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Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Vide
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 Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel

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MessageSujet: Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel EmptyJeu 13 Fév - 23:44

« Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir » ♔ Charles Baudelaire
« Sancta Maria mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc,  et in hora mortis nostrae… »
Elle rouvrit les yeux en retenant son souffle lorsqu’au dehors l’orage se remit à gronder. Des strie de lumière flagellaient le ciel sombre moins d’une seconde avant la détonation céleste et filtraient à travers les vitraux ruisselants de l’église Saramon. Mily avait toujours détesté le tonnerre. Quand elles étaient petites, Nolwann et elle remontaient les couvertures jusqu’au nez dès les premiers sons suspects et, bien souvent, elles finissaient par se lever et sortir de leur chambrette sur la pointe des pieds pour rejoindre celle de leur frère. Une fois à l’intérieur, Nolwann se précipitait vers leur aîné et se blottissait contre lui en entourant fort ses petites bras autour de son cou. Mily restait debout devant le lit, les yeux agrandis par l’effroi, mais se tenait bien droite et s’obligeait à respirer profondément, pour ne pas montrer qu’elle était terrifiée. Elle savait que Nolwann paniquait encore plus si elle aussi se laissait aller. Alors, son frère l’attrapait par le poignet et la faisait asseoir sur le lit pour la consoler elle aussi, sans qu’elle n’ait besoin de le lui demander.
« Et à l’heure de notre mort… », essaya-t-elle de reprendre en baissant le front contre ses mains jointes.
Effacer les images. Les yeux gris de son frère qui lui souriaient à travers la pénombre, et sa voix basse qui disait : « Tout va bien, ma petite perle ». L’odeur de salpêtre des murs auréolés d’humidité, la matière rêche et pourtant réconfortante des draps jadis rapiécés par leur mère, la moiteur du dos de Nolwann où elle avait collé sa joue, l’absence d’un père pour ne plus avoir peur, et leur frère qui essayait pourtant de toutes ses forces, l’abandon. L’abandon et la solitude. La solitude. Surtout. La solitude.

Essylt se releva d’un bond, comme épouvantée, et se retint contre la colonne de pierre la plus proche. Elle y appuya son front, les yeux fermés, et se fit comme des volets autour des yeux en posant ses mains contre la paroi arrondie. Quand pourrait-elle enfin se reposer ? Quand les souvenirs spectraux cesseraient-ils enfin de la hanter ? Elle regardait les vagues fantômes de son enfance, leur faisait des signes, s’illusionnait quelquefois dangereusement en s’octroyant le plaisir de les croire réels… et alors, ils tournaient au cauchemar. Elle resta dans cette position jusqu’à ce qu’elle arrive à inspirer profondément. Elle se concentra sur les tiraillements de son dos meurtri où coagulait une sueur froide, essayait de se souvenir que toute souffrance a un but, que toute épreuve apporte une lumière, tout désespoir un fond et qu’au fond on peut se donner l’impulsion pour remonter. Ensuite, elle s’éloigna de la colonne, passa rapidement ses mains sur ses joues pour essuyer ses larmes, et quitta la petite chapelle privée pour entrer dans la partie publique de l’église. Elle adoptait un pas paisible et discret, la tête baissée vers les petites rosas de marbre dessinées au sol, aussi silencieuse qu’une ombre, pour ne pas déranger les très rares personnes recueillies à cette heure avancée de la soirée. Cependant, du coin de l’œil, elle nota une silhouette debout, dans un coin assez reculé de la nef. Elle passa son chemin sans y prêter attention, sans réellement se demander pourquoi un prieur se tiendrait debout au lieu de s’agenouiller devant les bancs prévus à cet effet. Elle se pinçait discrètement la partie tendre de la peau, sur le dos de sa main droite, entre le pouce et l’index, parce qu’elle venait de penser à son époux, et qu’une telle vision au milieu de son isolement et de son dénuement actuels était insoutenable. Elle n’arrivait pas à se faire à l’idée qu’elle ne reverrait jamais son cher amour ailleurs que dans l’éternité. Supporter l’existence sans lui était une douleur à laquelle elle ne parvenait à s’habituer, mais devant laquelle elle ne ploierait pas. En revanche, si l’homme qui la hantait lui était ramené vivant, elle craignait de mourir de honte sous ses yeux. Il lui en voudrait tellement, d’avoir capitulé, d’avoir oublié comment profiter de l’existence, de ne plus savoir rire. Peut-être la tuerait-il de ses propres mains, si la passion l’amenait à l’embrasser sur la nuque et à faire descendre ses lèvres jusqu’à voir les marques sur son dos… il l’assassinerait de s’être fait du mal à elle-même pour expier ses péchés. La vérité était qu’elle se trouvait désemparée et qu’elle avait seulement écouté l’enseignement des prêtres de son enfance. C’est en soupirant sous le coup d’un profond sentiment d’inutilité et de remord qu’Essylt s’apprêta à franchir les portes de l’église. Elle ne sut jamais ce qui la fit se retourner, sur le seuil.

