuir. Elle dit adieu du regard aux escaliers qui descendaient vers le hall, et referma la porte, avant de faire volte face et de se retrouver nez à nez avec Cesare.
« Je cherchais justement mon téléphone ; je me demande si je ne l’ai pas laissé tomber dans le hall… En fin de compte, ce n’est pas utile de déranger les pompiers, les médicaments que tu m’as donnés sont très efficaces, je me sens à merveille. »
Elle plongea sa douce voix mensongère dans le regard chatoyant d’argent et d’ambre de Cesare, voilant parallèlement le sien d’une membrane invisible qui devait la protéger de ses attaques. Elle réfléchissait avec l’énergie du désespoir, et elle ne savait pas si elle devait minauder ou pleurer pour attendrir le jeune homme et qu’il la laisse tranquille. Il n’aimait pas le désordre, aussi se contenta-t-elle de se tenir droite, le visage levé vers lui, et son teint paraissait presque frais comme le printemps, et sa respiration légère comme l’alizé.
« Pourrais-tu être assez gentil pour m’appeler une voiture qui me ramènera au Méli Mélo House, s’il-te-plait ? articula-t-elle calmement. Je reviendrai prendre mes affaires dans la semaine, je suis trop fatiguée pour m’en occuper maintenant. »
Elle pria intérieurement, au milieu du tumulte et de la panique la plus complète, pour qu’Aiden ne soit pas en chemin pour venir ici, pour qu’il ait pris son message sur son répondeur pour un appel inopiné depuis l’intérieur de son sac à main, pour que Cesare ait menti et qu’il n’ait appelé personne. Elle ne savait pas combien de temps elle supporterait de jouer la comédie quand elle avait une si forte envie de pleurer et de s’endormir dans la chambre d’Aiden, consolée par sa voix et bercée par le mouvement régulier des caresses qu’il laisserait dans ses cheveux.



Dernière édition par Tara Ellis M-G. Wilkes le Jeu 29 Mai - 7:24, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyVen 31 Jan - 0:46

Le mensonge monta rapidement sur ces lèvres si douces, aussi vite que jadis le rose envahissait ses joues lorsque je pressais ma bouche contre son poignet. Quel serpent a élu domicile dans le cœur de mon chef-d’œuvre pour envenimer sa raison ? Un crotale l’a mordue et elle est tombée malade. Quand elle parle, ses mots disent tous la trahison. Aura-t-elle un jour fini de me faire agoniser ? Quoi ! Est-ce que maintenant mon ange peut me regarder mourir en bas et continuer d’enfoncer son pied dans ma gorge ? Qui l’a trainée hors des nuées célestes à qui elle donnait leur couleur ? Qui l’a rendue si prompte à employer les moyens rampants de la fausseté pour s’éloigner de moi ? Je scrute ses yeux et y retrouve les feuilles vertes du magnolia de son âme sous lesquelles j’aimais m’assoir. Quelque chose a bien du changer mais je ne sais pas quoi. Je serais tenté de lui prendre le menton et de lui faire lever le visage, pour que je le vois plus à la lumière et que je trouve enfin quel joyau s’était décroché de ma parfaite sculpture pour la rendre d’un coup si cruelle à mon égard. Est-ce qu’elle s’en allait ? Je venais de la rejoindre sur le seuil de la porte, d’ici j’entendais son cœur battre d’affolement. Je ne sais pas pourquoi elle a si peur de moi, depuis quelques temps. Je ne lui ai jamais fait violence, aussi loin que remonte sa mémoire –à elle. Depuis qu’elle était à moi j’en avais pris un soin jaloux et je ne l’avais jamais abîmée. J’ai fait ce qu’elle est. Et si un autre la contemple, c’est ma main de maître qu’il admire à travers elle. Mais si un autre la veut, c’est un rapt, un travail de faussaire, ou bien une appropriation de mon identité et je ne le permettrai pas.
« Tara… »
Je dis le nom qu’elle s’est choisi d’une voix brisée et je sens que je m’affaisse. Mes épaules flanchent et mon front vient cogner contre l’une des siennes, je m’y échoue. Elle sent le frais et l’amande douce industrielle d’un savon de Marseille liquide et mis en bouteille par des machines. C’est comme photocopier une œuvre d’Andy Warhol en trois-mille exemplaires sur feuilles A4. Je déteste ça. Et pourtant, sur elle, en cet instant, je m’en moque. J’en viens presque à me demander s’il y a quoique ce soit en elle que j’aime vraiment et qui n’émane pas directement de moi. Sauf que cette idée me terrifie, me fait me sentir minuscule, j’en crèverais sur place. Ma main trouve doucement la sienne, remonte le long de son bras jusqu’à enserrer l’épaule sur laquelle mon front repose lourdement. Je soupire. Sentir le marbre de sa peau sous mes doigts fait grandir en moi un désir de saisissement de sa personne toute entière. Si elle n’était pas déjà en train de trembler de tout son corps, si je ne la sentais pas faible et alanguie de fatigue, je pense que je laisserais la folie avoir raison de moi, et je saccagerais cette peau avec mes dents, avec mes ongles, quitte à la faire pleurer, pour qu’elle voit l’effet qu’elle me faisait. Je me surprends moi-même en sentant ma gorge se serrer alors que j’essaie encore de dire son nom, en vain.
« Je suis désolé, je suis désolé… »
Je répète comme un vieux disque rayé, sans comprendre d’où me viennent ces mots, sans savoir pourquoi je les dis. Elle, elle doit y croire, c’est tout ce qui compte. Moi je suis un éternel sceptique, je doute de tout, même de moi. A un moment, je sens qu’elle me cède, je le sais parce qu’elle n’a pas de réaction lorsque ma main libre s’ancre contre sa nuque et que mes doigts s’emmêlent dans ses cheveux dorés. Je souffle contre sa peau et me laisse aller contre elle un peu plus, un peu trop, jusqu’à ce que son dos rencontre la porte derrière elle. Je pourrais profiter de sa docilité pour ne rien faire d’autre que l’embrasser doucement, trouver le miel de ses lèvres et lui demander pardon. Mais j’ai vu le serpent et je sais que, cette fois, il lui faudra plus que des excuses. Pardon Tara, mais, cette fois, il faut que je te terrifie pour que tu restes là. Mes mains trouvent ses poignets et ce qui n’est d’abord qu’une caresse se mue rapidement en étau. Je les lui retiens ensuite dans une seule main et appuie mon bras libre contre sa gorge.
« Répète-moi que tu te sens à merveille. »
Je lui susurre à l’oreille d’un ton d’outre-tombe qui ne laisse rien présager de bon. Je crois que je souris davantage en voyait la panique dans ses yeux qu’en glissant mes doigts sur les courbes de son corps jusqu’à les appuyer au niveau de sa taille. Je l’enlace brutalement et l’emporte de force sur le canapé. Ca ne me fait pas spécialement plaisir de la martyriser, disons que ça m’amuse un peu mais qu’en réalité je m’en passerais bien, si elle ne bafouait pas mon autorité. C’est la rébellion qui m’insupporte. Franchement, pourquoi se débattre, gaspiller vainement du temps et des forces quand on pourrait rester tranquille et s’éviter des larmes et des déceptions ? Au final, je vais avoir ce que je veux, et je pense qu’au fond elle le sait, alors pourquoi me faire perdre mon temps et s’agiter désespérément, bon sang ! Mais soit, elle veut la manière forte, elle l’aura. M’est avis qu’elle fait la courageuse tant qu’elle croit qu’il n’y a qu’elle que je peux blesser. Elle ne m’écoute vraiment pas ; ne lui ai-je pas dit avoir appelé les pompiers ? Mais elle se défend, elle est folle, et quelque part je trouve cela admirable, la ténacité humaine face à l’inéluctable.
« Arrête, calme-toi ! Je peux faire ça de façon à ce que tu n’aies pas mal, mais c’est toi qui décides. Plus tu te débats plus ce sera douloureux, ma princesse. »
Je la retiens allongée sur le canapé mais elle ne se laisse pas faire. Je crois qu’elle a même essayé de me griffer.
« Comme tu veux. »
Donc, je l’attrape par les cheveux et lui maintiens la tête en arrière. Facile de trouver les veines, sur ce cou immaculé et délicat. Je sors de ma poche une des deux seringues, la rose –c’est la couleur préférée de ma fiancée– et lui injecte le sédatif directement dans la jugulaire. Je lui ai donné de l’aspirine pour fluidifier le sang, de telle façon que l’injection ait un effet plus rapide, mais je pensais lui planter l’aiguille dans le bras et avoir tout de même le temps de lui faire un petit discours désapprobateur pour lui expliquer mes plans. Par sa faute, l’effet est encore plus fulgurant que je l’avais escompté et elle s’enfonce dans un profond sommeil presque immédiatement. Je prends le temps d’arranger ses boucles blondes que j’avais été forcé d’empoigner. J’allais aussi essuyer les larmes sur les joues de l’endormie, mais finalement je me ravisai. Le tableau serait peut-être plus tragique si l’autre carpette voyait qu’elle avait pleuré. Je laisse la seringue rose sur la table et m’éloigne en direction de la porte. C’est bien ça : depuis l’entrée de l’appartement, on est exactement face au canapé et Tara est toute pâle, une vraie Ophélia noyée dans un lac. Impeccable. Je vérifie que la porte ne soit pas verrouillée pour que cet Aiden puisse entrer sans difficulté et m’en retourne dans ma chambre où j’éteins la lumière. Et j’attends. Les princes charmants sont très ponctuels, celui-ci ne devrait pas tarder. Tant mieux, parce que j’aimerais bien régler ça assez vite ; je n’ai pas dîné et la faim commence à se faire sentir. Bref, j’ai vraiment d’autres chats à fouetter.
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyMar 4 Fév - 19:16


« I'm selfish, impatient and a little insecure. I make mistakes, I am out of control and at times hard to handle. But if you can't handle me at my worst, then you sure as hell don't deserve me at my best. »

