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ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ Vide
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 ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ

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MessageSujet: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyMer 22 Jan - 22:35

« Son haleine fait la musique,
Comme sa voix fait le parfum ! »

Si j’avais été du genre optimiste, j’aurai dis que je m’épatais. Mais je ne suis pas du genre à voire le verre à moitié-plein, alors je vais plutôt dire que je m’effraie. Car, bien souvent, étonnement rime de façon morbide avec la peur.
Lorsque j’ouvre les yeux, mes prunelles de suie viennent souiller une chevelure blonde, immaculée, ravissante ; les premiers temps, rien ne sonnait faux dans mon esprit ; après tout, j’ai l’habitude de me réveiller auprès d’une jeune femme. Sauf qu’après quelques jours, trois je dirai, ce que j’ai jusque là retardé me rattrape brutalement et me confronte à la réalité : c’est la même cascade ondulée que je vois chaque matin, les mêmes brins ensoleillés dans lesquels je glisse mes doigts et sur lesquels je dépose un baiser délicat. Cette femme qui repose près de moi, ce n’est pas une amante, parce que je choisis mes amantes avec soin : je ne passe jamais la nuit avec une blonde aussi souvent en si peu de temps, peut-être que si elle avait été rousse, j’aurai mis plus de temps à m’en rendre compte, mais elle ne l’était pas, alors me voilà face à la réalité : je l’aime. Je l’aime d’un amour pur et sincère, profondément, comme si c’était encré en moi – j’aurai bien dit que c’était le destin, la voix solennelle du destin, mais je n’y crois qu’à moitié, voire pas du tout. Ce n’est pas l’aimer qui m’étonne tant que ça, je me sais capable d’éprouver pareils sentiments ; non, c’est plutôt cet effet qu’elle a sur moi, cet effet anesthésiant mais qui me fait sentir tellement en vie en même temps. Plus que ça, si mon regard a glissé sur quelques visages féminins, si mon intérêt a été suscité par quelques unes d’entre elles, je retrouvais toujours l’âme pure de ma belle dulcinée. Ainsi, je n’ai partagé mes jours qu’en sa compagnie ou en allant embêter quelques amis. Ainsi, je n’ai embrassé qu’elle, n’ai désiré qu’elle ; plus aucune autre ne compte, plus aucune ne vaut la prunelle de ses yeux.
J’ai changé.
Ça n’a rien eu de volontaire, de changement. C’est arrivé sans que je m’y attende, sans même que je m’en rende compte. Et je me sens incroyablement bien, aimé et heureux. Et ça me fait peur. Tara ne m’a jamais demandé de changer pour elle et ne le fera certainement pas ; mais j’ai changé ou, tout du moins, mes habitudes ont changé, se sont adaptées à notre nouvelle situation. Si mes doigts touchent maintenant le bonheur, cela ne veut dire qu’une chose en raisonnant dans mon esprit : ce que je possède, je risque de le perdre. Etre heureux, c’est prendre le risque de tomber, de chuter, de devenir malheureux. Non pas que je pense que cette relation risque d’agoniser bientôt, j’ai confiance et ne vois absolument pas pourquoi pareil amour pourrait être coupé, mais c’est juste que j’ai peur que quelque chose se produise. Il reste encore un problème essentiel à régler, après tout : Cesare. Je doute très sincèrement qu’il me laisse lui prendre Tara, qu’il lui permette de se laisser entrainé dans mes bras.
Et je le comprends ; on ne laisse pas fuir une déesse, on ne laisse pas s’en aller une sultane.

Je soupire doucement, ferme les yeux ; en les rouvrant, un sourire étire mes lèvres et je glisse mes doigts dans ses boucles blondes, comme j’en ai pris l’habitude. Sauf qu’aujourd’hui, je ne laisse pas de baiser sur ces souples ondulations mais dégage plutôt son cou pour y laisser trainer mes lèvres encore chaudes vu que je suis encore à moitié endormi, bien que mon cerveau soit déjà en ébullition. Enfin, était tout du moins, car j’avais prévu hier soir que cette journée serait… Parfaite. En même temps que j’ai décidé de croire à la perfection, en en voyant l’allégorie même entre mes bras tous les jours, tous les soirs depuis quelque peu ; heure après heure, je me suis persuadé que ce n’était pas un rêve, que c’était réel. Depuis le temps que je la connais, je semble découvrir une nouvelle étincelle en elle ; le souffle frais de la liberté, à mon avis.
Elle se réveille toujours plus tôt que moi et je ne sais absolument pas comment elle fait, alors je me dis qu’aujourd’hui aussi, ça doit être le cas.

« Bonjour mon âme, bien dormi ? »

Une de mes mains glisse sous la couverture pour reposer sur la courbe de sa hanche. Qu’elle se soit retournée d’elle-même ou que mon autre main a glissé sous son corps pour l’y inciter, je m’en vais appuyer mes lèvres sur son front. Je plisse les yeux et esquisse un sourire.
Baudelaire a su trouver la beauté en ce que tout le monde considérait – et considère encore, sans doute – comme le Mal ; il était celui qui osa demander tout haut si la beauté relevait de l’angélique ou du satanique, mais il fut aussi celui qui tira son inspiration des femmes. Je le comprenais jusque là ; ces courbes enchanteresses, ces regards déments, ces baisers de braise… Mais aujourd’hui, je me rends compte que mon seul puits d’inspiration, que la seule étoile brillant dans le ciel, que la seule perle nacrée que la mer contient, que la seule femme que habite mes pensées et mon cœur, qui possède mon âme – qui est mon âme  c’est elle, seulement et uniquement elle.
Pour toujours et à jamais. Le vrai grand amour de ma vie. Le seul, quoi qu’il advienne. On pourra se séparer, l’un de nous pourra disparaitre, mourir, elle pourra me haïr, je pourrai le détester, quelques fois, mais le fait est que c’est grave avec du sang sur mon cœur qui, à chaque battement, fait briller les lettres, les fait resplendir et me rappelle, encore et encore, qu’elle est la Seule.

« Quinze minutes pour faire un passage par la salle de bain, t’habiller chaudement, enfiler des gants, une écharpe, un bonnet, avaler quelque chose et m’embrasser au moins deux fois sans que je m’y attende… Cap ou pas cap ? »

Et, sans attendre sa réponse, je lui claque un baiser sur la joue et me relève d’un bond ; j’échappe à son regard inquisiteur pour qu’elle ne puisse voir la réponse à sa question s’imprimer dans mon regard : elle ne saura définitivement pas ce que j’ai derrière la tête avant qu’on arrive à destination.
Je m’habille d’un jean noir délavé, d’un sweatshirt gris, de Vans sombres et d’un manteau de jais en enfonçant mes mains dans les poches. Je n’avale qu’un verre de jus de citron.
Ce qui se passe pendant ce qui reste des quinze minutes ? Plus tard, plus tard.

Après avoir poussé la porte du hall, je lui propose ma main avec un léger sourire avant de brusquement m’approcher d’elle, la saisissant par la taille pour aller lui murmurer tout contre ses lèvres quelques mots, juste avant qu’un baiser ne s’y imprime :

« Tu as la journée pour me noter sur une échelle qui va de zéro à dix sur ma capacité à être romantique tout en restant crédible, sans faire de l'excès et aussi ma capacité à tenir en équilibre tiens… »

Sur des patins à glace, en l’occurrence.
La patinoire des environs a toujours été un de mes endroits favoris en hiver ; la musique y est bonne, la compagnie tout autant et le froid qui y règne est plus doux et plus agréable que celui qui me foudroie à l’extérieur. Les lumières font planer une atmosphère joviale et légère. Je flirte avec la glace, entend son amour avec les lames de mes patins, me laisse caresser par le froid ambiant, me fait bousculer par de petits êtres, parfois de petits esprits, apprend à connaitre la valse de l’enfer glacial, comprend un peu plus à chaque fois pourquoi Hadès a choisi la chaleur des flammes, regarde ma main orpheline et me dit qu’il manque l’entrelacement de doigts pour immortaliser pareil moment artistique.
On approche du lieu, alors je me glisse dans son dos et d’un souple mouvement, trouve le creux de ses reins. Alors sans plus de cérémonie, je m’en vais faire rencontrer son dos à mon torse, mes lèvres à son cou, mes mots à son oreille et, telle l’étreinte qu’à la terre pour le ciel dans ses rêves fous, j’en viens à rêver d’une étreinte de mon âme à la sienne ; mais la terre n’atteindra jamais la grandeur du ciel, alors me voilà asservi aux étreintes corporelles là où mon âme crie à retrouver le bout qui lui manque ; étreinte désespérée, embrasement d’un espoir, accomplissement, enfin, d’un désir longtemps nourrit ; âmes qui se trouvent qui se retrouvent :

« Si mon corps tout entier vibre de t’avoir contre lui, mon cœur bat, jour et nuit, dans le seul but de t’aimer ; mais jour et nuit, tu t’en vas un peu plus vers les cieux, alors jour et nuit, je bats plus fort et plus vite des ailes pour t’atteindre, ou tout du moins t’approcher. Alors je découvre les nuances des cieux, vois le dégradé de la mer de haut et c’est splendide. Tu me rends heureux. Pourquoi je te dis tout ça ? Parce que je ne suis pas du genre à dire de jolies choses tout le temps et toi, tu mérites que je te le répète sans cesse, alors j’ose espérer que te dire cela à l’improviste saura compenser les fois où je serai assez bête pour ne pas te le rappeler. Non non, je ne t’amadoue pas pour que tu me donnes une bonne note en fin de journée, sinon j’aurai pris un gâteau au chocolat, je suis sûr que c’est plus efficace que tout ce que je pourrai te dire ! »

Je ris joyeusement en la faisant doucement pivoter pour aller l’enlacer avant de lui chuchoter un simple « on est arrivés hein » car je me souviens presque violemment de la raison de notre présence ici, à s’étreindre, imperméables à ce temps froid par cette saison hivernale.
Je me présente alors au guichet, échange quelques mots avec la vieille femme qui finit par me souhaiter de passer un bon moment, non pas sans avoir souligné qu’il est drôlement tôt pour patiner. Eh bien, peut-être parce que j’ai derrière la tête de passer pas mal de temps sur le banc, pas trop loin de quelques magasins qui pourront nous maintenir en vie niveau nourriture. Je lui souris aimablement avant de demander une paire de patins en précisant ma pointure, laissant Tara parler pour elle-même.
Je repense presque machinalement à Cesare. Est-ce qu’il l’aurait ne serait-ce que laissé parler, aligner plus de quelques mots ? Son prénom suinte d’autorité exagérée et la déclinaison de la voix de la jeune femme quand elle parle de lui est si… Bizarre. Je lancerai presque un voile de deuil sur cet homme qui, je n’en doute pas une seconde, doit être sacrément perturbé. L’a-t-il seulement conduit à une patinoire ? Allez savoir, peut-être qu’il l’aurait louée pour la journée là où le contact des autres m’est indispensable pour me sentir entouré, vassal de la flamme de vie. Les rires des enfants, les mines inquiètes mais heureuses des mères, les airs sévères mais protecteurs des pères, les adolescents timides et pseudo-amoureux, les jeunes femmes entre amies, les jeunes hommes en quête d’une nuit de volupté et de sensualité, ou d’amour de toute une vie ; les bonds des cœurs, les sauts de l’âme, l’évasion des esprits, l’échange des regards, les flèches d’amour, les étincelles de la complicité, les chutes dramatiques, les éclats de rire, les larmes chaudes, les débordements d’adrénaline ;  la patinoire sans tous ces éléments n’est plus tant une patinoire qu’une simple piste glacée, sans âme, sans éclat.

Est-ce que Tara sait patiner, déjà ? Je me glisse sur la glace lentement, tourne au bout d’un mètre et tend la main vers Tara après m’être accroupi car la sensation de la glace qui rougit mes doigts m’a toujours beaucoup attiré.

« Va falloir m’aider à trouver des sujets de conversations hein, je sais que tu es douée pour ça. Enfin, on pourra toujours jouer à cap ou pas cap, mais attention, je suis mauvais perdant, sans foi ni loi ; cruel en somme. »

Mon rire émerge des profondeurs abyssales de ma gorge alors que mon regard baigne dans les mers émeraude de ma belle.
Baudelaire avait raison, à se demander si la réelle beauté tire plus du satanique ou de l’angélique, mais avec Tara, c’est indéniablement de la beauté angélique qu’elle a héritée ; de toute façon, Satan fut un ange, alors d’une façon ou d’une autre, on en renvient au même point : la réelle beauté découle clairement des Anges.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyVen 24 Jan - 23:39



« Cap ou pas cap de m'aimer ? »

Yann Samuell
Ca fait bien, de se lever tôt le matin pour boire un café. Vous voyez, comme dans les films, la femme d’affaires un peu sexy qui abandonne le lit au petit matin, allume son ordinateur portable, et s’en va vite fait en catimini après avoir avalé un café noir sans même que l’homme avec qui elle a passé la nuit se réveille. Vous la voyez de loin, longiligne, jupe fourreau noire et escarpins à talons aiguilles, un petit côté inaccessible et en même temps les cheveux défaits après la nuit qu’elle a passée, elle se met une oreillette et hèle un taxi d’un geste élégant et pressé. Elle parle en anglais, raccroche, se met à parler en italien, toujours rapidement et avec aisance. Une fois, elle raccroche en souriant, et murmure « espèce de garce » en se débarrassant de son oreillette. La femme sûre d’elle qui avance vite dans la rue. Elle gère. Tout ça parce qu’elle boit du café noir. Tara, elle se lève tôt parce qu’elle ne tient pas en place, se cogne le genou contre la table basse, frémit d’effroi une seconde en croisant un miroir, et puis finalement s’amuse avec les boucles de ses cheveux toutes émoussées, toutes folles et ébouriffées par l’oreiller. Et elle n’est pas du genre à enfiler un tailleur vingt minutes après s’être levée, non, elle déambule en sous-vêtements dans l’appartement et, si elle croise un T-shirt, elle l’enfile négligemment avant de se téléporter devant le frigo pour se servir un verre de lait. Ensuite, elle va chercher son iPod dans son sac à main et écoute à fond du Shania Twain, juste parce que ça la met de bonne humeur. Tout ça parce qu’avant elle n’avait pas le droit de trainasser comme une dévergondée au milieu du salon. Elle ne sortait pas de la chambre sans s’être pomponnée, sans s’être correctement habillée, quand elle était avec Cesare. Si un de ces jours Aiden l’invitait à une cérémonie élégante, elle ne lui ferait pas honte, parce qu’elle avait appris le raffinement et qu’elle pouvait être assez jolie si elle faisait un effort. Mais cela restait un effort. D’un autre côté, pas question d’avoir l’air d’un monstre hirsute lorsque le jeune homme se réveillerait. C’est totalement important de faire attention à soi, se dit-elle en play-backant « I’m gonna getcha good » et en cherchant une brosse à cheveux dans ses affaires. Elle trouva dans une poche un stick de dermophil indien qu’elle avait acheté dans une pharmacie. Elle n’avait pas du tout les lèvres gercées mais elle lut « saveur cerise » sur le capuchon. Cela la fit sourire et elle s’en mit un petit peu avant de s’en retourner sur la pointe des pieds dans la chambre d’Aiden. Elle se faxa sous la couverture en fronçant le nez d’un air très concentré pour ne pas le réveiller, et puis s’allongea sur le côté, dos à lui, attendit de voir s’il allait la récupérer dans ses bras. Si elle n’avait pas craint de le sortir brutalement de son sommeil, elle aurait gaiement frappé dans ses mains en s’apercevant qu’il ne mit pas vingt secondes à se rapprocher d’elle pour la réchauffer de sa présence inespérée. Evidemment, elle l’a presque réveillé, avec ses allées et venues matinales, même si elle essayait d’être discrète. Quelquefois, au lieu de sortir du lit, elle l’observait et, n’y tenant plus, elle l’embrassait au coin des lèvres, le poursuivait s’il détournait légèrement la tête, frottait doucement son nez contre son oreille, jusqu’à ce qu’il en ait marre d’être attaqué de la sorte et qu’il se réveille enfin pour ne plus la laisser seule. Elle n’est pas le genre qui s’éclipse discrètement, elle a trop besoin d’affection pour se contenter de l’amertume d’un café et d’un départ précipité au levé du jour. Lui, il aimait les grasses matinées, et elle, elle aimait se recoucher auprès de lui, alors l’un dans l’autre (et si ça n’embêtait pas trop Aiden qu’elle rôde un peu partout dans son appartement dès les premiers rayons du soleil) ils pouvaient s’entendre là-dessus. Elle ferma les yeux en sentant ses lèvres dans son cou, émit un petit bruit ronronnant avant de se tourner vers lui en souriant.
« Bonjour, mon Prince au Bois Dormant, dit-elle en battant des cils d’un air taquin. Si ce n’est pas mon baiser qui te réveille, dois-je en conclure que c’est mon combat épique contre la table du salon qui a fait trop de bruit ? Eh, ce n’est pas de ma faute, elle m’a attaquée ! Je me suis encore fait un bleu à la jambe, il faudrait que tu la changes de place… »
Pardon pour ceux qui aiment les réveils sans trop de mots, mais, Tara étant levée depuis plus d’une heure, le mode « on » de son tempérament vocalique était activé depuis belle lurette.
« Quinze minutes pour faire un passage par la salle de bain, t’habiller chaudement, enfiler des gants, une écharpe, un bonnet, avaler quelque chose et m’embrasser au moins deux fois sans que je m’y attende… Cap ou pas cap ? »
« Super cap ! », répondit-elle en hochant la tête, ravie qu’il soit d’humeur à lui lancer des défis.
Elle rit doucement quand il lui croqua la joue d’un baiser, et le regarda se lever sans même penser à éteindre les clignotements d’admiration et d’envie qui allumaient son regard. Comme ça, le matin, il était juste indécemment beau, encore à moitié enveloppé des torpeurs nocturnes, la coupe de cheveux approximative et les yeux brillants d’obscurité. Elle roula sur le ventre pour lui piquer sa place toute chaude, enfouit la tête dans son oreiller, façon lièvre qui nargue un peu la tortue en paressant. En fait elle ne voulait pas avoir l’air de s’intéresser au pourquoi Aiden souhaitait qu’elle soit si rapide. Elle avait bien vu qu’il ne répondrait à aucune des questions insistantes qui lui piquaient les lèvres. Aussi fit-elle ce qu’il dit, passant par la salle de bains avant de sortir de la chambre. Elle le vit dans la cuisine boire quelque chose, alors, elle sautilla jusqu’à lui en lui lançant :
« Je peux goûter ? »
Et quand elle fut devant lui, au lieu de lui prendre le verre des mains, elle se mit sur la pointe des pieds et l’embrassa tendrement, assez longuement pour se laisser le temps de deviner le parfum qu’il avait dans la bouche, glissant doucement sa langue entre ses lèvres, comme si elle voulait que ce soit discret, et sa main sur sa nuque pour pouvoir appuyer un peu plus fort ce baiser acidulé.
« Ah oui, ça existe, l’amour en poudre ? », demanda-t-elle en souriant après s’être détachée de lui pour examiner le contenu de son verre.
Bien sûr qu’elle savait que c’était du jus de citron, mais en toute sincérité ce n’était pas ce goût qu’elle sentait le plus sur les lèvres du jeune homme. Vraiment, c’était de l’amour. Cependant, elle n’avait pas trop le temps d’y penser, elle devait, après tout, jouer les femmes pressées. Elle lui adressa un sourire qui semblait remplacer un clin d’œil, et s’en retourna dans la chambre (elle n’avait pas l’option « optimisation des déplacements ») en affichant un air détaché de grande impératrice inaccessible, pas du tout intéressée par le jeune homme. Elle lui avait spécifié, le soir du Réveillon, qu’elle n’habiterait pas ici, pas tout de suite. Non, non, pas question, il faut avoir des principes, dans la vie, s’auto-congratula-t-elle en ouvrant un tiroir de la commode d’Aiden pour en extirper un pull (à elle) qui avait pris ses aises au milieu de T-shirts (à lui). Oui bon, il faut aussi penser à ce qui est pratique, et, puisqu’elle dormait souvent là, elle avait un petit peu stocké des affaires à elle ici. Mais c’est juste du stockage préventif, pas une installation définitive, parce qu’elle était toujours d’accord (avec elle-même) pour dire qu’Aiden ne supporterait pas un changement brutal de mode de vie (qu’elle ne supporterait pas d’être de nouveau enfermée quelque part, qu’elle finirait pas piquer une crise, qu’elle dirait tout et n’importe quoi, qu’ils se disputeraient, qu’elle aurait très peur, qu’elle s’en irait, et qu’à cause de ses névroses ils seraient tous les deux malheureux). Elle retrouva Aiden devant la porte d’entrée. Il portait des couleurs sombres, tandis qu’elle enfila son trop joli manteau rose framboise et une écharpe blanche toute douce.
« Je t’échange mon deuxième bisous inattendu contre l’endroit où l’on va ! »
Oui parce qu’elle croyait pouvoir marchander, comme si elle n’avait pas encore compris qu’Aiden n’en faisait qu’à sa tête. Elle essaya, pour voir, de lui faire les yeux doux, mais finalement elle se mit à rire avant d’afficher une petite moue qui semblait dire « Tant pis pour toi ! ». Et ils sortirent. En bas, dans le hall, il l’attira contre lui et lui fit une déclaration énigmatique : elle allait devoir le noter, certes, sur son romantisme, mais, plus troublant, sur sa capacité à tenir en équilibre. Evidemment, elle ouvrit la bouche pour poser des questions, mais il la fit taire en l’embrassant. Elle sourit sous son baiser et se détacha de lui doucement. N’empêche, la prochaine fois qu’il essaie de l’empêcher de parler avec une contre-attaque de ce genre, elle le mord !