Son regard clair parcourut l’allée qu’elle venait d’emprunter et plongea au fond du coin sombre où elle avait aperçu la silhouette. L’homme était toujours debout, oscillant bizarrement entre ce qui semblait être un désir de fuir les lieux et un besoin de faire une tentative surnaturelle. Elle en voyait régulièrement, des comme cela, qui entraient ici à reculons et qui regardaient les prieurs comme s’ils avaient affaire à des farfadets implorant le prince des licornes. Elle n’en avait jamais retenu un seul lorsque, finalement, ils repartaient sans conviction, n’osant pas leur adresser la parole par crainte de froisser leur libre-arbitre. Pourtant, ce soir, elle eut l’idée que, sans forcer celui-ci à quoi que ce soit, elle pouvait au moins lui montrer l’exemple. Elle ignorait ce qui lui faisait pressentir que cet homme avait quelque chose d’important sur le cœur (peut-être qu’il avait seulement l’air d’une âme qui franchit cette porte seulement en dernier recours), mais elle eut l’étrange sensation que ne pas tenter de lui porter secours serait un crime. Non-assistance à personne en danger, ce qui va forcément à l’encontre de la charité chrétienne. Ainsi, esquisser un geste dans sa direction était la bonne chose à faire. N’est-ce pas ? C’est de cette manière qu’elle raisonnait timidement en son for intérieur en se rapprochant de l’homme. Elle lui trouva d’abord quelque chose de ténébreux qui l’émeut jusqu’au plus profond de l’âme, une beauté sombre qui avait quelque chose de fascinant pour elle, et elle devinait trop bien pourquoi. Elle ne l’approcha pas de trop près, passa derrière lui d’un peu loin, pour aller allumer un cierge. Tous ceux qui étaient déjà allumés se trouvaient plus près du chœur, si bien que l’endroit où ils étaient actuellement était plus obscur et comme isolé du reste. Elle supposa qu’un peu de chaleur dans ce coin aiderait l’inconnu à mieux sentir que tous ceux qui entrent en ces lieux sont anonymes et pourtant frères, quelques soient leurs convictions et leurs tourments. Elle se signa avant de reculer et de passer devant l’étranger, dont elle croisa le regard une demi-seconde, le temps de lui sourire discrètement, avec dans les yeux le double reflet du cierge allumé derrière lui. Elle baissa ensuite la tête et fit quelques pas dans la rangée de chaises la plus proche, s’agenouilla lentement sur un prie-Dieu et appuya ses mains jointes sur le dossier du siège devant elle. Son cœur battait si vite qu’elle pensait que l’inconnu pouvait l’entendre, alors qu’elle se tenait à un mètre devant lui. Il ne pouvait pas voir son visage, ce qui la tranquillisa légèrement, lorsqu’elle prit la parole d’une voix douce et intime, suffisamment fort pour que lui seul puisse l’entendre.
« La première fois on se sent idiot. Si personne n’écoute ce que l’on a à dire, à quoi bon rendre audibles ses pensées les plus secrètes ? En réalité, il ne faut pas penser à l’interlocuteur, ou seulement imaginer un ami. Vous n’êtes même pas obligé de parler, vous pouvez seulement penser et écouter le silence tout autour. La première fois, je suis restée agenouillée sans rien dire pendant dix minutes et je me suis beaucoup ennuyée. Mais je suis revenue le lendemain. Et le jour d’après. Et tous les jours jusqu’à aujourd’hui. Si cela vous aide, vous pouvez vous dire que c’est idiot, mais vous devriez quand même prendre le risque d’essayer. Personne ici ne se moquera jamais de vous. »
Elle se tut et demeura agenouillée en silence une courte minute, finissant sa prière de tout à l’heure pour laisser un soleil spirituel consoler son cœur qui saignait au goutte à goutte depuis des semaines. Ensuite, elle se releva sans bruit, et sortit de la rangée aussi paisiblement qu’elle y était entrée, se retrouvant de nouveau face au jeune homme. Un nouvel éclair au-dehors perfora rapidement l’une des rosas colorées pour venir projeter sur eux une lumière épileptique, laissant apercevoir de façon fulgurante la couleur hypnotique des iris de l’inconnu. Elle tressaillit de nouveau et croisa ses mains pour les empêcher de trembler. Elle ne savait pas si elle avait eu tort ou raison de s’adresser à lui, mais subitement elle se sentit un peu idiote, sous ces deux yeux irradiant un bleu intense. Elle entrouvrit les lèvres, renonça à dire ce qu’elle avait en tête et détourna les yeux.
« Je… Bonsoir, monsieur. »
Contournant l’homme pour s’éloigner, elle frôla le mur dont elle sentit l’aura froide contre son bras droit. Sans doute n’aurait-elle pas dû lui parler. De quel droit, d’abord ? Maintenant, elle avait seulement peur qu’il la rattrape et lui dise franchement de s’occuper de ses affaires. Elle frotta frénétiquement son bras, comme si le glacé des vieilles pierres lui était entré sous la peau. Le dépeuplement de son univers était en train de la rendre folle, paranoïaque, juste bonne à être enfermée à l’asile. Ce n’était pas ainsi qu’elle aurait dû grandir. Elle n’était personne. Elle ne méritait ni une grande destinée ni les affres des pires souffrances. Elle aurait dû mener une vie miséreuse, doucement insignifiante, en dents de scie entre de petites joies et de légers chagrins, idéalement modérée. Elle n’avait pas l’étoffe de quelqu’un qui peut supporter de vivre de passions, d’extases et de déchirements. Sa santé étant assez mauvaise, un battement de cœur un peu plus brutal que de coutume risquait de la laisser à moitié morte. Jamais elle n’aurait dû connaître le bonheur du grand amour, ni l’agonie de sa perte. Le seul fait de respirer était maintenant une violence faite à tout son corps qui n’attendait que d’expirer. Qui n’attendait que l’heure de notre mort.