Marilyn Monroe
Elle se mordit la lèvre inférieure en constatant qu’il la fixait avec son omniscience habituelle. D’accord, il avait deviné qu’elle n’était pas sincère, mais pouvait-il sentir pourquoi ? Elle ne pouvait plus lui livrer docilement ses pensées les plus intimes, ses émotions les plus pures, parce qu’elle avait compris qu’il s’en nourrissait, qu’il les digérait, et qu’il en demandait toujours plus sans échange possible. Elle aurait été tentée de fermer fort les yeux et de détourner la tête, ainsi statique sous le projecteur de ses prunelles, si elle n’avait pas craint que le geste soit suspect. Alors, elle le laissait venir, s’approcher, plonger en elle et se baigner à la source fraiche de son âme, mais, contrairement à jadis, elle se méfiait. Déjà, c’était beaucoup. Elle protégea ce qu’elle possédait de plus cher (l’âme d’Aiden, qui souvent recouvrait la sienne, mais qui, en cet instant, fut forcée de se taire sous celle de Tara), car Cesare pouvait la ronger jusqu’à la moelle mais elle ne lui offrirait pas le plaisir de deviner quoique ce soit au sujet de l’homme dont elle est amoureuse. Elle avait le pressentiment que Cesare chercherait à la posséder de nouveau, mais, s’il pouvait être encore sensible à ses supplications muettes, si son dénuement actuel pouvait le toucher quelques secondes, il ne tenterait rien ce soir. Elle était si fatiguée, son cœur pesait si lourd, son corps… entravait sa liberté et ne lui attirait que des ennuis, décidément. Pourtant (hélas !), sa défiance s’estompa quand elle vit quelque chose de douloureux dans les yeux du jeune homme, quelque chose qui l’avait toujours hypnotisée chez lui, et qu’elle voyait assez rarement. Quelquefois, il avait l’air d’un enfant, et il arrêtait de la regarder comme un homme regarde une femme ; il fixait sur elle des yeux qui semblaient dire « Aime moi », comme s’il s’adressait à une entité supérieure auprès de laquelle il cherchait en vain quelques gestes de tendresse dont il paraissait se croire cependant indigne. Tara retint son souffle lorsqu’il prononça son prénom. Il était tellement beau, comment pouvait-il avoir si mal, avec un tel visage ? Il serait impossible de croire que cet homme avait jamais souffert ni fait souffrir quiconque. D’ailleurs, Tara commençait à en douter elle-même. Elle savait qu’il faisait cela, qu’il s’immisçait en elle et qu’il prenait le contrôle de ses pensées, de ses sensations, mais elle finissait par l’oublier et par compatir. Elle vit ses épaules relâcher la pression qui maintenait son corps droit, et il baissa la tête en soupirant, jusqu’à se reposer contre elle. Elle se sentait foudroyée, incapable de bouger alors qu’une boule d’angoisse commençait à obstruer le passage de l’air dans sa gorge. Elle sentait contre son cou l’effleurement de quelques mèches châtain-doré des cheveux du jeune homme, et contre son épaule la chaleur surnaturelle de sa main qui la recouvrait largement.
« Je suis désolé, je suis désolé… », dit-il si bas qu’elle se demanda si elle l’avait rêvé.
Son autre main appuya contre sa nuque tandis qu’il la poussait en arrière en collant un peu plus son corps contre le sien. Il devait sentir ses veines palpiter sous ses doigts, et pourtant Tara n’eut aucune réaction. Il la touchait, il la désarmait, et elle était désolée pour lui. Elle sentait les muscles durs de son corps contre la finesse du sien et se rappela, sans être pourtant capable de s’en inquiéter, qu’il était puissant et elle fragile. Elle ne remarqua même pas qu’elle était coincée entre la porte close et Cesare qui faisait doucement pression contre elle. Elle était bouleversée et épuisée, et ce même épuisement semblait à lui seul définir tout son être et diriger toutes ses pensées. Comme ensorcelée, elle posa la paume de sa main contre la tempe droite de Cesare et lui caressa doucement les cheveux en soufflant un « chut », seul son qu’elle pouvait émettre sans que sa voix se brise. Alors, sous ses doigts, elle sentit le tigre blessé se redresser tout à coup, son étreinte sur durcir autour d’elle. Elle aurait dû savoir qu’une bête assoiffée de sang se met à mordre si on est désarmé devant elle. Mais elle avait toujours été incapable de se méfier durablement de Cesare, à chaque fois elle voulait croire en lui.
« Cesare, lâche-moi », articula-t-elle en essayant de garder son calme.
Il lui sourit. C’en était fini. Elle regardait les rayons dorés qui dardaient leur insolente indifférence au fond de ses beaux yeux et elle sut qu’à partir de cet instant elle lutterait en vain. Etait-ce une raison pour se laisser faire ? Certainement pas. Pourtant, il n’y avait pas grand-chose qu’elle puisse lui opposer, si ce n’est un regard furieux et plusieurs tentatives pour le griffer ou le frapper. Il lui appuya sur la gorge, très fort, pour l’immobiliser jusqu’à lui couper le souffle.
« Répète-moi que tu te sens à merveille. »
Elle avait de nouveau les larmes aux yeux et elle se mit à souhaiter s’évanouir lorsqu’il lui rappela son humiliation en passant ses mains aux endroits que l’inconnu avait touchés, avant de la prendre contre lui pour l’entrainer avec rudesse jusqu’au canapé du salon. La panique ayant largement atteint son paroxysme, c’est avec une sorte de sourde indifférence qu’elle se demanda comment il comptait encore la brutaliser. Il ne semblait même pas y prendre le moindre plaisir, c’était plutôt comme si lui faire du mal était une étape parmi d’autres au sein d’un édifice beaucoup plus haut que l’innocence de Tara pouvait le concevoir. Il lui dit d’arrêter de se débattre sans quoi elle souffrirait encore plus, et elle, au point où elle en était, elle voulait voir jusqu’à quel degré de sadisme il pouvait aller sur elle sans ciller. Est-ce qu’il était ainsi incapable d’éprouver la moindre pitié, la moindre tendresse ? Est-ce qu’il ne l’avait jamais aimée, pour pouvoir maintenant la blesser ? Indistinctement, elle se souvint qu’Aiden avait un jour émis l’hypothèse que Cesare n’avait pas de cœur. Si elle lui avait répondu alors, elle aurait sans doute (et aussi surprenant que cela puisse paraître) pris la défense de Cesare en disant qu’il était seulement malheureux et habitué à souffrir. Pour une fois, elle aurait souhaité qu’Aiden ait tort et que Cesare, par égard pour l’amour qu’elle lui avait toujours voué, décide maintenant de la libérer. Le jeune homme l’attrapa brutalement par les cheveux et lui fit lever la tête. Elle suffoquait d’effroi tout en n’étant plus capable de se débattre tant ses forces l’avaient abandonnées. Elle le vit sortir deux seringues, une rose et une verte. Elle se demanda s’il avait l’intention de l’euthanasier au milieu de son salon, se mit à trembler de tout son corps en fixant sur lui un regard inhabité. Elle s’humecta les lèvres, y trouvant le goût salé de ses propres larmes.
« Je t’aimais, Cesare… Quoique tu me fasses maintenant, je gagne. Tu ne le vois pas ? Tu abats un être qui n’a vécu que d’aimer, qui a grandi d’être aimé, et qui mourra en te tuant de t’avoir pardonné. »
Elle ne voulait pas mourir. Elle ne voulait pas mourir maintenant qu’elle savait ce que c’était d’être heureuse, d’être entière parce que complétée par l’amour d’un homme qui la considérait comme une personne merveilleuse. Elle adressa un sourire désolé à Cesare. Elle était plus forte que lui, maintenant elle le voyait. Il ne tira d’elle qu’un léger gémissement en lui enfonçant l’aiguille dans le cou ; elle savait que c’était sa seule consolation, de croire qu’il lui était supérieur parce qu’il pouvait lui faire mal. En réalité, il était le plus faible et le plus malheureux des hommes, et il lui faisait pitié de ne pas savoir ni aimer ni se laisser aimer. Il n’était même pas humain, c’était une bête et le sentiment le plus noble au monde ne lui serait jamais acquis. Aiden avait raison. Il n’avait pas de cœur, et il était idiot de croire que cela le grandissait.
La drogue était rapide. Tara ferma les yeux, des larmes emmêlées à ses cils en constellations douloureuses, et un sourire inachevé, pourtant, d’avoir pensé à Aiden avant de sombrer dans les sinuosités de la nuit.  

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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyMer 5 Fév - 19:20

Only a man who knows what it is like to be defeated can reach down to the bottom of his soul and come up with the extra ounce of power it takes to win when the match is even.