Elle ne savait pas qu’ils étaient arrivés mais, au bout d’un moment, ils arrêtèrent de marcher, et Aiden se plaça derrière elle et vint l’embrasser dans le cou. Elle tressaillit, eut l’outrecuidance de se dire qu’elle devait juste avoir froid, alors qu’en fait le climat n’aurait jamais aucune emprise sur elle tant que le jeune homme l’entourerait de ses bras. Les mots qu’il lui dit à l’oreille avaient la douceur des ailes d’un cygne et la pureté de l’eau d’une source, et ils semblaient venir de si loin qu’elle les recueillit en son cœur comme on ouvre la porte à de grands voyageurs fatigués mais vaillants des merveilles qu’ils ont vues.
« Tu me rends heureux. »
Cette phrase, entourée d’une foule d’autres jolis mots, émergea toute scintillante et fit manquer un battement au cœur de Tara. Elle se concentra pour la retenir, pour se souvenir de l’inflexion de la voix d’Aiden quand il l’avait prononcée en chuchotant, parce que cette seule phrase la consolerait si un jour ils se disputaient tous les deux, lui redonnerait confiance en elle si jamais elle pensait ne plus être digne de lui. Il la fit se tourner vers lui après avoir parlé de gâteau au chocolat, mais elle était encore émue et plongée dans ses pensées, alors elle ne sourit qu’un tout petit peu, le temps d’émerger. C’est son rire qui la ramena au monde, juste avant qu’il lui déclare qu’ils étaient arrivés. Elle serra les doigts sur la manche de son manteau, pour qu’il n’entre pas tout de suite dans le bâtiment qui se dressait derrière elle, et se blottit contre lui un instant, n’ayant rien trouvé d’amusant à répondre, se contentant de fermer les yeux contre son cou et d’y laisser un baiser rapide, seulement le temps de dire « merci ». Ensuite, elle se redressa en souriant, parce que les moments de poésie ne doivent pas s’éterniser si l’on ne veut pas qu’ils versent dans le pathos, et se retourna pour examiner ledit bâtiment. « Centre municipal de blabla et… »
« C’est une patinoire ! s’écria-t-elle. On va patiner ? Ou juste regarder ? J’ai déjà regardé et j’ai toujours eu envie d’essayer, mais… »
Elle secoua ses boucles blondes pour ne pas qu’un petit nuage s’installe sur son front, et emboîta le pas au jeune homme en s’appliquant à ne pas avoir l’air d’une gamine de cinq ans surexcitée à la perspective de monter pour de vrai sur des patins à glace. Parce qu’elle avait posé la question mais, à voir la tête d’Aiden, elle se doutait qu’ils étaient là pour patiner (il ne faisait pas les choses à moitié et, jusqu’à présent, il ne l’avais jamais désappointée en l’empêchant de faire quoique ce soit qui pourrait l’amuser, bien au contraire, il l’encourageait). Elle écouta attentivement ce qu’Aiden disait à la dame et l’imita ensuite, fit mine de râler gentiment en décrétant que c’était injuste que le jeune homme ait des patins noir et bleu alors que les siens étaient juste blancs, puis déclara à la dame qu’elle était une vraie magicienne quand, l’ayant entendue, elle lui tendit une paire de patins blancs avec des lacets roses. Une fois arrivés devant la piste, une odeur particulière de froid et de sel retint l’attention de Tara, jusqu’à ce qu’elle voit Aiden entrer sur la glace avec aisance. Il s’accroupit et effleura la glace du bout des doigts, avant de lui tendre la main. Tara regarda les gens alentours. Chacun sa technique : sans compter ceux qui savent tellement patiner qu’ils arrivent à danser sur la glace (bande de frimeurs !), il y avait des groupes de filles assez jeunes qui discutaient deux par deux en se tenant au rebord, manquant de tomber si elles riaient trop, un petit garçon de quatre ans qui avait complètement compris la technique la plus avantageuse pour aller vite sans effort (monter sur les épaules de papa), et, les plus bizarres de tous, ceux qui essayaient de marcher sur la glace, en faisant réellement des pas au lieu de glisser. Tara prit une inspiration et entra à son tour sur la glace. Elle resta raide, convaincue que, si ses chevilles n’étaient pas maintenues aussi fort dans ses patins, elles trembleraient. Mais, effectivement, elle n’avait pas grand-chose à faire pour que ça glisse. Elle tendit les mains en disant « aaaah ! » et se laissa porter jusqu’au bras d’Aiden, à deux à l’heure puisqu’elle ne bougeait pas les jambes, et, quand elle fut enfin en sécurité contre lui, elle se mit à rire.
« Bon, explique-moi comment on avance vraiment, sinon tu vas être obligé de me pousser !... D’ailleurs, n’y pense même pas, j’ai trop peur d’aller vite ! »
C’était vraiment rageant, en plus, de voir toutes ces filles qui patinaient comme si c’était une seconde nature, souples et gracieuses sur la glace. Un mécanisme de pensée typiquement féminin (voire adolescent), lui fit se donner du courage en se disant que, descendues de leurs patins, peut-être qu’elles ne savaient rien faire, qu’elles avaient l’intelligence d’une huître, ou que… roh, peu importe, Tara ne savait pas patiner et c’était juste nul ! Souriant béatement et avec des paillettes dans les yeux, elle regardait les gens tourner en cercle, et tous avaient l’air heureux. Crispés, pour certains, mais tous heureux. Elle se souvint alors de la dernière chose qu’Aiden avait dite, quand elle était trop concentrée sur la glace pour bien écouter, et se mit à rire gaiement.
« Cruel ! Toi ? Je ne te crois pas une seconde ! Je parie que je peux te demander des choses beaucoup plus compliquées et pour lesquelles tu devras apprendre à perdre galamment, monsieur ! Mais qu’on mette les choses au clair tout de suite : c’est injuste de jouer à cap ou pas cap dans cet environnement où tu as l’avantage, alors, jusqu’à ce que je tienne mieux sur mes patins, tu n’as pas le droit de me demander de faire un tour sur moi-même ou j’ignore quoi de glissant et dangereux… Bien, si tu es si fort que cela, va donc négocier un échange d’écharpe avec le Père Noël là-bas, son écharpe est trop belle ! Si tu as besoin que je te facilite la tâche, dis-lui que je la lui rendrai dans une dizaine de minutes… Cap ? »
En effet, il y avait bien un jeune homme déguisé en Père Noël qui faisait des tours de piste assez aisément (et déjà Tara voulait voir si Aiden patinait assez bien pour le rattraper), et dont l’écharpe était toute blanche comme la sienne, mais magnifiquement décorée de petites ampoules dorées, comme celles des guirlandes des sapins de Noël, qui clignotaient autour de son cou. Tara enleva son écharpe et la donna à Aiden avant de lui tirer la langue et de s’en aller vers le rebord de la piste, pour s’y accrocher pendant qu’il irait argumenter auprès du meilleur allié des enfants. Elle aurait bien voulu partir en princesse et en deux coups de lame gracieux, mais elle joua la carte de la prudence, les bras légèrement écartés du corps, avant de se retourner très prudemment. Elle tressaillit et fit signe à Aiden de la rejoindre (il était à quatre-vingts centimètres d’elle mais, en patin à glace, elle avait l’impression d’avoir survécu à un périple à travers le Sahara). Elle avait quelque chose à lui dire, avant qu’il aille remplir sa mission.
« Hé, murmura-t-elle alors que ses yeux ressemblaient à deux diabolo menthe pétillants, je t’ai déjà dit que je t’aime ? »
Elle ne pouvait pas se mettre sur la pointe des pieds, alors elle l’attrapa par le col de son manteau et l’incita à s’approcher encore, pour déposer un petit baiser frigorifié et ravi au coin de ses lèvres. Ensuite, sans se départir de son sourire malicieux, elle le poussa (à cet instant, il gagna un point d’équilibre) et lui envoya un baiser de loin.
« Va, mon héros, ramène-moi une belle écharpe, ou reviens déposer les armes aux pieds de ta Domina ! »
Provocation oblige. Elle avait lu un roman de chevalerie récemment, n’avait pas compris grand-chose à l’ancien français moyenâgeux, mais avait bien aimé que le chevalier accomplisse une quête simplement pour se rendre digne de sa Dame, sa « Domina », c’est-à-dire sa maîtresse dans le sens où elle lui est hautement supérieure. D’ailleurs, la prochaine fois, elle organiserait bien une sortie au ranch, et, rira bien qui rira le dernier, si elle n’était pas douée sur des patins, elle aimerait beaucoup voir son très cher ouvrir les négociations avec son destrier pour le prier de ne pas l’envoyer sur le sable.

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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyLun 27 Jan - 21:43

Nos cœurs battaient ; l'extase m'étouffait ;

On dit que l’amour est un jeu auquel deux personnes peuvent s’adonner et toutes deux le remporter ; alors jouons ma belle, jouons ma dulcinée, jouons à ce jeu de l’amour qui prend des allures du très réputé « cap ou pas cap » !

Pour savoir quel type de femme un homme aime, voyez le type de femmes avec qui il passe ses nuits et herchez exactement le contraire. Je ne saurai trop expliquer pourquoi, mais même pour moi, ça marche parfaitement. En guise d’amantes, j’ai toujours préféré ces belles rousses dressées sur des talons aiguilles, coiffées tantôt strictement, tantôt négligemment, moulées dans des robes habillées avec les lèvres pulpeuses. Ce genre de femme qui laissent émané une aura stricte et de sûreté, ainsi confiantes. Alors je les aborde, leur parle, me fais rejeter, continuer, jusqu’à commencer à me faire apprécier et pouvoir les trainer dans des draps de soie éclairés par la clair de lune ; ce vice pervers que j’ai d’adorer témoigner de domination face à celles qui se pensent les plus dominantes. Et le matin suivant, l’un de nous disparait dans la pénombre de la chambre, se fraye un chemin dans les voies éclairés d’une journée épanouie par le plaisir charnel de la veille.
Mais Tara n’est as du genre à se présenter au comptoir d’un bar dans une robe qui en laisse plus voir qu’elle n’en cache, pas plus qu’elle n’est du genre à mettre des couches de gloss sur ses lèvres ; Tara serait gentille et aimable avec un homme qui vient lui parler, mais saurait le remettre à sa place s’il insinue je ne sais trop quoi qu’elle jugerait de déplacé. Tara, je la vois plus assise derrière la table d’un café, une tasse de lait dans les mains, un bon petit gâteau au chocolat à coté ; Tara, cette petite créature mignonne comme tout, adorable à l’extrême qu’on observerait du coin de l’œil pendant des minutes – des heures – sans s’en lasser, cette femme qu’on chercherait à aborder sans brusquer ; alors on retombe dans la banalité, on se dit qu’on pourrait lui demander l’heure alors qu’une pendule est accroché au mur d’à coté ou alors, on pourrait lui demander si elle a la monnaie en laissant tomber nos pièces maladroitement, obnubilé par son regard. Mieux encore, on pourrait simplement lui avouer qu’on recherche désespérément une raison louable d’adresser la parole à une fée, se perdant en politesses et en bafouillages, finissant par se détourner pour s’en aller, laissant la main charitable de cette âme pure et brute vous attraper le poignet. Ce contact entre nos deux peaux, cette électricité, cette chaleur, cette beauté…
Mes lèvres sur son cou, j’ai cette impression de tomber de nouveau amoureux d’elle. Je me dis qu’elle doit être magicienne avec une baguette rose qui émane des ondes chocolatées ; fabuleuse, fantastique, magnifique ? Quel adjectif peut-il bien la décrire ? C’est en recherchant comme je pourrai la décrire, la saluant doucement et en entendant sa voix, que je finis par retomber sur le coté pour l’écouter parler.
Plutôt sorcière avec un grimoire à la reliure dorée, à la reliure pailletée ; car ça ne peut que relever de la sorcellerie d’ainsi pouvoir aligner autant de mots alors qu’il fait l’heure que je nomme simplement « trop matin » et qui s’étend sur plus de cent-vingt minutes, à vrai dire. Elle doit être réveillée depuis un petit moment – j’ai eu le sommeil lourd on dirait – mais ça n’empêche que même se réveiller si tôt, ça relève de la sorcellerie.
Mais ma sorcière, elle est trop forte, parce que ma belle sorcière, elle me fait rire d’une voix rauque de bon matin. Qu’elle me demande aussi d’aller punir la table et je lui décernerai officiellement un prix pour récompenser son esprit léger, jeune, merveilleux.
Enfin, ça va encore, elle me demande simplement de changer de place à la table. Oh, je le ferai volontiers, mais je risque d’oublier, alors elle devra me le rappeler. Doucement, je glisse mon bras sous les draps pour aller à la rencontre de sa cuisse sur laquelle je glisse mes doigts, doucement, jusqu’au genou, comme pour rechercher son bleu alors que j’ignore son emplacement exact, que j’ignore s’il se situe sur sa jambe droite ou gauche. Je retire lentement ma main, lui lançant un défi qu’elle ne mit pas une demi-seconde à accepter joyeusement alors que je m’en vais trainer près de sa joue avant de m’extirper d’un lit dont la poussière féerique laissée par ma muse s’est collée à mon dos pour me faire frémir de tout mon corps.

Dans la cuisine, un verre de jus de citron à la main, je ne m’attends pas à l’irruption de la belle dans la pièce et venir se dresser devant moi. Je lui tends naïvement le verre alors qu’elle a plutôt l’excellente idée de goûter à une toute autre source : ma bouche. Une de mes mains glisse sur sa nuque pour répondre tendrement à son étreinte buccale avant qu’elle ne s’éloigne doucement de moi, laissant un sourire amusé – avec des airs fiers, comme pour lui signifier qu’elle vient effectivement de me surprendre en m’embrassant – planer sur mes lèvres. Sa réplique achève de donner un rythme endiable à mon cœur alors que je lui pince doucement le bout du nez.

« Faut croire que oui mon ange, mais c’est comme une réaction chimique… La poudre ne devient poudre d’amour qu’au contact de tes lèvres. »

Je lui claque un baiser sur le front avant qu’on ne retourne chacun à nos occupations.
J’aurai aimé qu’elle se décide à venir définitivement s’installer ici. Nous en avons déjà parlé mais sincèrement, je trouve que les raisons qu’elle m’a énumérée n’ont pas lieu d’être, qu’elles ne servaient qu’à la persuader elle-même là où elles échouent à me convaincre. Je ne la considérerai jamais comme acquise. Même si elle est là, je me sentirai libre d’initier Raj ou Peter et quant au fait d’être sûr qu’elle soit là à m’attendre, eh bien, je ne vais pas la retenir pour captive, alors non, je ne serai jamais réellement sûr de rien. Et puis, si on se dispute, elle pourrait aller occuper le lit qu’avait Johanna avant elle, mon ancienne colocataire désertrice.
Sur le pas de la porte, je me dis que ce n’est pas pire qu’elle n’habite pas là, vu qu’elle passe la majorité de ses nuits dans mes bras et qu’on peut se voir à peu près n’importe quand, sauf quand je travaille ou qu’elle est occupée de son coté. Le seul petit truc qui me dérange, c’est le fait qu’elle puisse un jour vouloir rentrer chez elle tard après un petit accrochage avec moi et qu’elle ne me laissera pas la raccompagner, rajoutez à cette équation un ex-fiancé par très correct et vous comprendrez sûrement pourquoi je préfère qu’elle habite ici le temps que je trouver comment régler ce problème ; nouvelle référence à l’autre chambre de cet appartement qui est libre et qu’elle pourrait ne pas vouloir occuper si elle détient toujours les clefs de sa chambre au Méli-Mélo House. C’est lorsque son visage angélique aux traits gracieux et aux couleurs harmonieuses envahit mon champs de vision qu’il réussit, par la même occasion, à submerger mon champs de pensées et je me rends alors compte que j’ai pensé un peu trop fort à quelque chose qui n’en vaut pas la peine.
Elle veut échanger un baiser contre une information ? Non mais mon ange ose me faire du chantage en plus ! Je luis ris doucement au nez en me penchant jusqu’à son oreille pour murmurer un « tant pis » ferme, n’osant pas ajouter le « pour toi » car je sais que c’est aussi tant pis pour moi d’ainsi être privé de la liqueur divine des lèvres de Tara. Mais soit, ça doit aussi être tant pis pour elle, non ? Certainement, mais je sais lancer des piques bien mieux que celles-là, alors je m’abstiens. Sauf qu’elle, elle ne s’abstient pas, en me laçant un clair « tant pis pour toi » presqu’instantanément après que j’ai parlé ; je lui tire la langue d’un air infantile, amusé de notre gaminerie mais aussi et surtout par cette complicité qui a fait résonner nos voix à nos cœurs presque simultanément.
Dans le hall, je l’étreins, lui parle énigmatiquement, l’embrasse, m’envole au septième paradis en sentant un sourire se dessiner contre mes lèvres ; mon cœur embrasé s’en va alors voltiger loin, me donnant cette impression de vide – non pas le vide du néant, mais le vide de se la quiétude, de l’idylle.

La patinoire ; le tombeau des rêves enfantins, l’échappatoire des âmes artistes, le sanctuaire des esprits divins ; le théâtre de romantisme dont je m’improvise héros, ma belle Tara en étant l’héroïne. Je ne sais trop dans quelle nuée de pensées elle est plongée, mais je vois bien qu’elle a un air absent qi me fait littéralement craquer un peu plus à chaque fois ; je me demande un instant si ses pensées ont un effet physique sur elle. Mais je n’y pense qu’à peine, me disant que oui, certainement, elle doit frissonner lorsqu’elle se remémore quelque chose qui l’écœure ou qui l’effraie, qu’elle frémit aussi lorsqu’elle se remémore le toucher léger de mes doigts sur sa peau. Ses lèvres trouvent agilement, bien que trop rapidement, mon cou alors qu’elle m’y murmure un mot de remerciement avant de se redresser, tout sourire. Elle laisse ses yeux trainer sur le bâtiment imposant alors que j’enfonce mes mains dans les poches de mon manteau. Elle s’exclame joyeusement, semble un peu hésiter sur la raison pour laquelle nous sommes ici alors que je souris doucement : très sincèrement, elle pense vraiment que je vais attiser son esprit curieux et hyperactif jusqu’ici pour ensuite lui dire qu’elle n’aura le droit que d’observer ? Non, je ne suis définitivement pas le genre d’homme qui craint que celle qu’ils aiment ne s’écorche le genou au moindre pas ; moi, je l’emmène patiner et demain, je l’emmènerai faire du roller, et puis je l’inviterai à apprendre le tango avec moi en lui enfilant les chaussures de verre de Cendrillon, et elle tombera, et je rirai, et je m’inquièterai aussi, parfois, sans toutefois me départir de mon sourire amusé comme pour lui dire que même si le sang coule à flot, tout va parfaitement bien ; et si ma vie ne suffit pas à couvrir la sienne, alors je ferai en sorte de veiller sur elle de l’au-delà, mais, croyez-moi, je ferai tout ce qui est imaginable et inimaginable pour la protéger sans toutefois jouer les vieux-jeu et les trop raffinés, car elle mérite autant que les autres – si ce n’est plus – de glisser sur sa la glace, de se faire bousculer pour qu’elle aille se rouler dans l’heure ; elle mérite de vivre et la vie contient rires et pleures, bonheur et liberté.
Et c’est le cadeau le plus cher à mes yeux, plus encore que l’amour que je peux lui offrir, que je peux lui accorder, c’est sa liberté. Une liberté volée par Cesare – avant d’être ensemble, nous étions très proches alors elle me parlait un peu de lui, parfois – ou totalement inexistante car son amnésie l’empêche de savoir si elle l’a seulement déjà possédée.
Alors que j’enfile mes patins, je l’entends geindre car les tiens sont simples et, très sincèrement, je ne peux pas m’empêcher de rire avant d’enfin trouver la force d’ouvrir la bouche, pour dire une bêtise, surement. Mais la dame de tout à l’heure semble répondre à ses prières et alors que celle que s’improvise gamine enfile ce que sont escarpins pour les top-modèles alors je lui souris simplement en articulant un « merci ». Sur piste, je découvre qu’elle ne sait effectivement pas du tout comment s’y prendre, alors je penche la tête et la laisse glisser lentement jusqu’à moi, les chevilles tremblantes, un petit cri sortant de sa bouche. Je la laisse aller à son rythme, s’habituer à glisser sur une fine lame sur une glace qui, je l’espère, glisserait à merveille. Je l’entoure d’un bras lorsqu’elle atteint ma hauteur et elle me demande alors de lui dire comment faire. La pousser ? Elle doit bien voir ma bouche qui s’ouvre brusquement et l’étincelle pas très saine qui brille dans mes yeux car elle me dit de ne même pas y penser alors je lève une main innocente en roulant des yeux.

« T’es pas marrante, ce serait nettement plus facile pour nous deux si tu me laissais te pousser, je lui souris faiblement avant de reprendre, à peine plus sérieusement, bon alors, les règles : confiance absolue en soi, grâce et légèreté ! Rester droite ne sera pas un problème vu que tu te tiens toujours à merveille, alors maintenant, pose un pied en avant et effectue une poussée de l’autre. Ne sois pas crispée, mais pas trop molle dans tes mouvements non plus, tu risques de te faire sacrément mal à la cheville et je me vois mal te porter alors que je suis sur patins. Enfin, je suis très doué, mais… »

Et tellement pas vantard !
Je lui tire la langue, m’attendant presque à une tape sur l’épaule pour que j’arrête mes bêtises.
J’humidifie inconsciemment mes lèvres lorsque mon regard croise le sien qui dérive sur les patineurs alentours ; son regard émeraude brillant de mille feux que je voudrai presque croquer. Mais comment ne pas avoir un regard pétillant lorsque tous les visages qui nous entourent sont éclairés d’une lueur de joie et de vie qui ne peut absolument pas nous laisser indifférent ? Comment ne pas laisser une poussière de bonheur venir s’incruster dans notre cœur alors que les rires des enfants se laissent entendre, alors que les moqueries des adolescents résonnent et que le cœur battant des tourtereaux produit un bruit tambourinant ?
Son rire me fait froncer les sourcils, mais j’attends gentiment qu’elle ait fini avant de retirer mon bras de sa taille en m’éloignant à peine en arrière, histoire de voir comment elle se débrouille seule, croisant les bras sur mon torse pour bien lui faire comprendre que c’est ma façon de la punir. Mais avant de lui répondre, je cherche du regard ce fameux Saint-Nicolas et son écharpe que je serai plus tenté de lui « emprunter » sans demander avant de jouer à chat avec lui que d’aller négocier ; pas que j’aime faire dans l’excès, mais parlementer de bon matin… Je croise les doigts, serre les dents et laisse tous les étincelles d’espoir éparpillées dans mon esprit se regroupera au niveau de la cheminée qu’est mon optimisme pour enflammer les brindilles de bonne humeur et raviver un feu de joie et d’amusement ; pour faire simple, j’accepte de me prêter au jeu.

