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« Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn Vide
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 « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn

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MessageSujet: « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn EmptyMer 22 Jan - 14:30

Ecrire. Ca faisait des semaines que ses feuilles craquelaient comme de vieux parchemins sur sa table, assoiffées d’encre qui ne coulait pas. Et maintenant que tout était consumé avec Wendy, maintenant que Pan était introuvable, il décidait de changer d’air, parce qu’il fallait qu’il écrive. Il se souvenait s’être déjà perdu dans la clairière qui entoure le lac de Spacegreen Cross, il se souvenait qu’une sirène l’avait une fois tiré de ses mornes pensées et lui avait rendu l’inspiration. C’était il y a un siècle, avant le déluge et avant l’incendie, avant Wendy. Pour certains, on est en 2014 après Jésus Christ, et bien, pour lui, voilà, on est en dix jours après Wendy Darling. Il avait encore à moitié déménagé de chez elle, à moitié plaisanté avec Aiden, à moitié triché devant le tribunal de son cœur. Ecrire, donc, parce que ça mettrait sur pause son esprit cynique qui depuis dix jours lui donnait de la fièvre. Mais où trouver l’inspiration, se demandait-il, de mauvaise humeur en tournant la tête à gauche et à droite, adossé à un rocher au bord du lac. Partout, le froid. Le froid qui, en cette saison et sous le projecteur lunaire, a une couleur –une teinte de bleu légèrement grisâtre, pas assez scintillante pour faire croire à de l’argenté. Il se baissa et ramassa un gros caillou qu’il utilisa pour servir de presse-papier sur les pages blanches qu’il avait apportées, puis croisa les bras d’un air d’enfant contrarié. Son regard s’arrêta sur quelques herbes folles près du rivage où l’eau gelée figeait son cristal. Le givre y avait saupoudré ses étincellements sucrés. Une brise douce les secoua, les fit s’entrechoquer et Peter imagina un bruit de clochettes –le même son léger que quand on cogne délicatement une petite cuillère contre du verre. C’était exactement le bruit du rire de Tara, volatile, heureux, avec l’insolence naïve des gens qui rient sans savoir combien leur interlocuteur tuerait pour rire ainsi ne serait-ce qu’une fois dans sa vie. Quant à cette eau profonde, cette eau solide à la surface glacée, c’était en géant l’iris de Midori, et bientôt des patineurs viendraient en rayer la prunelle de leurs lames glissantes. Et quand on levait la tête et qu’on regardait l’immense, le très haut, la lune, c’était Mily, son pauvre ange à qui il avait causé tant de peine par égoïsme. Mais le reste, l’invisible –l’oxygène– c’était ce qu’il ne sentait plus, ce qui ne le pénétrait plus, c’était l’autre femme, la seule, dont le prénom en montagnes russes lui retournait l’âme. Il lui faudrait poser les yeux sur un renard blessé, ne trouvant plus l’entrée de sa tanière et glapissant péniblement, pour avoir une image de sa propre personne. Tout ce qui était beau autour appartenait à ses muses et lui était étranger. Qu’on lui montre l’horrible et l’inutile, il se comprendrait lui-même !

Il pensa sérieusement à renoncer. Il ne voulait rien écrire de faussement beau et en même temps il ne trouvait rien de plus intelligent à dire que des inepties viles et très loin des figures célestes qu’il avait à décrire. Pour se donner du courage et se faire rire jaune, il pensa que Baudelaire avait écrit des merveilles au sujet de Marie Daubrun alors que ses journaux intimes –autant dire son cœur d’homme– étaient bourrés d’allusions misogynes et d’insultes aux créatures angéliques qui peuplent ce monde… Comme quoi, pour écrire de belles choses, il n’est pas toujours nécessaire de les penser. Mais c’était bas et terrible de tisser des mensonges dans le but de séduire, d’accrocher des illusions aux cils délicats des femmes qu’on aurait pourtant du respecter du plus profond de son être. Non. Il n’avait pas le génie démoniaque de Baudelaire, il ne pouvait pas se permettre de tels stratagèmes. Il toussa et rassembla ses pages dans un soupire de morosité croissante. Un mouvement attira son attention sur le bord opposé du lac. S’ébrouant de sa lassitude, il regarda. En face, une silhouette inondée d’argent paraissait renvoyer leur lumière aux étoiles. Il s’empêcha de respirer, dans une volonté inconsciente de discrétion pour ne pas déranger la dame au loin. Elle leva le bras et, lui, il tressaillit bêtement en croyant d’abord qu’elle l‘avait vu et qu’elle lui faisait signe. Mais il était dans l’ombre, et le mouvement de la jeune femme prit de l’ampleur et retomba lentement après avoir dessiné un cercle dans vent. Elle tourna la tête. Son profil sculpté dans de la nuit décrocha un rayon de lune qui s’esclaffa sur le blond très clair de ses cheveux. Avant qu’il comprenne qu’elle dansait doucement, d’innombrables secondes s’écoulèrent. Il resta surpris de cette apparition, vérifia longtemps que le reflet incertain de sa silhouette sur la surface éblouie de l’eau suive bien tous les gestes de sa propriétaire, sans se demander un seul instant ce qui pouvait pousser quelqu’un à choisir un bord de lac pour réviser des entrechats. C’était complètement évident à ses yeux : la solitude, la même qu’il avait cherchée pour écrire.