Sur mes épaules pèse la culpabilité, dans mon ventre se noue une boule d’inquiétude tandis que mes paupières s’ouvrent à peine. J’aurai dû me persuader de rester sous ma couette et de ne pas en sortir le nez, sous aucun prétexte. Pourtant, je savais que c’était aujourd’hui que Tara allait se rendre chez Cesare et depuis que je l’ai su, soit la veille, je n’ai pas cessé un seul instant d’y penser.
On pourrait croire à une crise de jalousie, mais ce serait totalement déplacé. Si je n’ai pas toujours été amoureux de Tara, il est plus que certain que pas un instant j’ai douté de sa bonne foi et que je lui ai toujours fait aveuglément confiance. Je ne sais pas si un jour elle a réellement été amoureuse de Cesare mais je sais qu’aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Jamais je ne pourrai trouver en moi la force de lui en vouloir d’éprouver encore un amour sur lequel je ne saurai mettre de mots pour cet homme, combien même nos relations deviennent plus que conflictuelles. Jamais je ne pourrai empêcher Tara de choisir ceux qu’elle désire aimer et jamais je ne pourrai priver une quelconque personne de la tendresse de la belle blonde. Si elle commet une erreur, si elle trébuche ou qu’elle se fait brutalement repousser, je serai là, je la soutiendrai et l’aiderai à se relever, ne cesserai de marcher à ses cotés. Mais si cet ex-fiancé s’avérait de lui faire du mal, alors je trouverai un moyen de le détruire. Quitte à me faire haïr par ma bien-aimée, quitte à me retrouver derrière des barreaux factices de prison, mais je le détruirai jusqu’à ce qu’il ait honte de ne serait-ce que se regarder dans une glace. Si je ne peux me vanter d’une force physique phénoménale, je me sais capable du pire psychologiquement. Même si cet homme n’a pas de cœur, je lui en créerai un pour le seul plaisir de le détruire, de saigner à mort ce vil et de voir se refléter dans ce dit cœur toute la douleur du monde.
Pourquoi me suis-je mis à la détester ? A dire vrai, je ne l’ai jamais apprécié. Même quand je n’éprouvais aucun sentiment amoureux pour Tara, quand elle me parlait de cet homme la couvrant de joyaux, je me rendais compte qu’il était stupide de penser que des émeraudes pourraient mettre une valeur la détentrice des mers de l’infini en guise d’yeux ; je me disais qu’il devait être bien sot de penser que la soie saurait être plus douce que la peau de Tara ; je me disais qu’il devait être fou pour ne serait-ce que penser que de l’ambre saurait faire pâlir la resplendissante couleur de la chevelure de la belle ; il est totalement inconscient s’il pense mettre la mettre en valeur avec toutes ces niaiseries, perles et diamants alors qu’émane de son être mille éclats de splendeur.
Et puis, j’ai toujours eu ce pressentiment qui me tiraillait sans un seul jour pouvoir savoir pourquoi. Jamais je n’ai été jaloux de lui et je ne pense très sincèrement pas l’être ; je veux le meilleur pour Tara et quitte à ce qu’elle veuille d’un autre homme comme amour, qu’elle choisisse quelqu’un qui la rende heureuse, à défaut que je l’apprécie même si je devais le jalouser un jour.
Mais si je dois bien reconnaitre quelque chose, c’est que Cesare me semble infiniment… Malin. Il préparait un coup, c’était plus que certain. Et puis, cette lettre qu’il envoya – eh bien oui, parce qu’il semblait incapable de faire pianoter ses doigts sur un clavier de téléphone – pourquoi ne pas l’avoir envoyée à la chambre de Tara, au Méli-Mélo House ? Pourquoi chez moi ? N’était-ce pas une façon subtilement détournée de me faire comprendre qu’il avait un train d’avance sur moi ? N’était-ce pas humiliant que de voir en cette lettre une déclaration de supériorité ?
Mais il est resté calme. Longtemps. Trop longtemps maintenant. Et j’avais cette impression que c’en était fini de l’hibernation de cet homme et que le sort qu’il réservait à ceux qui osèrent aller contre sa volonté allait être terrible. Et encore, ce n’est qu’euphémisme de dire cela ainsi.

D’une part, lorsqu’elle s’en est allée à Blueside, il n’a pas tenté de la ramener. D’autre part, lorsqu’elle revenue vers moi, il n’a pas non plus tenté grand-chose si ce n’est peut-être quelques mots pour la forcer à rester avec lui. Si qui que ce soit y aurait vu un homme qui se résigne, qui s’avoue vaincu et qui aime tellement qu’il ne peut être égoïste, je n’y vois là qu’un préambule à une sentence indéniable.
Je l’ai vu, ce Cesare. Une fois. C’était au Bal de la Saint Valentin et si, jusque là, je me disais que j’étais paranoïaque de craindre quoi que ce soit de sa part, j’étais dès lors convaincu : cet homme n’avait rien d’un amoureux transi, il était un mâle dominant sans pitié qui ne voyait en Tara qu’une biche, qu’un territoire qu’il se devait de marquer, qu’une âme épurée pour contrebalancer avec la sienne. Et moi, j’étais l’adversaire, le choix de la belle, l’ennemi du fou. Je le voyais à son regard qu’il ne lâchera pas l’affaire à moins de lui faire mal ailleurs, histoire qu’il en oublie ce sentiment étrange qu’il éprouve pour Tara – une domination virile, une possession indéniable.

Tara ne voulait pas que je l’accompagne et m’avait affirmé qu’il ne serait pas chez lui, mais à cet instant, je n’avais pu porter sur elle qu’un regard l’air de lui demander comment elle pouvait bien s’y prendre pour être si pure, si innocence, tellement… Naïve. Pensait-elle que tout serait simple ? Son espoir l’avait-il aveuglé ? Etais-je le seul à trembler de tous mes membres lorsque je la savais seule en compagnie de cette enveloppe charnelle séductrice abritant l’esprit malin qui fit agenouiller le Diable en personne ?
Mais soit, je m’étais plié à se demande et était resté sagement dans le lit après avoir avalé un ou deux cachets contre le mal de crâne ; Morphée ne retrouva pas son chemin jusqu’a moi et je ne cessais de me demander ce qui se passait. Aurai-je dû la suivre ? Et si elle s’en était rendu compte, ne m’aurait-elle pas banni de sa vie ? Au mieux, elle m’aurait privé de sa confiance et ce n’était pas franchement tentant.

Je m’oblige à m’extirper de la douce tiédeur de mon lit qui a pourtant l’habitude d’être bien plus chaleureux en présence de Tara et m’en vais sous les jets d’eau brûlants. Lorsque je reviens dans ma chambre pour m’habiller, je fronce les sourcils à la vue d’un des voyants de mon portable clignoter. Je le saisis et, en le déverrouillant, m’aperçois que je tremble. Je déglutis en appuyant quelque part sur l’écran tactile pour entendre le message laissé par Tara et amène l’appareil à mes oreilles.
Je n’entends pas distinctement alors réécoute, encore et encore, jusqu’à ce que mon cerveau émette l’hypothèse que ce bruit doit être celui d’une respiration.
Ou de frottements contre un sac.
Fausse manœuvre ? Je n’en ai pas l’impression, ça s’est coupé trop brusquement et l’hasard ne fait jamais si bien les choses. J’enfile un t-shirt noir, un jean et des converses de la même couleur et une veste en cuir sur les épaules plus tard, je m’engouffre déjà dans une bouche de métro.

Pensez-vous que je suis en train d’échauffer des dizaines de scénarios possibles, peut-être mes des centaines ? Pensez-vous que je me demande si Cesare a un lien dans tout cela ? Pensez-vous que je me demande si Tara est en vie ou en train de se vider dans son sang alors que ce fichu métro ne veut pas aller plus vite ? Eh bien, absolument pas.
Je suis dans une sorte de transe et ne pense à strictement rien ; je pense même que je suis dans une sorte de phrase de déni. Cesare a beaucoup avoir avec cette histoire, j’en suis certain. Tara est, quant à elle, vivante. Peut-être pas bien au point, mais vivante ; je le sens. Mon âme palpite comme un détecteur de métaux face à du fer et je sais que je me rapproche d’elle ; et puis, cette parcelle d’âme que je lui ai confiée, elle n’est pas revenue à moi en geignant d’avoir perdu la meilleure maitresse qu’elle aurait pu avoir, ce qui veut dire qu’elle est toujours en sa possession, que son cœur bat toujours.
Forcément.
Je ne sais pas trop comment, mais je suis devant le hall d’entrée de l’immeuble dont elle m’avait parlé. Je ne traine qu’une seconde, le temps de lire les noms sur les boites de lettre pour savoir où me rendre et me voilà déjà devant la porte de Cesare, après avoir dévalé quatre à quatre les marches, jugeant l’ascenseur atrocement trop lent.
C’est bien ici qu’elle devait se rendre, non ? J’aurai pu penser que quelque chose d’indésirable a pu se produire avant même qu’elle n’arrive, mais non. Pour moi, c’est une évidence : elle est ici. Mes doigts se nouent autour de la poignée et j’ouvre la porte d’un coup sec, car je m’attendais à la trouver verrouillée et que j’espérais naïvement que la force d’un de mes bras suffirait à la faire ployer. Mais elle ne semblait pas l’être alors la porte s’ouvrir vite et en grand.

Effondrement.

Le spectacle qui se présente à moi saurait faire pleurer le cœur d’un psychopathe, saurait faire saigner des veines asséchées par des siècles et ferait de l’ombre aux grandes œuvres littéraires qui puissent exister. Je prends soudainement conscience ce tout ce qui vient de passer pendant ces dernières minutes : ce manque d’agitation de la part de Cesare, cette lettre sur laquelle il aurait presque inscrit mon nom pour me montrer à quel point il savait parfaitement dans quelle situation nous nous trouvons, Tara et moi et dans lequel il avait prétendu ne pas être chez lui, ce message vocal trop flou…
Pendant un quart de seconde, je sais tout ce qui va se passer, je comprends ce qui m’attend, vois une fin éminente étreindre mon âme jusqu’à la briser, serrer mon cœur jusqu’à le vider de tout sentiment si ce n’est douleur, peine et désespoir. Pendant un quart de seconde, Cesare n’est plus qu’un livre ouvert pour moi. Mais le quart d’après, tout s’évanouit et je me précipite vers Tara, allongée sur ce canapé.
Mon premier geste est d’appuyer mon index et mon malheur droit sur son cou, à la recherche de son pouls ; je suis pompier, après tout, comment négliger ce geste ? J’entends son cœur cogner contre ses veines et n’émets la possibilité qu’elle s’est endormie d’elle-même qu’une fois, rapidement ; les traces sur ses joues laissent présager qu’elle a pleuré et son demi-sourire ne m’apaise pas. Je soupire pourtant, à moitié soulagé de la voir en vie et sûrement sous je ne sais quelle drogue. Je m’en vais déposer un baiser sur son front et lui murmure tout contre ses oreilles à quel point je l’aime, lui promettant qu’elle sortira d’ici, qu’elle retrouvera sa liberté.
Mais je ne parle pas de nous, pas un instant, seulement d’elle. Je ne pense pas que tout ira bien pour nous, mais pour elle, peut-être que… Enfin, si elle réussit à oublier de m’avoir un jour aimé, peut-être que tout ira bien.