« Pff, c’en est presque vexant que tu remettes en cause ma cruauté ! Oh et d’accord, mes défis seront raisonnables, un peu plus que les tiens, parce que bon, négocier avec le Père-Noël… Moi qui n’ait pas été sage de l’année, mais alors là, pas du tout, j’espère qu’il me confondra avec un autre ! Ou que, tout du moins, il le fasse pour ton minois de jeune femme qui a été gentille toute l’année, j’en mettrai ma main à couper ! »

Pas très sage, effectivement… Tara a l’esprit bien trop pur et gai en cet instant pour penser à tout ce qui me traverse l’esprit et j’en suis bien heureux, car je ne saurai mettre de mots sur ces faits que je juge comme « vilains ». Les amantes ? L’alcool ? Les cigarettes ? Les disputer avec mes amies, avec elle ? Peut-être, oui, mais ce que j’ai fais de pire cette année, je pense que c’est ma façon de penser : pas toujours très appropriée, pas toujours très courtoise non plus.
Je prends son écharpe blanche qu’elle me tend et la laisse glisser doucement vers le rebord de la piste alors que je souris lorsqu’elle me tire la langue. Je m’apprêter à me détourner mais elle se retourne et me fait signe de la rejoindre, chose que je fais rapidement, d’une poussée assez forte.
Comment ne pas tomber amoureux de ce regard pétillant et appuyé, ses mots tendres – ce « je t’aime » féerique – de ce baiser qui possède un coté glacé refaisant ressortir un goût de cerise que j’avais déjà remarqué plusieurs fois aujourd’hui ? Je m’éloigne avant qu’elle ne le fasse pour lui croquer doucement la lèvre inférieure. Encore déstabilisé, elle ne me pousse que légèrement à peine, mais je manque sincèrement de tomber. Elle me lance une réplique tout droit sorti de pages jaunies d’attitude chevaleresque ; je cesse mes glissages, retourne vers la belle blonde et me penche en avant dans une courbe digne de cet héros qu’elle dit que je suis avant de rire doucement, m’en retournant vers mon humble tâche diplomatique. Je glisse mes yeux sur elle et laisse tout mon amour transparaitre dans mon regard. Je me détourne d’elle mais, soudainement, je reviens vers elle en entourant son cou de sa propre écharpe blanche, l’attirant à moi pour l’embrasser à pleine bouche. J’éloigne mon visage en murmurant un « Cap » avant de  m’éloigner, tirant sur l’écharpe blanche pour aller parler au Père Noël ; je glisse vers lui avec aisance, sans pour autant avoir la maîtrise du grand ami des enfants sages. Atteignant sa hauteur, je m’excuse d’abord de le ranger, le salue poliment avant de lui exposer les faits : une belle blonde à qui il manque un petit accessoire qu’il possède et que j’aimerai lui emprunter une dizaine de minutes. Il accepte gentiment et étonnamment rapidement, alors je lui demande une petite faveur et retourne auprès de Tara vers laquelle je tends les bras pour qu’elle se saisisse de mes mains, le faisant glisser vers moi. Le distributeur du cadeau arrive derrière Tara en lui mettant négligemment l’écharpe tant souhaitée autour du cou avant de prendre celle que je lui tends et de s’en aller avec un joyeux « Ho ho ho » qui ne manque pas de me faire grimper un sourire aux lèvres. Je relâche les mains de la jeune femme en m’éloignant pour qu’elle vienne vers moi et, soudainement, je me glisse vers elle pour la faire glisser assez rapidement en avant. Je m’arrête progressivement en nichant mon visage dans son cou, lui soufflant doucement sur la peau que je viens alors mordiller faiblement avant d’y laisser trainer une myriade de baisers glacialement citronnés.

« Tu sais ce pourquoi quoi tu ne seras jamais cap, ma douce ? Cesser d’ainsi faire dégourdir mes membres, cesser de faire monter en moi une chaleur indescriptible alors que je devrai plutôt trembler de froid… Quoi qu’il advienne, je pense que… »

Je te désirerai toujours autant.
Je me mords la langue en laissant trôner un bourgeon de lys sous forme de baiser dans son cou, sentant son pouls battre contre mes lèvres, à travers sa peau. Je m’éloigne en soupirant doucement, mes mains toujours sur ses hanches.

« Cap ou pas cap d’aller voir les adolescentes là-bas, de leur demander ce qu’elles pensent de moi et de… Je ne sais pas, dis-leurs ce que tu veux après, tu peux même préciser que je suis chasse gardée si elles n’ont pas déjà remarqué ces deux fous sur glace qui patinent en collé-serré ! Tant que tu réussis à m’étonner, ça me va. »

Ces adolescents, justement, patinent mieux que Tara et j’ai pensé que si elle les approchait, inconsciemment, elle voudrait faire mieux qu’elles, apprendraient d’elle et aurait cette satisfaction adorable d’être plus gracieuse sur cette glace qu’elles ne le seront jamais. Le reste, j’ai trouvé que ça pouvait être une bonne idée, même si l’avis de jeunes demoiselles ne m’intéresse pas.
Et quand j’ai une déesse entre les bras, je m’intéresse à rien d’autre qu’à sa divinité – en partant de la divinité de l’inclinaison de sa voix jusqu’à la beauté de la sérénade divine de son cœur épris.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyLun 3 Fév - 14:18


« We've been drawn so close together and you've shown my heart had to sing and I could give you my everything. »

Robben Ford
Elle ne se souvenait de rien d’antérieur à ces deux années qui venaient de s’écouler. Pourtant, quelquefois, elle sursautait en lisant un livre qu’elle venait d’acheter, car d’un coup la mélodie d’une phrase lui paraissait familière et il lui semblait qu’elle aurait pu la deviner sans la lire. L’impression fugitive s’estompait rapidement (bien souvent elle haussait les épaules en se disant que les sensations de « déjà vécu » arrivent à tout le monde). A l’inverse, en cet instant, sur la pointe des pieds dans la cuisine et frissonnant au contact des doigts d’Aiden sur son cou, elle était certaine. Si on l’avait déjà embrassée auparavant (même avant Cesare), elle savait qu’elle n’avait encore jamais éprouvé cela, cette passion qui coupe le souffle et cet air retrouvé sous un baiser. Elle était sûre de n’avoir jamais su ce que c’était, avant aujourd’hui, de mettre son esprit malicieux au service d’un sourire, de ne dire des bêtises que pour entendre le rire de quelqu’un, d’accrocher de nouvelles couleurs à ses rêves, étendards d’un entrelacement de deux esprits libres qui se sont captivés. Une impression de jamais vécu, de nouveauté qui a l’épicé d’un plat exotique et le sucré des bonbons de l’enfance (le réconfort insouciant de se savoir toujours protégé). Peut-être qu’un jour elle se réveillerait et voudrait savoir si elle a une famille, des amis d’avant qui pourraient l’avoir cherchée, la croire perdue à jamais, essayer de l’oublier. Elle n’était pas prête pour ce genre d’investigation, pour le moment, mais elle savait qu’une partie de l’équation ne lui serait jamais inconnue : quoiqu’il advienne, Aiden constituait la part la plus importante de la formule magique qui la rendait heureuse.

En plus, elle adorait trop la tête qu’il faisait quand il était surpris par une de ses réactions, comme s’il avait affaire à une créature plus proche de l’elfe ou du mogwai que de l’humain banal. Il lui répondit que c’était l’alchimie de leurs lèvres qui transformait la poudre vulgaire en poudre d’amour, tandis qu’elle venait de goûter aux siennes comme on déguste un sorbet aux agrumes. Elle fut ravie de contempler les pépites de chocolat de ses yeux qui l’observaient l’air de dire « tu me fais craquer ». C’était un regard qu’elle pouvait soutenir sans rougir, juste en étant contente et en ayant envie de le dévorer de baisers. Il y a un autre regard de chocolat qu’elle ne pouvait fixer sans ciller, à l’inverse, le fameux « tu me fais fondre » qu’elle avait vu quelquefois dans les yeux du jeune homme et qui la perturbait beaucoup. Elle se détourna et s’en alla se préparer, sentant que, si elle restait plantée là devant lui à avoir un peu froid à cause du carrelage, elle allait se blottir dans ses bras et essayer de le convaincre de retourner se coucher. Or, elle était tiraillée entre cette envie de câlins oisifs et une surexcitation qui la poussait à vouloir savoir quel programme Aiden avait en tête pour aujourd’hui. Evidemment, sur le seuil de la porte, c’est cette même hâte qui lui fit ouvrir les négociations avec le jeune homme, mais celui-ci se contenta de rire et de se pencher vers elle pour lui murmurer « tant pis » à l’oreille. Tant pis, oui, soupira-t-elle intérieurement en regardant le sourire appétissant d’Aiden qui allait de paire avec son petit air content de lui. Heureusement qu’il savait qu’elle aimait les surprises. Elle ne pouvait pas s’empêcher de réclamer qu’il lui dise tout à l’avance, mais au bout du compte, il avait raison de lui résister, de ne jamais manquer une occasion d’enchanter leurs journées par quelques évènements inattendus. Elle le torturait et le grondait volontiers quand il ne lui obéissait pas, mais elle ne le câlinait que plus tendrement quand enfin elle découvrait ce qu’il avait manigancé.

D’ailleurs, là, tous deux grandis de quelques centimètres parce que juchés sur des lames de patins, c’est une nouvelle journée magique qui commençait pour eux, et tout compte fait Tara était bien contente de n’avoir pas joué les paresseuses en réclamant de rester à la maison. Elle gagna aussi vite que possible les bras de son amoureux pour pouvoir observer à son aise les patineurs autour d’eux (elle pouvait se tourner et se retourner en étant sûre de ne pas tomber, tant qu’elle restait près de lui).
« T’es pas marrante, ce serait nettement plus facile pour nous deux si tu me laissais te pousser », râla-t-il en souriant, un peu déçu qu’elle lui ait coupé l’herbe sous le pied en le défendant de commettre son méfait.
« Tu es adorable quand tu es désappointé mon chéri, mais il va bien falloir que je trouve un équilibre toute seule si à la fin de la journée je veux savoir faire ça… »
Elle désigna une jeune femme au milieu de la piste qui portait une tenue pailletée et qui dansait avec un partenaire. La patineuse tourna très vite sur elle-même, leva les bras lentement, comme si elle déployait des ailes, et le jeune homme l’arrêta tout à coup en la tenant par la taille. Alors elle passa ses bras autour de son cou et l’embrassa. Tara cligna des yeux en les observant, admirative, avant de regarder Aiden et de chuchoter :
« Le dernier mouvement je pense que je le tiens bien, mais pour le reste, il y a du boulot ! »
Elle rit de bon cœur, consciente qu’elle n’était pas très fluide dans sa manière de patiner. A ce propos, Aiden commença à lui expliquer comment évoluer sur la piste un peu plus efficacement. Elle fut assez fière qu’il lui dise que d’ordinaire elle se tenait toujours bien ; généralement elle était contente qu’il la trouve gracieuse malgré sa turbulence et son côté bruyant. C’est vrai qu’elle était tactile, désordonnée, et embêtante, mais, autant elle pouvait se coller à lui et lui donner un baiser long et sensuel, autant elle ne se montrait jamais vulgaire ni en actes ni en propos. Seules des jalouses pourraient confondre par méchanceté son naturel enjoué et sa tendresse passionnée pour Aiden avec une attitude déplacée de fille mal élevée et, comme Tara n’avait conscience d’aucun regard sur elle quand elle était dans sa petite bulle avec le jeune homme, elle ne voyait ni les jalouses ni les envieux, et c’était tant mieux.
« Ne sois pas crispée, mais pas trop molle dans tes mouvements non plus, tu risques de te faire sacrément mal à la cheville et je me vois mal te porter alors que je suis sur patins. Enfin, je suis très doué, mais… »
Elle ne fut pas très efficace quand elle lui pinça le bras à travers son manteau et rit de nouveau en le voyant lui tirer la langue, ce charmant frimeur.
« Arrête de me déconcentrer avec tes bêtises, et ne prédis pas que je vais me tordre la cheville ! J’essaie… », déclara-t-elle en incitant le jeune homme à la lâcher, trouvant l’excuse de son apprentissage pour ne pas laisser ses yeux retrouver le noir profond des siens qui l’aurait beaucoup trop décontenancée.
Elle essaya de ne pas être raide et de ne pas regarder ses pieds, et fit tout comme Aiden avait dit. Elle effectua juste une poussée, eut l’impression d’aller super vite et dit « woouu ! » en ne bougeant plus du tout pour perdre de la vitesse jusqu’à s’arrêter complètement, ne sachant pas freiner. Aiden la rejoignit et eut l’excellente idée de lui proposer un jeu. Cela lui ferait certainement penser à autre chose qu’au péril qu’elle bravait à chaque fois qu’elle avançait sur la glace au milieu de tous ces gens. Il prit un air vexé quand elle insinua qu’il n’était certainement pas très cruel. Il lui semblait plutôt lui avoir fait un compliment mais elle oubliait que les hommes n’aiment pas forcément être traités en ours en peluche. Il s’éloigna d’elle, la laissa toute seule en croisant les bras. Alors elle resta statique à fixer sur lui un regard brillant, visiblement pleine de remords, et lui tendit la main tout tristement pour qu’il revienne vers elle car elle ne pouvait pas aller dans sa direction sans être à contre-sens de circulation et risquer de percuter quelqu’un. Forcément il abdiqua parce que, quand même, elle ne lui sort pas son regard de chaton tous les quatre matins, et elle se pelotonna de nouveau contre lui en souriant. Ensuite, elle l’envoya en mission impossible auprès d’un Père Noël qui, d’après lui, risquait de deviner qu’il n’a pas du tout été sage cette année, mais qui peut-être se laisserait attendrir par sa frimousse angélique à elle.
« Tu n’as peut-être pas été sage mais moi je n’ai pas été gentille… », souffla-t-elle à regret.
En un an elle s’était enfuie deux fois de chez son fiancé, avait changé d’identité, s’était fait cet ami qu’elle avait ensuite torturé en s’éloignant de lui quand il lui avait demandé plus que de la tendresse amicale, était revenue pour annoncer à son fiancé qu’elle le quittait… Elle avait en somme troublé l’équilibre qu’Aiden s’était trouvé entre ses coup d’un soirs (ou de deux ou trois soirs, peu importe) et ses amis, et avait tout simplement rompu une promesse faite un peu à la légère à Cesare. Résultat des courses… elle n’avait pas été gentille. Mais, après tout, si elle était restée, si elle avait épousé Cesare, elle aurait été forcée de jouer l’indifférence vis-à-vis d’Aiden, de truquer son amour pour Cesare, de museler ses propres sentiments, d’être sourde à ses propres envies, donc elle aurait brisé le cœur de l’un, honteusement menti à l’autre, et commis une trahison envers elle-même. Elle espéra dès lors que le Père Noël savait que les problèmes des adultes étaient infiniment plus complexes que ceux des enfants, façon casse-tête chinois, puzzle, rubik’s cube, marelle avec les yeux bandés, action ou vérité grandeur nature, un-deux-trois soleil avec du poil à gratter dans les vêtements, chat bisous version échec et mat, à tel point que parfois c’était même pas du jeu tellement c’était impossible.

Elle était bien plus encourageante que la Domina du roman de chevalerie qu’elle avait lu ; aucune dame ne donnait un baiser au chevalier avant que celui-ci n’ait achevé sa quête. Mais, quand elle fit mine de s’éloigner et qu’il la retint pour lui mordiller la lèvre inférieure, elle n’arriva plus à savoir si elle lui avait donné un baiser ou s’il le lui prenait, et de nouveau elle sourit en constatant ce côté inapprivoisé de son caractère. Il l’avait prévenue, il y a quelques temps, avant qu’ils soient ensemble, avant qu’elle parte à Blueside : il lui avait dit quelque chose (peut-être en d’autres termes mais c’est ainsi qu’elle avait retenu l’idée) comme signifiant qu’il pouvait être asservi mais jamais entièrement soumis. Il se mettait délibérément au service de ce qui lui semblait en valoir l’effort, et cependant il resterait toujours entièrement libre, paradoxe qui semblait complètement cohérent aux yeux de Tara. D’ailleurs, Aiden aimait un oiseau rare dépourvu de vanité qui se mettrait sagement à genoux devant lui si lui-même avait l’idée de se prosterner, juste parce que c’est plus pratique d’être à peu près à même hauteur pour discuter et se câliner. Alors, il avait sans doute trouvé le seul endroit au monde où la fin’amor de jadis s’appliquerait entre eux, le seul sol sur lequel il pouvait ployer devant elle sans qu’elle ne lui rende la pareille. Aussi esquissa-t-il une courbette devant une Tara qui se contenta de sourire avec des étoiles dans les yeux, alors qu’en temps normal elle lui aurait probablement rendu sa révérence, mais ici elle avait trop peur de glisser pour courber l’échine. Elle lui donna son écharpe pour que l’échange diplomatique se fasse à l’amiable, et elle le crut bien parti, cette fois. Seulement, à un mètre ou deux de distance, il fit volte face et posa sur elle un regard qui la transcenda et la fit se tenir un peu plus fort au rebord de la piste. Elle le vit revenir vers elle et, comme il lui passa son écharpe autour du cou, elle crut qu’il allait déclarer forfait.
« Tu renonces déjà ? », demanda-t-elle en souriant d’avoir gagné si vite.
Il ne répondit pas tout de suite, l’attira à lui d’une secousse et l’embrassa si soudainement et si ardemment que, quand il la relâcha et murmura « Cap », elle fut pour ainsi dire incapable de répondre à cette sorte de douce provocation, le regardant simplement s’éloigner en frissonnant. Si elle avait pu, elle l’aurait rattrapé, se serait planté devant lui, lui aurait déclaré « Tu m’énerves, quand même ! », et serait repartie en princesse, mais… bon. Il fut assez rapide, aussi bien pour rattraper le Père Noël patineur que pour le convaincre de lui prêter son écharpe quelques minutes. Les deux hommes arrivèrent vers elle, Aiden en avant qui lui tendait les mains. Elle se rapprocha de lui et s’exclama un « Merci beaucoup ! » quand le Père Noël lui entoura le cou de son écharpe lumineuse dont les petites ampoules reflétèrent immédiatement le clignotement enjoué dans les iris limpides de la demoiselle. Le monsieur s’en alla en poussant le fameux « Ho ho ho » qui fit sourire les deux amoureux.
« Tu as été trop rapide pour que j’y crois, déclara-t-elle en minaudant. Qu’est-ce que tu as sur lui ? Tu as capturé son renne Rodolphe ou quoi ? »
Elle prit un air suspicieux avant de soupirer en souriant.
« Bon d’accord, un point pour toi ! »
Aiden se posta derrière elle et, naïvement, elle pensa qu’il allait passer ses bras autour d’être pour la serrer contre lui. Naïvement, et comme si elle n’avait encore jamais joué avec lui. Alors qu’en fait elle aurait pu se douter. Il la poussa tout à coup en avant, ils glissèrent très vite sur la piste, à tel point qu’elle se cacha les yeux en y posant ses deux mains, jusqu’à ce que ça s’arrête. Elle aurait certainement râlé et voué le jeune homme aux tourments de l’Enfer s’il n’avait pas enfoui sa tête dans son cou pour l’embrasser et la mordre doucement. Elle fondit comme neige au soleil, les yeux mi-clos.
« Tu sais ce pourquoi tu ne seras jamais cap, ma douce ? Cesser d’ainsi faire dégourdir mes membres, cesser de faire monter en moi une chaleur indescriptible alors que je devrai plutôt trembler de froid… Quoi qu’il advienne, je pense que… »
Il laissa sa phrase en suspend, déposant un nouveau baiser dans son cou déjà brûlant des précédentes allées et venues de ses lèvres contre sa peau.
« Tu penses que quoi ? », chuchota la curieuse en tournant la tête vers lui.
Elle l’entendit soupirer et il se détacha d’elle en lui lançant à son tour un défi. Elle le contemplait en fronçant légèrement les sourcils, se demandant ce qu’il avait en tête et qu’il préférait visiblement garder pour lui. Levant finalement les yeux au ciel, elle se retourna et chercha du regard les jeunes filles en question. Elles tournoyaient en bord de piste et riaient de temps en temps en discutant vivement.
« Cap, dit-elle en hochant la tête, mais, pendant toute la journée, si tu laisses encore une fois une phrase en suspend je t’abandonne et je ferai du stop pour rentrer à la maison. »
Elle ne remarqua même pas que, quand elle disait « à la maison » elle pensait à l’appartement d’Aiden, et s’en alla en direction des adolescentes. A mi-chemin elle se retourna quand même prudemment ou, du moins, elle pivota sur ses hanches pour regarder Aiden par-dessus son épaule et lui lancer un petit clin d’œil en souriant.
« Coucou les filles ! dit-elle d’un ton guilleret en arrivant aussi vite qu’elle le put auprès des demoiselles. Je peux vous embêter deux minutes ? Je fais un sondage. Vous voyez le jeune homme là-bas ? Qu’est-ce que vous en pensez ? »
Elle ne voyait pas pourquoi ne pas poser la question de but en blanc et ne fut pas déçue des réponses des deux jeunes filles qui s’écrièrent en chœur :
« Il est trop beau ! »
« Il est super canon ! »
« Vous l’aviez remarqué avant que je vienne vous voir ? », demanda-t-elle en clignant des yeux.
« Pas vous ? Il a discuté avec le Père Noël, tout à l’heure, il était genre à deux mètres de nous… »
« Donc, vous, vous venez vraiment là pour patiner ? Pas pour regarder ? »
Les deux filles se mirent à glousser et Tara secoua la tête avant d’avoir l’idée de se demander si, quand Cesare l’emmenait à la patinoire pour regarder, il s’adonnait eu même passe-temps que les demoiselles.
« Je peux vous demander un petit service ? Après je vous laisse tranquilles ! Est-ce que vous pourriez m’apprendre ce que vous faisiez quand je suis arrivée ?... »
« Quoi ? Des citrons ? C’est super facile, faites comme ça… »
Il lui fallut quelques minutes pour y arriver, mais elle finit par réussir ce drôle de mouvement de jambes, non sans avoir failli tomber une ou deux fois, mais soutenue par les deux demoiselles qui continuaient de rire. Elle les remercia, toute contente, et s’en retourna vers Aiden qui l’attendait un peu plus loin.
« Ca va, lui annonça-t-elle, elles ont dit que tu n’es pas trop mal, peut-être dans le top trente, juste après Jude Law et Gaspard Ulliel… C’est vrai que tu es mignon ! dit-elle pour l’embêter comme si elle venait seulement de le remarquer. Tu as vu ce qu’elles m’ont appris à faire ? »
Elle lui montra les fameux citrons avant de glisser jusqu’à ses bras. Elle ouvrit la fermeture éclair de son manteau noir pour pouvoir nouer ses bras autour de lui à l’intérieur de son manteau et se lover contre la chaleur de son corps. Du coin de l’œil, elle vit les deux jeunes filles qui les regardaient et qui s’exclamaient certainement de les voir enlacés. Elle respira son odeur en l’embrassant dans le cou avant de se détacher de lui.
« Puisque mon premier gage était trop facile, et comme tu sembles avoir envie d’exercer ton charme sur quelqu’un, va donc voir la patineuse qui a la jupe pailletée. Moi, je sors de la piste juste cinq minutes, et, quand je reviendrai, il faudra que tu sois ici avec la preuve que tu as réussi le défi. La preuve, c’est un numéro de téléphone. Mais, attention, pas celui de la patineuse : celui de son partenaire. Débrouille-toi comme tu veux, je reviens ! »
Ladite patineuse allait certainement le prendre pour un goujat, à lui faire du charme pour finalement lui demander le numéro de téléphone du jeune homme avec qui elle dansait tout à l’heure, mais après tout c’était juste un jeu, et puis, dans l’idée, elle n’aimait pas tellement qu’il l’oblige à constater que toutes les femmes étaient sensible à son pouvoir de séduction. Tara sortit de la piste et s’aperçut qu’il était presque aussi difficile de marcher sur le sol avec des patins que d’apprendre à glisser sur la surface givrée de la piste. Elle s’éloigna clopin-clopant, le visage cependant illuminé d’un sourire enthousiaste en plus de l’être par l’écharpe scintillante du Santa.