Codage par Vent Parisien

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MessageSujet: Re: Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel EmptySam 15 Fév - 20:59

You cannot believe in God until you believe in yourself.


Maybe it’s the reason for what I absolutely don’t believe in God.

Se joue sous mes yeux un spectacle des plus beaux, des plus sombres : le ciel est teint depuis ce matin des couleurs de suie, mais depuis quelques heures, il est zébré d’éclairs qui déchirent les rues, font tressauter les cœurs des gens, alimentent l’inspiration de quelques artistes et réussissent à m’ôter l’envie de finir cet énième verre de Whisky. Je le pose doucement sur la commode où reposent une palette de peintures et plusieurs pinceaux et me dirige vers le salon où je me jette littéralement sur le canapé en allumant le téléviseur.
Je ferme les yeux en me retirant à la vu du nouveau clip faisant fureur et mettant en scène deux jeunes femmes sulfureuses pour me concentrer sur ma respiration dont la cadence est exagérément rapide.

Inspirer. Expirer. Doucement, voilà. Inspirer. Expirer. Inspi-... Je tousse fortement en me relevant et me dit que je devrai vraiment trouver un moyen de me défouler si je ne voulais pas offrir les battements de mon cœur à cet autre moi qui toque bruyamment à mon âme en lui tonnant d’avoir la bonté de se retirer pour laisser place à un être sans foi ni loi qui irait asséner quelques violents coups à une quelconque femme croisée sous la lumière tamisée d’un réverbère ou se cachant des cordes se détachant du ciel.
Oppressé et angoissé quant à l’idée de me faire dévasté par une personnalité diabolique simplement car le temps m’empêche de sortir et de me concentrer sur autre chose, je me lève d’un bond, enfile mon blouson en cuir et après avoir éteint la télévision, je sors de l’appartement.
Se joue sous mes pieds un spectacle dont je suis l’un des personnages : une âme torturée se tortillant dans une enveloppe charnelle assaillie par les larmes de Dieu. Rapidement trempé de la tête aux pieds, je ne tarde pas à sentir des gouttes d’eau ruisseler des mèches collées à mon front tout le long de mon visage. J’apprécie ce contact froid, mais m’y habitue rapidement, enchainant les pas lents.
Soudainement, alors que je suis dans une rue désertée par ses fidèles, le bâillon que j’ai mis à mon cœur cède sous la pression de mes sentiments. J’étais à un rien de tenir une heure, mais voilà, le fait est que je repense de nouveau à... Elles. Si je suis sorti dans l’espoir de me libérer de mon appartement, l’alcool avait réussi à me défaire des liens que ces deux femmes ont soigneusement tissés autour de moi. Mais retrouvant un semblant de sobriété, plus rien ne semble pouvoir solidifier d’avantage ce qui fait que mon cœur à crie tout l’amour des étoiles pour ces femmes. La lune devrait leur être garante pour briller plus fort que le soleil et chaque arbre devrait se courber à leurs passages. J’aurais été pris entre deux personnalités qui auraient eu quelques points communs, j’aurai compris, mais le fait est que si l’une n’est que noirceur parsemée d’éclats de lumières, l’autre n’est que lumière aux idées parfois sombres. Et l’Homme est et sera toujours attiré par l’obscurité, celle-ci même qui lui garantie des mystères, des surprises et des nouveautés, celle-ci même qui l’extirpe à sa réalité monotonie pour le plonger dans des abysses féeriquement ténébreuses.