Là ne sont pas les pensées d’un homme amoureux perdant espoir, seulement d’un homme libre qui a la terrible impression d’être pris au piège et qui n’a plus qu’un espoir : que celle qui l’aime en réchappe sans une séquelle.
Mais je pense que mon espoir est trop grand, car Tara ne probablement pas rentrer comme si de rien n’était ; car si je ne doute pas de l’amour étrange qu’elle voue à Cesare, pas un instant je doute de l’amour qu’elle me porte.
La porte n’était pas fermée à clef, Tara est disposée de façon à ce que je l’aperçois dès que j’entre et elle ne s’est pas endormie de son plein gré, surtout pas ici, alors, bien sûr, Cesare est là. Les psychopathes aiment voire leurs plans mis en exécution et adorent apercevoir les réactions de leurs victimes, alors il est là, quelque part – je ne me risquerai pas à aller visiter cet appartement.
D’une voix claire, je prononce quelques mots :

« Et si tu m’expliquais ce qui s’est passé au lieu de te cacher ? Qu’est-ce que tu lui as fait ? Je te pensais plus intelligent pour gagner son amour sans en arriver là… »
En arriver à vouloir la garder captiver et l'obliger je ne sais comment à au moins prétendre l'aimer.
J’ouvre les hostilités. Et ne fais même que commencer.
Cesare, un homme fier, imbu de lui-même si j’en crois ce que m’en a dit Tara, si j’en crois ce que j’ai vu à ce Bal. Soit alors, je sais parfaitement quoi viser.
La cible est…

« Tu es pathétique d’en arriver là, pitoyable de penser qu’une personne comme Tara pourra un jour t’aimer ; tu l’as contraint à feindre d’être amoureuse de toi, tu lui as bourré le crâne de tes inepties, lui a donné une mauvaise définition de l’amour, comme si tu avais créé son mode de pensée de toute pièces. Mais elle s’est libéré de toi et n’a jamais été aussi heureuse. Cesare, tu es tellement… Lamentable. »

Son orgueil, bien sûr.
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyLun 10 Fév - 15:47

« Mesdames et messieurs, le chevalier qui entre en lice a au moins deux erreurs à ne pas commettre. Saura-t-il résister à l’abrutissante bêtise de son propre cœur ? C’est ce que nous allons voir dans trois, deux… Nooon, première erreur ! Pff, je suis déçu, déçu, monsieur Amane ! Les escaliers ! Pourquoi ? Rah, le pauvre !... »
Assis sur mon lit, les projections bleues de mon écran sur le visage, j’observe d’un air navré ce pauvre, pauvre Aiden Amane qui monte quatre à quatre les marches de l’immeuble. Prendre l’ascenseur aurait eu l’inconvénient de l’agacer en l’obligeant à supporter cette effroyable petite musique de violons ridicules et d’avoir l’impression que l’engin se serait trainé, mais en réalité il serait arrivé vingt-sept secondes plus vite et n’aurait pas été aussi inutilement essoufflé. Les humains m’ennuient, la plupart du temps, mais les décérébrés venus des contes pour enfants me font l’effet de petites fourmis paniquées lorsqu’elles s’aperçoivent qu’on a mis le feu à leur habitat. Pitoyable. J’observe le quart situé en bas à gauche de l’écran d’ordinateur, et la caméra numéro trois me laisse apercevoir le désespérant héros faire irruption dans mon appartement, se laissant presque entrainer par son propre poids qu’il a sans doute utilisé en croyant que la porte serait verrouillé. Le battant cogne contre le mur en s’ouvrant au maximum. J’en viens à regretter de ne pas pouvoir zoomer. J’aurais bien imaginé un magnifique travelling avant puis un gros plan en plongée sur ce visage déconfit. Je lève mon ordinateur pour l’approcher de mes yeux que je plisse jusqu’à distinguer les pixels de choc émotionnel dans la cervelle parfum chewing-gum d’Aiden. Hop, une capture d’écran plus tard, l’expression figée du protagoniste révèle l’horreur de sa situation, la prise de conscience jouissive que l’inéluctable vient de lui tomber sur le crâne et de briser sa fontanelle de nouvel humain imparfait. Il ne stagne que deux secondes. Je jette un œil à la caméra numéro quatre. Tara est tellement parfaite, l’appât idéal. Je regrette seulement de ne pas avoir eu le temps de la déshabiller pour lui passer une robe blanche et de lui piquer quelques fleurs dans les cheveux car, à ces quelques détails près, je crois avoir assez bien rendu l’image d’un conte de fée impossible. Je reporte mon attention sur Aiden, qui… commet sa deuxième erreur, mais celle-ci était entièrement prévisible, hélas ! Il arrive devant le canapé en deux enjambées et s’agenouille devant mon chef d’œuvre. C’est bien, c’est au pied de mon art qu’il doit se situer, courbé sous mes yeux, écrasé sous mon talent. Je le vois chercher son pouls sur son cou délicat et je contiens un haut-le-cœur nauséeux à la vue de ses sales pattes sur elle. Je pose l’écran à côté de moi en le voyant se pencher et probablement lui murmurer quelque ineptie à l’oreille. Mes mains appuyées sur le manche de mon club de golf, mon menton sur mes mains, je soupire profondément. Décevant, décevant, n’y aurait-il jamais personne pour me surprendre un tant soit peu ? Je rouvre les yeux en entendant la voix du jeune homme qui remonte le long du couloir. La troisième bêtise qu’il pourrait faire serait de venir à ma rencontre. Je pose un regard désintéressé sur mon écran. Aiden est debout au milieu du salon. Bien, je lui donnais le quotient intellectuel de l’huître, peut-être est-il finalement plus proche du lamantin. Je referme l’écran et me lève en m’appuyant sur mon club de golf comme sur une canne, fatigué par tant de banalité. Cependant, à ma grande surprise, je reprends espoir en l’entendant prononcer le mot « lamentable » comme pensant me donner un coup de fouet. Effectivement, c’est ce qui arriva. Mais, alors qu’il devait espérer me provoquer, il me fit sourire grandement. Je me motivai finalement et appuyai mon arme sur mon épaule nonchalamment avant de quitter ma chambre pour me diriger vers le salon. Je n’avais pas l’habitude d’avoir affaire à un homme aussi grand que moi, voire me dépassant légèrement, d’ordinaire je devais plutôt abaisser un peu le regard pour discuter avec un interlocuteur, quel que soit son sexe. Forcément, Tara en avait choisi un grand, la pauvre enfant était rassurée par tout ce qui la dépassait. Mais celui-ci –je le constatais à son air furieux et angoissé– devait être incapable de la dominer suffisamment fort pour qu’elle soit réellement en sécurité. Il devait vouloir la laisser faire ses propres expériences, la regarder faire des erreurs et lui promettre qu’il l’aiderait à se relever… moi ça me fait bien rire, et lui aussi il devrait rire de voir leur déchéance actuelle, si seulement il avait un peu d’autodérision.
« Je suis curieux de savoir ce que tu lui as dit, là, à l’instant. Tu crois qu’elle t’entend ? Elle n’entend qu’un terrible mal de tête, grâce à mon petit cocktail, et tes mots se sont perdus dans le vent, tu as perdu du temps, de l’énergie pour rien, alors même que tu sais ce qui t’attend. Mais je t’en prie, continue de me dire que je suis lamentable, blesse-moi avec des mots pendant que je te transformerai en pièce de boucherie… fais-moi plaisir. »
J’ouvre de ma main libre une carafe en cristal contenant un Whisky de qualité et m’en sers un verre avant de m’éloigner de la desserte. Je fais le tour du canapé en indiquant gracieusement à Aiden qu’il peut se servir s’il souhaite boire quelque chose. Je ne refuserai jamais le goût d’un bon alcool à un homme sur le point de mourir, ce serait excessivement cruel, profondément ignoble de ma part. Mon regard glisse sur le corps inerte de Tara devant moi. J’abaisse mon arme un instant et lâche un soupire.
« Que crois-tu que je lui ai fait ? Je l’ai noblement sauvée d’un individu qui en voulait à ses… trésors de féminité ? Heureusement que je suis arrivé à temps avant que l’irréparable se produise, elle aurait été traumatisée à vie. »
J’adresse un sourire carnassier à Aiden avant d’approcher l’extrémité de mon club de glof du ventre de la jeune femme, soulevant délicatement le tissus de son haut pour découvrir sa peau douce.
« Elle n’entend rien, par contre elle peut sentir tout ce qu’on lui fait. »
Je murmure avant de retirer le bout froid et étincelant de mon ustensile, que je venais d’appuyer légèrement en-dessous de son nombril. J’attends de voir combien de temps Aiden peut garder son calme –parce qu’il sait qu’il doit garder son calme, n’est-ce pas ?– avant d’agir de manière stupide et irréfléchie. Je bois une gorgée de Whisky avant de reposer mon verre sur la desserte. C’est en partie faux, ce que je venais de dire à Aiden. Oui, Tara pouvait sentir le moindre contact physique, mais elle pouvait aussi entendre tout ce qui se disait, grâce à un magnifique sous-dosage du sédatif que je lui ai donné et à un mélange chimique très intéressant qui ne lui donne que l’apparence d’être endormie. Pas de repos pour elle, cependant, elle était actuellement prisonnière de son propre corps, murée en elle-même, telle une statue.
« Alors, qu’est-ce que tu lui as dit ? Attends, laisse-moi deviner : tu lui as promis que vous vous en sortirez, que vous triompherez main dans la main et que le méchant sera anéanti ! Et après, c’est quoi le plan ? Tu demanderas à ton ami le paillasson de l’entrée de s’envoler et de vous emporter au pays des schtroumpfs ? Hum, c’est clair qu’avec toi Tara est entre de bonnes mains, j’ai tort de m’inquiéter… »
J’arque un sourcil et apprécie intérieurement ma rhétorique implacable et mon humour bien senti. Quoi ? Oui je m’amuse bien, cette conversation est extrêmement drôle, vous ne trouvez pas ? Quand même, je repense à ce qu’il avait dit. Oui, j’ai créé le mode de pensée de Tara, pourquoi en doutait-il ? Elle est là pour me sauver. Que croit-il qu’elle fait avec lui ? Elle l’aime seulement parce qu’il lui fait de la peine, comme je peux lui faire de la peine. Et au fond ça m’agace qu’il ne le voit pas, qu’il la pense faite pour lui alors qu’elle est à ma mesure. Je donne un coup sec à mon verre du bout de mon club de golf. Le verre projeté à terre s’y brise en plusieurs morceaux. Je me penche, choisis le plus gros fragment, que je pose sur la desserte en faisant signe à Aiden de s’armer.
« Tu sais déjà de quel moyen tu disposes pour me rendre fou, pour me faire du mal. C’est le seul moyen. Prends ça et lacère-lui le visage. Défigure ma belle en sachant qu’elle en souffrira et que je ne la désirerai plus jamais. Plante un morceau de verre dans le cœur de mon chef-d’œuvre et tu me tueras aussi sûrement qu’elle sera morte. Non ? Pas envie ? Dommage pour toi. »
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyJeu 13 Fév - 22:41

The devil doesn't wear horns or look scary, like they always make him out to be in pictures and movies.. He’s beautiful, smart, charming and knows all our soft spots.