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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyVen 7 Fév - 22:14

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

J’ai déjà embrassé beaucoup trop de femmes pour que je puisse me souvenir de ne serait-ce que la moitié d’entre elles. Je pourrai aisément citer les noms de quelques unes de mes amantes – du moins, celles que je voyais assez constamment. Mes lèvres volatiles allaient  dérober de douces sucreries couramment nommées baisers ou en subir, sans jamais en joue entre embrasser, se faire embrasser et partager un baiser ; une différence notoire que je ne saurai réellement expliquer seulement qu’on est sur un piédestal d’égalité même si, en réalité, j’ai plutôt l’impression qu’elle m’est supérieure de six pieds et de sept cieux ; l’ange gardien qu’elle est, l’échange qu’elle reflète et la déesse qu’elle ne cessera jamais d’être ne pourra jamais être l’égale d’un stupide mortel, d’un ancien objet d’un monde qui m’avait l’air, à cette époque, déjà bien rempli ; mais ce n’était qu’euphémisme en comparaison avec ce monde d’aliénés. Mais soit, s’il faut être fou pour être humain, alors qu’on m’interne, je ne saurai être plus heureux qu’en présence de cette lumière étincelante, de cette constellation aux allures royales, de cette étoile aux cieux sombres et à la lune supérieure.
Une relation simple et saine, à ne point en douter. Je pense souvent à Cesare sans jamais réussir à le plaindre, bien que pouvant, à la limite, le comprendre ; je peux comprendre qu’il soit fou de Tara, mais la réalité, d’après moi, il est seulement fou. Je peux aussi comprendre qu’il veuille la récupérer, sans réellement cerner à quoi il pouvait bien penser en restant dans soin coin, certainement à faire des études comportementales sur sa chère aimée qui s’en est allée vers quelqu’un qu’il doit à coup sûr juger comme étant un sous-homme. Mais soit, si je ne possède pas la richesse de cet ex-fiancé, si je ne possède pas non plus la noblesse d’esprit et cette attitude princière, j’ai quelque chose que lui ne possèdera jamais : une âme. Pas que la sienne soit souillée ou endommagée, pas qu’il a été assez sot pour ne pas la confier à celle qui partageait sa vie pour qu’elle en prenne soin, seulement qu’il n’en possédait pas. Je me demande encore comment Tara a pu rester en sa compagnie, quelle tête elle pouvait faire quand son âme s’envolait au-dessus de tout objet matériel et terrestre pour aller étreindre celle qu’elle recherchait instinctivement ; revenant penaude, elle devait bien avoir une once de déception qui luisait dans ses yeux, qui assombrissait un court instant son visage sans pour autant réussir à en balayer ne serait-ce que le dixième de sa splendeur.

Mais tous deux juchés sur des patins à glaces, je pense d’avantage à la courbe de ses lèvres, à l’embrasement de son âme et aux palpitations que de son cœur que je ne pourrai jamais penser à cet ex. Dans mes bras, elle me dit de ne pas la pousser et je râle, boudeur sans pourtant réussir à me départir de mon sourire habituel, celui-ci même qu’elle fait éclore sur mes lèvres à chaque fois que ses prunelles s’en vont glisser sur moi. Elle me répondit alors, réussissant à me faire rire en disant qu’elle voulait faire comme une patineuse qui dansait sur glace un peu plus loin, enchainant figure après figure, slalom sur glissade. Elle ajoute même qu’elle maitrise le dernier mouvement avant de rire tandis que j’applique mes lèvres sur son front.

« J’accepte avec joie d’être votre professeur, mademoiselle Wilkes ! Vous récoltez d’ailleurs toute une nuit en ma compagnie pour vous punir d’avoir tenté de m’amuser avec votre appellation. »

Faisant référence au « mon chéri » qu’elle a employé, je ris de nouveau avant que je tente de reprendre mon sérieux tant bien que mal en lui donnant quelques directives pour qu’elle tienne sur ses patins. De nouveau un éclat de rire, un échange de regards complices et me voilà qui la lâche car je doute qu’elle puisse réussir à faire quoi que ce soit d’ici la fin de journée si je ne la laisse pas glisser d’elle-même.
Et il y aura forcément des chutes. Au moins une.
À peine je m’éloigne d’elle que j’entends mon cœur me couvrir d’insultes, me sommer de la rejoindre, geindre de la distance ; son regard réussit à m’amadouer pour cette fois-ci, d’ailleurs. Je parle alors de ce Santa Claus en précisant que je n’ai pas été sage et sa réponse, murmurée dans un souffle chaud, réussit à me faire froncer les sourcils.
Je n’apprécie décidément pas cette manière qu’elle a de voir du mal dans tout ce qu’elle fait. Je me dis qu’elle n’apprécierait pas réellement que je la contredise sur ce point, alors je préfère remettre cela à plus tard, notant en caractères gras dans mon esprit qu’il allait falloir qu’on refasse le point sur ce qu’elle nommait méchanceté.
Pour avoir quitté Cesare ? Pour être allée se recueillir auprès du ciel et de la terre à Blueside ? Pour avoir su penser à elle, pour avoir enfin appris à entendre son cœur sans désobéir à sa raison, pour avoir entendu les cris de ses sentiments, pour s’accrocher un bout de bonheur, pour se permettre une goutte de miel après l’acidité du citron ? Pour pouvoir s’amuser, pour pouvoir vivre d’elle-même, pour pouvoir être qui elle est, pour laisser le monde entier profiter d’une lumière qui ne serait plus obstruée par un homme trop dominant, qui ne serait plus tamisée par les choix de celui-ci même ? Elle qui pouvait enfin être l’allégorie de la perfection humaine, elle qui pouvait enfin aimer qui elle voulait, elle qui avait la chance de pouvoir vivre de son propre chef ; Tara devenait Tara, la seule qu’elle aurait réellement voulu être, la seule qu’elle devrait être à présent, celle que j’apercevais quand elle clignait rapidement des yeux, laissant ses cils battre en balayant mes doutes. À chaque éclat de rire, à chaque sourire, à chaque froncement de sourcils, à chaque mimique,  chaque mot, à chaque battement de son cœur, à chaque seconde qui prolongeait sa vie, je voyais cette femme que je rêvais de voir s’achever après s’être trouvée, pouvoir enfin s’accomplir.

Après être allé voler un baiser à ma belle, je m’éloigne pour revenir aussitôt et constate avec joie qu’elle pense que je renonce ; Tara est une créature dotée d’une rare innocence, ses plumes étant dorées par le soleil et blanchies par la lune, étincelantes d’une poudre féerique et au goût chocolaté, émanant une beauté mystique. Je m’éloigne avec une attitude princière, peut-être trop, mais la vérité est que si je pose de nouveau le regard sur la belle femme, il me serait impossible de réussir l’exploit m’éloigner d’elle.
Lorsque je reviens vers elle, vainqueur, mon âme me remercie en palpitant alors que je souris tendrement à la jeune femme qui m’accuse de je ne sais trop quelle tricherie me poussant à répondre un simple :

« Sois pas mauvaise joueuse ma belle, je suis juste… Trop fort, pas si difficile à dire quand même, si ? »

Modestie ? Où ? Pourquoi ? Ça existe ? Connais pas.
A vrai dire, je ne suis pas réellement vaniteux. Je suis peut-être un peu trop sûr de moi parfois, sans jamais en être déplaisant – et j’entends par là ce manque atroce de modestie. Pas que je le sois non plus, modeste je veux dire, mais… Bref, je pense ne pas être totalement capable de parler pour moi-même, alors peut-être Tara saurait le faire mieux que moi. Ou Peter tenez, cet homme me connaissait un peu trop bien, tellement que j’en venais à me dire qu’il devait posséder une sorte de don, à ne pas en douter. Un don d’omniscience et peut-être aussi une once de bêtise parce qu’à chaque fois que je repense à son histoire avec Wendy, j’ai fortement envie de le secouer. Mais bon, je m’égare.
Aussitôt qu’elle me dit que j’ai mon point, je me glisse derrière elle et d’une poussée forte, nous allons pourfendre l’air qui règne et déchirer l’atmosphère, faisant ciller la glace. Je m’arrête lentement, mais le changement de situation et d’état émotionnel dans lequel je me trouve me semble atrocement brusque quand je me vois enfouir mon visage dans son cou. Je finis par m’éloigner d’elle après une soudaine inspiration pour mettre mon cœur à nu, le lui offrir sur un plateau tressé d’un amour scintillant et elle me demande d’aller au bout de mon idée sans que j’en trouve le courage. Je change de sujet, lui lançant un défi avant de détourner les yeux, ne préférant pas voir sa réaction face au fait que je vienne de me dérober à son interrogation.
Elle me menace légèrement d’abandon avant de filer à son rythme, me laissant retourner au bord de la piste, les sourcils froncés.
Rentrer à la maison, hein ? Un sourire étire mes lèvres tandis que je la vois discuter avec les adolescentes qui ne cessent pas de rire, ne se départant pas un seul instant d’un regard étonnamment malicieux ; ce genre de malice encore innocente qui ne cessera certainement jamais de me laisser hébété. Je ne comprends pas trop ce que fait Tara, n’empêche, lorsqu’elle tenta de faire une certaine figure et, sans broncher, je la vois qui manque de tomber, se faisant rattraper puis aider par les autres filles. Elle finit par revenir vers moi et m’annonça de but en blanc que les adolescentes ne me trouvaient pas « trop mal », peut-être dans le « top trente » et je préfère ne même pas noter l’apparition de deux noms masculins que je vais ajouter au Max Irons de la dernière fois, quand Tara m’en avait parlé. Elle ne me laisse pas le temps de lui répondre qu’elle exécuter cette nouvelle figure qu’elle a appris tandis que je l’applaudis sincèrement en lançant un long sifflement, amusé. Elle vient se nicher dans mes bras après avoir ouvert mon manteau et le fait que moins de barrières vestimentaires ne font obstruction à la rencontre de  nos deux corps me fait grimper un sourire aux lèvres. Les siennes vont se poser sur mon cou avant qu’elle ne s’éloigne un peu, bien que je garde mon bras autour de sa taille, m’annonçant un bien étrange défi que je me devais, cependant, de relever.
Je réponds du tac au tac :

« Premièrement, je tenais à te dire que, très sincèrement, tu es la plus belle ici. Bon, la patineuse en jupe pailletée n’est vraiment pas mal, mais il lui manque un peu de charme, tu vois ? Mais tu veux ma mort, n’est-ce pas ? Parce que je sens que je vais me prendre une baffe… »

Je m’en vais trouver ses lèvres des miennes en un baiser que je décrirai volontiers de passionnés, allant traverser la barrière de ses lèvres pour entreprendre un ballet.
Je lui souris alors en murmurant un « Cap » avant de filer vers la jeune femme désignée par la jeune femme. Je glisse à quelques mètres d’elle et la voit tournoyer sur elle-même jusqu’à se retrouver dans mes bras. J’ai toujours été sûr de moi pour aller charmer ces demoiselles avant de commencer à lui parler, la félicitant sur sa façon gracieuse de faire du patins à glace, insérant quelques part un ou deux compliments quant à sa tenue et sa beauté. Elle sourit, rit même quelques fois, avant de me demander ce que je faisais de la blonde qui m’accompagnait depuis tout à l’heure.

« La même chose que tu fais de celui qui patinait avec toi avant qu’il n’aille je ne sais trop où. D’ailleurs, tu ne voudrais pas me filer son numéro ? »

Elle demande sèchement pourquoi faire et je me retrouve à lui dire que j’adorerai l’avoir pour pouvoir m’amuser comme un stupide gosse à lui faire des canulars ou à le rendre jaloux d’avoir sa chère partenaire dans mon lit. Elle me regarde d’un air suspicieux et je ne cille pas avant qu’elle soupire profondément en me demandant mon portable, marquant après un moment le numéro que je lui ai si gentiment demandé. Elle ne manque pas de rajouter le sien et je finis par m’éclipser en lui lançant un « à ce soir », sans pourtant en penser un seul mot. Je m’en vais jusqu’au bord de la piste et je m’y accoude en regardant Tara, lui tendant mon téléphone.

« Voilà chérie, j’ai dû ruser et carrément mentir, mais soit… Tu sais, tu n’as pas été méchante. Tu as fait ce qui était le mieux pour cette personne si importante, tu te souviens ? »

Je glisse une main sur son poignet que je retourne face à mes lèvres pour les embrasser, faisant clairement référence à cette dernière fois que l’on s’est vus avant qu’elle ne s’en aille à Blueside.
Je fais voltiger mes doigts sur la courbe de ses lèvres avant d’humecter les miennes, plissant les yeux avec les sourcils froncés avant de détourner le regard.

« Ce que je voulais dire tout à l’heure, c’était que jamais je ne cesserai de te désirer. Mais, eum, je ne veux pas que tu penses que c’est la seule chose qui me vient à l’esprit en ta compagnie, que tu penses que… »

Je bafouille littéralement et ça ne me ressemble absolument pas.
Non, ce n’est décidément pas la seule chose à laquelle je pense lorsqu’elle est en ma compagnie ;  c’est plus qu’un embrasement, bien plus qu’une explosion de sentiments et d’émotions, bien plus que tout ce que les poètes et écrivains ont bien pu décrire dans leurs histoires fantasmagoriques. Qu’ils trempent donc leurs plumes dans le fleuve mentholé qui m’inspire et qu’ils soient soutenues par cette créature divine et là, peut-être qu’ils pourront expliquer ce que je ressens pour elle. Mais en vérité, il faudrait que leurs âmes voie la sienne.
Je place une main contre son visage, l’autre sur sa hanche et l’amène à moi, en oubliant jusqu’au fait d’être présents sur la glace. Je m’en vais alors saisir une de ses mèches blondes que je noue autour de mon index, étrangement concentré là-dessus avant de laisser les mots dépasser ma pensée, passant outre la barrière décidément pas assez solide de mes lèvres.

« Je te mets au défi de trouver une phrase qui saurait décrire ce que je ressens pour toi. »

Et je suis sérieux. La main présente sur son cou se dépose sur la sienne et j’entrelace nos doigts en souriant avant de secouer négativement la tête, cherchant à changer de sujet, me sentant étrangement mal à l’aise – ou peut-être trop à l’aises, j’avoue ne pas particulièrement m’en rendre compte.
De nouveau, je repense à la relation qu’elle a eue avec Cesare et lui demande, sincèrement curieux :

« Tu peux m’en dire plus sur Cesare ? On en a déjà parlé avant que tu ne le quittes, mais j’aimerai que tu me parles un peu de lui. »

Je préfère ne pas lui dire que j’ai un bien étrange pressentiment rien qu’en prononçant son prénom, alors pour qu’elle ne lise rien de tel dans mes yeux de suie, je l’attire de nouveau à moi pour aller me pencher, la serrant dans mes bras lentement.
Est-ce que tu l’entends, Tara ? Mon cœur qui bat à tout rompre, mon âme qui palpite à la recherche de la tienne, la fièvre de leurs retrouvailles, la beauté de l’amour ? Tu entends tous mes sens qui sont exaltés, tu entends toutes ces belles choses que je ne saurai dire et que je ne te dirai probablement jamais mais auxquelles je pense très fort ?
Je me sens souvent indigne de ce que tu es, indigne de tout ce que tu peux m’offrir là où je n’ai rien d’autre qu’une sincérité immaculée, qu’une place dans ma vie entièrement dédiée à ta personne. Parfois, j’ai cette impression de basculer de nouveau dans un autre monde ; pas seulement parfois, mais chaque matin quand mes yeux s’ouvrent pour s’entrechoquer à tes mèches blondes, à tes émeraudes éclatantes qui m’observent, à tes fines lèvres rosées et parfaitement tracée. Ça fait mal d’avoir l’impression de ne plus rien contrôler, de chuter de nouveau, mais si c’est le prix à payer, alors je peux même ajouter un pourboire. Je ne saurai te le dire, tu sais, mais au final… Cette douleur est si bonne, si agréable, si suave et si normale ; une chute ? Je pense plutôt que ce qui me tiraille, c’est le fait d’être tiré vers le haut. Alors que je ne le mérite pas forcément. Ou peut-être que si. Si c’est avec toi, je pourrai résider sous les mers ou sous terre, dans les cieux à découvert ou caché derrière les nuages ? Si c’est pour un sourire, si c’est pour un éclat de ta vivacité, si c’est pour une transmission de joie de vivre, alors qui suis-je pour refuser ?
Je t’aime, tellement fort que le sourd l’entendrait, que l’aveugle le verrait.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyLun 10 Fév - 0:30


« Te faire mourir de rire, aspirer tes soupirs, m'enfermer tout le jour, écrire des mots d'amour, te regarder dormir, me regarder guérir, faire du vélo à deux, se dire qu'on est heureux. Emmerder les envieux.  »

Rose
Autour de la piste de patinage, il y avait des arcades de briques rouges ornées de guirlandes lumineuses qui clignotaient en doré et rose, et sous les arcades on trouvait quelques boutiques dont un petit café avec des fauteuils en velours vert installés en vitrine, un vendeur d’accessoires pour l’entretien de ses patins à glace, et, surtout, une confiserie avec beaucoup de jolies sucreries colorées dans des bocaux, que Tara avait repérée dès leur arrivée. Ayant envoyé Aiden s’occuper auprès de la patineuse et tâcher de remplir sa mission (cette fois, Tara s’imaginait assez volontiers qu’il reviendrait bredouille auprès d’elle, sous-estimant peut-être un peu trop son esprit ingénieux et la force de persuasion de son beau sourire), la demoiselle arriva devant le vendeur et lui déclara qu’elle « devait absolument goûter ça », ce à quoi il lui répondit qu’il espérait qu’elle n’était pas toute seule pour le manger. Elle lui demanda pourquoi et il lui affirma que c’était très triste de déguster une telle douceur en solitaire. Il lui proposa donc aimablement son aide pour la manger et, Tara, qui n’aimait pas trop partager ses friandises avec des inconnus, le remercia en secouant ses boucles blondes et en lui assurant qu’il ne devait pas s’inquiéter pour elle, qu’elle savait déjà comment elle allait procéder, mais qu’au besoin elle reviendrait peut-être lui demander de lui prêter un couteau. Il cligna des yeux en faisant une tête bizarre dont la jeune femme ne se formalisa pas et lui échangea une boîte de plastique dur et transparent dans laquelle il avait placé la tant attendue friandise contre quelques pièces et un sourire ravi. Quand elle retourna en bord de piste, Tara posa la boîte juste derrière le muret et repéra rapidement Aiden, au centre, récupérant son portable qui s’était retrouvé entre les mains de la patineuse. Il glissa jusqu’à elle et s’accouda au rebord en la regardant avec son regard foncé qui pétillait en lui tendant son téléphone.
« Voilà chérie, j’ai dû ruser et carrément mentir, mais soit… Tu sais, tu n’as pas été méchante. Tu as fait ce qui était le mieux pour cette personne si importante, tu te souviens ? »
Contrairement au jeune homme, Tara adorait qu’il l’appelle « chérie », c’était intime et gentil, d’une extrême simplicité contrairement au très doux « mon ange » qu’elle aimait aussi beaucoup, mais beau parce que dit en l’air et comme si le mot lui venait tellement naturellement qu’il le prononçait sans y penser. Paradoxalement, elle avait cru comprendre que le même mot lancé à une presque-inconnue au milieu d’un bar était assez vulgaire, mais ici c’était comme un baiser sur le front ou une petite caresse sur la joue. Quant à « mon ange », c’était un long câlin ou le fait de s’endormir dans les bras, et « mon amour », un baiser d’abord lent et doux et de plus en plus fort. Elle avait remarqué les petites nuances délicieuses de tous ces mots qu’ils se disaient comme piochant dans un paquet de bonbons chacun son tour, c’était plutôt l’exercice inverse qui était plus compliqué pour elle. Par exemple, Aiden lui prit le poignet et le porta à ses lèvres sous le regard attentif de Tara qui s’émerveillait-angoissait toujours de ce qu’il allait faire à chaque fois qu’il la touchait. Quelquefois, comme ici, le geste était chargé de tendresse et de poésie et elle comprenait assez vite, y répondait sur le même ton. Quant il relâcha son poignet, elle fit tomber sa main dans son cou et y laissa une caresse appuyée en lui souriant affectueusement, et cela voulait dire merci d’être si exceptionnel que je veux bien croire que je suis un peu importante quand c’est toi qui me le dis.
« Je me souviens », chuchota-t-elle simplement.
De ces picotements d’appréhension avant de partir à Blueside, de l’angoisse de laisser Cesare derrière soi sans savoir ce qu’il ferait en apprenant son départ, de la sensation d’être égoïste et faible, de ne pas savoir faire face, de toutes ces choses qu’il mit alors sur pause dans son esprit en la forçant à le laisser l’étreindre sans qu’elle ne le repousse. De son courage dont il ne dit rien parce que c’est ça, être vraiment courageux, c’est voir les besoins de l’autre avant les siens et ne pas lui en faire le reproche, de sa tendresse qu’il lui offrit sans espoir, de comment il aurait tellement pu la faire rester tout en choisissant de lui donner la force de partir, de combien il l’avait toujours écoutée quand elle était inquiète ou fâchée contre Cesare, de ce qu’il lui disait dans son intérêt à elle, même quand cela allait en contradiction avec son bonheur à lui, de combien elle l’aimait si fort que son cœur tressautait quand elle avait lâché sa main pour aller apprendre à exister. Elle se souvenait.