Je m’arrête soudainement et m’apprête à faire demi-tour pour rentrer chez moi lorsque j’aperçois l’imposante bâtisse qu’est l’Eglise. Mes pieds m’ont déjà mené jusqu’à ce quartier, mais depuis mon arrivée dans ce monde, jamais je n’ai été dans un quelconque lieu saint. J’avais lu plusieurs ouvrages chrétiens, juifs ou encore musulmans pour finalement en conclure que c’était beaucoup trop rigide, beaucoup trop logique ; j’ai traversé l’espace et le temps pour atterrir dans une dimension parallèle et ça, aucun de leurs livres divins n’en parlait. Alors j’en étais arrivé à la conclusion que Dieu devait être l’équivalent du roi de la forêt de mon monde, avant de finalement décider que je n’y croirai pas car à l’espoir succède toujours la déception et que des déceptions, j’en ai connu plusieurs – j’en ai connus trop.
Pourtant, je fronce les sourcils et semble me concentrer d’avantage sur cette Eglise. La curiosité me pousse pour la première fois à y rentrer, car au point où j’en suis, si l’alcool et l’art n’arrivent plus à m’aider, peut-être qu’une entité inexistante saurait le faire. Je me sentirai idiot, mais je ne perdrai pas tout ce que je risque de perdre en enchainant verre sur verre ; sobriété, dignité, santé et peut-être vie.
Alors je rentre dans l’enceinte de ce bâtiment et, me rappelant une scène d’un film, me signe. Ça aussi, d’ailleurs, c’est débile. Mais tant qu’à jouer aux croyants, autant bien le faire.
Je me dirige vers un coin sombre et m’adosse à l’un des nombreux piliers en enfonçant mes mains dans les poches. Je fixe la décoration, en passant des vitraux colorés aux statues avant de fixer intensément l’imposante représentation de Jésus. Je me demande très sérieusement comment on peut adresser ses prières à un truc du genre, mais ne parviens pas à me persuader de quitter immédiatement les lieux lorsqu’un ange passe à mes cotés sans m’adresser qu’un regard furtif. Sans me retourner, je ferme les yeux et tente de me concentrer sur son pas paisible avant d’abandonner cette idée sotte en me remettant à penser à ce qui m’a amené ici.

Midori était celle que j’ai cru aimer en premier lieu. Dès le premier regard, le premier sourire, j’avais eu l’impression qu’elle venait de m’asservir. Alors je l’ai invité à prendre un verre, puis l’ai convié à finir la soirée dans mon appartement, sans une idée particulière derrière la tête. Par manque de chance pour elle, par manque de contrôle pour moi et par excès de sadisme de ces prétendus dieux, j’ai flanché et un traitre moment de faiblesse suffit à ma deuxième personnalité pour qu’elle vienne s’imposer en imposant ses règles. Je me rappelle de chaque geste, de chaque parole mais plus que tout, je me souviens de son regard dardé sur moi. Elle ne m’avait pas supplié d’arrêter et après la surprise et l’incompréhension, seul mon sadisme se reflétait dans son regard alors que sa peau rougissait à vu d’œil sous mes coups. J’avais réussi à reprendre le contrôle, l’ait libéré et, à partir de ce jour, je l’ai fuie comme l’on fuirait la peste. Mais l’inévitable se produit et nous nous sommes revus, parlés et, de nouveau, j’eus l’impression de tomber à ses pieds.

Je cligne des yeux plusieurs fois et me dit que je devrai vraiment retourner chez moi. Cet endroit avait une atmosphère chaleureuse mais étouffante, légère mais pourtant si lourde ; je me sentais étrangement en sécurité, comme bercé par le chant de belles sirènes, mais le fait est que cet endroit semblait parfaitement adéquat pour les remises en question et je détestais cela. C’est à contrecœur que j’ai repensé à Midori, à contrecœur que je m’apprête à résumer mentalement mon parcours avec Hell.
Je sens une présence non loin de moi et m’éloigne un peu du pilier pour laisser mes yeux se poser sur l’ange fantomatique de tout à l’heure qui allume un cierge. Je fixe de nouveau la représentation de Jésus avant que la jeune femme ne repasse devant moi, m’adressant un sourire timide avant d’aller se mêler à une rangée, tête baissée, s’agenouillant en joignant ses mains. J’arque un sourcil ; s’agenouiller, c’est vrai que les croyants le font. Raison de plus pour vite m’en aller, parce que très sincèrement, personne, pas même Dieu, ne réussira à me faire agenouiller.
Quoi qu’il y avait Midori. Et, à vrai dire, Hell y parviendrait sans même être présente devant moi. Cette jeune femme est dotée d’une sorte de flux aussi satanique le mien ; elle a des hallucinations et n’est absolument pas tactile, repoussant le moindre regard insistant, le moindre regard de trop, la moindre intention de ne serait-ce que l’effleurer. Ce qui ne m’empêcha pas de partager avec elle plus d’un baiser, alors même que j’avais pour intention ce soir là de lui dire au revoir. Je le fais toujours ; essayer de m’éloigner, laisser plus d’une échappatoire à la malheureuse qui pense tenir à moi, qui pense pouvoir me changer, qui pense pouvoir me faire face, qui pense être vaccinée contre mon dédoublement de personnalité.

