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 COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL.

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MessageSujet: COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. EmptyVen 24 Jan - 23:44

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C'était un jour pluvieux comme les autres. De derrière son comptoir, à l'abri, Eve observait attentivement la fine pluie battre le goudron de la route grise, tout en feuilletant un livre sur les étoiles et en notant régulièrement des réservations prises par téléphone sur un petit agenda noir. Des voitures passaient à intervalles réguliers derrière la longue baie vitrée brouillée par les larmes du ciel et la grande aiguille claquait dans son horloge murale comme un métronome bien réglé. Même tempo ennuyant du début à la fin. C'était vraiment calme, aujourd'hui. Trop, même. Et rien ne parvenait à la distraire suffisamment. Les mots se brouillaient dans son crâne et les images se mêlaient en une joyeuse bouillie d'étoiles colorées qu'elle ne parvenait pas à décortiquer. Sans parler du silence qui mettait ses nerfs à rude épreuve. Elle aurait bien aimé entendre quelqu'un ou même avoir une amie à appeler et à qui parler. Mais, il fallait croire qu'elle était un brin trop asociale pour se lier véritablement à d'autres personnes. Elle soupira et reporta de nouveau son attention sur l'extérieur, là où certains prenaient le risque de vivre. Elle vit une bande d'amies passer en gloussant et elle ne put s'empêcher que c'était plutôt bien trouvé pour souligner sa solitude. Pas que celle-ci lui pèse plus que ça, elle ne ressentait absolument rien en son sein, pas une once d'envie ou de déception, juste un ennui puissant qu'elle aurait aimé combler. Un vide étrange, qui aspirait en lui toutes ses émotions pour la laisser d'une neutralité effrayante. Elle ne comprenait pas pourquoi il était en elle, elle n'avait jamais demandé à l'avoir, et les autres n'étaient pas comme ça. Qu'est-ce qui n'allait pas exactement chez elle ?

Elle s'était déjà confié à son psychiatre à ce sujet et il avait été clair. La maladie physique prenait le pas sur le mental. Il fallait qu'elle se bouge, si elle désirait sortir de cet abysse de torpeur. Mais, comment s'y prendre ? Comment faire pour ressentir quelque chose ? N'importe quoi aurait été mieux que cette brutale indifférence dont elle ne se souciait que trop peu. Elle baissa les yeux sur ses mains entrecroisées et fit glisser les ongles de sa main droite sur son poignet. Elle appuya d'avantage, les enfonça dans sa peau, tira d'un coup sec. Elle ne s'attendait à rien, comme d'habitude. Elle voulait juste essayer, encore. Cependant, les faits étaient là ; son épiderme était zébré de trois griffures à vif et elle ne ressentait pas un seul pincement. Elle pouvait voir un peu de sang s'échapper de l'une d'entre elles et sa peau était vivement irritée sur les contours, ça aurait dû être plutôt douloureux. Elle aurait dû se mettre à grimacer, à pleurer peut-être, ou au moins à serrer les dents pour retenir des jurons, mais rien. Elle redescendit brusquement la manche de son pull et amena ses mains sous le bureau, avec l'impression dérangeante d'être un véritable monstre de différence. Que fallait-il faire ? Devait-elle « tomber amoureuse », comme le lui avait dit Monsieur Emerson pour remédier à son problème ? Était-ce vraiment la clé ? Mais, alors, comment tombait-on amoureuse ? Devait-elle aller parler à un homme ? Cela viendrait peut-être juste comme ça, non ? Non, bien sûr. Elle avait déjà parler avec d'autres personnes, cela n'avançait à rien. Alors quoi ? Était-elle coincée dans son tableau de solitude cuisante ?

Elle fronça les sourcils et se mordit les lèvres en réfléchissant. Alors qu'elle ressassait les films d'amour qu'elle avait pu voir, elle remarqua un homme qui tenait la portière d'une voiture, juste devant son nez, à quelques pas dans la rue. Une femme en descendit et ils se sourirent. Intriguée, elle les vit avancer jusqu'à la porte, doigts entrelacés. Ils l'ouvrirent et vinrent se planter devant le comptoir, où ils réservèrent une suite pour le week-end sous son regard inquisiteur. L'homme dévorait la brune du regard, comme s'il la voyait pour la première fois et qu'il était émerveillé d'avoir un tel spectacle sous les yeux. Et soudain, il se pencha, capturant ses lèvres dans un baiser passionné. Au lieu de leur accorder un peu d'intimité en détournant la tête, Eve les observa attentivement. Était-ce dont ça l'amour ? Est-ce que ce sentiment qu'on décrivait si intense et puissant tenait en un simple toucher ? Lèvres contre lèvres ? Est-ce que cela faisait naître des émotions en soi ? Ses sourcils se froncèrent un peu plus, quand elle vit la femme se reculer et murmurer un « je t'aime » à l'oreille de son compagnon. Alors, donc... oui, bingo ! La réponse à tous ses problèmes lui apparut brusquement, comme une évidence.