Elle prit le portable qu’il lui tendait et dont l’écran affichait un numéro enregistré sous le nom de « Léo ». Elle appuya sur le bouton vert, porta l’objet à son oreille et écouta les tonalités jusqu’à ce qu’une voix masculine fasse entendre un « allô ? » auquel elle rougit en raccrochant vite, ne sachant pas quoi dire.
« Trop fort ! dit-elle en lui rendant l’objet, bonne joueuse. Et puis, je m’en fiche d’être plus ou moins jolie qu’elle, tu sais… J’aime que tu me regardes si fort que tu es complètement incapable d’être objectif malgré ta bonne volonté. Dans tes yeux je suis une princesse, c’est tout ce qui compte ! »
Elle lui sourit et il se rapprocha un peu pour passer doucement ses doigts sur son sourire, comme s’il lisait en braille le dessin de ses lèvres. Son cœur fit un petit bond avant qu’un rose léger lui maquille les pommettes couleur modestie et envie de câlins.
« Ce que je voulais dire tout à l’heure, c’était que jamais je ne cesserai de te désirer. Mais, eum, je ne veux pas que tu penses que c’est la seule chose qui me vient à l’esprit en ta compagnie, que tu penses que… »
Elle pensait bien ne l’avoir vraiment jamais entendu s’emberlificoter dans ses paroles avant aujourd’hui. Elle posa sa main sur celle qui lui caressait le visage et lui fit de nouveau passer son index sur ses lèvres, pour y appuyer un petit baiser avant de les entrouvrir et de mordiller tout doucement la pulpe de son doigt. Deuxième fois qu’il ne finissait pas sa phrase, normalement elle aurait dû faire volte face et l’abandonner, mettant ses menaces à exécution, mais tout compte fait elle préféra le punir par cette morsure discrète dont elle n’aperçut pas le petit côté sensuel, mue par sa spontanéité et son naturel espiègle habituels. Quand elle le relâcha, il fit s’envoler sa main en direction de ses cheveux pour former une anglaise autour de son doigt tout en l’attirant contre lui.
« Je te mets au défi de trouver une phrase qui saurait décrire ce que je ressens pour toi. »
Pas cap. Ce fut sa première idée, juste avant qu’il se penche pour lui attraper un baiser. Elle releva doucement la tête et répondit fragilement à son étreinte, jusqu’à ce qu’il la réveille en insistant plus et qu’elle se redresse en s’accrochant au col de son manteau pour appuyer plus fort elle aussi. Quand ils se séparèrent, juste un peu, entrelaçant leurs doigts, elle sentit bien que son âme en avait profité pour se désaltérer de la sienne et qu’elle en était ressortie plus rayonnante et plus confiante. Elle réfléchit et prit la parole avec précaution.
« Je crois que je te donne envie de nous inventer un langage, et c’est ce qu’il me faudrait pour répondre à ton défi, des mots à nous. C’est parce qu’on ressent l’ineffable. On ne sait pas vraiment comment dire qu’on est dans les yeux de l’autre comme chez soi ; les yeux ouverts, on regarde nos âmes par la fenêtre, et quand on dort, on referme sur nous la porte d’un monde que nous sommes les seuls à partager. C’est impossible aussi d’expliquer pourquoi l’oxygène ne devient vital et le ciel bleu que parce que quelqu’un te murmure à l’oreille de respirer et d’être heureux. Tu me fais me sentir importante et je te fais te sentir protégé (et ne dis pas le contraire, je sais bien que j’ai zéro force, mais je te protège dans mon cœur). Tu m’apprends à être libre et je t’apprends à être aimé, et je crois que ce qu’on ressent c’est d’être complétés. Mais je ne te dis pas un millième de la vérité, je résume ce qui ne peut l’être, et je me donne bien du mal en vain pour relever ton défi. Peut-être que je ne suis pas cap, et que j’ai perdu. On s’en moque, l’essentiel c’est de s’aimer ! »
Elle resserra sa main dans la sienne en souriant, attendant de voir ce qu’il lui dirait sachant que ses mots sont un millier de fois trop insuffisants. Un jour, Cesare lui avait raconté une histoire. C’était un de ces jours où il était d’humeur apaisée et où il l’avait prise dans ses bras sans qu’elle ne s’y attende. Il lui avait dit qu’au premier jour de l’humanité, chaque individu était double : il avait un seul corps, un seul cœur, mais deux esprits et deux âmes dans cette unique enveloppe charnelle. L’une des âme était sensible, délicate et lumineuse, l’autre était puissante, téméraire et sombre, et les deux entrelacées formaient l’harmonie la plus parfaite. Que ces humains idéaux aient commis un péché ou bien offensé Dieu en se congratulant de leur bonheur sans faille, ils furent punis et séparés : deux corps, deux cœurs, pour diviser les esprits et les âmes qui avaient pourtant l’habitude d’être liés. Le malheur humain viendrait de ne pas réussir à retrouver cette harmonie des temps primitifs, cette fusion corporelle et intellectuelle avec l’être qui leur convient le mieux au monde. Alors, quand Aiden lui disait qu’il la désirait, elle rougissait mais elle le comprenait très bien. Il désirait qu’ils se fondent l’un en l’autre pour retrouver une complétude harmonieuse que leurs âmes avaient déjà entrepris de conquérir. Et elle le désirait aussi. Ce n’était pas que physique mais pas uniquement spirituel non plus, et, pour Tara, c’était entièrement nouveau, elle qui s’était toujours plus ou moins attendue à être repoussée dès que des élans de tendresse la faisait embrasser Cesare avec un peu trop d’entrain.

D’ailleurs, Aiden prononça le nom de son ex fiancé. Elle l’observa sans réagir, sans que rien dans son apparence ne change ou ne trahisse cette glaciation intérieure, si ce n’est un figement général un peu bizarre que personne n’aurait pu constater à moins de connaître personnellement la jeune femme : pour qui connaît Tara, il était précisément anormal qu’elle reste dans la même position plus de cinq secondes de suite, hyperactive qu’elle était. Aiden la prit dans ses bras comme il l’aurait entourée de papier bulle, étrangement gêné. Elle ne voulait pas de cela entre eux, elle ne voulait pas donner à Cesare la satisfaction morale d’être pour eux un sujet tabou. Ni que son prénom soit prononcé avec une pointe de méfiance dans un murmure funeste. Il n’y avait pas de raison de mythifier le personnage. Pourtant, elle agissait bizarrement et par automatisme quand il était question de lui. Elle se détacha doucement d’Aiden mais avec une drôle de rigidité dans le mouvement, secoua la tête en souriant.
« Il n’y a pas grand-chose à en dire, commença-t-elle d’un ton trop aigu et dont le côté guilleret sonnait comme un bruit d’ongles sur un tableau noir. Je l’ai rencontré il y a deux ans lors d’une conférence de presse à propos de son dernier livre de psychanalyse. Je portais une robe bleue assortie à sa cravate et, bêtement, c’est la seule chose que j’ai trouvée à dire quand je me suis retrouvée devant lui pour… »
Elle s’arrêta. Elle disait les mots mais ils n’appelaient aucune image à son esprit. Les mêmes mots qu’elle répétait sagement lors de ces grandes réceptions où elle portait de longues robes transparentes et couvertes de pierres précieuses qui la mettaient tellement mal à l’aise, lorsqu’on lui demandait comment elle avait rencontré son fiancé. Elle se confrontait au noir fuligineux des yeux d’Aiden et elle se trouvait lamentable de lui parler ainsi. D’une part parce qu’il la connaissait, qu’il savait son langage et devinait son malaise, d’autre part parce qu’elle ne pouvait pas lui mentir par omission et faire semblant de se souvenir de sa rencontre avec Cesare alors que c’était faux. Elle glissa de nouveau sa main dans la sienne et l’incita à la suivre.
« Viens, on va s’asseoir un peu. Je nous ai acheté quelque chose de chouette, en plus ! »
Elle sortit de la piste et se baissa pour ramasser la petite boîte transparente qui était restée cachée derrière le rebord, avant de prendre place sur un banc non loin, faisant signe à Aiden se venir près d’elle. Elle souriait comme une gamine en ouvrant la boîte et en attrapant la baguette de bois piquée dans la fameuse pomme d’amour toute rouge et toute brillante. Tendant la friandise à Aiden, elle demanda :
« Tu veux bien croquer en premier pour que je puisse mordre après ? »
Elle se doutait bien qu’elle n’arriverait jamais à mordre assez fort pour casser la couche de caramel qui entourait la pomme, ayant plutôt l’intention de faire le tour des endroits que croquerait Aiden. Etrange que quelque chose d’aussi savoureux soit si difficile à manger, d’ailleurs. Après un moment où elle regarda les patineurs tourner en rond devant leurs yeux, elle prit une petite inspiration pour répondre au jeune homme.
« En toute sincérité, je ne me rappelle rien de nos débuts avec Cesare. C’est certainement mon accident qui a tout effacé. Ce que je sais, c’est qu’il est beau et triste, et que naïvement j’ai toujours cru que je le guérirai. Je ne pense pas qu’il se considère blessé. Mais il a eu une enfance… horrible, dont il ne m’a pas tout dit parce que je lui ai demandé de ne pas m’en dire plus, j’avais trop mal pour lui. J’ai mal pour lui, et c’est bizarre, tu vois, d’accepter de prendre en charge la douleur de quelqu’un d’autre. Quant à lui il ne m’a jamais fait souffrir, mais il ne m’a pas non plus… »
Aimée ? Tara réfléchit une seconde et glissa sa main dans le cou d’Aiden, qu’elle sentit frissonner instantanément sous ses doigts un peu froids, avant qu’elle les fasse passer sur sa nuque en une caresse.
« Tu te laisses faire parce que tu me fais confiance, n’est-ce pas ? Et tu ne te sens pas faible quand tu me dis que… que tu me désires ? Cesare pouvait me repousser très fort, quelquefois, quand j’avais un geste affectueux à son égard. Il ne me repoussait pas que physiquement, il mettait entre nous une barrière mentale qui me rendait triste. A d’autres moments, par exemple quand il m’embrassait, j’avais l’impression qu’il agissait mécaniquement et en m’obligeant à ne pas bouger… enfin, je veux dire que je n’ai jamais vraiment rien partagé avec lui, et que c’est certainement ce qui m’a effrayée. Quand il me parlait d’art et de littérature, quand il était doux avec moi, je voyais de la lumière en lui, mais si mon sourire lui montrait que j’avais cette vision, il se refermait et m’abandonnait moralement. Je n’en pouvais plus qu’il me ferme la porte au nez. J’ai vécu auprès de lui deux années d’hiver du cœur, c’est pour cela que je me suis enfuie deux fois, avec toujours la peur qu’il me retrouve et qu’il glace la plus petite fleur que j’aurais pu voir éclore en moi en étant loin de lui… Tu… tu voulais savoir, mais maintenant s’il te plait ne me pose plus de question sur lui pour aujourd’hui. Il me donne froid… »
La première fois qu’elle s’était enfuie et qu’il l’avait retrouvée, elle s’était excusée d’avoir été aussi égoïste et lui avait été reconnaissante d’accepter de la recueillir de nouveau. Cela prouvait le degré d’ingéniosité de Cesare qui parvenait à retourner la situation pour la faire se sentir coupable. Elle en venait à douter d’elle-même, à se trouver cruelle d’avoir bêtement eu peur de lui et de l’avoir quitté. Mais Aiden avait vu les petites fleur dans le timide jardin de son cœur et les avait trouvées belles. Il lui avait apporté de l’eau pour les abreuver et du soleil pour qu’elles grandissent. C’était à peine une métaphore, Tara savait que le jeune homme lui avait permis de survivre en l’aidant à entretenir un jardin secret qu’elle cultivait sans le dire à Cesare. Elle posait un regard sérieux et tendre sur Aiden, l’observa en silence sans qu’il n’ait l’air de vouloir s’en défendre, et elle vit. Elle vit son cœur qui battait à tout rompre, son âme qui palpitait à la recherche de la sienne, la fièvre de leurs retrouvailles, la beauté de l’amour. Elle vit tous ses sens qui sont exaltés, toutes ces belles choses qu’il pensait ne pas savoir dire et qu’il croyait taire, auxquelles il pensait pourtant très fort.
« Je t’aime. Tellement fort que, même bâillonnée, mon cœur trouverait encore une façon de te le crier. »
Les mots faisaient suite à ses pensées, à son regard sincère et à ce qu’elle observait du jeune homme, comme parachevant à la fois leurs réflexions et leurs sensations emmêlées. Elle récupéra tranquillement la pomme d’amour dans la main d’Aiden, avant de lui sourire et de croquer à son tour.
« Demande-moi si je suis cap de ne plus jamais avoir froid, maintenant. »

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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyJeu 13 Fév - 22:26

Deuxième étoile à droite et filer tout droit jusqu’au soleil.

Cette belle brune à la jupe pailletée qui est juchée sur ses patins à glace a plus de charme que je ne le laissais entendre, plus de grâce que bien des femmes que j’ai connues. Pourtant, lorsque Tara m’envoie accomplir un défi qui me parait impossible, une fois que je me retrouve près d’elle, la dominant de ma taille, me rendant compte de ce sourire niais accroché à ses lèvres, j’aurai dû penser à tout sauf à ce qui me passait par l’esprit en cet instant : que pouvait bien faire Tara ?
La patineuse émanait d’une beauté plus superficielle et pouvait être considérée comme une femme pulpeuse, pourtant, mes yeux ne firent que passer sur ses courbes, ne firent que tressauter sur ses lèvres avant de s’encrer dans son regard ; je ne garde en tête que ce défi que je m’obstine à relever, m’obligeant à ne pas regarder ailleurs pour ne pas paraitre désagréable. Stupidement, je note qu’elle aurait pu faire partie de ces femmes que j’aurai attiré une nuit ou deux dans mon lit mais qu’étrangement, aujourd’hui, elle me faisait plus l’effet d’une guimauve trop brûlée au goût exagéré plutôt que celui d’une douce sucrerie acidulée.
Lorsque je reviens vers ma belle, je lui tends le téléphone qui voltige de mains féminines à d’autres aujourd’hui en tentant de deviner où elle avait bien pu aller entre temps.
J’ai plus l’habitude de lui donner des surnoms affectifs aux sens multiples qu’un simple « chérie » ; je n’y pense pas réellement, c’est plutôt spontané, je la décris comme mon cœur me tonne de la décrire, lui accroche diverses appellations à ses ondulations blondes. Je ne me suis jamais trouvé particulièrement poétique, pas plus que je ne suis vulgaire ; je ne drague pas, je séduis ; je n’adore pas, j’aime ; je ne suis pas content, je suis heureux – je ne fais rien à moitié, vise dans le trop ou dans le pas assez, jamais dans le juste milieu. J’ai cette étrange habitude de rarement appeler les jeunes femmes de leurs prénoms, comme si ce n’était pas assez fort, pas assez significatif pour leur exprimer tout ce que je peux ressentir à leur égard – comme de doux baisers à l’arome paradisiaque et aux éclats divins, je suis tactile au sens propre et métaphorique, peut vous prendre dans mes bras et, sans même vous toucher, embrasser passionnément votre âme.
Tara ne m’a pas changé depuis que j’ai découvert mes sentiments pour elle, pas plus qu’elle ne m’a changé en allant glisser sa brosse à dent dans mon cœur, comme une promesse silencieuse qu’elle serait là, qu’elle le resterait. Ce qu’elle a fait, c’est penser ces blessures, penser ce mal à l’aise, m’affirmer encore et encore que j’en valais la peine, me dire que je pouvais être aimé, que j’étais important ; Tara a su trouver le meilleur de mon âme et l’a poli jusqu’à le faire étinceler, condamnant tous mes défauts et toutes mes douleurs à l’ombre ténébreuse. Le mal qu’a pu causer le départ de Lauren, la disparition de Catherine, l’histoire avec Nala… Tara a soufflé dessus aussi vivement qu’elle aurait soufflé sur la poussière recouvrant un recueil de poèmes pour aller s’abreuver de jolis mots et se maquiller de leurs complexes sens.

Je l’amène à convoquer sa mémoire, à invoquer ses souvenirs pour pouvoir se rappeler de la moindre parole prononcée ce dernier jour que je la vis avant qu’elle ne s’en aille à Blueside, le moindre geste esquissé, le moindre battement que mon cœur a loupé trop concentré à l’aimer ; elle se souvient, qu’elle me dit dans un chuchotement, tel un préambule à une long poème : elle se souvient de cette distance instaurée entre nous, elle se souvient de cette façon simple et naturelle qu’on a eu de se retrouver après s’être cherché trop longtemps à notre goût, elle se souvient de cette étreinte, elle se souvient de ce cadenas que j’ai ouvert et de cette valve d’espoir que j’ai fermé lorsqu’elle m’a annoncé son départ, elle se souvient du marqueur, de la fluidité de mes lettres et de cet effleurement céleste de mes lèvres sur son poignet, elle doit d’ailleurs se souvenir de notre proximité physique ce jour-là, des promesses faites verbalement, de celles faites silencieusement. Oui, elle se souvient, je le vois à son regard, je l’entends, le sens ; on se souvient.
Je me tourne vers la piste et observe les adolescents de tout à l’heure que j’entends glousser d’ici ; la patineuse qui a repris ses figures mais qui semble étrangement moins fluide, comme déstabilisée ; je vois que deux nouveaux arrivants débarquent sur la glace et si ce n’est leurs rires que j’entends, ce sont leurs cœurs qui battent à l’unisson, leurs sourires en écho, leurs doigts enlacés – ils doivent avoir dépassé la soixantaine depuis belle lurette déjà, mais j’ai l’impression de voir en eux brûler la passion d’un couple de vingt ans. Je laisse mes prunelles revenir s’accrocher aux traits angéliquement fins de Tara qui me tend précipitamment mon téléphone après avoir enfoncé le bouton pour raccrocher, les joues flambantes. Elle me rend mon téléphone dans une exclamation de joie et je ris doucement en enfonçant l’engin dans la poche de mon manteau alors qu’elle dit que je ne suis pas objectif, qu’elle est une princesse dans mon regard. Je pense pourtant très sincèrement ne pas avoir fait preuve de subjectivité, mais je ne la contredis pas et me contente de m’approcher d’elle pour aller encrer son sourire à mes traces digitales comme s’il faisait intégralement partie de ma personnalité et que, sans lui, je ne serai tout simplement plus moi. Je reprends mon idée de plutôt, sans même me rendre compte qu’encore une fois, j’ai bêtement inachevé ma phrase ; mais qu’elle ne m’en tienne pas rigueur, il m’en a fallu du courage émotionnel et de la discipline pour faire taire mon égo et lui avouer à quel point je la désire. Il n’est pas question de domination, peut-être un peu plus de possession ; je ne veux pas qu’elle pense que je ne suis qu’un imbécile parmi tant d’autres, car si j’avoue sans mal être un idiot, je refuserai d’être mis dans la même catégorie que les autres.

Posséder quelqu’un, c’est concret, difficile aussi ; posséder quelqu’un, il faut savoir le faire, il y a tout un art, toute une manière. Il faut capturer l’esprit et faire tomber amoureux l’’esprit, il faut trouver le bon rythme entre les battements d’un cœur et les palpitations de l’âme, il faut posséder sans causer de mal et savoir se laisser posséder simultanément. Il faut que le mental soit en parfaite harmonie avec celui de l’autre pour pouvoir parfaire les conditions dans lesquels les corps se découvriront à leur tour. La main sur son visage est vite accompagnée de la sienne et mon index se voit imprimé d’un léger baiser avant de se faire attaquer par les dents de Tara tandis que je fronce les sourcils. Si je la sais capable de sensualité, je me dis qu’en cet instant, elle ne doit penser qu’à… Je ne sais pas, en fait, je suis trop absorbé par son geste pour tenter de savoir ce qui a bien pu lui passer par la tête.
Encore embrumé dans de douces nuées sensuelles et romantiques, je lui lance un défi que je serai moi-même dans l’incapacité la plus totale de relever et, peut-être dans l’espoir de réussir à l’inspirer ou peut-être par simple envie, je me penche vers elle pour aller saisir ses lèvres entre les miennes et je la sens répondre faiblement à mon étreinte avant de finalement s’agripper à mon col avec plus de passion que je ne l’aurai pensé ; nos doigts entrelacés, sa langue alla s’abreuver de la poésie baudelairienne pour me répondre avec précaution. À mesure qu’elle parle, des étincelles vont trouver refuge dans mes prunelles alors que je m’humecte les lèvres, impatient à chaque mot de connaitre le suivant. Lorsqu’elle finit sur une note enthousiaste, je ne suis capable que de lui sourire doucement en écho au sien, allant glisser ma main libre dans sa chevelure alors qu’elle resserrait ses doigts autour des miens.
Je me demande de quelle planète lointaine elle peut bien venir et je me dis que pour voir un esprit si volatile, elle doit bien être venue de Neverland, cet endroit même nourrissant les esprits d’imagination multicolore et de pailletés étincelantes. Je ne pense plus au jeu que nous avons instauré entre nous, ne fait que taire tous ces mots qui se bousculent sur ma langue avant de les laisser filer jusqu’aux oreilles de Tara :

« Je pense que j’en viendrai à remettre en question la langue des plus grands poètes car les mots ne sont pas assez forts pour te dire combien je t’aime, combien tu m’es indispensable. Qu’importe d’avoir de l’oxygène si ton souffle s’abat sur mon visage ? Quel intérêt à savoir le ciel bleu si les larmes embuent tes yeux et me privent ainsi de la beauté mon ciel ? Ferme les yeux et tu verras à quel point mon cœur n’est baigné que dans ton âme, à quel point ton nom y est encré profondément et en lettres pailletées. Bouche-toi fort les oreilles et tu entendras le silence qui règne dans mon monde lorsque tu es loin de moi – tu comprends que je ne te parle pas de distance physique, n’est-ce pas mon amour ? J’irai embrasser ton âme et embraser ton cœur ; j’irai embrasser tes lèvres et embraser son regard. »