Sa voix est douce, suave – entrainante. Je fronce les sourcils en m’approchant d’un pas pour mieux l’entendre. Ses mots s’encrent dans mon cœur mais ne réussissent pas à embaumer mon âme de ce même baume qui semble protéger et adoucir la sienne. Elle se tait, reste agenouillée, puis se relève et me fait face. Un éclair zèbre le ciel et me laisse découvrir la finesse de ses traits, la beauté de son visage et la clarté de son âme. Elle ouvre la bouche, la refermer, murmure un « je » sans suite avant de s’en aller en me saluant. Sans même me retourner vers elle, je demande :

« Vous quoi ? »

Je me tourne alors vers elle en m’approchant quelque peu, l’incitant du regard à achever sa phrase. Je sors mes mains de mes poches et ne sens étrangement plus le froid régnant, comme si la seule présence de cette femme réussit à me réchauffer. Je reprends d’une voix posée, un léger sourire accroché aux lèvres :

« Ce ne sont pas les moqueries qui me retiennent, pas plus que l’idiotie du fait, seulement un manque de conviction. Je ne crois pas en Dieu et, par conséquent, même s’il existe, je ne pense pas qu’il serait prêt à m’aider. Pourquoi répondre aux prières de quelqu’un qui les formule sans même y croire ? Pour lui donner envie de justement y croire ? Je pense qu’Il a d’autres choses à faire… Je ne m’agenouillerai pas, c’est juste… Exclu. Mais je peux m’asseoir et, à défaut de parler à Dieu, parler de Lui. En votre compagnie, par exemple. »

Je hausse les épaules et ne pense qu’après coup que je m’adresse à une sœur ou quelqu’un qui aurait quasiment les mêmes convictions, la même foi, alors lui proposer de discuter n’était peut-être pas… Bien vu. Qu’importe.

« Je suis ici par curiosité et cet endroit m’amène à réfléchir. Or, j’aimerai cesser de réfléchir, car ça me rappelle une situation à laquelle je me déroberai volontiers quelques heures. Ne vous sentez pas obligée de rester, vous pouvez partir, je sortirai d’ici avec la même conviction qu’Il n’existe pas. Quand bien même, répondrait-Il réellement aux demandes de quelqu’un répondant au nom d’Azazel ? »

Je ris doucement en laissant un instant mes yeux glisser sur les cierges allumés, sur cette douce lumière et cette chaleur réconfortante et, sans reporter mes prunelles sur celles de la jeune femme, continue :

« Tu devrai lever la tête en marchant. On s’agenouille pour prier et rien ne compte si ce n’est la vision qu’a Dieu de nous. Mais quand on marche, c’est une image que l’on donne à autrui et qui en dit long. Et puis, vous êtes belle, alors vous devrez réellement vous redresser en marchant. Soyez fière, même Lui ne doit pas aimer cette façon que vous avez de marcher avec l’air de vous rabaisser. »
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MessageSujet: Re: Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel EmptySam 22 Fév - 12:45