Ce soir là, vers 18h30, quand elle quitta l'Orly Stars Hotel, la nuit était tombée, emprisonnant la ville dans une gangue sombre, dénuée d'étoiles. Seule une lune pleine transparaissait à travers les nuages noirs du mauvais temps. La pluie s'était transformé en un véritable torrent qui balayait les dernières traces de neige de la veille et rendait le sol glissant. Habituellement, Eve se serait un peu plus méfiée, mais l'idée qui avait germé dans son esprit était trop tentante, trop bonne ! Elle devait en faire part à Monsieur Emerson ; après tout, elle tenait peut-être la clé de son remède... Comme elle marchait d'un bon pas, elle arriva rapidement à son cabinet de consultation et monta les marches quatre à quatre. Elle déboucha dans une salle d'attente et bouscula le dernier patient qui sortait. Elle s'excusa maladroitement, en se retenant de ne pas tomber, et remarqua que la pièce était vide. N'avait-il plus de rendez-vous ou était-il avec un de ses patients ? Elle s'approcha un peu de la porte du fond et nota qu'elle était simplement entrebâillée. S'il avait été occupé avec une autre personne, il ne l'aurait pas laissé ainsi. Elle jeta un coup d’œil à sa montre. 18H47. Ils avaient rendez-vous à 19h exactement, mais pour une fois, elle sentait quelque chose remuer en elle. Comme de l'impatience. Elle voulait lui faire part de la bonne nouvelle.

Elle s'approcha alors encore un peu et toqua timidement contre le battant. « Monsieur Emerson? ». Elle attendit quelques secondes, avant que le visage du psychiatre ne se détache dans l'embrasure de la porte. « Bonsoir. ». Elle arbora un petit sourire, passa une main pour dégager ses cheveux humides de ses joues rougies et expliqua : « Je sais que je suis un peu en avance, mais je crois que j'ai trouvé la solution. ». Elle entra dans la seconde pièce, lui tournant le dos quelques secondes et étouffa une exclamation, quand elle faillit renverser un pot de crayons sur le bureau, en se mettant assise sur la chaise rembourrée. Puis, elle attendit qu'il lui fit face de nouveau pour annoncer de but en blanc, satisfaite : « Est-ce que vous pourriez m'embrasser, s'il vous plaît ? » Elle ménagea un petit silence, avant de s'expliquer un peu plus. « J'ai besoin de savoir quel effet ça fait. ». La demande devait paraître plus qu'étrange, mais il devrait comprendre. « J'ai bien pensé à demander à quelqu'un d'autre, mais je n'ai pas envie de perdre le peu de connaissances que j'ai en passant pour quelqu'un que je ne suis pas. Et je n'ai pas envie qu'on me juge plus qu'on ne le fait déjà. », ajouta-t-elle sincèrement en haussant les épaules. Après tout, qui suppliait pour un baiser, de nos jours ? Elle n'avait pas envie d'aggraver son cas. Avec sa chance, elle demanderait à quelqu'un déjà en couple et aurait ensuite sur le dos une copine furieuse. Elle voulait juste tenter, voir si elle ressentirait quelque chose... De plus, la plupart du temps, tout lui apparaissait figé, glacé. Le docteur Emerson était un des rares qu'elle pouvait ressentir et si elle avait pu, elle aurait passer son temps à lui serrer la main pour éprouver un peu de chaleur. Alors, autant mettre toutes les chances de son côtés. Et puis, cela éviterait les ragots. Son insensibilité était déjà au cœur de nombreuses discussions et elle sentait les regards curieux qu'on posait sur elle, quand elle passait dans un couloir... elle n'avait tout simplement pas le cœur à en rajouter.