Je parle ensuite de Cesare. Ce nom pèse lourd dans ma bouche en allant y saupoudrer de la poudre amère qui s’insinue jusqu’à mon cœur pour lui faire rater un battement. Tara plante son regard dans le mien et ne bouge plus ce qui m’amène à réellement regretter d’avoir abordé ce sujet avec elle. Mais pourtant, j’aimerai vraiment qu’elle m’en dise d’avantage sur lui, je sais que j’aurai besoin de quelques informations lorsqu’il décidera à faire irruption dans notre vie – car il le fera, je n’en doute même pas. Je la prends dans mes bras doucement, comme pour la rassurer alors que je suis en peine de me rassurer moi-même quant à cet être mi-homme mi-monstre. Elle s’éloigne un peu de moi sans que je ne distingue cette agilité qu’elle avait habituellement et mon cœur se resserre un peu plus alors que je lève les yeux au ciel.
Elle commence à parler d’une voix que je ne lui connaissais pas, avec un ton que j’assimilerai au grésillement d’un téléviseur qui réussit à réellement m’inquiéter. Je mémorise chacun des mots qu’elle m’adresse, notant dans un coin de mon esprit que sa réponse me semble étrangement machinale, comme si elle ne faisait que réciter ce qu’on lui avait demandé d’apprendre par-cœur eu préalable. Ses doigts appellent silencieusement les miens avant de les trouver avant de s’exclamer un peu plus joyeusement ; je la suis jusqu’à un banc en faisant taire ma curiosité : autant celle qui me ronge pour connaitre ce qu’elle a bien pu acheter que celle qui déchire chaque veine reliant mon cœur à un autre organe pour savoir ce qu’elle allait dire d’autre à propos de Cesare. Le fait est que je ne fais pas confiance à ma voix, alors je préfère ne rien dire, colorie mon visage d’un joli sourire accroché à mes lèvres avant d’aller m’installer près d’elle sur ledit banc désigné ; mon regard a vaguement glissé sur la boite qu’elle avait prise, mais j’ai joué le jeu et n’ait pas cherché à faire voir à mon regard la réalité de cette surprise. N’empêche, quand elle l’ouvrit, je ne regardait que son visage, ce sourire aux mille et une couleur et avec plus de deux milles éclats différents qui firent envoler des papillons dans mon cœur et firent crier les loups de mon âme à la lune – lune qui s’est logée dans le regard émeraude écarlate de ma belle. J’en verrai presque le reflet de sa la surprise dans ses yeux. Elle me tend alors un bâtonnet planté dans une pomme rouge qui a baigné dans du caramel et son air enfantin semble se transmettre jusqu’à moi en la lui prenant doucement des mains, m’exclamant joyeusement après qu’elle m’ait demandé de croquer en premier :

« Tu as dû lire mon journal intime que je n’ai pas pour savoir que j’adore cette friandise, n’est-ce pas ma belle ? Je suis gentil, je vais te laisser croquer un peu aussi… Mais pas trop hein ! »

Je ris doucement en allant embrasser la joue de la belle avant de laisser percer mes dents qui vont se nourrir de cette délicieuse courbe. En m’éloignant, je laisse échapper un « oups » comme si j’avais confondu la pomme avec la joue de Tara et lui souris doucement ; si je devais choisir ma friandise préféré, je pense cependant que je n’hésiterai pas un instant, même si la concurrente s’avérait être une grosse pomme rouge toute de caramel ornée.
Au moment où je pose mes dents sur ladite pomme, la jeune blonde commence à parler et j’attends qu’elle prononce ce prénom que je peine à entendre pour croquer brusquement, préférant savourer cette douceur paradisiaque de coton aspergée plutôt que d’avoir à subir l’amertume des six lettres associés pour former le prénom de son ex-fiancé. Plus elle en dit, plus je regrette d’avoir abordé ce sujet ; avoir mal pour quelqu’un que j’ai toujours jugé d’inhumain mais que j’ai déjà défendu, car le bonheur de Tara passait bien avant le mien – la seule différence, aujourd’hui, c’est que j’espère que son bonheur se mêle au mien – je ne peux l’entendre de sa bouche, car c’est quelque chose d’étrange qui voile mon regard. Ça aurait été de la jalousie, j’aurai pu comprendre, mais c’est plus fort, plus violent, plus douloureux aussi : j’ai l’impression qu’elle perd son temps, l’impression qu’il abuse d’elle, alors je pense bien que c’est de la désinvolture qui accapare mon esprit. Les doigts qu’elle glisse sur ma nuque me font frissonner et je lui souris légèrement ; un sourire qui s’efface quand elle évoque leurs baisers, un sourire qui se fait oublier à sa dernière phrase. J’ouvre la bouche pour lui répondre, mais je préfère abandonner cette idée de peur qu’un venin noir ne s’écoule de ma gorge.
Mais Cesare, ses mots, ses mensonges, ses baisers, ses barrières, sa frustration, son exagération, sa beauté, sa froideur, sa tristesse… Tout est balayé par la déclaration de Tara, tout est balayé par ces petites fleurs de lys qui viennent papillonner tout autour de nous. Elle prend la pomme d’amour de mes mains et je me lève à l’entente d’une drôle d’idée qu’elle émet. Je me mets en face d’elle et lui reprends doucement la pomme des mains avec un air malicieux, la pose dans la boîte avant de m’accroupir, posant mes paumes sur ses genoux en ancrant mon regard dans le rien.

« Non, Tara, je ne me sens pas faible en te disant que je te désire – un peu gêné, peut-être. Pas plus que je ne me sens faible là, dans cette position. La vérité c’est que je n’ai jamais été aussi fort et fier qu’avec toi, que si je devais me vanter de quoi que ce soit, ce ne serait pas d’un témoignage de force face à toi en te repoussant brutalement, mais plutôt du fait d’être aimé et protégé par toi – tu ne me protèges pas seulement dans ton cœur, crois-le bien, il me suffit de penser à toi pour ne pas faire quoi que ce soit que je regretterai. Quand tu étais à Blueside, maintenant que j’y pense, l’alcool et les cigarettes auraient vraiment pu avoir raison de moi… Mais disons que je n’exagérais pas trop, parce que même si tu aurai pu retourner avec Cesare, je savais que tu reviendrai et c’était le plus important ; pouvoir garder un œil sur ton bonheur, combien même je ne serai pas celui avec qui tu le partagerais. Je suis désolé si je t’ai obligé à ressentir le froid, s’il t’a rongé les os, mais il fallait que j’en sache plus, il fallait que j’entende ta voix quand tu parle sde lui. Je ne suis pas jaloux, je te fais confiance et, crois-le bien, mon âme bat de t’aimer et mon cœur palpite de t’aimer… La seule chose, c’est qu’il a fait partie de ta vie et qu’il en fait encore partie, qu’il n’a pas fini de nous hanter, alors j’aimerai te savoir capable d’exploiter tout ce que tu as appris à Blueside. Si en ma compagnie, tu ne peux parler de lui simplement, comment l’affronterais-tu ? »

Je me redresse et me penche jusqu’à ses lèvres pour les capturer en un long baiser doux, calme, à l’image de l’amour angélique que je lui porte. Je lui caresse le visage du bout des doigts avant de saisir la pomme d’amour discrètement, allant la coller rapidement sur le bout de son nez que je vais croquer doucement.
Je reviens m’installer près d’elle et lui rend la confiserie avant d’aller nicher mon visage dans son cou en faisant passer un bras autour de sa taille pour l’attirer à moi.
Mon cœur devrait battre de l’aimer et mon âme palpiter de l’aimer ; mais mes sens sont emmêlés, confus, alors mon cœur palpite de l’aimer et mon âme bat de l’aimer ; le jour où je cesserai d’aimer Tara, je mourrai. Simplement.

« Je ne veux pas te demander ça, ma belle. Si tu n’as plus froid, alors je ne pourrai plus te réchauffer. Or, c’est une de mes activités favorites avec les chatouilles. Plus sérieusement et pour ne rien te cacher, le fait que tu ressentes ce froid m’apaise, car si tu ne ressentais rien, alors j’aurai peur que tu en viennes à oublier qu’il pourrait se montrer monstrueux. Ne sois pas terrorisée, mais ne pense jamais être privilégiée avec lui. Je serai là Tara, je te promets que je serai toujours là pour te donner un peu de chaleur, quoi qu’il arrive. Je ne fais pas de promesses sans être sûr de les tenir et, même si on en vient à être séparés… Je serai là pour toi, même si je dois sympathiser avec les ténèbres en me cachant entre les ombres. »

Aie peur Tara, aie peur de lui, au moins, je pourrai être à peu près sûr que tu ne feras rien de stupide contre lui. En espérant que rien ne sera plus fort que cette peur – pas même l’amour – même si j’en doute fortement.
Je glisse mes mains sur son cou et lui fais délicatement tourner le visage vers moi, un doux sourire aux allures espiègles éclairant mon visage.
Vois comme je t’aime, vois comme je tiens à toi, vois comme ton bonheur est mien, vois comme ton indépendance rend mon cœur dépendant.

« Dans tout ça, j’ai droit à quelle note pour mon romantisme ? Oh et mange pas toute la pomme, comment tu pourrais rentrer dans la robe de chocolat que tu voulais tant il y a quelques temps ? »
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyMer 19 Fév - 23:42

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Il lui était déjà arrivé de plonger loin au fond de deux yeux sombres, d’entrouvrir les lèvres sous un baiser pour laisser un assoiffé s’abreuver de son souffle, de mettre tant d’énergie à réchauffer le cœur de quelqu’un que cela la laissait pantelante. A chaque fois que le nom de Cesare était prononcé, elle sentait sur elle son empreinte, et le poids de toutes ces fois où elle avait essayé de vivre pour lui. Quand elle regardait au fond de ses iris doré foncé, elle voyait le figement de son âme sous la glace, le silence de son cœur abattu, elle voyait ce qu’il aurait dû avoir d’humain qui pourtant stagnait sans vie dans la vase de sa tristesse et de sa rancœur. Son âme et son cœur étaient petits et fragiles comme s’ils étaient restés coincés dans l’enfance. Le fait est qu’il était insensible désormais. A chaque fois qu’il lui apprenait une nouvelle qui aurait dû l’atteindre, c’était elle qui prenait de plein fouet la violence de ses mots, tandis que lui gardait une voix grave et monocorde. Pendant longtemps elle avait pensé que sourire était un exercice quotidien et mimétique. Si elle souriait assez, peut-être que lui aussi y prendrait goût ? Elle était ainsi allée de déceptions en déceptions, jusqu’à un jour s’apercevoir que Cesare était en train de la glacer à son tour. Elle s’en était aperçue le jour où elle avait demandé à Aiden d’être son témoin. Etrangement, il avait fallu une dispute pour qu’elle s’aperçoive qu’elle était sur le point de s’abandonner à un homme qui ne la considèrerait jamais comme faisant partie de lui. Oui, quand Aiden lui avait déclaré que son mariage correspondrait à la perte définitive de son âme, elle avait voulu le frapper d’être aussi méchant avec elle, mais elle avait senti autre chose de plus enfoui, quelque chose qui venait de se casser, comme une petite fiole au fond de son cœur qui avait répandu tout à coup un élixir de vie. Vivante, il la faisait se sentir vivante, quoique sur le moment elle était surtout fâchée de sa réaction. Peut-être que c’était exactement cela, peut-être qu’un homme capable de la faire sortir de ses gonds et de la consoler juste après était le seul à pouvoir l’aimer correctement. Ils faisaient partie l’un de l’autre, et cela jamais Cesare ne serait capable de le comprendre. Quelquefois, cependant, elle avait d’horribles pressentiments. Des crises d’angoisse pendant la nuit et des sueurs froides en plein jour. Quand Aiden lui disait des mots doux, des mots de poésie comme en cet instant qu’il lui parlait du ciel de ses yeux, elle se sentait emplie de bonheur, et néanmoins l’affreuse sensation qu’elle pourrait perdre ce bonheur lui tombait dessus lourdement. Une ou deux fois, quand elle était dans sa chambre au Méli-Mélo House, elle s’était demandé ce que cela ferait qu’elle ne retourne pas chez Aiden, qu’elle ne le revoit plus jamais. La sensation était épouvantable (c’était comme d’imaginer s’arracher son propre cœur hors de sa poitrine sans anesthésie d’aucune sorte), et elle avait fini en larmes, à se faire de telles frayeurs toute seule, mais pourtant elle supposait que ce serait certainement plus facile, plus prudent même. Parce que, là, sous ses yeux noirs, elle voyait bien qu’il la protégerait toujours et de toutes ses forces. Et elle devinait que quelqu’un de malveillant pourrait exploiter cette particularité pour lui faire du mal.
« Est-ce que tu… »
Le son de sa propre voix murmurée la sortit d’une torpeur qu’elle n’avait pas senti s’installer dans son esprit. Elle battit des cils, scrutant le visage d’Aiden d’un air soucieux, avant de sourire. Elle se détourna et l’entraina sur un banc d’un pas guilleret. Non, elle ne pouvait pas lui demander ce qu’elle avait en tête. Elle avait dit elle-même pas de promesse, les promesses sont des cages. Et pourtant elle aurait voulu qu’il lui promette, qu’il mette la main sur son cœur et qu’il lui promette de ne jamais, jamais se sacrifier pour elle, quoiqu’il arrive. Le jour où il cesserait de respirer, elle mourrait. Tout simplement.

En définitive, elle avait fort bien fait d’acquérir cette pomme d’amour, se félicita-t-elle intérieurement en voyant le sourire d’Aiden, qui la soupçonna de lire ses pensées intimes. Cet intermède sucré ne pouvait pas mieux tomber. D’ailleurs, elle…
« Hé ! s’écria-t-elle. C’est ma joue, je te signale ! »
Elle venait d’ouvrir des yeux grands comme des soucoupes en constatant que le jeune homme venait délibérément de la croquer. Il dit un simple « oups » tandis qu’elle se frottait doucement la pommette en le foudroyant du regard. Elle n’avait cependant pas oublié qu’elle devait lui parler de Cesare, ce qu’elle fit en baissant légèrement la voix et en laissant son regard errer sur les patineurs. Elle regardait sans réellement voir les cercles que tous décrivaient sur la glace, dans le sens des aiguilles d’une montre. Tout à l’heure, elle se sentait au milieu d’eux comme faisant partie de leur communauté (la communauté des patineurs, des gens qui décident d’être heureux), mais l’évocation de Cesare faisait prendre à la scène des couleurs passées de sépia. Elle se sentait seule, quand elle pensait au temps qu’elle avait passé à côté de lui (ni auprès, ni avec, littéralement à côté de lui, hors de lui et pourtant sous son emprise). Aiden se leva, quand elle eut fini de parler, mais elle ne tourna pas la tête vers lui. Elle regardait les patineurs en sépia. Elle le vit passer dans son champs de vision, elle vit ses jambes, son torse, son visage et de nouveau les patineurs, quand il se fut accroupi devant elle. Elle ne baissa les yeux vers lui que lorsqu’elle sentit ses mains chaudes sur ses genoux. Le choc thermique la fit tressaillir. Elle le regarda et lui sourit doucement. Glissa sa main sur les siennes et entremêla lentement leurs doigts.
Encore une fois il parla, de sa belle voix basse et affectueuse qui la câlinait sans qu’il n’ait besoin de refermer ses bras autour d’elle ; sa voix la faisait se sentir en sécurité. Dans sa voix, elle sentait presque son geste invisible de passer sa main dans ses cheveux ou de lui tenir le menton avec taquinerie, et cela la fit sourire de plus belle. Il lui dit qu’il se sentait fort avec elle, et elle pouvait le croire car tout en lui était sincère, et elle espéra que jamais sa lumière ne s’éteigne, tant qu’il aurait besoin d’elle pour trouver sa force. Mais si elle venait à s’éteindre… Elle ne savait pas comment faire pour se rassurer elle-même, elle aurait voulu le tenir fort contre elle sans jamais perdre ses yeux du regard, mais elle ne pouvait pas bouger, pas tout de suite, car elle voulait écouter tout ce qu’il avait à dire. Il parla d’affrontement. La technique de Tara aurait plutôt consisté à fermer les yeux et à imaginer que Cesare n’existait pas. Il avait raison, cependant. Ils devaient rester alertes, savoir à quoi s’attendre.
« Je ne veux pas l’affronter, je ne veux pas, chuchota-t-elle comme une enfant en levant les yeux vers lui, la gorge serrée, alors qu’il se remettait debout. Je veux que mon monde s’arrête au bord de tes yeux et que personne ne soit réel à part toi et moi. Tu peux faire cela ? M’aimer et c’est tout ? Dis oui ! Si tu savais… Tous les matins, je suis étonnée que tu sois à côté de moi, je me demande tous les matins si je rêve et si le réveil va me faire du mal. Je ne veux pas penser à lui, parce que tout est si parfait… tu es si parfait et j’ai tellement… »
Elle se mordit la lèvre inférieure, se taisant une seconde, et sa voix entravée eut du mal à expirer le dernier mot.
« Peur. »
Elle s’aperçut qu’elle avait serré fort les doigts d’Aiden dans sa main, mais elle ne put se résoudre à le lâcher. Elle éprouvait l’urgence de le sentir près d’elle. Il le ressentit certainement, car il se pencha vers elle et l’embrassa calmement, assez longtemps pour qu’elle n’ait plus d’autre moyen que de caler sa respiration sur la sienne. Le baiser l’apaisa lentement mais n’étouffa pas complètement son anxiété. Elle rouvrit les yeux sous l’effleurement de ses doigts sur sa joue, juste avant qu’il se saisisse de nouveau de la pomme d’amour qu’il fit doucement rebondit sur son nez. Elle sourit sans le lâcher des yeux. Son sourire s’accentua et se détendit un peu quand il vint lui croquer le bout du nez où il avait déposé un peu de rouge sucré. Il se rassit auprès d’elle et lui fit tourner le visage vers lui. Elle ne cesserait peut-être jamais d’avoir peur. Mais Cesare ne lui donnerait plus froid, elle s’était promis intérieurement qu’il ne la contrôlerait plus, qu’elle ne se laisserait plus glacer par lui. Il n’avait pas le droit de se nourrir d’elle et elle n’était pas tenue de lui vouer une obéissance sans borne. Elle n’avait pas vraiment peur de Cesare. Elle avait peur pour Aiden. C’était violent, une peur écrasante qu’il lui arrive quelque chose de grave.
« Tu ne comprends pas, dit-elle doucement. J’ai peur de te nuire. Quelquefois, je me dis que… »
Elle détourna les yeux et se releva vivement.
« Aiden ? Tu sais… Je ne mériterai jamais que tu souffres par ma faute. Je ne permettrai jamais que tu souffres par ma faute. Je ne sais pas si Cesare a des idées en tête ou… Mais en tout cas… Tu m’écoutes ? C’est important. En tout cas, je t’interdis d’être cap de préférer mon existence à la tienne. Chut, tais-toi, je ne veux pas entendre ce que tu as à répondre, il n’y a rien à dire. Et puis donne-moi cette pomme avant de tout manger ! »
Elle récupéra la pomme d’amour et croqua à côté de la marque des dents d’Aiden. Il venait de lui déclarer que si elle abusait de sucre elle n’entrerait pas dans sa robe en chocolat, et elle n’avait pas répondu tout de suite à cette légère provocation pour avoir le temps de poser son interdiction formelle de jamais se sacrifier pour elle sous aucun prétexte. Evidemment, elle ne pensait pas qu’il aurait un jour besoin d’éprouver une telle interdiction, mais au moins elle l’avait dit, voilà.
« Je te donne huit et demi sur dix pour le romantisme, histoire que tu ne frimes pas trop et que tu saches que tu as encore le droit de me faire d’aussi jolies surprises à l’avenir. Deuxièmement, si tu préfères les filles qui ne mangent rien du tout, je t’en prie, va donc offrir la robe en chocolat à miss Anorexie-sur-Glace… je suis sûre que tu as son numéro, en plus, hmm ? »
Elle prit un air un peu boudeur en désignant la patineuse d’un geste du coude avant de reporter son attention sur Aiden. Elle lui sourit, creusant ses fossettes tandis que le vert de ses yeux projetait des miroitements d’espièglerie. Elle lui tendit la pomme, attendit qu’il esquisse un geste pour la prendre avant de la porter rapidement à ses lèvres et de la croquer de nouveau d’un air de douce provocation. Ensuite, elle alla s’asseoir sur ses genoux en passant un bras autour de ses épaules pour aller lui donner un baiser au caramel. Elle laissa papillonner ses lèvres jusqu’à son oreille en déposant de petits bisous sur le chemin.
« Tout à l’heure, quand on rentrera à la maison… Tu seras cap ou pas cap de me porter sur ton dos pendant tout le trajet ? »
Et pour l’empêcher de lui répliquer qu’elle était trop lourde parce qu’elle mangeait trop de sucreries, elle repoussa un peu l’écharpe du jeune homme et appliqua ses lèvres sur son cou, qu’elle mordilla tendrement de sorte à lui brouiller les idées.
« Dis que tu seras cap », susurra-t-elle en riant doucement comme si elle tâchait de l'hypnotiser par le son de sa voix.
Et puis, se relevant, elle lui donna la pomme et s’en alla vers la piste de patinage.
« Tu viens, on y retourne ? Si tu m’attrapes avant que j’arrive de l’autre côté je… Je passerai le reste de la journée à faire tout ce que tu voudras. Je t’appellerai même Monseigneur si tu veux ! », se dépêcha-t-elle d’annoncer en se pressant de filer sur la glace, laissant derrière un éclat de rire enjoué.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyDim 23 Fév - 17:20

True love is rare, and it's the only thing that gives life real meaning

Quand on voit la lumière pour la première fois, on se rend compte qu’on était plongé dans une pénombre ou encore une obscurité totale durant trop longtemps. Lorsqu’enfin s’accrochent à vos yeux des étoiles reluisantes, vous vous rendez brusquement compte que votre existence n’a été que plate nuit avec un pâle reflet d’une demi-lune, peut-être même sans.
Tara a cet effet sur moi. Dès lors que mon regard a croisé le sien, quelque chose en moi céda, quelque chose naquit et je ne sais trop quoi changea ; mais elle me devint indispensable et ça, aujourd’hui encore, je suis dans l’incapacité la plus absolue de l’expliquer. Seulement, jusqu’à ce que nous soyons officiellement ensemble, j’avais besoin de me trouver des excuses car je le savais prise coté cœur ; sans connaitre Cesare, je le jalousais et le haïssais à mesure qu’elle me parlait d e lui car je n’y voyais qu’une enveloppe charnelle à la beauté du Malin qui n’abrite pas une seule parcelle d’âme. Mais si j’ai des défauts qui pourraient s’étendre sur des kilomètres, le fait est que je suis bien trop souvent respectueux ; alors je respectais et tente encore de respecter Cesare et, de ce fait, je tentais de trouver des excuses quant à ma dépendance à Tara. La plupart du temps, seul un silence répondait en écho à mes questionnements, d’autres fois, je me disais que le lien qui m’unit à cette femme est trop merveilleux pour que je laisse un quelconque autre homme interférer.
Mais aujourd’hui, ce sont des petits bouts de coton rose qui viennent orner notre relation et je me pose une question qui me tourmente depuis bien longtemps déjà : comment faisais-je, sans elle ? Car maintenant, si elle n’était plus là, plus avec moi… Dire que j’en mourrai ne serait que douce amertume en comparaison à la souffrance qui me prendrait à la gorge en me cognant le visage contre les phrases de la bêtise et de l’ivresse. Peut-être même redeviendrai-je cet infâme homme qui collectionne amantes et coup d’un soir ; car il avait suffit d’un seul regard de la belle blonde pour me dissuader de passer une nuit dans d’autres bras que les siens, de plonger dans d’autres mers que ses iris ; mais qu’adviendrait-il, si elle se mettait à répondre à toutes mes demandes et supplications par la négative ?