« Un sourire coûte moins cher que l'électricité mais donne autant de lumière » ♔ Abbé Pierre
La voix de l’homme avait quelque chose de direct qui incita Essylt à s’immobiliser. Elle n’arrivait pas à déceler la nature du ton imprégné sur ces deux mots lapidaires, fut donc contrainte de se retourner pour voir le visage de l’inconnu de sorte à savoir si elle l’avait offensé ou non. Du moins avait-elle éveillé sa curiosité. C’était plutôt pour lui déplaire, puisqu’elle s’était bien promis de passer aussi inaperçue que possible, depuis qu’elle était arrivée dans ce monde nouveau. Elle ne soutint pas son regard et eut envie de reculer quand elle le vit sortir ses mains de ses poches. Il ne montrait rien de menaçant mais elle était devenue méfiante depuis qu’elle vivait seule. Son éducation et la bonté de son cœur la poussaient à trouver du beau en quiconque croisait son chemin, mais son expérience et son dénuement actuel la contraignaient à pressentir les caractères ombrageux. Monsieur Shadow avait produit sur elle un peu le même effet que cet inconnu en ce instant : une attirance fasciné pour ce qu’elle voyait de triste en lui, et une sensation de faiblesse impuissante en se cognant contre la franche désinvolture de son caractère. Il vivait sans loi, se créait un monde fait d’impasses comme pour s’auto-déjouer, se piéger lui-même et entrainer les autres dans sa douleur. S’il n’avait pas un besoin maladif de se compliquer l’existence, pourquoi aurait-il refusé aussi violemment de divorcer d’avec elle ? Elle se mordit doucement la lèvre inférieure au souvenir de cet étrange baiser qu’il lui avait donné au milieu du chœur de cette même église, une peu honteuse comme si la marque d’une autre bouche que celle de son époux pouvait s’y voir. En ce qui concernait cet homme sans nom, elle ne savait pas encore comment se comporter avec lui. Elle voyait de la sincérité en surface, qui la rassurait, mais quand elle avait croisé son regard une minute plus tôt, elle avait perçu comme un voile d’opacité sur un autre aspect de sa personnalité, qu’elle n’arriverait peut-être pas à soulever. Ou alors elle était nerveusement épuisée et s’imaginait n’importe quoi. Dans les deux cas, elle aurait mieux fait de se taire et de rentrer chez elle.