Elle retira son manteau et le posa sur le dossier de la chaise, avant de braquer de nouveau le regard sur le psychiatre. La vingtaine, il avait de courts cheveux bruns, des yeux sombres pleins de malice et un sourire charmant. Il était également l'un des seuls qu'elle puisse qualifier de réellement séduisant. En général, les autres ne l'attiraient pas. Était-ce parce qu'elle le connaissait plus qu'eux ? Elle en doutait, elle ne savait pas vraiment. Tout est-il que l'évidence était là et qu'il allait pouvoir l'aider dans son problème. Elle lui jeta une de ses œillades innocentes et croisa les doigts sous le bureau pour qu'il accepte.

Selon sa réponse, d'ici quelques minutes, elle aurait peut-être la possibilité d'être comme tous les autres, un peu plus normale, un peu moins monstrueuse. Et sans qu'elle s'en soit douté auparavant, cette idée lui apporta néanmoins un soulagement déconcertant.

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MessageSujet: Re: COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. EmptyVen 31 Jan - 19:43



Clip. Clop. Les gouttes tombaient, insatiables, les unes après les autres sur le carreau empli de buée. Et, les unes après les autres, elles semblaient commencer pour ne jamais terminer une course, disparaissant à la fin de la fenêtre. Une vie trop courte, pensa Will, quelque peu amer. Les gouttes d'eau n'avaient pas la chance de vivre, elles étaient faites pour mourir dès que leur course paraissait être terminée, mais qui donc était-il pour parler du début et de la fin des choses ? N'était-il pas, lui aussi, une de ces gouttes qui allait bientôt atteindre le bas de la fenêtre ? La seule chance qu'il avait, c'est qu'il était homme. Dans ce monde, du moins. Ce monde si différent de l'ancien, si... moderne. Et si humain. Dans l'ancien, les hommes avaient disparu. Il le voyait, dans ses rêves. Il n'apercevait que des déchets, partout à l'horizon. Rien n'était humain. Parfois, il lui arrivait de voir des carcasses de robots, exactement comme lui et c'était d'ailleurs grâce à eux qu'il avait compris comment il était fait. Comment il était construit, à demi-mot. Il avait appris, avait découvert son ancienne vie à travers ses rêves. Ou peut-être étaient-ce des cauchemars ? Il ne faisait plus de différence. Tous se ressemblaient, de toute façon, et peu importe la manière dont ils terminaient, il apercevait toujours la même chose. Cet éclair aveuglant, cette lumière baignée de vert, ce halo dont il n'arrivait pas à déterminer l'origine. Et puis, il y avait elle. Elle, pâle apparition clairsemée de blanc, cette enfant qui lui semblait être bien plus mature que lui. Elle, dont le nom lui était toujours inconnu. Il avait l'impression qu'il allait l'entendre à chaque pas, mais c'était comme une oasis en plein désert ; les pas l'éloignaient plus encore du son.

Il posa une main timide sur la fenêtre, silencieux, profitant des secondes qui s'écoulaient alors que lui ne les voyait pas défiler. Il resta ainsi plusieurs secondes, immobile, observant la rue qui s'étalait devant ses yeux. A l'horizon, son esprit lui envoyait des images de montagnes, mais il n'en voyait pas. Les immeubles brouillaient sa vue, le rendant dépendant de cette urbanisation. Il ferma les yeux un instant, laissa les limbes prendre possession de son esprit. Les minutes passèrent, plus frêles que jamais, et il lui semblait partir peu à peu au pays des rêves, une sorte de pays des Merveilles dans lequel il n'avait pas le choix d'être la bonne ou la mauvaise Alice, dans lequel il ne pouvait qu'observer, n'était pas maître de ses choix, dans lequel il était obligé de faire confiance à son subconscient, chose qu'il n'aimait pas tellement faire. « Monsieur Emerson ? » Il rouvrit les yeux. Retour au monde réel. La voix venait de l'autre côté de la porte, et il la reconnut dès la première seconde. Ce brin de voix, il l'aurait reconnu entre mille autres. Il se leva, rangea une boîte de mouchoirs qui traînait sur le bureau, utilisée par son patient précédent, et se dirigea vers la porte, qu'il rejoignit en quelques pas. Eve était là, debout, prête à entrer, et Will se fit la réflexion que c'était la première fois qu'elle arrivait plus tôt. Qu'elle était en avance. Il fixa ses cheveux blonds, lâchés sur ses épaules, mouillés -après tout, ce n'était pas étonnant vu les cordes qui tombaient, dehors-, fit une évaluation rapide de son corps, ayant soudain peur qu'il ne lui soit arrivé quelque chose. Elle n'avait pas pour habitude de changer lesdites habitudes. « Bonsoir. Je sais que je suis un peu en avance, mais je crois que j'ai trouvé la solution. », dit-elle avec un petit sourire, se passant une main dans les cheveux.