Il y a cependant une vérité qui plane entre nous et qui n’a jamais été prononcée ; une question qui n’a jamais été posée car la réponse est connue et certainement désapprouvée par Tara. Elle sait parfaitement que sa vie passe avant la mienne et que là où d’autres remueraient terres et mers pour sauver leurs aimées, je me damnerai volontiers en vendant mon âme à tout bon acheteur qui saurait sauver la jeune femme. Elle m’aime car je possède cette âme, et peut-être me détestera-t-elle si je la perds… Mais quelle importance si elle est sauvée, si elle est saine et sauve ? Elle finira bien par aller mieux, même si je désincruste violement mon prénom de son cœur ; un autre viendra couvrir cette cicatrice et le temps soufflera quelques feuilles d’automne et de neige poudreuse sur l’organe vital de Tara.
Elle n’apprécierait peut-être pas le fait qu’à jamais sa vie passera avant la mienne, sa sécurité avant la mienne ; et si je deviens incapable de faire partie de son monde heureux, alors je ferai passer son bonheur avant le mien.
Dans un murmure à peine audible, elle me souffle un début de question avant de me scruter attentivement, s’abandonnant à un sourire en m’entrainant vers le banc. J’hésite un instant à lui demander ce qu’elle voulait, mais me méfie des pensées qui peuvent parfois se tresser dans son esprit et sachant que nous ne sommes pas toujours sur la même longueur d’ondes, je préfère ne pas prendre le risque de jeter sur cette journée un voile même infiniment fin d’irritation.

Mes dents rencontrent la joue de Tara et j’ai cette impression que sa peau sera toujours plus sucrée et plus juteuse que n’importe quel fruit que je pourrai bien croquer ; ajoutez un petit commentaire de sa part comme si je n’étais pas au courant que c’était sa joue et vous réussissez à définitivement me persuader que je n’aurai pas pu mieux agir qu’en prenant pour cible le visage de la jeune femme. Je ris doucement en m’éloignant, laissant cet éclat se taire lorsque son regard errait sur les patineurs, que son visage se rembrunit et que Cesare entre en scène pour mettre en suspend notre enthousiasme ainsi que notre excitation.
Bientôt, je me retrouve accroupi devant elle, doigts entremêlés, regards enlacés alors qu’un doux sourire colorie ses lèvres sans pourtant me donner la conviction que tout va bien. Je m’en veux partiellement d’avoir abordé ce sujet, pourtant, il le fallait et je suis certain qu’elle peut comprendre ça. Ce n’est pas égoïste, car je ne peux la protéger de quelqu’un que je ne connais pas et que si ça ne tenait qu’à moi, on ferait en sorte qu’il ne nous retrouve jamais.
Un sourire éclaire un peu mieux son visage que le précédant sans que je ne comprenne réellement pourquoi et je laisse ma voix nous entourer de guirlandes fleuries un bref instant avant que Tara ne décide parler, refusant l’affrontement duquel il est question avec Cesare. Chaque mot qui se tisse de sa bouche pour se planter dans mon cœur est doux, terriblement douloureux à entendre, cependant. Je regrette la réponse, mais je ne suis pas encore capable de l’aimer et c’est tout, pas tant que son ex-fiancé rôdait encore, pas tant que je ne la mettrai pas en sécurité définitivement. Je pouvais la regarder et, avec son aide, crée une bulle qui ne nous appartiendrait qu’à nous, vivre de son souffle, l’aimer sans cesser, l’aimer et c’est tout. Elle me dit qu’elle pense encore rêver et, si ce n’est ma voix qui me fait défaut, c’est mon cœur qui rate trop de battements pour que je puisse jouer la carte de la normalité. Mon regard se dérobe au sien et mes doigts se serrent doucement autour des siens ; que pourrai-je lui dire, que pourrai-je faire pour qu’elle croie à cette douce réalité à laquelle je ne crois pas encore totalement moi non plus ? Sa phrase reste un instant en suspend et mes yeux reviennent s’accrocher aux siens car je sais parfaitement où elle veut en venir.
Elle a peur. Et moi, je me sens plus bas que terre. Avant même de tomber amoureux d’elle, je voulais qu’en ma présence au moins, elle se sente bien, en sécurité ; je voulais qu’elle laisse derrière elles soucis et maux pour seulement regarder son reflet si parfait dans mes iris. Et même si je sais qu’elle ne m’accable d’aucun tort, je prends toute la responsabilité de cette révélation qui n’en est pas tellement une. Je regarde un instant sa lèvre qui se fait maltraiter avant de baisser les yeux sur ma main qui se fait serrer par celle de Tara. Je relève le regard vers elle et lui sourit doucement, mais elle doit bien se rendre compte que mon sourire n’est que bluff et façade… Elle a peur et, si je me dis un bref instant que c’est de Cesare, rapidement, elle me contredit. Non, c’est pour moi qu’elle a peur. Je suis celui qui alimente ce sentiment. Elle se relève brusquement, parle vite, ne me laisse pas le temps d’en placer une seule et finit par changer complètement de sujet alors que je me redresse lentement. Elle prend la pomme de mes mains. Je tente de faire comme elle le dit, je tente de changer de sujet, je parler d’une robe de chocolat… Mais pourtant, avant qu’elle ne daigne trouver quelque chose à répondre, je m’impose face à elle et lui sais le visage entre les deux mains, plantant mon regard dans le sien en poussant un léger soupire.

« Tu ne veux pas que je te réponde car tu sais parfaitement ce que je vais répliquer à tout ça. Mais je veux bien être gentil et te laisser baigner dans cette âpre illusion, seulement… Et toi, Tara, tu es Cap de préférer ton existence à la mienne ? Non, ne réponds pas, comme ça on sera quittes. Mais sache que ce qu’on vit n’est pas un rêve. Je suis encore étonné que tu veuilles de moi, que tu ne vois pas tous ces défauts évidents qui pourraient te lasser de moi. Je ne comprends pas ce qui se passe, mais je m’en fiche, tu comprends ? C’est dingue, étrange… On appelle ça l’amour ou la bêtise, mais je n’en ai vraiment rien à faire. Tous mes sentiments sont amplifiés en ta présence ; si j’ai peur que quelque chose t’arrive quand tu n’es pas avec moi, j’ai encore plus peur quand tu es près de moi car si je suis incapable de te protéger alors que je suis présent, j’en mourrai. C’est toi et moi, Tara. Seulement toi et moi avec nos sentiments trop grands et effrayants, mais ce n’est pas grave si on est ensemble. N’est-ce pas ? »

Si je ne suis pas là et que quelque chose t’arrive, je me dirai que j’aurai dû être là, je me torturerai. Mais si je suis là et qu’on s’en prend à toi… Alors ce sera comme si j’allais me baigner dans le Styx après avoir subi les douze travaux d’Hercule.
J’attends l’approbation dans son regard sans désirer écouter une réponse verbale puis la serre doucement dans mes bras en laissant un baiser trainer sur ses cheveux.
On finit par changer de sujet et elle me parle de la belle patineuse de tout à l’heure. Je lève les yeux au ciel avec un sourire en coin, n’osant pas lui dire qu’effectivement, j’ai le numéro de la jeune femme que je regarde un instant avant de hausser les épaules : belle et gracieuse, charmante, mais pourtant… Pourtant, il y a un quelque chose qui manque mais qui, jusque là, ne m’a pas empêché d’entrainer des femmes pareilles dans mon lit. Elle me tend la pomme d’amour et je tends la main pour la récupérer et je me rends compte, trop tard, de l’espièglerie qui brille dans les yeux de Tara ; elle récupère la pomme d’amour et je lui lance un regard boudeur en me renfrognant, incapable cependant de garder bien longtemps mon éclat de rire qui me brule la langue. Assise sur mes genoux, je glisse une main autour de sa taille alors qu’elle fait battre les ailes de ses lèvres sur les miennes en continuant ce battement jusqu’à mon oreille. Elle me lance un défi que j’étais près à refuser seulement pour l’embêter mais ses lèvres s’appliquent sur mon cou que je lui offre sans broncher alors laissant un gémissement rauque s’échapper de ma bouche.

« Tu triches là… »

Elle s’apprête à se relever et, quand je pense à la garder sur mes genoux encore un instant, je me dis que mieux valait attendre le bon moment. Elle me lance un énième défi et court vers la glace alors que je me lève doucement, un sourire collé à mes lèvres, mon regard embrumé par un désir que j’ai depuis longtemps renoncé à cacher. Je retrouve à peine mes esprits lorsque je me mets à courir derrière les belles boucles blondes qui dansent au gré de la course de Tara. Je la vois trop proche de la glace, alors je tends ma main pour lui saisir le bras mais, par manque de chance – et d’équilibre – lorsque mes doigts se referment sur le poignet de la jeune femme, je perds l’équilibre. Rapidement, je glisse une main derrière le dos de Tara alors qu’elle tombe sur la glace, moi-aussi, m’appuyant sur ma main libre pour ne pas l’écraser de tout mon poids. Une grimace me fend le visage alors que je soulève doucement le dos de mon ange pour voir l’état de ma main rougie par le froid et le choc avec la glace.

« Tu n’as pas mal, Tara ? J’suis vraiment, vraiment désolé. »

Je me mords la lèvre et m’apprête à me redresser, mais mon regard se teinte de sournoiserie alors que je pose mes deux mains à plat, encadrant son visage. Mon nez rencontre le sien avant que je n’aille dégager son cou de ses cheveux, appliquant mes lèvres sur sa douce peau en commençant à mordiller doucement, laissant ma langue percer à mesure que je descends vers la naissance de son cou, près de sa clavicule. Je continue ainsi un long moment avant de retourner vers ses lèvres, l’embrassant profondément avant de redresser légèrement le visage, abattant mon souffle saccadé sur son visage.

« Si tu continues d’être si craquante, je risque de te prendre dès maintenant sur mon dos et de vite t’emmener à l’appart’, tu sais ? »

Je me relève avant de lui tendre la main, la faisant redresser en l’attirant à moi, l’entourant de mes deux bras en collant mon front au sien, glissant mes doigts sur ses cheveux contenant quelques morceaux de glace. Je lui souris tendrement, lui volant la pomme pour y croquer durement avant de reprendre de reprendre très sérieusement :

« Je t’aime, Tara. J’ai peur de te tout foutre en l’air, ma belle, mais je ferai de mon mieux pour que ça aille. Aussi longtemps que tu seras Cap de me supporter. Allez, dis que tu seras Cap pour longtemps mon âme… »

Je lui souris doucement avant d’aller murmure un « s’il te plait » au creux de son oreille, déclenchant une avalanche de baisers sur son cou ; des bourgeons de sensualité mêlé à une certaine ardeur éclopent un peu partout sur la peau laiteuse de Tara.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyDim 2 Mar - 0:40



« L'espoir porte un costume de plumes, se perche dans l'âme, chante un air sans paroles, et jamais ne s'arrête. »

Emily Dickinson
C’est vrai qu’elle savait ce qu’il aurait eu à dire. C’est vrai aussi qu’elle ne voulait pas l’entendre. En réalité, ils étaient branchés sur la même fréquence, et leurs intérêts, en étant exactement les mêmes, étaient précisément contradictoires. Ni l’un ni l’autre ne cèderait à ce sujet. Le problème venait du fait que Cesare ne faisait rien, ne leur avait jusqu’alors opposé que fort peu de résistance. Son inactivité semblait un mauvais présage. L’anticipation demeurait impossible. Ce qu’elle espérait, c’est que son ex fiancé n’aurait pas l’idée désuète de régler cela « entre hommes ». Elle préférait qu’il s’en prenne à elle et laisse Aiden de côté. De ce fait, ce dernier n’aurait pas à faire le moindre sacrifice pour elle. Planté devant elle, le regard solidement ancré dans le sien, les mains sur son visage, il lui semblait plus imposant que jamais et pourtant elle n’avait encore jamais eu aussi peur pour lui. Avec ce visage, il serait certainement assez fou pour résister à Cesare, pour le narguer ou pour l’envoyer au diable. Si elle pensait que ses supplications pourraient y changer quoique ce soit, elle fondrait en larmes ici et maintenant, le conjurerait de ne jamais croiser la route de son ex fiancé, de fuir quoiqu’il en coûte à sa fierté. Mais Aiden savait qu’on ne peut obtenir sa liberté en fuyant devant le danger ou en prétendant qu’il n’existe pas. On ne brise pas ses chaînes en construisant un leurre pour se les faire oublier. Quant à elle, elle ne pouvait lui promettre qu’il ne lui arriverait rien. A quoi bon lui mentir alors qu’elle ne contrôlait rien ? Avait-elle la moindre emprise sur Cesare ? Certainement pas. Elle ne pouvait qu’attendre et redouter. Ils n’étaient pas totalement impuissants non plus, ils n’étaient pas de simples marionnettes entre les mains du Destin ou, pire, entre les mains de Cesare. Non, ils avaient quelque chose à eux, quelque chose qu’on ne leur enlèverait pas : ils avaient ce « nous » insoluble, incompressible, qui semblait capable de soulever des montagnes. Elle acquiesça doucement quand la voix et le regard d’Aiden cherchèrent son assentiment, son appui, avant de se redresser pour poser une baiser au coin de ses lèvres.
« De mauvaises choses pourraient nous arriver, mais comme toi je sais que nous sommes plus forts d’être ensemble », répondit-elle simplement.
Elle vint s’asseoir sur ses genoux, son siège préféré, et commença à l’embrasser tendrement alors qu’il passait un bras autour de sa taille. Très vite, et dans l’espoir de se faire obéir, elle descendit dans son cou en lui susurrant un défi qui le transformerait en destrier sur le chemin du retour. Il lui fit remarquer la fourberie de la manœuvre d’une voix absente d’elle-même, entièrement absorbée par une légère plainte qu’il émit lorsque Tara le mordit un peu plus fort que d’habitude, sans intention de lui faire mal mais portée par une ardeur soudaine. Hélas, il la rendait folle et à demi-inconsciente de ses actes, jouant avec le feu sans y penser. Elle appuya ses doigts de l’autre côté de son cou sans répondre, pour le dissuader de se détacher d’elle si cette idée lui venait, car elle voulait prolonger un peu cette intéressante torture qui donnait à sa voix un timbre et une inflexion si particuliers.
« Soit tu acceptes gentiment que je triche, soit tu déclares forfait immédiatement. C’est comme tu veux, tu vois que tu es maître de la situation… »
Elle souffla ces mots à son oreille, non sans un peu de doux sarcasme, après avoir lentement fait passer sa langue sur son lobe. Et comme elle entendit alors sa voix à elle, un peu voilée, profonde et caressante, elle se redressa rapidement, les yeux écarquillés, sourit, rougit, et déclara qu’elle voulait retourner patiner. Elle s’élança prudemment sur la piste, toujours instable mais plus confiante que la première fois. Une fois au milieu, elle se retourna pour voir où en était Aiden, et fut surprise de le trouver juste derrière elle, apparu plus vite qu’elle l’aurait espéré. Il tendit la main vers elle, et comme elle ne savait pas reculer en glissant, elle se contenta de lui dérober sa main pour la cacher derrière elle. Il insista, l’attrapa, et, en une seconde, ils se retrouvèrent à terre, perdant l’équilibre. Il l’avait protégée en mettant son bras derrière elle pour qu’elle ne se cogne pas trop violemment contre la glace.
« Tu n’as pas mal, Tara ? Je suis vraiment, vraiment désolé. »
Elle fit non de la tête, étourdie mais pas blessée, tandis que les patineurs continuaient de tourner tout autour.
« Et toi, ta main ? Fais voir… »
Elle voulu attraper ses doigts entre les siens pour les embrasser et les réchauffer mais elle fut arrêtée dans le geste qu’elle avait esquissé en croisant le regard d’Aiden. Il se pencha vers elle, lui fit un bisou esquimau qui était bien de saison avant de dévier rapidement contre son cou après avoir déplacé quelques boucles blondes. Elle ferma les yeux, soupira au contact de ses lèvres qui feraient certainement fondre la glace sur laquelle elle reposait, et n’arriva plus à savoir si elle voulait s’arracher à lui ou lui dire de ne pas s’arrêter. Un instant le monde s’évanouissait, et celui d’après il la faisait rougir de honte. Elle rouvrit les yeux et repoussa faiblement le jeune homme.
« Aiden, les gens… »
Peut-être qu’il ne l’avait pas entendue car elle parlait très bas et sans souffle après qu’il avait ravagé son cou. Peut-être qu’il ignorait volontairement ses maigres protestations. Toujours est-il qu’il pressa ses lèvres sur les siennes pour l’aimer ou la faire taire, un peu des deux, et qu’un désir palpable se mit à fourmiller sur sa peau, quelque chose qu’elle n’avait peut-être jamais senti aussi fort qu’en cet instant et qu’il déclenchait en elle sans qu’elle ne sache comment. Il se redressa à peine, elle en voulait encore, et quand il parla elle se sentit comme transcendée par sa voix, avide de lui à souhaiter l’en dévorer.
« Si tu continues d’être si craquante, je risque de te prendre dès maintenant sur mon dos et de vite t’emmener à l’appart’, tu sais ? »
Fais-le, répondit le vert troublé de ses yeux juste avant qu’elle se remette à penser aux patineurs, au froid, au reste. Le jeune homme se releva et elle crut bien qu’elle resterait couchée, incapable de bouger, mais elle prit la main qu’il lui tendait et il l’aida à se redresser avant de la serrer contre lui. Il fit glisser ses doigts dans ses cheveux tandis qu’elle se concentrait pour calmer les battements aléatoires de son cœur. Il croqua dans la pomme qu’elle avait complètement oubliée. Elle prit sa main qui tenait le bâton et lui fit porter la pomme à ses lèvres pour qu’elle puisse y croquer à son tour, avant de le relâcher en souriant.
« Je t’aime, Tara. J’ai peur de te tout foutre en l’air, ma belle, mais je ferai de mon mieux pour que ça aille. Aussi longtemps que tu seras Cap de me supporter. Allez, dis que tu seras Cap pour longtemps mon âme… »
Il se pencha pour murmurer « s’il te plait » d’une façon purement adorable qui attendrit Tara avant de l’embrasser de nouveau dans le cou, plus sagement mais toujours avec sensualité. Elle fit glisser ses doigts sur sa nuque avant de se rapprocher un petit peu pour poser son front contre son épaule. Elle respira son odeur, les yeux mi-clos, s’ancrant moralement dans cet instant de féérie qu’il lui avait offert pour ne jamais l’oublier et pour y repenser plus tard, quand elle aurait besoin de sourire. Tout irait bien, tant qu’ils se comportaient ainsi tous les deux, tendrement, sincèrement. Elle avait ses défauts et Aiden les siens, mais elle ne pensait pas que ce soit insurmontable. D’ailleurs, jusqu’à présent, ils ne s’étaient jamais disputés qu’une seule fois, avant même d’être en couple, lors de la fameuse affaire du mariage. L’un comme l’autre, à cette occasion, ils avaient été si malheureux d’être séparés et fâchés qu’ils n’avaient pas mis très longtemps à se réconcilier sans se garder rancune de quoique ce soit. Tara n’imaginait pas qu’ils puissent tout gâcher, ce qu’ils avaient était trop beau.
« On va dire que je te supporterai à condition que tu me fasses couler un bain en rentrant et que tu me laisses dormir de ton côté du lit ce soir. Et tu sais, même si tu le voulais tu ne serais pas cap de tout gâcher. Tu n’oserais pas déplaire à ta princesse ! »
Elle rit doucement après lui avoir appuyé sur ne nez de son index, puis alla l’embrasser sur la joue. Ensuite, passant ses deux bras autour de son cou, elle plongea son regard dans le sien et cligna des yeux en souriant. Elle eut une drôle de mimique, l’embrasse au coin des lèvres pour se laisser le temps de changer d’avis avant de parler, mais elle se résigna finalement, baissant légèrement le ton.
« Moi aussi, je te… Ce que tu as dit tout à l’heure. »
Et donc elle se sentit terriblement nunuche, alla vite cacher son visage contre son cou. Elle voulait dire qu’elle le désirait. Mais, tout en le sachant, elle ne connaissait pas exactement les implications d’une telle déclaration, et son visage empourpré terminait de l’embarrasser. Elle soupira contre sa peau, y posa quelques baisers avant de se redresser sans pour autant croiser son regard. Elle se détacha de lui et s’éloigna de quelques centimètres sur la glace pour s’amuser à faire des citrons, comme les deux adolescentes lui avaient montré.
« Bon ! On fait quoi, maintenant que j’ai gagné le jeu ? »

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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyMer 5 Mar - 18:56

Toi et moi, trois mètres au-dessus du ciel.

Cesare ne serait jamais mon obsession. Je ne veux pas devenir cet homme qui veut tellement protéger celle qu’il aime qu’il en oublie de justement l’aimer ; je ne veux pas laisser à Cesare ce vicieux plaisir de hanter mes pensées et d’en chasser la Tara dont je suis amoureux pour y instaurer le visage de cet ange avec des traits effrayés et des larmes creusant son visage. Non, je ne pouvais pas me permettre de laisser la paranoïa ronger mes nerfs et ma capacité à aimer.
S’il veut nous faire du mal, qu’il vienne, nous sommes armés d’humanité et d’amour qui réussir à le repousser. Je crois aux miracles, je crois en l’Amour ; j’ai vu ce qu’il pouvait faire, j’ai vu les fleurs qu’il faisait éclore tout autour de lui, tous ces sourires lumineux qu’il collait aux visages ; je l’ai vu et aujourd’hui, je le ressens. Je sais que le Méchant finit toujours pas être vaincu.
Toujours.
Une femme de ce monde aurait peut-être un peu plus du mal à y croire que moi, seulement, c’est de Tara dont il est question et j’ai cette sensation qu’elle croit d’avantage à la poussière de fées et au scintillement magique des étoiles que je ne le ferai jamais. Le jour où Cesare voudra nous faire du mal, je ferai de mon mieux pour protéger Tara.
Mais entre temps, je m’accorde le droit et le privilège de l’aimer. Juste de l’aimer, sans se soucier de qui que ce soit, de quoi que ce soit ; sans chercher de tâche noire sur le tableau, sans tenter de distinguer les points brumeux ; juste profiter de ce somptueux paysage que formes ses boucles blondes et auquel viennent se mêler les couleurs de nos yeux.