Il opéra enfin un retour sur lui-même. Eut honte de lui. Et si elle l’apercevait finalement ? Si elle le prenait pour un pervers qui l’aurait traquée jusqu’ici, intoxiquant de sa présence cette retraite studieuse ? Il voulut partir, de nouveau, laissant à ses rêveries cette petite demoiselle sortie d’une boîte à musique. Cette parenthèse en-dehors du monde qu’elle lui avait offerte lui vaudrait bien des remerciements, sauf qu’il n’était pas question de la déranger. Ses feuilles sous le bras, il s’en allait s’enfoncer dans l’obscurité après avoir jeté un dernier regard à la danseuse. Or, l’improbable se produisit. Elle tomba. Peter sursauta. Elle avait certainement glissé en s’approchant trop près de la rive givrée du lac. Il la vit s’évanouir dans l’ombre et ne distingua plus son corps du reste du paysage enténébré. Il lâcha ses feuilles et courut rapidement, contournant le lac qui heureusement n’était pas trop étendu. Arrivé de l’autre côté, il fronça les sourcils et ne mit que quelques secondes à trouver la jeune femme. Il s’approcha et se mit face à elle avant de se baisser à sa hauteur.
« Est-ce que vous vous êtes fait mal, mademoiselle ? J’étais de l’autre côté du lac et je vous ai vue tomber… Je ne vous regardais pas mais je vous ai vue –enfin si, je vous ai regardée quelques instants, mais j’étais venu là pour autre chose, non pour vous regarder… Hum, vous permettez ? »
Il secoua la tête en grognant mentalement contre lui-même. Dans sa volonté de ne pas passer pour un voyeur, il avait juste réussi à avoir l’air bizarre voire carrément flippant dans ses explications. Il sourit à la jeune femme d’un air navré, et, comme il fallait bien l’aider à se relever, il se permit de passer doucement un bras dans son dos et lui prit la main de sa main libre. Il la souleva avec précaution puis l’aida à s’assoir sur un banc qui se trouvait à deux pas derrière eux. Il la relâcha rapidement et recula un peu, pour prouver qu’il était de bonne foi. Maintenant qu’elle était sortie de la pénombre et que la lumière de la lune illuminait son visage, Peter put la regarder un peu mieux, et il fut frappé de ce qu’il vit. Il n’arrivait pas à se rappeler d’où, mais il était presque sûr…
« Nous sommes-nous… déjà rencontrés auparavant ? »
Là, franchement, il s’entendit et enragea. Non mais si cette fois elle ne le prenait pas pour un vrai dragueur à deux francs six sous…
« Pardon, je ne sais pas ce que j’ai à si mal m’exprimer ce soir, pourriez-vous simplement oublier que j’ai parlé jusqu’à maintenant ? Dites-moi juste si vous souhaitez que j’appelle les secours. »
Manquerait plus qu’il ait inutilement discouru pendant que la jeune femme souffrait le martyr avec une entorse ou il ne savait quoi ! Et pourtant la curiosité commençait à le piquer. Elle avait les yeux clairs et les cheveux de la couleur d’une fleur de vanille. Il était à présent persuadé de l’avoir déjà vue quelque part. Et cette chute… Il était sûr que la chute avait un rapport avec le reste. Ne pouvant remettre le doigt dessus, il entourait la jeune femme d’un regard mitigé, perdu dans ses pensées, désolé, et attendri car il sentait que le souvenir n’était pas trop mauvais. Allait-elle seulement ouvrir la bouche ? Il attendait qu’elle parle et un fourmillement d’impatience commençait à militer au fond de lui. Suspendu à ses lèvres, il se demandait si la petite danseuse se souviendrait de lui, ou s’il ne l’avait jamais rencontrée qu’en rêve.
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E. Kathlynn S.-Heathcliff