Quoiqu’il en soit, l’homme semblait farouchement fier, déclarant qu’il ne s’agenouillerait sous aucun prétexte. La seule fois où Mily avait timidement demandé à un prêtre s’il était vraiment nécessaire d’adopter une position particulière pour s’adresser à Dieu, celui-ci lui avait répondu avec une véhémence qu’elle ne lui avait jamais entendue, et, sans lui donner d’argument, il lui avait déclaré que « c’est ainsi », et la jeune femme n’avait pas poussé plus avant son enquête. Cependant elle croyait en l’omniscience divine et elle ne pensait pas qu’on s’adressait à Dieu comme on décrochait un téléphone. Ce n’était donc pas le fait de croiser les mains ou de se mettre à genoux qui garantissait l’interlocuteur. Au contraire, elle était persuadée que le regard du Seigneur tombait sur le cœur des hommes, croyants ou non, et que, sans même qu’ils formulent un prière, Il voyait le fond de leurs pensées. Elle évitait seulement d’émettre cette idée à voix haute, surtout devant des hommes de foi car elle avait bien senti qu’elle offensait le prêtre à qui elle en avait fait part. Le jeune homme lui dit qu’au lieu de prier il voulait bien s’asseoir avec elle pour parler de Dieu. Elle le regarda un instant en ce demandant ce qui pouvait le pousser à vouloir parler avec une créature aussi insignifiante qu’elle, mais elle ne le découragea surtout pas de cette perspective. Elle se doutait qu’il faisait actuellement un effort pour ne pas s’en aller, et si elle était celle qui pouvait l’inciter à prolonger un peu sa visite en la Maison du Seigneur, elle avait le devoir d’être aimable et bienveillante à son égard. Un sourire légèrement narquois souligna ce qu’il désignait comme une ironie lorsqu’il lui avoua porter le nom d’Azazel. Elle ne réagit pas tout de suite, sentant qu’il avait autre chose à dire. Elle ne devait pas le brusquer. Vous penserez que c’est étrange qu’une frêle jeune femme s’inquiète de faire violence à un homme tel que lui, mais les questions spirituelles dépassaient largement le physique et le moral ; elle savait que le souffle le plus léger pouvait éteindre d’un coup une résolution forgée de longue date. Elle devait être douce avec lui qui n’avait encore pris aucune résolution.
« Tu devrais lever la tête en marchant. On s’agenouille pour prier et rien ne compte si ce n’est la vision qu’a Dieu de nous. Mais quand on marche, c’est une image que l’on donne à autrui et qui en dit long. Et puis, vous êtes belle, alors vous devrez réellement vous redresser en marchant. Soyez fière, même Lui ne doit pas aimer cette façon que vous avez de marcher avec l’air de vous rabaisser. »