« Bonsoir Eve. Je t'en prie, entre, j'ai hâte d'en savoir plus. » Il lui ouvrit la porte, la laissant entrer, et la referma derrière eux. Insonorisée, personne n'avait le moyen d'entendre ce qui se passait dans le bureau de Will, et cela lui permettait de maintenir le secret médical entre ses patients et lui. Il s'approcha du bureau, eut un petit sourire en voyant Eve remettre le pot de crayons de couleur qu'elle avait failli faire tomber, puis s'asseoir sur la chaise en bois, rembourrée, dans laquelle la plupart des personnes qui venaient voir le docteur Emerson s'asseyaient. Celles qui ne se sentaient pas prêtes, ou qui étaient inconfortables avaient également accès à un petit canapé, mais Eve ne se couchait jamais. Elle restait assise, dans la même position. C'était une habitude ; encore une. Il s'assit devant elle, sortit un bout de papier, griffonnant quelques mots, quand Eve reprit la parole. « Est-ce que vous pourriez m'embrasser, s'il vous plaît ? » Il crut qu'il avait mal compris, et ne bougea pas durant une demi-seconde, espérant qu'elle allait lui donner plus d'explications. « J'ai besoin de savoir quel effet ça fait. J'ai bien pensé à demander à quelqu'un d'autre, mais je n'ai pas envie de perdre le peu de connaissances que j'ai en passant pour quelqu'un que je ne suis pas. Et je n'ai pas envie qu'on me juge plus qu'on ne le fait déjà. » Il fixa Eve, indécis. Il savait pertinemment qu'il n'avait pas le droit. Que la relation entre un patient et son docteur devait rester uniquement platonique. Médicale. Mais elle avait l'air tellement perdue, tellement sûre d'elle, comme si toute la vie s'était réveillée, en une fraction de seconde.

Et il était l'un des seuls qu'elle arrivait à sentir lorsqu'ils se touchaient. C'était un argument de plus. Pourtant, il resta silencieux un moment, incapable de répondre quoi que ce soit. Incapable de savoir quoi répondre, alors même qu'Eve ne lui demandait pas la lune. Juste un baiser. Mais les conséquences étaient plus grandes qu'elle ne l'aurait imaginé, il supposait. Il l'observa enlever son manteau, le déposer sur la chaise, et posa le stylo qu'il tenait dans la main sur le bureau, prenant une inspiration. « D'un point de vue juridique, je n'en ai pas le droit. Ce serait porter atteinte à ta liberté de patiente, ce serait illégal. Même si le secret médical fait que tout ce qui se passe dans cette pièce reste dans un coin de ma tête. Et de la tienne, évidemment. » Il laissa passer quelques secondes, et il sentait son esprit s'embrouiller de plus en plus, à mesure que le temps filait, à la vitesse de la lumière. Voire plus vite encore. A moins que ce n'ait été qu'une illusion, et qu'il n'aille moins vite que ce qu'il aurait cru ? Il darda un regard sur Eve, croisant ses prunelles, sentant à quel point elle désirait être normale, être comme les autres, pour une fois. « Cependant... je peux peut-être exaucer ce souhait, mais explique-moi d'abord d'où t'es venue cette idée, pourquoi maintenant ? As-tu vu quelque chose qui t'as fait naître cela ? » Il savait qu'il serait radié de l'ordre des médecins si quelqu'un apprenait ce qu'il allait faire, mais il faisait souvent passer les patients avant tout. C'était une habitude, et dieu seul sait que les habitudes sont semblables aux Erinyes, ces déesses avides de vengeance qui viennent crier sur le coupable, le rendant fou pour toujours.
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MessageSujet: Re: COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. EmptyVen 21 Fév - 0:32

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WILL & EVE
le psychiatre & sa patiente.