My life with you
AMOUR-AMITIÉ-EMMERDE:
LISTE-DES-CHOSES-A-FAIRE:
VOTRE RÊVE: Toucher les étoiles.
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E. Kathlynn S.-Heathcliff
J'ai posé bagages ici le : 31/08/2012 Jouant le rôle de : Evangeline, l'étoile du soir. Nombre de messages : 1316 On me connait sous le pseudo : Broken Cookie. Un merci à : lovelybush & silver lungs & tumblr. Je suis fier(e) de porter l'avatar de : Jennifer Morrison
MessageSujet: Re: « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn EmptyLun 17 Mar - 2:40



« My shadow’s the only one that walks beside me. »
✭ Boulevard of Broken Dreams - Green Day ✭  


Allongée sur son lit dans l’obscurité, la petite étoile était attentive au moindre bruit émis. Mais seul le silence parvenait à ses oreilles. Rien d’autre que le silence qui faisait office d’unique compagnon depuis bien trop longtemps. Jude n’était plus là. La maison en était vidée et la petite note expliquant les raisons de son départ soudain n’avait pu combler le sentiment d’abandon et de désarroi que Kath avait ressenti à sa sortie de l’hôpital. Jim et Tara restaient injoignables. Sûrement enfermés dans leur bulle de bonheur pensa-t-elle avec amertume, le regrettant aussitôt. Depuis qu’elle avait retrouvé sa chambre, des nuages n’avaient eu de cesse de cacher les étoiles la nuit. Ce ciel sans étoile, ce silence, cette attelle, son dernier bandage, son congé maladie, tout lui pesait. Elle se sentait coincée et c’en devenait insupportable. La petite étoile avait besoin de respirer. Elle se leva et jetant un regard vers la fenêtre toujours ouverte elle put remarquer que les étoiles étaient revenues. Les nuages s’en étaient allés. Pour combien de temps ? Kath qui de toute manière n’arrivait guère à dormir davantage cette nuit-ci que les autres décida de profiter de cette éclaircie. Retrouver le sentiment que lui procurait le contact de la lumière céleste sur sa peau.

C'est ainsi qu'elle se rendit sur les rives du lac qu'elle affectionnait tant. Face à la beauté des lieux, sous le couvert de ses soeurs, Kath ressentit à nouveau l'envie de danser. Le docteur l'avait interdit alors elle s'était retenue. Les séances de rééducations s'étaient enchaînées et elle n'avait plus danser. Mais ce soir, Kath voulait danser. Elle n'avait que faire des recommandations ou des interdictions. Elle voulait danser. Elle voulait se libérer du carcan qui ne la quittait plus, elle voulait retrouver sa liberté, Kath. Elle ressentait le besoin de retrouver ses racines, de respirer et d’exister, tout simplement. Ce soir-là plus qu’un autre. Ce soir elle craque, elle en a assez et elle laisse ses ailes se déployer. Y’a un moment, elle ne peut plus supporter toutes ces choses qui lui tombent dessus, elle a besoin de s’en libérer, de ne plus acquiescer gentiment en ravalant sa fierté, en esquissant un énième signe d’abnégation. Ce soir ses frêles épaules n’en peuvent plus et lâchent. Kath, c’est une étoile. Elle n’est pas faite pour être enfermée, elle a besoin de grands espaces. Elle n’a jamais été qu’une petite étoile parmi tant d’autres mais au moins elle brillait. Et la petite étoile, elle a reçu trop de coups dans ce monde sans pitié. Et chaque coup d’abîmer son éclat. Bim des sentiments plus qu’il n’en faut. Bam une trahison. Bim Jim & Tara. Bam une météorite. Bim l’hôpital. Bam Jude s’en va. Bim. Bim. Bim. La petite étoile sent bien que son aura n’est plus, la petite étoile s’est ternie. Elle n’est plus que l’ombre d’elle-même. Un pâle simulacre d’étoile à qui l’on a dit de vivre sans fournir de mode d’emploi. L’astre brillant dans son ciel de velours est bien loin désormais. Elle a parfois l’impression d’avoir rêvé être une étoile. La vie humaine l’accable de tout son poids et c'est comme si elle n’avait jamais connu que ces emmerdes. Mais ce soir, la petite étoile décide de réaffirmer un peu l’emprise qu’elle a sur sa propre vie. Arrêter d’être un pantin guidé par les événements. Les étoiles ne se laissent pas dicter leur conduite par quiconque. La petite étoile est déterminée à se ressaisir et à faire ce qui lui plaît, ce qui lui est essentiel. Qu’importe ce qu’un brave homme en blanc l’ayant entraperçue quelques instants a énoncé. Aussi, elle déroula la bande de gaze qui lui comprimait le genou, arracha presque celle qui était devenue étau autour de sa cheville et ôta l’attelle qui l’emprisonnait en levant haut la tête vers le ciel. Un sourire de satisfaction vint orner ses lèvres alors qu’elle portait son regard sur ses sœurs. Kath le sentait, elles l’encourageaient, elles étaient fières d’elle. Elle enfila ses chaussons, prit sa respiration et se lança.