Dans un autre monde, à une époque toute à fait différente, dans une dimension parallèle ou peut-être parfaitement à l’opposé de celle qui est mienne aujourd’hui, j’ai été un objet. Un tapis. Pathétique, me diriez-vous peut-être. Mais pourquoi, au final ? J’ai longuement observé le comportement des personnes ; des femmes, des hommes, des amoureux, des escrocs, des méchants, des gentils, des rigolos, des naïfs… J’en ai vu passé plusieurs, j’en ai transporté plusieurs aussi et, sans avoir à dire quoi que ce soit, je les observais, les étudiais. Sans pourtant réussir à différencier le bien du mal, sans comprendre au début qu’un sourire est si différent des larmes versées, c’est pourtant tout à fait naturellement que j’ai choisi de servir ceux qui avaient des paillettes dans les yeux. Je ne sais pas quel miracle, peut-être celui des Dieux, peut-être celui des Saints ou d’une Fée Bleue ayant perdu son chemin, mais j’ai réussi à éprouver des sentiments à mon tour. De l’admiration, de l’amour, de la jalousie, de la peine, de la colère… Après avoir longtemps imité et reproduit à la perfection comme un simple miroir, j’ai été touché par une quelconque grâce ayant réussi à me transmettre ce don qu’avaient les humains, les animaux aussi. Un objet, peut-être bien, mais un objet magique, un objet qui est aujourd’hui humain et qui, à défaut de savoir exactement où il va, sait parfaitement d’où il provient ; je ne nie pas mes origines, ne nie rien, me souvient de tout, continue d’apprendre et mourrai en demeurant l’élève de la Vie.
Cesare peut bien rire, il peut bien jouir de cette situation, mais au fond, il le sait ; j’ai gagné. Ou plutôt, Tara a gagné.
Nous avons gagné.
Il pourrait la martyriser, la rendre immortelle et la condamner à me voir souffrir, l’obliger par je ne sais quel moyen de finalement l’aimer, mais ce ne sera qu’illusion ; elle ne sera qu’un foutu miroir, rien de plus, qui reflètera ce qu’il veut qu’elle reflète. Notre victoire ne se résume pas seulement au fait qu’elle m’ait choisi, à son retour de Blueside ; notre victoire ne se résume pas seulement au fait que nous avons réussi à dérober quelques moments magiques et paradisiaques ; notre victoire ne se résume pas seulement à notre amour l’un pour l’autre mais au fait de voir l’homme fier qu’est censé être Cesare s’abaisser à blesser sa prétendue bien-aimée, à devoir m’éliminer pour l’avoir… Oui, là, je suis d’accord avec le fait que c’est pathétique. Mais je n’espère pas lui faire entendre raison – de toute façon, je ne le voudrai pas, car cela reviendrait à lui transmettre une once d’humanité que je me refuserai éternellement à lui donner – car si moi je ne suis qu’un ancien tapis, lui n’est qu’une enveloppe charnelle à l’écho douloureux d’un enfant apeuré.

Il fait irruption dans son salon avec un club de golf et le regard que je pose de loin possède des étincelles de colère, des étincelles d’inquiétude, des étincelles de désinvolture mais des flammes d’indifférence.
Je me souviens avoir dit à Tara de toujours avoir froid en l’évoquant, en étant près de lui, pour ne jamais penser qu’il pourrait éventuellement l’épargner, pour ne jamais oublier qu’il peut lui faire du mal – beaucoup de mal.
Mais moi, je me permets de ne pas – de ne plus – ressentir ce froid ; je veux oublier qu’il peut me faire du mal pour ne pas lui accorder la satisfaction de voir en moi de la peur. Tout comme je n’ai pas l’intention de lui accorder la satisfaction de ne serait-ce qu’essayer de me débattre. Mais Tara, elle, ne doit jamais cesser de se battre.
Jamais.
Un sourire étire mes lèvres et s’accentue lorsqu’il achève sa phrase en se servant un verre de Whisky. Il s’éloigne en me faisant signe que je peux me servir et je me demande s’il pense vraiment que je vais lui dire ce que j’ai murmuré à l’oreille de Tara.

« Pas de Whisky pour moi, j’aurai tout le temps d’en boire plus tard. N’empêche, tu pourrais satisfaire ma curiosité ? Toi qui me parle de perte de temps et d’énergie, pourquoi discutes-tu avec moi ? Excuse-moi mais je ne comprends pas très bien les psychopathes, sans vouloir t’offenser bien sûr, alors explique-moi… C’est jouissif ou quelque chose du genre de me parler comme si de rien n’était alors que tu veux me transformer en pièce de boucherie ? »

Provocation sur provocation, je m’étonne moi-même de la parfaite sérénité qui embaume ma voix.
Il s’approche de Tara, abaisse son arme et me lance des paroles face auxquelles j’affiche un air purement ennuyé. Sérieusement ? Ses trésors de féminité ? Je ne prends même pas la peine de lui répondre, me contente de garder mon regard fixé sur son sourire alors que le bout de son club de golf soulève le tissu de son haut pour effleurer son haut. Je serre la mâchoire sans esquisser ne serait-ce qu’un geste et me remémore à l’entente de ses paroles qu’il m’avait bien dit plutôt qu’elle n’entendait rien. Seulement, vu que je n’ai strictement aucune confiance en lui, je n’arrive pas à le croire. Pas plus que je ne peux le démentir. Mais une idée fleurit dans mon esprit et j’espère que j’obtiendrai cette information de sa part.
Il boit dans son verre qu’il pose ensuite alors que j’enfonce ma gauche dans la poche de mon jean. Il recommence à parler et me dévoile cette fois-ci qu’il est au courant de ma vie antérieure. Je m’apprête à lui répondre lorsque je le vois fracasser son verre encore rempli d’alcool. Je vois les débris qui s’amoncellent sur le sol et cache mon soulagement lorsque je pense qu’il ne fera pas de mal à Tara. Il se saisit d’un des morceaux de verre – le plus gros, me semble-t-il – et le pose sur la desserte en me faisant signe de m’armer, laissant les mots couler alors que je m’approche, retirant ma main de ma poche pour me saisir du morceau de verre.

Je m’accroupis près de la belle blonde et regarde un instant son visage avant que mes yeux ne soient appelé par une anormalité sur son cou. Elle a été blessée ? Par qui, par quoi ? Je lève mon regard vers Cesare en fronçant les sourcils, désignant de mon doigt ses blessures.

« Ça semble pas te déranger plus que ça d’après ce que je vois. Non, Cesare, je ne lui ai pas dis que nous vaincrons, je lui ai dis quelque chose de censé, me prend pas non plus pour un imbécile inondé d’espoir qui pense pouvoir s’échapper alors que le piège se referme lentement mais sûrement. Quant au fait de te faire du mal, je suis trop bon… Je laisse Tara s’en charger, elle le fera à merveille. Elle l’a déjà fait, je te rappelle. »

Je me relève lentement et contourne le canapé, m’en vais faire face à l’homme auquel je souris, amusé, avant de reprendre :

« Tu sais comment nous nous sommes rencontrés ? Elle portait une robe bleue, assortie à ma cravate et… Ah non attends, ça c’est votre rencontre à vous. Ou plutôt, vu qu’elle ne s’en souvient pas, c’est ce que tu lui as raconté. Tu peux bien me le dire à moi, non ? Que tu n’es qu’un menteur invétéré. »

Après tout, elle ne nous entend pas.
Ce qui me fait mal n’est pas de m’être laissé bêtement attiré dans ce piège – je ne regrette pas un instant d’être venu, ne serait-ce que pour voir ce demi-sourire sur les lèvres rosées de Tara, de sentir son cœur battre contre mes doigts et tout contre le mien ; jamais je ne pourrai regretter de l’appel silencieux de son âme.
Je laisse le temps à Cesare de répondre s’il le souhaite, de ne rien dire si l’envie l’en prend ; qu’importe, de toute façon, tout ça ne sont que retardements futiles. Mais quoi qu’il ait prévu, quelle que soit la sauce à laquelle il veut me cuisiner…

« Comment tu as su que j’allais venir au juste ? »

L’idée me traverse tout juste l’esprit et je m’en veux de ne pas y avoir pensé plus tôt.
Mes yeux glissent sur le visage de Tara, sur la courbe de son âme et la suie colorant mes iris tombe dans son vaste cœur pour n’en devenir que poussière féérique.
Je l’habille mentalement de fleurs de ris et lui susurre secrètement de tenir bon et lui adresse quelques mots d’une voix claire avant d’accomplir le geste qui mettra un terme à tout ce manège ; si elle n’entend effectivement rien, son cœur, lui, entendra.
Pleurer, crier, se débattre, supplier pour finalement être séparés, par un moyen ou un autre… Quelle importance, mon amour ?