« Bonsoir Eve. Je t'en prie, entre, j'ai hâte d'en savoir plus. » . Elle ne savait pas si cela provenait du fait qu'il soit plus grand qu'elle, qu'il ait une voix de velours très posée ou que ses prunelles sombres expirent un calme éphémère, mais le Docteur Emerson possédait en lui le pouvoir de l'apaiser, de la rassurer. Quand elle entrait dans son cabinet aux allures de cocon doré, les mots jaillissaient d'entre ses lèvres en cascade de vérités et elle se sentait exactement là où elle devrait être, à sa place. Cet endroit qu'aucun bruit extérieur ne venait jamais troubler, ces quatre murs à la peinture parfaite qui auraient dû la rendre claustrophobe, lui faisait simplement l'effet d'une bulle hors du temps. Y pénétrer lui assurait qu'elle arrêtait d'exister pour le monde entier, qu'elle ne pouvait plus être jugée pour le monstre d'indifférence qu'elle se contentait d'être, que seule une attention toute particulière lui était dirigée. Elle aurait pu dire n'importe quoi, Monsieur Emerson écoutait. Bien sûr, elle le payait pour ça, et c'était tricher, un peu comme s'acheter de l'espoir en seringue, mais elle assumait cette exquise dépendance, mieux, elle l’entretenait et ne ferait rien pour y mettre un terme. Elle n'en avait jamais éprouvé le désir, c'était son seul moment de normalité, en quelque sorte.

Eve examina attentivement son psychiatre s'asseoir en face d'elle et prendre quelques notes, des lambeaux d'un léger sourire passé s'accrochant à ses lèvres, et l'impatience ne cessait de prendre en importance. Oh, ce n'était pas grand-chose, juste quelques picotements aux bouts des doigts et cette envie furtive d'en finir au plus vite, mais elle était présente, et c'était vraiment un bon début. Finalement, elle n'y tint plus et lâcha son interrogation. Si elle lui apparut banale, ou du moins pas si déplacée, elle résonna probablement comme un coup de fouet dans l'atmosphère pour son docteur, qui se figea l'espace d'une poignée de nanosecondes. Elle entreprit alors ses explications, un peu comme si elle lui tendait un verre d'eau pour que la pilule passe mieux. Pourtant, lorsqu'il braqua son chaud regard vers elle, elle y lut un doute qu'elle ne ressentait jamais. Elle ne l'avait visiblement pas convaincu entièrement, quelque chose coinçait dans ses rouages et il ne parvenait pas à se décider. Elle aurait bien aimer rajouter quelque chose, mais il était celui qui savait toutes ses pensées – ou du moins, une bonne partie – et elle lui faisait confiance ; elle savait qu'il comprendrait sa demande, aussi étrange soit-elle, et qu'il n'y avait rien à ajouter. C'était important, mais allait-il vraiment se lancer ? Il était son médecin, elle ne savait pas vraiment si il en avait le droit, mais... mais elle ne pouvait s'empêcher de se dire qu'elle tenait là la clé de sa guérison, qu'elle avait le moyen de faire reculer sa maladie. Et puis, un baiser qui ne sortirait jamais de cette pièce ne devait pas avoir une telle importance, non ?

Le stylo claqua doucement contre le bois de son bureau, lorsque Monsieur Emerson reprit la parole en le reposant. « D'un point de vue juridique, je n'en ai pas le droit. Ce serait porter atteinte à ta liberté de patiente, ce serait illégal. Même si le secret médical fait que tout ce qui se passe dans cette pièce reste dans un coin de ma tête. Et de la tienne, évidemment. » . Illégal. Bon, en effet, elle n'était clairement pas une habituée de ce monde et ces phrases qu'il lui servait le lui rappelaient. Elle ne connaissait rien à cet endroit, à ces lois et ces Hommes. Elle avait juste quelques règles qu'on lui avait jeté ci et là. Ses lacunes étaient multiples et la déception soudaine qui mordit dans son cœur un bout de cet espoir grandissant lui était si étrangère qu'elle sentit son ventre se tordre, ses doigts se serrer entre eux. Adieu, normalité. Elle essaya néanmoins de conserver un visage avenant, alors qu'elle répondait : « Ma liberté est vraiment très en forme, ces derniers temps, et je vous jure que ce ne serait pas l'atteindre. En réalité, j'aurais plus l'impression de porter atteinte à la votre, car je vous force quelque peu la main. Désolée pour ça. Et si jamais vous refusez, je... je comprendrais. ». Elle n'avait pas voulu plaisanter, juste essayer une dernière fois de le convaincre, mais en jetant un regard sur ses propres mots, elle se rendit compte du ridicule de sa phrase. Ses doigts glissèrent sous la manche de son pull, cachée par le bureau, et elle les enfonça dans son poignet. Allez, ressens quelque chose. Ne lui cause pas plus d'ennui. Pars, Eve. Sa bulle venait d'éclater, elle mettait en danger sa position de psychiatre de renommé, et même si elle aurait dû s'en moquer, elle n'y parvenait pas. Pas plus qu'elle n'arrivait à décoller de sa chaise, alors que son esprit la suppliait.