Et la petite étoile dansa.

Elle n'avait jamais réussi à apprendre les noms de toutes les figures qu'elle exécutait, c'était là un de reproches principaux que son professeur lui faisait sans cesse. « Comment veux-tu danser et progresser si tu confonds les pas et es incapable de faire ce que l'on te demande, Kathlynn ?! » Mais elle n'avait que faire des lettres que l'on associait à tel ou tel mouvement. La danse n'est pas de la littérature et nul livre ne saurait vous apprendre à danser. La danse c'est physique, la danse c'est psychique. La danse, la vraie, c'est quelque chose qui résonne au plus profond de vous. Autrement ce n'est que du sport. Et Kath elle se sentait revivre alors qu'elle se laissait porter par la musique qui résonnait enfin en elle. Le silence avait disparu, remplacé par la mélodie de son coeur. Sa jambe cherchait parfois à se manifester mais elle refusait d'écouter son appel. Elle dansait, la douleur était minime en comparaison au bonheur de ressentir qu’elle était de nouveau en harmonie avec la nature et ce monde qu’elle abhorrait et adorait néanmoins. L’apprentie ballerine se sentait portée par la lumière bienveillante de la lune, ses sœurs dansant à ses côtés. Elle pouvait distinguer leur reflet se mouvoir sur la surface gelée du lac alors qu’elle-même tourbillonnait et elle oubliait tous ses menus tracas. Elle se concentrait sur les notes, refusant de se limiter à une chorégraphie particulière, se laissant simplement bercer par ses émotions. Oh depuis quand n’avait-elle pas esquissé un pas danse ainsi ? Et pourtant elle retrouvait ses marques, elle se sentait bien, elle se sentait elle-même. Quoi que cela signifiât. La petite étoile continuait inlassablement à danser, désirant que ce moment jamais ne s’arrête. Comment pourrait-elle arrêter quand elle commence à peine à se détacher de sa mortelle carcasse pour rejoindre ses pairs ? Elle fêtait ces retrouvailles et plus elle dansait plus elle se sentait renaître. Elle prenait son envol. Elle virevoltait. Elle voulait poursuivre, elle voulait toucher le ciel, qu’il l’attrape au vol, la prenne dans ses grands bras et la ramène dans son giron réconfortant pour toujours. Kath sauta sans sa danse mais le ciel resta insensible à son appel. Peut-être ne l’avait-il pas vue, après tout elle était si petite et le ciel si grand ! Kath sauta à nouveau. Pas un grand saut pas de « grand jeté » ni quoi que ce soit de spectaculaire. Non, un tout petit saut de rien du tout mais qu’elle croyait suffisant pour permettre au ciel de retrouver sa fille perdue. Non seulement elle retrouva la terre ferme, mais en plus elle chuta. Sa cheville céda. C’en était trop. Son corps fut aspiré à nouveau par la pesanteur. Petite étoile est humaine. Petite étoile a eu tort de se croire capable de voler. Elle tomba lourdement sur le sol, l’herbe gelée ne lui faisant que piètrement office de coussin.