« L’important, c’est de s’aimer. »

Et mon bout de verre s’en va alors rencontrer l’arcade sourcilière de Cesare qui semble avoir été atteinte récemment en un geste fluide et rapide qui précède deux pas en arrière de ma part, mon regard reluisant d’une colère trop longtemps refoulée ;
Pour en revenir à sa blessure au niveau de ladite arcade sourcilière, je me demande si ça a un rapport avec la personne qui a blessé Tara – après tout, peut-être ai-je accusé Cesare à tort ? Mais ça doit être plus compliqué qu’un simple coupable et un ex-fiancé jaloux qui défend celle qu’il croit aimer. Tout est toujours plus compliqué avec lui, de toute façon.
Bizarrement, ça ressemble à un certain complexe : plus il complique les choses, plus il est difficile de dominer et plus sa gloire est grande en accomplissant ce qui sera dès lors considéré comme un exploit. Il doit être de ceux qui pensent dur comme fer qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyLun 7 Avr - 22:34

« Il y a deux sortes et demi de personnes. La première sorte ne se méfie jamais. »
Je désigne Tara d’un geste, pointant l’extrémité de mon club de golf dans sa direction. Je poursuis ensuite le fil de ma pensée, esquissant une légère révérence en annonçant le deuxième type de caractère :
« La deuxième se méfie à bon escient. La moitié de sorte restante ne se fait pas d’illusion mais garde trop d’espoir que quelque chose se produise. J’étais sûr que tu viendrais parce que tu sais qu’avec elle tu dois te méfier pour deux, qu’avec moi tu ne peux te faire aucune illusion, et qu’en toi-même tu espères encore qu’un deus ex machina pourfende les cieux pour vous sortir de cette situation infernale. Tu es venu, tu l’as vue… »
‘‘Et je vais vaincre’’, acheva de prophétiser le sourire malsain qui arqua le coin de mes lèvres. J’avais soigneusement laissé de côté l’assertion de la carpette visant à m’annoncer que Tara me ferait du mal par ses propres moyens, qu’elle l’avait même déjà fait. Il faudrait un jour que je médite à ce propos. M’avait-elle blessé ? Etait-ce uniquement mon ego d’homme jeté à terre par sa fiancée qui me poussait à agir ? En mon for intérieur, j’aimais mieux croire que j’éprouvais vis-à-vis de la désertion de Tara le même mécontentement teinté de mépris que ressentirait un gamin de cinq ans à l’égard d’un jouet indiscipliné qui se serait étonnamment animé pour lui fausser compagnie. J’avais d’abord été surpris. Très surpris par ce brusque élan de volonté, par ce soudain témoignage de personnalité de la part de la jeune femme. Il me semblait lui avoir appris à être, pas à faire ni à avoir. Je fus donc dans un premier temps plutôt décontenancé que fâché, incrédule à l’idée que ma belle puisse comprendre que ce n’est pas mon oxygène qui emplit ses poumons mais un air partagé par la communauté des humains, dont elle fait partie. Mais soit, il faudrait m’accommoder de cette nouvelle prise de conscience de sa part, et sincèrement je m’en pensais assez capable. Ce qui me mécontentait réellement, ce que jamais je ne pourrai admettre, c’est ce… cet… cette abjecte chose avec laquelle Tara se sentirait soi-disant en sécurité. A moins qu’Aiden lui ait menti sur ses origines féériques, il me paraissait inconcevable que Tara ait choisi un ancien objet comme compagnon. Si elle avait manifesté le désir de se voir offrir des peluches, je lui aurais recouvert son lit d’une montagne de figurines toutes douces pour la câliner, quand bien même aurais-je trouvé ce besoin saugrenu. Le mystère de ce choix absurde restait entier, me taraudait presque au point que je souhaite secouer Tara pour la réveiller immédiatement et lui demander pourquoi. Pourquoi lui au lieu de moi. Je me contrôlais pourtant, parce que de toute façon je savais que la demoiselle ne serait capable de rien ; elle ne trouverait jamais de mot suffisamment percutant pour me convaincre qu’elle avait toute sa raison lorsqu’elle me quitta pour Aiden. Il n’y avait pas que cela que j’avais passé sous silence. Mon adversaire –c’est généreux de ma part de lui accorder ce titre– voulait savoir pourquoi je perdais du temps à converser avec lui et comment j’avais rencontré Tara –le coup de la cravate bleue ne semblant pas l’avoir convaincu. Je m’étais posté devant l’âtre, lui tournant momentanément le dos pour passer mon doigt sur le manteau de la cheminée, mettant dans un coin de ma tête en grimaçant légèrement de renvoyer la femme de ménage pour sa négligence, car un peu de poussière se trouvait là.
« J’ai rencontré Ellis à un cours de poterie, et j’ai légèrement enjolivé les circonstances de notre coup de foudre mutuel parce que c’est dans la nature de tout homme amoureux de vouloir ce qu’il y a de plus beau pour celle qu’il aime. Il se trouve qu’elle ne se souvient de rien, j’en ai profité pour améliorer la vérité. Je sais que c’est mal. Je plaide coupable, ça te va ? Serai-je brûlé en place de Grève pour un acte de romantisme aussi sinistre ? »
Ironisais-je avant de me tourner vers mon interlocuteur en haussant les sourcils. Aiden regardait Tara. Peut-être croyait-il que, s’il la regardait très fort sans battre des paupières, elle se réveillerait par enchantement, appelée à lui par la sécheresse de ses globes oculaires. Bien entendu, il eut juste l’air bizarre sans succès, à regarder fixement le corps inerte de la jeune femme. Il prononça quelques mots, qui n’avaient aucun rapport avec la conversation : « L’important c’est de s’aimer ». Je cligne des yeux d’un air dubitatif, un léger rictus au coin des lèvres. Après avoir laissé un blanc de fausse méditation, je déclare :
« Voilà. Cette pensée philosophique me passe l’envie de poursuivre cette fructueuse conversation. Pour l’amour de toi je la choisirai comme épitaphe pour ta tombe. ‘‘L’important c’est de s’aimer’’, à cinq syllabes près c’est un alexandrin, magnifique ! »
Le sarcasme a largement pris ses aises dans l’inflexion mesquine de ma voix, mais je sens que, si le jeu se poursuit comme cela trop longtemps, je vais bientôt m’ennuyer. Et je déteste m’ennuyer. J’en étais donc à me demander s’il fallait que je lui lance une énième provocation pour le décider lorsque je le vis tourner les yeux vers moi, enfin. Un regard d’enragé. Un regard qui me secoua en moi-même et qui me fit sentir que c’était le moment. Avant que j’ai pu esquisser le moindre geste, le jeune homme atteint ma hauteur et me plante l’éclat de verre au visage, au niveau de ma blessure encore fraiche. Je grimace, plus d’insatisfaction que de douleur réelle d’abord –qu’ont-ils tous, aujourd’hui, à vouloir me défigurer ? Seulement quelques secondes défilent avant que je ressente tout ce que la coupure a de lancinant, et le sang qui coule dans mes yeux me brûle les paupières. Je grogne, je crois même que je lâche un juron, essuie mes yeux d’un revers de manche, oubliant pour une fois mon impeccable veste de costume outrageusement tâchée. Rassemblant mes esprits, et n’ayant pas lâché mon club de golf, je lève celui-ci en faisant un pas vers Aiden, l’abaissant brutalement en direction de sa tête, comme si je voulais l’assommer. Mais je comptais tout de même sur le fait que l’essuie-pied aurait un minimum de réflexes et prévoyais qu’il ferait mine d’arrêter mon geste en empoignant le club par l’autre extrémité, avant l’impacte. Me croyait-il assez bête pour me présenter à lui armé seulement de cette matraque de fortune ? La ruse consista à sortir une courte dague que j’avais cachée dans ma veste, et à la lui planter, de ma main libre, dans le creux de la clavicule, entre le cou et l’épaule. C’était à la fois violent et chirurgical, car j’avais veillé à ne pas trop l’enfoncer non plus –il serait mort sur le coup– et à ne pas le toucher trop près de la veine jugulaire –il serait mort sur le coup. Chose faite, je lui abandonnais club et dague, s’il avait encore la volonté de se servir de l’un ou l’autre contre moi sachant que je répondrai avec dix fois plus de sauvagerie que lui à la moindre de ses attaques, et reculai de quelques pas, vibrant d’une sourde colère.
« Je te déconseille vivement de retirer la lame de là où elle est. Tu te viderais de ton sang et je te dépècerai alors pour avoir répandu du fluide indélébile sur mon tapis. Maintenant dis-moi ce que tu veux qu’on fasse : vas-tu te battre chevaleresquement jusqu’à expirer ou vas-tu rester tranquille ? »
Je me détourne, le surveillant tout de même dans le miroir, pour ouvrir un tiroir, que je referme presque aussitôt. Lui faisant de nouveau face, je sors de ma poche ma dernière arme, mon injection létale, avant de m’approcher de Tara.
« Tu es franchement stupide, si tu crois que l’important c’est de s’aimer. L’important, c’est de vivre. Et si elle meurt, comment vivras-tu, toi qui l’aime vainement ? Tu choisis : l’injection est pour elle, ou bien pour toi. Attention, si tu me forces à la tuer, je t’achèverai de toute façon, et avec une chaise, alors choisis judicieusement… »

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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptyMer 30 Avr - 18:31

There is a crack in everything. That’s how the light gets in.


Or gets out.

Il y a deux sortes de personnes.