« Cependant... je peux peut-être exaucer ce souhait, mais explique-moi d'abord d'où t'es venue cette idée, pourquoi maintenant ? As-tu vu quelque chose qui t'as fait naître cela ? » . Lorsqu'il lui posa cette question, elle releva son visage vers lui et ses doigts lâchèrent prise. Allait-il le faire, si elle lui expliquait ? Ce serait... oh, un cadeau si inespéré ! Il le fallait vraiment. Un léger sourire grimpa dans le creux de ses joues. « En effet, vous avez deviné, comme toujours. ». Elle prit une brève inspiration et expliqua alors : « J'étais à mon travail, quand c'est arrivé. Deux personnes, des sourires dérobés et des chuchotements rieurs, rien de très inhabituel en sorte. Pourtant... ». Elle détourna les yeux, observa un instant de silence, son regard suivant le parcours de la pluie qui avait encore redoublé d'intensité derrière les fenêtres. « Je ne sais pas, ça m'a juste... frappée. Ils s'aimaient et je n'avais jamais constaté à quel point ça pouvait être beau. Il n'y avait qu'eux, dans leur bulle. J'aurais pu disparaître dans un grand nuage de fumée pourpre qu'ils n'auraient rien remarqué. ». Sa voix avait été douce et basse, presque un murmure, alors que ce qui l'avait envahi s'échappait d'entre ses lèvres, amères vérités. « Et alors, j'ai éprouvé des émotions. Furtivement. Très bref, comme une étoile filante. Je me suis sentie de trop. Encore plus anormale que d'habitude. Parce que je me suis rendue compte que je n'aurais jamais le droit à ce qu'ils avaient entre eux. J'en suis interdite, bannie pour une raison qui m'échappe. ». Elle ne s'en était même pas aperçu, quand c'était arrivé. Elle n'avait pas voulu y réfléchir, car cette parcelle d'inconnu avait eu quelque chose d'effrayant, mais là, en sécurité auprès du jeune homme, elle laissait couler les tremblants ersatz de sentiments qu'elle ressentait parfois. Elle lui confiait ses craintes, ses désirs.

Elle braqua de nouveau ses orbes pâles dans ceux chocolats de son séduisant interlocuteur et avoua gravement : « Je les ai enviés, Monsieur Emerson. Et j'ai eu un instant très court où la colère m'a traversée. ». La colère, elle connaissait, un peu. Elle pouvait quelques fois s'emporter dans une rare violence qui la laissait toujours pantoise et vidée à sa suite. Seulement, la jalousie n'avait jamais fait partie de son territoire connu. C'était nouveau, inattendu et franchement déplaisant. Mais, une fois encore, c'était l'amour de ce couple qui avait tout déclenché, alors... oui, il avait sans doute eu raison, tomber amoureuse était la clé. Elle soupira et glissa une main entre ses mèches blondes détrempées. « Je dois sans doute mériter cette malédiction. Et la plupart du temps, ça me passe au-dessus, mais là... ça m'a fait me rendre compte à quel point je voulais changer, même si c'est égoïste de vouloir échapper au karma. ». Elle haussa les épaules et finit par avouer, cette réponse qu'elle avait tant voulu retarder : « C'est un baiser qu'ils ont échangé. Un simple baiser. Qui a provoqué des mots incroyablement doux. Comme dans les films ou les livres. Et au fond, ça commence toujours par un baiser. Qu'il soit romantique, volé, brutal, inexpérimenté ou encore même inachevé. Un baiser, rien d'autre. ».