Sa tête heurta le sol un peu brutalement. Les yeux clos, la petite étoile semble inconsciente. Pourtant dans sa petite tête, ça tourbillonne. l'idée de se laisser aller l'effleura un court instant. Tout serait tellement plus simple si ... non. Elle voulait se réveiller. Aussi horrible puisse-t-il paraître certains jours, elle était persuadée que ce monde avait encore de belles choses à offrir. Elle refusait de laisser une misérable chute, une blessure lamentable l’empêcher de poursuivre sa danse. Elle avait goûté le coma et ne voulait retrouver cette expérience pour rien au monde. Elle était plus forte que cela. « Vas-y, Kath, criait-elle en son for intérieur, ouvre les yeux. » C’est ce qu’elle trouva la force de faire mais ses paupières semblaient vouloir danser à leur tour, telles les pales d'une hélice. Tantôt la plongeant ainsi dans une obscurité inquiétante, tantôt lui permettant d'apercevoir ce ciel si familier. Le manège semblait ne jamais vouloir cesser quand elle distingua un bruissement soudain, presque imperceptible, de feuilles. Quelqu'un semblait venir à sa rencontre. Quelqu'un doté du don rare de se mouvoir silencieusement. Comme une ombre. Kathlynn ouvrit alors les yeux et parvint à se redresser tant bien que mal. Elle maîtrisa un étourdissement et réalisa que le jeune homme qu'elle devinait avoir entendu s’était accroupi face à elle. Alors qu'elle reprenait conscience de la douleur dans sa cheville, il s’adressa à elle avec bien trop de mots pour que son cerveau endolori ne puisse tous les recueillir. « Est-ce que vous vous êtes fait mal, mademoiselle ? J’étais de l’autre côté du lac et je vous ai vue tomber… Je ne vous regardais pas mais je vous ai vue –enfin si, je vous ai regardée quelques instants, mais j’étais venu là pour autre chose, non pour vous regarder… Hum, vous permettez ? » Tout en cet homme lui semblait sombre, de la couleur de ses cheveux, à l’ébène de ses yeux en passant par ses paroles qu’elle n’avait su entièrement percevoir. Tout, sauf sa peau. La lumière du ciel la dévoilait claire, presque diaphane. Kath se surprit à penser « comme si le soleil lui faisait peur. » Elle qui se sentait mal à l’aise en plein jour ne put alors qu’hocher la tête en signe de consentement alors qu’un sourire se dessinait sur le visage de l'inconnu. Aussitôt et avec une grande délicatesse il l’aida à se remettre debout le temps de rejoindre le banc. Une fois posée elle put reprendre son souffle et analyser un peu la tournure qu’avaient pris les événements. Le mystérieux jeune homme recula et elle eut l’occasion de l’observer plus en détail. Il lui rappelait quelqu’un sans qu’elle n’arrive à avoir une quelconque certitude. Lui semblait du même avis puisqu’il osa demandé s’ils ne s’étaient pas déjà rencontrés. Avant qu’elle ne puisse répondre quoi que ce soit il s’excusa. « Pardon, je ne sais pas ce que j’ai à si mal m’exprimer ce soir, pourriez-vous simplement oublier que j’ai parlé jusqu’à maintenant ? Dites-moi juste si vous souhaitez que j’appelle les secours. » Elle esquissa un sourire et tenta de le rassurer tout en massant sa cheville du bout des doigts. « Non non, ne vous tracassez pas. Je n’ai pas besoin de secours. La dernière chose que je souhaite c’est de me retrouver nez à nez avec l’un de ces énergumènes en blouse blanche qui ne savent pas de quoi ils parlent.  Je suppose que j’ai trop forcé, qu’il aurait mieux valu rester sur la terre ferme ... Mais j’étais si bien et j'avais enfin l’impression, cette impression de pouvoir les toucher à nouveau, vous savez. » Elle leva les yeux vers les étoiles et sourit. Elle s’étonnait de se montrer aussi franche, ce n’était pas dans son habitude de se dévoiler ainsi, l’effet de l’adrénaline de la danse, ou de la chute supposa-t-elle. Poussée à nouveau par cette étrange énergie, la petite étoile posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes.
« Cela va vous sembler très étrange et j’ignore s'il est de bon ton de vous le demander ainsi mais vous me semblez sympathique et… Comment dire cela sans être trop abrupte ? … Hum. Etes-vous l’homme que j’ai aperçu dans le couloir à travers la vitre lorsque j’étais en rééducation ? »
Devant la stupidité de ses propos, la Kathlynn seine d'esprit, celle qui n'agissait pas après avoir reçu un coup sur la tête eut nettement envie de se frapper la dite tête contre un mur et de se faire toute petite pour rejoindre dans son trou la petite souris qui aurait assister, effarée, à ce spectacle.