En entendant les mots de Cesare, mon esprit vagabonde vers un ouvrage de Pierre Boterro. Il y a deux réponses à toute question, celle du poète et celle du sage. Seulement, maintenant, je pense qu’il y en a trois ; la réponse du poète, celle du sage et celle du fou – ici, Cesare.
Je hausse un sourcil en entendant la suite qui ne tarde cependant pas à arriver et je comprends sans mal le fait qu’il ne me compte même pas comme une sorte complète, un peu comme une demi-portion. Plus il me prend de haut et plus je me demande ce que Tara a bien pu faire avec une personne comme lui.
Elle dont émane douceur chaleureuse, quelques étoiles accrochées à ses cheveux, des paillettes dans les yeux ; et lui, le diable habillé en Prada. Tara n’est pas seulement magnifique, elle est aussi intelligente, vivace, maligne ; elle est femme, simplement. Alors comment, comment n’a-t-elle pas vu ce qu’il y avait en lui, cette pourriture qui gagnait son cœur au fil du temps et qui réduisait à néant tout espoir d’un retour la normale ? Ou alors, elle l’avait vue et avait voulu le soigner, avait voulu chercher une solution là où il n’y avait pas de problème : Cesare n’est effectivement pas un problème, c’est une fatalité.
À toujours vouloir aider, à toujours vouloir couver de ses ailes, elle finira par se brûler.
Non, elle s’est déjà brûlée.
Je claque la langue en me faisant cette réflexion avant de soupirer doucement lorsque j’entends les yeux de Cesare crier la fin de sa phrase. Je suis venue, je l’ai vue… Mais je ne vais pas vaincre. Lui, si. Alors pourquoi je suis là ? Pourquoi ai-je foncé ?
Parce que je l’aime d’avantage que j’aime ma misérable vie ; parce que s’il y avait moins d’une demi-chance de la sortir de là, je la saisirai. Parce que si je la perds, de toute façon, je me perdrai ; parce que s’il lui fait du mal, il me tuera ; parce que s’il l’aime comme je devrai l’aimer, j’en mourrai ; parce que je ne veux pas la partager, parce que j’ai peur pour elle, parce que le feu qui brûle en moi ne saura s’éteindre que lorsqu’il se fera asperger par la défaite de Cesare.
Parce que je l’aime ; parce que je l’aimerai toujours et parce que cet idiot ne sait pas aimer, ne saura pas l’aimer, elle. Ne veut-il donc pas aller se chercher une psychopathe ? J’en aurai bien une ou deux à lui proposer. Mais non, il s’acharne ; il se maintient à cet amour, comme si… Comme s’il avait besoin de Tara pour se prouver quelque chose, pour accomplir quelque chose, pour trouver quelque chose. Pour se prouver qu’il peut être aimé, pour accomplir l’œuvre parfaite comme tout bon artiste voudrait le faire, pour trouver sa part d’humanité en elle.
Mais il ne sait pas qu’à continuer de l’approcher avec la graisse de son cœur, il va souiller son âme, il va la détruire, elle va faiblir, perdre son innocence, sa beauté d’esprit, devenir un corps sans vie et alors, il en aura marre, il ne voudra pas voir son reflet féminin en plus faible et il se débarrassera d’elle.

« Je te pensais intelligent, tu me déçois. Tu penses vraiment que j’espère qu’un miracle se produise ? Je sais exactement ce qui va se produire, je sais que je suis venu, que je l’ai vue mais que je ne vais pas vaincre. Mais ma défaite, tu t’en souviendras, ce sera le début de ta chute et je serai en bas, exactement là où tu m’auras jeté, pour t’accueillir, pour rire du grand Cesare battu… Par celle qui aurait dû le sauver. »

Je serai, dans ce jeu diabolique, dans ce jeu de la vie, non pas un pion, mais un simple dommage collatéral. Ce n’est plus une bataille, c’est une guerre ; Cesare a la pouvoir, Cesare a la malveillance là où j’ai une conscience. Je ne suis pas de taille à l’affronter, pas moi qui ne peut que lancer des pierres sur le château de glace qu’il est.
Mais mon âme, mon ange, Tara, elle saura devenir la faille du château et s’agrandir avec mes misérables coups de pierre. Et le grand, le puissant, ô le damné Cesare s’écroulera comme un vulgaire château de cartes.

Vient alors la question fatale : je veux en savoir plus sur sa rencontre avec celle qui plus jamais ne l’aimerai, qui l’a aimée un jour – bien que je ne vois pas comment, par quelle sort étrange.
Lorsqu’il parle, lorsqu’il évoque l’homme amoureux, je ris sincèrement. D’accord, Tara nous écoute, sinon, il ne m’aurait pas parlé ainsi, il aurait été franc, il aurait admis ne pas être amoureux, ce fou, ce fourbe qui n’éprouve que haine et mépris, cet idiot qui sait qu’il n’y a qu’un pas entre amour et haine mais qui n’est pas fichu de savoir de quel coté il se trouve. Mon regard a glissé sur la belle alors que Cesare se tourne vers moi alors que je hausse simplement les épaules face à sa réplique, continuant à tenter de chercher l’âme de la belle, embrumée par les médicaments de l’homme.
L’important, c’est de s’aimer. Elle le sait, elle me l’a dit, elle me l’a appris et lui, il n’aurait pas dû se mêler de ça. Ces mots ne luis étaient aucunement destinés et le fait qu’il se permettre de ne serait-ce que commencer réussit à piquer à vif mes nerfs. Je lui envoie n regard cependant blasé en plissant un œil.
Sérieusement ?
Magnifique ? C’est peu dire, lui qui connaissait si bien la définition d’un alexandrin, il devrait saisir toute la profondeur de ces mots. Néanmoins, je le lui l’accorde, j’en ai assez de lui parler.
Allez, arrête avec cette moue, c’est de Tara, tout le mérite lui revient.
Mais c’en est assez, j’en ai marre d’attendre ; il ne fait que me provoquer depuis tout à l’heure, il ne fait que me pousser à bout pour que je sois le premier à ouvrir des hostilités plus importantes que verbales et, à ce stade, je veux lui accorder ce qu’il demande. Mais, ce qu’il ignore, c’est que depuis le débit, ses mots ne sont que gouttes de sang sur les pétales des tulipes rouges, ne sont qu’eau sur la neige, qu’encre dans le noir du ciel.

Le verre se plante au niveau de son arcade et dès lors, je ne le vois pas grimacer, ne l’entendis ni grogner ni proliférer des bêtises ; non, je ne vois que la fin, que la fatalité, n’entend que l’écho assourdissant de sa phrase inachevée de plus tôt.
Il vaincra.
Il lève son club de golf, l’abat brutalement alors que je saisir l’autre extrémité, haussant un sourcil. À quoi il joue, là ? La réponse me parvient rapidement, dans un geste rapide comme l’éclair. La lame de sa dague s’enfonce dans la creux de ma clavicule et je recule instantanément en lâchant le club de golf, lâchant un vulgaire « enfoiré » rageur alors que je sens d’emblée le souffle me manquer, la paniquer me submerger, le sol se dérober sous mes pieds – c’est après avoir reculé de plusieurs fois et une fois dos au mur que mes genoux se ramollissent pour que je me retrouve assis à terre, une jambe amenée à moi.
À quelques centimètres près, il m’aurait tué. Mais il ne l’a pas fait et je doute que ce soit une erreur de sa part.

Restez avec moi. Respirez profondément. Je suis là. N’ayez pas peur. Tout se passera bien, je vous le promets. Ne fermez pas les yeux. Ne cédez pas à la panique. Non, non, je vous ai dis de garder les yeux ouverts. Vous vous appelez comment ? Vous voulez faire quoi, après l’opération ? Hey, je suis là, calmez-vous, vraiment, tout se passe bien. Respirez profondément. Ne bougez pas. Raccrochez-vous à un souvenir, à mon visage. Allez, petite, t’es la plus courageuse princesse que je connaisse.

Chaque phrase jamais prononcée de ma bouche lorsque j’étais en service me revient à l’esprit, mais je n’arrive pas à me raccrocher bien longtemps à cela, sentant la douleur me pourfendre de toute part, mon cerveau flotter dans une marre d’incertitude et de brume.
Il parle, longuement, beaucoup trop lentement ; ou peut-être est-ce juste moi qui commence à perdre pied, pas plus par douleur que par envie. Je n’ai tout bonnement plus envie de lui faire face.
Je garde mon regard fixé sur le corps de Tara dont il s’approche dangereusement avec une seringue à la main. Je toussote doucement en poussant un soupir avant de me redresser, restant tout de même adossé au mur.
Choisir entre sa vie et la mienne ? Enfin, plus précisément, choisir de mourir par injection et sauver Tara ou tuer Tara et mourir avec une chaise ?

« J’suis tenté de retirer cette dague, juste pour le plaisir de salir ton tapis… Tu pourrais me faire le plaisir, s’il te plait, d’arrêter de faire le con ? »

La politesse, ça ne me réussissait pas tellement. Même si depuis que j’ai Tara dans la vie, je suis moins vulgaire que je l’étais à mon arrivée dans ce monde, le fait est que je ne suis pas fait pour avoir la froideur théâtrale et l’impassibilité ravageant toute patience de Cesare.
Je ferme les yeux, juste un instant, juste quelques secondes, juste le temps de réfléchir, de savoir de quelle sorte de loup vient de refermer sa gueule sur moi.
Il sait pertinemment que je n’ai plus la force de me battre. Il sait aussi que je ne le laisserai pas tuer Tara – pas même si je suis curieux de savoir comment il pourrait m’achever avec une chaise – mais le fait est que je doute sincèrement qu’il veuille mettre fin à ma vie. Il a plus d’une occasion de le faire et, si je peux comprendre le fait qu’il ait voulu faire durer ma souffrance en m’offrant le visage de Tara inconsciente un moment, il sait aussi que maintenant, je suis plus ou moins rassuré – après tout, elle est encore en vie.
Mais alors à quoi est-ce qu’il joue ? Qu’est-ce qu’il planifie ?

Il faut que Tara soit de nouveau malléable entre ses mains. Il est parfaitement capable de me tuer. Mais en le faisant, elle le haïra, il le sait. Il veut me mettre hors d’état de nuire, mais veut garder celle qu’il veut faire sienne. Alors forcément, il m’utilisera. Mais comment ?
Je rouvre les yeux en m’approchant lentement de lui, me dressant parfaitement face à lui en déglutissant faiblement.
Je suis à bout. Et j’ai été vaincu. Misérablement. Mais je suis un oiseau libre, j’ai connu les joies de faire ce que l’on veut, quand on veut, de ne rendre de comptes qu’aux personnes qu’on aime et qui nous aiment ; alors maintenant que je me fais capteur, je ne me débats pas.
J’ai connu la liberté, j’ai gagné en fierté et le spectacle de la lâcheté humaine ou de l’amoureux transi et chevaleresque… Je ne le lui offrirai pas, pas alors que je peux jouer une ultime carte de provocation qui me vint en main lorsqu’il me parla de chevalerie.
Un peu pour lui dire que je ne suis vraiment pas fait pour Tara alors qu’il serait en peine de savoir à quel point je l’aime, à quel point chaque instant de ma vie lui est aujourd’hui dédié.