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MessageSujet: Re: COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. COMME UNE ÉVIDENCE ❥ WILL. EmptyVen 7 Mar - 3:11



Eve était une patiente comme les autres. Stop. Les mots sonnaient faux dans son esprit. Elle était tout sauf une patiente comme les autres. Une patiente normale ne demandait pas à son psychiatre de l'embrasser, « pour savoir ce que ça fait ». Une patiente normale n'obnubilait pas les pensées de son psychiatre. Une patiente normale ne ressentait pas quelque chose seulement lorsqu'elle touchait son psychiatre. Une patiente normale ne faisait pas la discrète impression de déjà-vu à son psychiatre. Non, Eve n'était pas une patiente comme les autres, et de loin. De tous ses patients, elle était celle de qui il se sentait le plus proche. C'était malsain. Illégal. Et pourtant, si elle lui avait demandé de cacher un cadavre, il l'aurait fait. Non sans lui demander d'où venait cette idée saugrenue de tuer quelqu'un, et non sans lui faire la morale, mais il l'aurait fait. Sans qu'il ne sache réellement pourquoi.

« Ma liberté est vraiment très en forme, ces derniers temps, et je vous jure que ce ne serait pas l'atteindre. En réalité, j'aurais plus l'impression de porter atteinte à la votre, car je vous force quelque peu la main. Désolée pour ça. Et si jamais vous refusez, je... je comprendrais. » Il se retint de rire, fixant Eve quelques instants. Son stylo crissa, et Will s'arrêta d'écrire en regardant la jeune femme, prenant un air plus sérieux. En vain. « Eve, tu sais que la liberté n'est pas personnifiée ? » Malgré tout, il était convaincu qu'elle était plus sérieuse que jamais. Il le voyait dans son regard. Et, comme toujours, il comprit. Il comprit qu'elle avait vu quelque chose, quelque chose qui l'avait chamboulée intérieurement.

« En effet, vous avez deviné, comme toujours. J'étais à mon travail, quand c'est arrivé. Deux personnes, des sourires dérobés et des chuchotements rieurs, rien de très inhabituel en sorte. Pourtant... Je ne sais pas, ça m'a juste... frappée. Ils s'aimaient et je n'avais jamais constaté à quel point ça pouvait être beau. Il n'y avait qu'eux, dans leur bulle. J'aurais pu disparaître dans un grand nuage de fumée pourpre qu'ils n'auraient rien remarqué. Et alors, j'ai éprouvé des émotions. Furtivement. Très bref, comme une étoile filante. Je me suis sentie de trop. Encore plus anormale que d'habitude. Parce que je me suis rendue compte que je n'aurais jamais le droit à ce qu'ils avaient entre eux. J'en suis interdite, bannie pour une raison qui m'échappe. » Il hocha la tête, chuchotant des « Hmhm » vagues, écrivant quelques mots sur son carnet. Puis il se tut, écoutant la suite, buvant littéralement les paroles de la jeune femme. « Je les ai enviés, Monsieur Emerson. Et j'ai eu un instant très court où la colère m'a traversée. » Il comprenait. Comment pouvait-il en être autrement ? Evidemment qu'il comprenait. Mais il ne dit rien, la laissa parler, encore. « Je dois sans doute mériter cette malédiction. Et la plupart du temps, ça me passe au-dessus, mais là... ça m'a fait me rendre compte à quel point je voulais changer, même si c'est égoïste de vouloir échapper au karma. C'est un baiser qu'ils ont échangé. Un simple baiser. Qui a provoqué des mots incroyablement doux. Comme dans les films ou les livres. Et au fond, ça commence toujours par un baiser. Qu'il soit romantique, volé, brutal, inexpérimenté ou encore même inachevé. Un baiser, rien d'autre. » Il hocha la tête, la regarda avec un petit sourire. « Je comprends. »

Ce n'étaient que deux simples mots, mais ils étaient pourtant si compliqués. Il prit les feuilles sur lesquelles il avait commencé à écrire, les déchira, et les mit dans la machine pour les compresser, ne laissant sortir que d'infimes miettes. Puis, déposant le carnet sur le bureau, il se leva, alla fermer les rideaux, et alluma la grande lumière de la pièce. Par habitude, il ne laissait jamais les rideaux tirés, mais il était nécessaire de le faire, là, tout de suite. Il ne savait pas comment il allait s'y prendre mais il devait le faire. Eve en avait besoin, il le sentait. Il approcha son fauteuil du sien, la regarda. Leur visage n'était plus qu'à quelques centimètres à peine l'un de l'autre. « Tu es sûre que... » Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'Eve avait posé ses lèvres sur celles du psychiatre.
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