Spoiler:
 


Lit'l star lost in a wild world
« Avec d'autres bien sûr je m'abandonne mais leur chanson est monotone. Et peu à peu je m'indiffère, à cela il n'est rien à faire car chaque fois "les feuilles mortes" te rappellent à mon souvenir. Jour après jour les amours mortes n’en finissent pas de mourir. » ❈ anaëlle & gainsbourg.
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MessageSujet: Re: « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn « Danser c'est altérer le vide » ✭ Kathlynn EmptyDim 11 Mai - 13:59

Il resta dans cette demi-pénombre, regardant la jeune femme sans ciller, d'un air attentif. Il sentait bien qu'il avait trop parlé et certainement pas dit les bons mots. Tout ce qu'il espérait, c'est qu'il n'avait pas effrayé cette délicate créature qui semblait faite de nuages et d'air frais et chez qui même l'égarement, au lieu d'obscurcir son regard, y semait des éclats particuliers, presque des éclairs --de la lumière aussi rapide mais moins brutale, avec ce quelque chose de doux et de nostalgique que Peter ne comprenait pas... Pas encore. Ses yeux faisaient l'effet d'un kaléidoscope qui fragmentait l'univers tout autour pour en faire ressortir les couleurs, taillées selon des formes ineffables mais belles. Ou alors, il était juste claqué et il ferait mieux d'appeler le SAMU et de rentrer se coucher. Au moment où il s'inquiéta de la trouver aphasique, elle finit par s'exprimer pour décliner son offre d'appeler les secours. Elle aussi parla beaucoup et dans un désordre qui, loin d'assommer Peter, lui donna envie qu'elle parle encore. Elle parle comme elle danse : facilement, sans barrière ni conscience de l'espace, avec une légèreté candide, mais aussi d'une façon vacillante qui fait craindre une chute à chaque nouvelle amorce, et qui en l'occurrence faisait éprouver à son interlocuteur un besoin de la soutenir du regard. Elle avait des intonations incompréhensibles, comme si elle s'exprimait dans une langue étrangère, dont il ne connaissait encore aucun mot mais dont le sens le touchait profondément. Et quand elle dit : "vous savez...", Peter hocha la tête alors qu'il ne savait rien, qu'elle était certainement folle, mais qu'il avait tout compris. Wendy aussi aurait pu dire ça, à propos des "énergumènes en blouses blanches". Moins on les voit mieux on se porte. Peter comprenait ça mieux que quiconque. Ou du moins l'avait-il supposé jusqu'à maintenant, car cette frêle jeune femme paraissait en savoir elle aussi un rayon sur la question. La chorégraphie de sa voix s'éteignit sur un sourire de ses lèvres ; elle regardait le ciel. Peter aussi. Et sans avoir besoin de lever la tête. Il regardait la couleur que le ciel donnait à ces deux yeux bleu pâle, et les vestiges de rayons lunaires qui s'emmêlaient dans sa chevelure à la vanille. Elle se fondait dans le paysage, et ceci n'était pas pour dire qu'elle n'avait rien de remarquable, mais plutôt que, sur elle, la nature ne prétendait pas faire violence. Elle paraissait bien s'accommoder du vent un peu froid que Peter, quant à lui, redoutait pour elle en le devinant passer sur son cou fragile, et sa peau paraissait aussi bien assortie à l'ombre du lac qu'à l'onde du ciel. Encore quelques secondes de silence et Peter aurait cru avoir rêvé cette conversation, cette rencontre, cette danse.