« À l’origine, je suis un tapis, pas un chevalier, donc je suis plus à même de sauver que de continuer à me battre. Enfin bref, vas-y, défoule-toi, achève-moi. Mais une dernière chose, un petit conseil pour pas que Tara ne te haïsse pas totalement, tu vois comme j’ai bon cœur… »

Et je suis très sérieux, c’est justement le fait d’avoir bon cœur – d’avoir un cœur tout court, à vrai dire – qui me différencie de cet énergumène.
En levant les mains pour lui prouver que je ne vais strictement rien faire, je m’approche de lui pour qu’il soit le seul à m’entendre.

« L’important reste de s’aimer. Aimer nécessite la vie, et si je meurs, ce sera en ayant aimé, en aimant. Mais toi, toi tu ne fais que vivre… Non, même pas, tu survis à un je ne sais quoi ou un je ne sais qui, qui t’a un jour effrayé et qua fait de toi un personne qui te dégoute. Et qui dégoute même la plus innocente et indulgente des femmes. »

Je reprends mes distances – sois deux pas en arrière à peine – avant de planter mes yeux dans le sien en faisant les yeux – il est plus petit que moi, et je ne fais pas simplement référence à la taille.
Mon cœur bat – peut-être pour la dernière fois s’il s’avère que je me sois trompé et qu’il va simplement me tuer – près de celui de Tara et mon âme crie à tous les Dieux, tous les Cieux d’épargner la splendeur intérieure de la belle, mais mon regard, lui, n’est destiné qu’à Cesare, qu’à mon bourreau.
Et alors, dans un accès de folie ou de lucidité, je souris.

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MessageSujet: Re: Happy ever after ✭ Tara & Aiden Happy ever after ✭ Tara & Aiden EmptySam 10 Mai - 19:47

Ma voix dans sa tête devait commencer à prendre des sonorités tonitruantes qui trainent en longueur. Il recula jusqu'au mur contre lequel il s'affaissa, après que je l'ai percé de ma dague. Ca se dégonfle comme de vulgaires ballons de Baudruche, ces bêtes-là. J'aurais pu prendre une minute pour admirer mon timing parfait et mon grand sens de la théâtralité mais je ne devais pas oublier Tara, la clef de voûte de mon impressionnant édifice de vengeance. J'appréciai tout de même mon humour au moment où je lui donnais le choix entre mourir tranquillement par injection ou mourir battu à coups de chaise après avoir été cause de l'assassinat de Tara. D'un sens, c'est avec plaisir que je l'aurais trucidé, mais ses cris auraient été trop bruyants, et j'ai un voisinage particulièrement intransigeant --et quel homme bien éduqué se fâcherait avec ses voisins pour une bagatelle, je vous le demande ! Je me vis traiter de con par celui qui venait de faire son choix et à qui j'offris un sourire carnassier. Je pris cependant un air d'ennui lorsqu'il me baratina à propos de je-n'ai-guère-écouté-quoi et qu'il prétendit me donner un conseil. J'inclinai la tête complaisamment. Que ta dernière volonté soit donc de m'offrir tes conseils éclairés sur la bonne manière d'aimer Tara, ne te gêne surtout pas ! C'était donc parti pour le chapitre avec violons sur le fait que mourir d'amour vaut mieux que la vie elle-même et que je suis au fond un pauvre diable d'une faiblesse affligeante qui ne sait que se faire haïr de notre ange que voilà, etc.
« Je crois qu'on a touché le fond du problème, merci donc de m'avoir évité quelques onéreuses séances de psychothérapie. Je suis touché que tes derniers mots soient pour moi, et maintenant essaie de mourir dignement, la bave sur la veste ça fait mauvais genre. »
Ajoutai-je en lui enfonçant la seringue dans l'avant-bras, sourire aux lèvres. Comme je n'avais pas envie qu'il se rompe le cou en tombant sur la table basse, je le soutins en grimaçant et l'étalai par terre, au pied du canapé. Chose faite, je rouvris le tiroir de la commode, en sortis une fiole, une nouvelle seringue --ouais je fais la collection-- et plusieurs feuilles dactylographiées que je posai les unes à côté des autres sur la table basse, ainsi qu'un stylo. L'autre risquait de convulser, aussi me rappelais-je de mettre un coussin sous sa tête ; non que cela m'aurait ennuyé, dans l'absolu, qu'il devienne légume végétatif sur un lit d'hôpital pour le restant de ses jours, mais j'avais besoin de lui, réellement, et dans le meilleur état possible. Et il avait bien fini par le comprendre, je crois. Ensuite, je l'enjambai négligemment pour rejoindre Tara, que j'entrepris de réveiller aussi artificiellement que je l'avais endormie. Je passai un filet de lumière devant ses yeux pour vérifier, au mouvement de ses pupilles, qu'elle était en bon état elle aussi, puis la maintins allongée avant même qu'elle ait l'idée de courir partout et de chercher son amoureux.
« Ma douce, je sais que là, tout de suite, tu ne te sens pas très bien, mais tout est presque fini. Sois courageuse encore quelques minutes, et après tu pourras te reposer, c'est promis. Ton ami n'est pas bien en point mais il ne tient qu'à toi de lui permettre de se rétablir. Tu comprends princesse, n'est-ce pas ? La santé d'Aiden est entre tes mains maintenant. »

Je la relâchai prudemment, prêt à l'entourer de nouveau de l'étau de mes bras au moindre geste suspect de sa part. Elle sembla avoir compris que j'étais fort sérieux. Donc, je me levai pour lui laisser découvrir ledit état d'Aiden. Me doutant qu'elle allait vite se jeter auprès de lui, je reculai de quelques pas jusqu'à m'accouder nonchalamment à la commode, observant la scène à un petit mètre de distance, espérant tout de même que tout ceci n'allait plus s'éterniser trop longuement. De toute façon, la carpette n'en avait plus que pour une petite poignée de minutes avant la fin de son supplice ; mais Tara ne le supporterait pas aussi longtemps.
« Tu vois ce que tu as fait, princesse ? dis-je d'une voix doucereuse. Tu aurais dû savoir mieux que cela. Il me semblait t'avoir appris que j'accepterais tout de toi excepté la trahison. J'étais en mesure de tout t'offrir, de tout comprendre, de tout accepter, de te faire reine, d'être esclave, de me priver de la lumière du jour, de t'offrir le soleil en veilleuse toutes les nuits, tu aurais pu vouloir m'assassiner que je t'aurais encore dit "merci" d'avoir au moins connaissance de mon existence. Mais cela... Que tu sois la cause d'un meurtre terrible sur ce jeune homme... Comprends bien que son sang va être sur tes mains. En plus il ne va pas mourir sagement dans son sommeil. Tu vois comme il respire péniblement ? C'est parce que chaque bouffée d'air qu'il inspire lui donne l'impression de boire de la lave en fusion. Chaque expiration revient pour lui à recracher des centaines de couteaux qui lacèrent sa trachée. Peux-tu seulement imaginer pareille douleur ? Sais-tu qu'il va mettre deux ou trois heures à rendre l'âme ? Alors, chérie, parce que je sais que tu es pleine de bonté, fais que cela s'arrête. Tu me vois, moi, le rival, l'amoureux déçu, te supplier de l'épargner, de mettre un terme à sa lente agonie. Tu peux lui rendre la vie. Je te promets que tout ira bien, qu'il pourra être sur pied en un jour ou deux, pas plus. Il faut seulement que tu le veuilles, que tu le décides... que tu l'aimes, comme tu l'as entendu te le demander. »
Je m'aime. Moi. Je suis redoutablement doué pour être ce que je suis, et je ne pense pas assez souvent à m'arrêter sur ce détail et à m'en remercier. Je me penche en avant pour ramasser le stylo sur la table, que je tends à ma belle.
« Tu as juste à apposer ta signature sur ces trois pages et l'antidote sera à toi... Mais attends ! »
Je l'avais vue se précipiter sur le stylo, or, je voulais la jouer fairplay. Quand même.
« Tu ne dois jamais signer un texte juridique sans savoir ce qu'il y a dedans, princesse. C'est un contrat nuptial. Mon mariage avec toi, la semaine prochaine, en petit comité, et Aiden sera ton témoin. Tout est arrangé. Donc, si... »
Je la vis signer. Froidement, sans hésiter, les trois pages. Ma courageuse petite folle ! A moi. Courageuse, folle, et à moi. Elle me trucida de son désirable regard vert en jetant le stylo en travers de la table. Elle ne devrait pas trop me tenter, je pourrais en oublier mon serment et faire advenir notre nuit de noces ici et tout de suite, sur le cadavre de son amoureux ridicule. Or, il n'en fut rien, car je suis homme de parole. Je lui tendis la fiole et la nouvelle seringue, dont elle se saisit avidement. Je l'observai chercher les veines du mourant de ses doigts d'ange qui tremblaient beaucoup. Je l'aurais bien laissée le charcuter mais il n'en avait vraiment plus pour longtemps et je ne voulais pas perdre le fruit de mon labeur si près du but, alors je m'agenouillais à côté d'elle et lui pris la seringue des mains pour faire l'injection moi-même, d'une main sûre et ferme.
« Il ne va pas avoir les idées très claires, pendant les minutes à venir, mais il se remettra très vite. Merci de l'avoir sauvé, chérie. »
Je me lève, ricanant en moi-même, et décide de leur laisser une intimité partielle --je les surveillerai quand même grâce aux caméras-- pour les cinq minutes qu'Aiden mettrait à récupérer ses moyens. Une fois dans ma chambre, je composai le numéro des pompiers et m'adressai directement au capitaine, que je connaissais fort bien et qui était un ami très intime depuis huit ou neuf jours. Aiden serait emmené à l'hôpital, soigné, et personne ne demanderait de comptes à qui que ce soit. Je m'aime. Ave moi !
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Happy ever after ✭ Tara & Aiden

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