Elle conclu le sujet et je ne répondis rien, tirant un trait sur cette discussion qui n’aurait même pas eu lieu d’être. Pas alors qu’on s’attelait tous deux à rendre la perfection humaine.
De toute façon, comment aurai-je pu d’avantage penser à lui alors que la belle vient sournoisement me prodiguer cette douce torture de ses lèvres expertes. Les yeux mi-clos, je me demande si elle se rend compte de tout ce remue-ménage qu’elle crée en moi ; je me demande si elle se doute du désir qui me consume réellement en cet instant, du risque qu’elle encourt d’ainsi continuer à appuyer ses lèvres à chaque endroit qui ouvre une nouvelle vanne laissant couler ledit désir à flot. Mon regard s’assombrit de ce voile et ma voix se déchire littéralement, pourtant, elle continue et je n’ai absolument pas envie qu’elle arrête.
Mais si elle n’arrête pas, je commencerai. Et moi non plus, je ne m’arrêterai pas.
Sa langue glisse sur le lobe de mon oreille et j’en frisonne tout entier ; cette femme pourrait très sérieusement envisager d’être l’allégorie de la séduction si elle daignait enfermer son innocence quelque part – un quelque part qui pourrait être mon esprit, j’en prendrai soin et lui en donnerai, quelques fois, à petites doses.
Les mots qu’elle me souffle à l’oreille me font doucement rire sans que je n’y réponde pourtant ; maître de la situation hein ? Elle se moque littéralement de moi vu comment elle me contrôle entièrement, là, tout de suite.
Je me retiens de lui répondre qu’elle me demande de choisir entre un jus trop acidulé et un café fade ; peut-être est-ce bien de la torture qu’elle me fait subir en ce moment, mais sa douceur tiède pourrait bâillonner éternellement ma fierté pour que je continue de la prier silencieusement de continuer.
Je me demande d’ailleurs si elle s’et rendu compte de l’inflexion de sa voix, de ce voile qui vient de la rendre plus rauque qu’à son habitude ; je pense que oui, vu comment ses joues s’en vont baigner dans un jus de tomate alors qu’elle se redresse en me lançant ce défi.
Après, je ne sais plus trop à quoi j’ai pensé pour être si maladroit, mais je sais que là, tout de suite, ma main me fait mal et que c’est drôlement froid, la glace.

Pourtant, tout est relégué au second plan quand mon regard se pose sur le visage de Tara et que je lui présente des excuses en lui demandant si elle va bien. Elle semble un peu sonnée, mais pas mal en point et elle me le fait rapidement comprendre alors qu’elle demande à voir ma main. Mes phalanges rougies me crient elles-mêmes de les oublier un court instant pour pouvoir me consacrer à la douce – ce que je fais, obtempérant comme je suis.
Mes lèvres s’affairent alors à décoller le parfum de la belle de sa peau tandis que ma langue s’en va goûter à ce mélange sucré et glacé ; mes dents dansent rapidement sur le lait de sa peau et toutes les silhouettes autour de nous ne sont plus qu’ombres dansantes sur le sol qui viennent se perdre dans les ondulations de Tara pour crée un doux contraste dans ce baller professionnel avec cette symphonie de désir non-dissimulé, bien qu’encontre contenu.
Je l’entends murmurer sans comprendre, dans un état absent qui me rend incapable de me redresser. Sa voix était faible, beaucoup trop pour qu’elle puisse m’en vouloir car si elle a formulé un quelconque vœu pour que je me lève, je n’ai entendu que ce souffle saccadé en écho à nos ardeurs. Mais elle le sait très bien, que si elle le voulait, elle pourrait simplement m’éloigner d’elle.
Alors un baiser, un fleuve de désir, un lac de sensualité… Cette femme est tout bonnement irrésistible.
Je finis par me redresser un petit peu et la menace de rentrer immédiatement à l’appartement et la réponse que je vois vaciller dans ses émeraudes me laisse perplexe. Ni sa bouche ni même son regard ne me contredit et j’ai le profond sentiment qu’elle ne serait absolument pas contre cette idée que je viens d’avoir. Je me relève, un peu dans les vapes et lui tends une main qu’elle prend pour l’aider à se relever. Je l’amène doucement contre moi et l’empêche par la même occasion de voir mon regard ; de voir cette suie qui n’a jamais été aussi sombre qu’aujourd’hui.
Le désir. Je connais cette flamme, ce feu qui nous consume…Je ne le connais d’ailleurs que trop bien et sans avoir eu à un jour le lui dire, je savais pourtant que Tara n’ignorait pas toutes les aventures que j’avais eu avant elle. Mais depuis des mois maintenant, je n’ai connu que ses lèvres, que ses doigts. Seulement voilà, le fait est que mon passé faisait partie intégrante de moi alors je n’oubliais pas tout ce que je pouvais ressentir agenouillé devant le désir charnel. Mais jusque là, je n’avais jamais ressenti tous ces fourmillements, toute cette sombre clarté… Après le désir passionné, ravageur et sauvage, le désir doux et suave, le désir sans écho ni sens, le désir vulnérable mais ô combien exquis, me voilà qui trempait les lèvres dans un nouveau millésime né d’un croisement que je pensais improbable : le désir passionnément amoureux.

Je croque à pleine dents dans la pomme et me laisse guider vers la bouche de Tara pour qu’elle puisse y croquer à son tour. S’en suivent des mots que je prononce d’avantage avec le cœur qu’avec la bouche, un échange langoureux de regards et la voilà de nouveau contre moi après que j’ai laissé mes lèvres explorer une énième fois son cou. Je ne réfléchis étrangement à rien, pas même à tout ce que je viens de dire, pas même à ce que je ferai probablement prochainement qui gâchera tout… Je voulais me faire confiance, car s’il y avait bien un sujet sur lequel je resterai intransigeant, c’est Tara.
Ses mots, préambule à son éclat cristallin de rire, sont tout bonnement le reflet de sa personnalité : adorable. Je ris doucement à mon tour alors qu’elle appuie sur mon nez de son index – ce qui me vaut un léger froncement de sourcil amusé – et qu’elle claque ses lèvres contre ma joue. Je lui fais une petite pichenette sur le front et ouvre la bouche pour répondre. Je suis cependant interrompu par sa drôle de mimique. Elle laisse ses lèvres trainer sur le coin de ma bouche et baissa la voix en prononçant quelques mots.
Elle me ce que j’ai dis tout à l’heure ? Je souris doucement alors que son visage trouve refuge dans mon cou.

« Hum ? Mais j’ai dis plein de trucs depuis ce matin, tu sais ? »

Je glisse ma main dans ses cheveux pour lui faire comprendre que je plaisantais et que j’avais compris où elle voulait en venir.
Viendra le jour où elle pourra planter son regard dans le mien et me le dire avec assurance et, en ce moment, peut-être qu’elle ne s’en rendra pas compte, mais elle pourra réellement tout obtenir de ma part. Mais en attendant, je respecte sa gêne et ne la pousserai pas à aborder un sujet qui la mettrait mal à l’aise.
On reste ainsi un court instant avant qu’elle ne dépose quelques baisers dans mon cou et s’éloigne pour effectuer quelques citrons, sans lever les yeux vers moi.
Question fatidique. Mais avant ça, je fronce les sourcils.

« Heu… Attends voir ma belle, tu es sûre qu’on a la même définition de gagnant, hein ? Oh et puis, tant que j’y suis, te couler un bain, c’est dans mes compétences, mais… C’est mon coté du lit, t’exagères ! »

Je fais une moue boudeuse avant de lui tirer la langue en lui faisant signe d’attendre, filant sur mes patins hors de la piste, retirant justement ces chaussures sur lames pour me diriger vers les magasins qu’il y a sur les allées à l’intérieur du bâtiment. Je m’arrête pour acheter deux cannettes de Soda et une barbe à papa rose avant d’ajouter quelques m&m’s que j’accroche un peu partout et, coinçant le bâton entre mes dents, je réussis à articuler que je veux aussi du coulis de chocolat. Le vendeur se moque joyeusement de moi alors que je tente de sortir l’argent de ma poche, chose que je réussis lorsqu’il me propose de me garder le tout un instant, vu qu’il n’y a pas de comptoir où j’aurai pu me débarrasser. Je le remercie et retourne vers la piste, deux cannettes et un tube de coulis de chocolat dans la main, une barbe à papa dans l’autre, m’écriant alors :

« Tu devrai te dépêcher, si ça fond, je t’assure que je te ferai plein de câlins… Tu ne veux pas avoir les cheveux qui collent, si ? »

Lorsqu’elle finit par atteindre ma hauteur, je lui souris doucement en lui donnant le tout en lui demandant de ne pas commencer à manger, histoire que je ma faufile derrière elle et que je noue son écharpe autour de ses yeux en faisant attention à ne pas lui faire mal. Je pose un baiser sur sa joue en lui murmurant :

« Vu que je dois te diriger, tu veux bien garder tout ça en mains ? Promis, ce sera pas long. Et si je te fais prendre un mur, ce ne sera pas ma faute, juste trop tentant ! »

Je ris doucement en glissant mes mains sur sa taille, la poussant doucement en avant en faisant attention pour qu’elle ne cogne nulle part. On finit par atteindre un escalier et j’hésite un instant à la prévenir, pour finalement me rétracter et la prendre brusquement dans mes bras, à la façon dont on prend les princesses, vu qu’elle se décrit ainsi.

« Oh, ça va finalement, t’es pas trop lourde ! »

Je lui souffle doucement contre les lèvres avec un sourire taquin et ne peut m’empêcher d’afficher un sourire plus attendri ; j’ai un ange entre les mains.
Marche après marche, doucement, je monte et atteins une porte en fer que j’ouvre d’une main avant de pousser avec mon pied. L’air frais cinglant nous accueille et je dépose Tara au sol en me glissant derrière elle pour lui retirer l’écharpe des yeux et lui permettre de voir qu’on est sur le toit du bâtiment, lançant dans un souffle :

« Tu peux ouvrir les yeux, maintenant. »

Se dresse devant nous une bonne partie de la ville et un sourire me grimpe aux lèvres alors que mes yeux glissent vers ceux de Tara pour y déceler une quelconque réaction.
Je prends les sodas pour les poser à terre et me saisis ensuite du coulis au chocolat pour en verser sur la barbe à papa – et sur les doigts, accidentellement, doué comme je suis. Je soupire en laissant ma langue réparer les dégâts et propose alors l’encas à la jeune femme avec un sourire amusé alors que je me saisis des canettes.

« Tu te souviens, j’avais dis que tu n’étais pas trop lourde ? Bah, on va y remédier ! Oh et j’espère bien que tu me rajouteras des points pour le romantisme, hein ! »

Je vais m’asseoir au bord du toit qui ne possède pas de rambarde et l’invite à venir près de moi, laissant mes jambes pendre dans l’air alors que je décapsule une cannette. Un peu trop fort, visiblement, vu que la capsule reste dans ma main droite. Je me tourne vers Tara et lui prends la main gauche pour faire rentrer le petit doigt dans le plus grand espace de ladite capsule. Je tousse deux fois et, d’un air solennel, entreprends de pousser l’amusement plus loin :

« Mademoiselle Wilkes, me feriez-vous l’honneur de bien vouloir être ma sucrerie chocolatée, à la vie à la mort, pour le meilleur et pour l’obésité ? »

Vous voyez, cette femme ? Eh bien, je l’aime. Et je pense bien que je n’ai jamais été si heureux de toute ma vie qu’en ce moment, baignant dans l’insouciance de l’amour.
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MessageSujet: Re: ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ ஜ Elle éblouit comme l'Aurore et console comme la Nuit ஜ EmptyJeu 1 Mai - 2:03



« Vous vous croyez plus heureuse que moi. Vous me plaignez... Bientôt, cela changera. Ce sera moi qui vous plaindrai. Je serai incomparablement au-delà et au-dessus de vous tous. »

Emily Brontë

Elle regardait sa main à présent ornée d'un anneau de fortune au scintillement métallique un peu mate et se disait que c'était là, maintenant. Maintenant le bonheur. Et c'était à elle. Aiden et sa bouille de gamin réjoui, et elle, plantée sur le toit de la patinoire, une barbe à papa dans une main et une toute petite promesse dans l'autre (une de ces promesses qui ne font pas peur), avec la conviction que cet instant était à la fois éphémère et pour toujours. C'était à elle. Il serait certainement plus aisé de terrasser un monstre légendaire, griffon, hydre, basilic peu importe, que de lui décrocher du visage ce sourire extatique de soudaine prise de conscience : "Je suis heureuse et je le mérite". Et c'était beau parce que cela ne durerait pas, ou parce que cela durerait tout le temps. Cesare ne devait pas savoir qu'au lieu d'ajouter une ombre maléfique au tableau de leur idylle, il le tamisait d'une ravissante lumière de "peut-être". Peut-être qu'un jour Aiden ne serait plus amoureux de Tara (le contraire semblait inenvisageable à la jeune femme), ou peut-être que Cesare finirait par les séparer d'une manière ou d'une autre, ou peut-être que, se donnant la main et se regardant dans les yeux, ils traverseraient la route en sortant de la patinoire et ne verraient pas le bus ne pas freiner... Peut-être. Et c'est cela, vivre. Ne pas savoir et y aller quand même, bêtement, avec l'optimisme des enfants qui sautent en levant les bras pour attraper le ciel (et souvent ils y arrivent, du moment qu'ils y croient). Les mots se bousculaient au bord de ses lèvres, et son esprit peinait à instaurer une file d'attente parmi ces énergumènes joyeux. Lui dire quoi ? Je suis tellement heureuse que je me sens invincible ! Si c'est vrai, viens on fait un bras de fer pour que je te le prouve ? C'est idiot. Elle n'avait en tête que des choses idiotes, mièvres, exubérantes, attendues, ridicules, acidulées, petites, grandes, roses, à plumes, maigres et dodues. Dans de pareils moments, on voudrait que le bonheur nous donne de l'éloquence, mais il fait exactement le contraire. Tu es tellement merveilleux que même au Père Noël je n'aurais pas osé te demander ? Idiot, c'est fou d'être aussi nunuche. Elle haussa les épaules comme pour mimer un geste lasse mais elle continuait de sourire beaucoup trop pour avoir l'air réellement désespéré.
« Oui, d'accord ! », dit-elle gaiement comme si elle avait vraiment dû réfléchir sérieusement à cette complexe proposition.
Elle s'assit dos au vide, oubliant le panorama parce qu'elle contemplait déjà les espaces infinis des yeux sombres d'Aiden. Cesare avait toujours dit que la connaissance fait le bonheur, parce que connaître c'est pouvoir (il avait fait un rapprochement bizarre entre deux verbes allemands auquel elle n'avait rien compris). Maintenant, elle comprenait que c'était là les paroles d'un être de misère. Si une Destinée apparaissait devant elle et lui proposait de lui dire comment serait son avenir, Tara fermerait les yeux et se boucherait fort les oreilles. Imaginez que la fin de l'histoire soit celle-ci : un salon élégamment meublé, propre comme s'il devait faire la couverture d'un magazine de décoration, Cesare debout, Aiden à terre, l'un triomphant, l'autre mort. Scénario peu envisageable, mais imaginez que ce soit cela. Et que Tara sache la fin de l'histoire.

Elle ferait machine arrière. Parce pour qu'une histoire soit éternelle, il faut qu'elle ne commence jamais.

« Tu peux ouvrir les yeux, maintenant ! », n'aurait-il jamais dit.
Et elle n'aurait jamais poussé ce petit cri de surprise inarticulé en ouvrant des yeux grands comme des soucoupes tandis que le vent hivernal aurait joué dans ses cheveux, lui ramenant quelques mèches sur le visage qu'elle n'aurait pas repoussées d'un geste inattentif, trop accaparée par la vue du paysage. Pas plus qu'elle ne lui aurait pincé le bras lorsqu'il aurait déclaré qu'elle n'était "pas trop lourde", ou ri de bon coeur au moment où il se serait avoué incapable de promettre qu'elle ne rencontrerait aucun mur. Elle ne lui aurait pas non plus emboîté le pas jusqu'à la boutique du confiseur pour y annoncer qu'elle n'avait pas de bras et qu'elle préférait voir comment il allait se débrouiller pour prendre "tout cela". Elle ne l'aurait pas vu se transformer en super-héros sucré, maintenant en équilibre m&m's, chocolat fondu et autres friandises ostentatoires. Cet instant de flottement après leur chute sur la glace n'aurait jamais existé, ni la chute ni l'envie ni la sensation fragile de vivre avec lui à l'intérieur d'une chrysalide de verre depuis l'intérieur de laquelle ils voyaient le monde mais à travers laquelle le monde ne les atteignait pas.
Le fil de leur existence se serait ainsi rembobiné jusqu'à ce qu'ils n'aient jamais existé l'un pour l'autre. Parce qu'un geste en entraine un autre, elle ne se serait pas assise près de lui sur son lit, avant son départ pour Blueside, qui lui-même n'aurait jamais eu lieu. Elle ne se serait pas non plus assise loin de lui, sur le canapé. Elle ne lui aurait pas pris des mains la boîte de cupcakes et ne lui aurait pas ouvert la porte en oubliant d'être fâchée contre lui. Parce que des larmes en entrainent d'autres, elle ne se serait pas enfuie du magasin de robes de mariées, n'aurait jamais prononcé cette phrase qui se voulait définitive mais qui, elle aussi, avait fini par craquer : Et maintenant, regarde comment s'en va celle qui était si difficile à aimer. Elle n'aurait pas eu peur, à genoux au milieu de la boutique et lui accroupi devant elle, tellement implacable, tellement sans pitié. Mais elle ne se serait pas non plus trouvée belle devant le grand miroir, belle et intimidée de se regarder cinq secondes à travers ses yeux à lui. Il n'aurait pas glissé ses doigts dans ses cheveux, ni ses lèvres sur son épaule, il ne l'aurait pas accompagnée dans la cabine d'essayage, elle ne l'aurait pas appelé à voix haute depuis l'autre bout du magasin dont il n'aurait jamais franchi le seuil. Pire que tout, elle n'aurait jamais suivi dans la rue un inconnu avec de beaux yeux sombres, elle n'aurait rien trouvé de mignon et gêné à lui dire pour s'excuser de l'avoir traqué sur quelques mètres, lorsqu'il se serait aperçu de la filature ; il ne lui aurait pas adressé pour la première fois avant des centaines d'autres ce sourire asymétrique déclencheur de fossette sur la joue droite, qu'elle n'aurait jamais, par la suite, cherché tous les jours à allumer sur son visage.

Ce jour là, elle aurait vu un inconnu avec de beaux yeux sombres, et, par chance, son téléphone aurait sonné. A l'autre bout la voix de Cesare aurait certainement résonnée. Elle aurait acquiescé, sourire vitriolé aux lèvres. Elle aurait raccroché, rangé son téléphone dans son sac, et, le temps de relever la tête et de scruter la foule, l'inconnu avec de beaux yeux sombres aurait disparu. Elle y aurait repensé pendant une vingtaine de secondes avant que la sonnerie de son téléphone retentisse de nouveau. Cesare et de nouvelles directives. La deuxième interruption aurait été la bonne : Aiden n'aurait plus jamais existé.

S'il n'existe pas pour Tara, il ne peut mourir de la main de Cesare. C'est ce que la jeune femme aurait répondu à la Destinée. Alors elle aurait tout effacé. La connaissance c'est le pouvoir de sauver l'être aimé. Mais le voudrait-elle, maintenant, tout de suite, en cet instant qu'elle n'était au courant de rien ? Voudrait-elle n'avoir pas vécu jusqu'ici ? Avec lui ? La connaissance, c'est l'annulation de l'existence même. L'anticipation empêche la spontanéité. Cesare ne voulait pas comprendre cela, il planifiait tout à l'avance et, s'il n'échouait pour ainsi dire jamais, il ne soupçonnait pas un instant qu'il ignorait ce qu'être heureux signifiait. Etre heureux c'est ne pas savoir. Se dire "peut-être" et foncer, bêtement, naïvement. Et redevenir enfant pour attraper le ciel. S'aimer aujourd'hui comme jamais, se dépêcher de s'aimer tout le temps plus fort par peur qu'il ne reste plus d'éclats de coquillages dans le sablier. Devenir vieux ensemble des milliers de fois par heure, vivre des dizaines de vies par jour, n'en avoir jamais assez. Et espérer. Avoir mal de se sentir aussi vivant, être vivant de se savoir aussi fragile, être fragile d'aimer aussi fort, aimer fort d'avoir aussi peur que l'instant d'après ce soit fini.

Tara posa son doigt sur les lèvres d'Aiden. Elle laissa passer un instant de silence. Compta dix battements de coeur de plus à être en vie. Elle sourit. D'un geste d'experte, elle détacha un morceau de sucre filé rose du bâtonnet et en mit dans la bouche du jeune homme avant de se servir pour elle-même. Ensuite, elle se retourna et imita la position de son amoureux, les deux jambes dans le vide. Elle le regarda en souriant de son sourire qui revient de loin, d'aussi loin que si elle aussi avait vécu en un pays de rêve et de magie, avant d'émettre un petit rire joyeux.
« Après tout, peut-être que tu n'as pas de chocolat sur la joue et peut-être qu'on est éternels, toi et moi. C'est juste plus drôle de faire comme si tu en avais et qu'on ne l'était pas. »
Et effectivement, il n'avait rien sur la joue et cela n'empêcha pas la demoiselle d'y appliquer ses lèvres et un discret coup langue affectueux. Et peut-être qu'ici, sur le toit de l'univers, Cesare ne les trouverait jamais et qu'ils dureraient pour toujours, mais, juste au cas où, elle lui fit un baiser d'adieu, recommença la seconde d'après, et tout cela pour continuer de l'embrasser et ne jamais oublier combien cela était fragile, immense, bête, passionnant, petit, géant, mièvre, sérieux, enfantin, révolté, miraculeux et pour toute la vie.

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