Sympathique. Elle le trouvait sympathique. Le jeune homme sourit d'un drôle d'air, car le sourire cynique habituel n'était pas loin mais il était partiellement supplanté par un air de surprise et d'attendrissement. Quelle bizarre petite personne que cette danseuse ! Mais. Elle termina sa phrase. Peter la dévisagea de nouveau, plus sérieusement. Elle avait raison, c'était bien elle, enfin c'était bien lui... c'était eux. Il la remit dans un contexte moins gracieux, se souvint de la chemise de nuit synthétique que l'on devine un peu trop rêche pour une peau pareille à la sienne, l'aide-soignant à ses côtés, les barres de métal pour la guider, pour qu'elle s'y cramponne, cette pauvre enfant qui avait certainement appris à trop rêver avant de comprendre --trop tard-- l'utilité de ses jambes. Il se souvint qu'il s'était demandé quelle était la cause de pareille infamie, et quel abruti complet, là-haut, avait jugé bon de s'en prendre à une demoiselle qui avait l'air déjà assez peu armée pour la bataille qu'était la vie. Concentrée et fatiguée, elle avait levé les yeux vers lui tout à coup, et avait glissé immédiatement, précisément au moment où Peter en venait à chercher de gauche et de droite où était le frère, l'ami, ou l'amoureux de cette jeune personne. Vous direz que c'est machiste de vouloir un homme auprès d'une femme, mais il lui semblait que c'était cette femme qui avait besoin de quelqu'un d'un peu plus compétent, d'un peu plus impliqué que ce jeunot d'interne pour lui tenir la main. Mais elle s'était relevée et Peter s'était arrangé pour avoir disparu avant qu'elle ne veuille regarder de nouveau à travers la vitre. Il n'était le "quelqu'un" de personne. Mais, à l'époque, s'il était à l'hôpital, c'était pour Wendy. Et constamment, au cours des longues heures d'opération que sa colocataire avait subies, Peter avait fait des allées et venues entre la porte de sortie et les deux portes battantes pare-feu qui le séparaient des couloirs qui eux-mêmes le séparaient des salles d'opération. On l'avait sommé des dizaines de fois de retourner en salle d'attente, alors qu'il tournait comme un chien fou dans le hall. Il ne voulait pas être là. Tout en lui hurlait de foutre le camp d'ici avant que Wendy... et la pensée de Wendy l'enracinait ici. C'était ça son problème : il ne voulait pas que quiconque compte sur lui, jamais. Et il était vraiment quelqu'un sur qui l'on peut compter. Fait ch... Croiser le regard de la danseuse l'empêcha d'être vulgaire, même dans le fil de ses propres pensées. Il inclina la tête et se détendit.
« Ce n'était pas réellement moi, je n'étais pas dans mon état normal, sans quoi j'aurais certainement fait irruption dans la salle de rééducation pour expliquer son job à cet idiot qui vous a lâchée. J'avais raison de n'être pas moi-même, parce que je suppose qu'alors vous m'auriez étiqueté "parfait crétin" et que je n'aurais jamais pu vous dire... »
Que vous étiez magnifique, derrière cette vitre. Tais-toi, crétin.
« Enchanté, je m'appelle Peter. »
Il lui adressa un sourire. Pas cynique, un vrai sourire sincère, peut-être vaguement teinté d'un peu de cette autodérision qui lui collait à la peau. Il s'assit sur le banc à côté d'elle --se l'autorisant en pensant qu'elle avait bien remarqué qu'il n'allait pas l'agresser... quoique, étourdie comme elle avait l'air de l'être, l'idée qu'il aurait pu lui vouloir du mal n'avait peut-être même par entaché la douce blancheur de son esprit.
« L'éternité. Ce que vous aviez la sensation de pouvoir toucher, c'est ce que moi j'appelle l'éternité, je crois. C'est très haut et très loin, et c'est beau uniquement parce que c'est très haut, très loin, et qu'il y a encore des gens pour vouloir s'en approcher. »
Ce n'est pas l'espoir d'y parvenir qui fait l'art. L'art, c'est la quasi-certitude de l'artiste de ne jamais pourvoir y toucher, et la façon dont, quand même, têtu, il essaie, inlassablement, désespérément. L'art, c'est le refus permanent que le désespoir soit sans fin. Peter tourna la tête vers la jeune femme. Il la fixa, soucieux, songeur, et tâcha de s'empêcher de parler, mais la tentation était trop forte.
« Mais... Vous, vous avez l'air... d'en revenir. De l'éternité. »
Il fronça les sourcils, hésitant et cherchant pourtant à percevoir à travers elle de quelle hauteur elle avait pu tomber.
« Etes-vous seulement... »
Le plus lentement du monde, sans pouvoir s'en empêcher, il leva la main et lui effleura la joue du bout des doigts. Sincèrement, il s'était attendu à la voir imploser pudiquement et disparaître, telle une bulle de savon. Il recula, surpris, en constatant qu'elle l'observait toujours de ses grands yeux d'une couleur de très loin, de très haut. Hébété, un peu rassuré, mais toujours sceptique, il murmura en même temps la fin et la réponse à sa propre question, d'un ton d'excuse :
« Réelle. »


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