Elle essaya de ne pas laisser paraître sa surprise ni de montrer qu’elle était déstabilisée qu’il lui parle d’elle. Elle n’avait pas pensé qu’il l’avait regardée, encore moins que quiconque puisse la trouver belle. Elle était sévèrement objective vis-à-vis de son reflet dans le miroir, ne s’enorgueillissait pas de ce qui n’était pas sa faute (elle n’avait pas choisi la couleur de ses yeux ni la forme de ses lèvres, c’est l’artiste qu’il faut remercier et non l’œuvre), et ne se trouvait sincèrement aucune qualité physique. Il faut dire aussi qu’elle ne faisait absolument aucun effort depuis qu’elle avait perdu son époux. Mieux, c’était à croire qu’elle faisait exprès de se rendre fade, et il y avait bien un peu de cela en effet. En outre, les compliments étaient toujours allés (à juste titre) à sa sœur aînée, aussi n’avait-elle guère l’habitude qu’un inconnu lui dise franchement qu’elle n’était pas déplaisante à regarder. Elle comprit qu’elle était plutôt irritante pour lui dans sa manière de marcher tête basse, avait-il dit.
« Je veux bien m’asseoir », dit-elle d’une voix blanche.
Elle repassa dans la rangée de sièges qu’elle avait quittée et s’assit en faisant signe au jeune homme de la rejoindre s’il le souhaitait toujours. Elle réfléchit un instant avant de reprendre avec douceur :
« Nul n’est responsable du nom qu’il porte. Le Malin lui-même ne saurait l’être. Si votre cœur porte une prière ou un regret qui soient sincères, Dieu les connaît sans que vous n’ayez besoin de les prononcer à voix haute. Si vous cherchez à être pardonné, Il vous entendra et vous exaucera à condition que vous soyez franc vis-à-vis de vous-même. Vous n’avez pas de raison de craindre qu’Il se désintéresse de vous à cause de votre prénom. »
Elle l’avait regardé en souriant légèrement pendant qu’elle parlait, hochant la tête pour appuyer ses propos car elle y croyait vraiment. Mais, quand elle eut fini de parler, elle se retrouva de nouveau sous les coupes limpides et inaccessibles de ses yeux qu’elle n’osait scruter, alors elle porta plutôt son regard sur un vitrait devant eux, en hauteur et imposant. Elle n’entrerait pas dans un débat sur sa prétendue beauté, parce que cela la mettait mal à l’aise et qu’elle ne souhaitait pas protester pour entendre davantage de louanges qui l’embarrasseraient terriblement. Cependant il lui avait fait un compliment, et cela aurait été hautain de ne pas revenir dessus.
« Je vous remercie de ce que vous avez dit, souffla-t-elle. Mais pour marcher tête haute, il faudrait que je sois fière de qui je suis. Or, je ne suis pas en paix avec moi-même, car je n’ai pas encore trouvé le moyen d’expier une très grande faute que j’ai commise… Vous avez certainement raison, néanmoins j’ai beaucoup de mal à soutenir les regards et je marche en souhaitant être invisible. J’ignore pourquoi vous m’avez vue. J’espère ne pas vous sembler méprisable pour autant ; je suis seulement peureuse et en voie de disparition. »
Qui souhaiterait comprendre ce qu’est un paradoxe n’aurait qu’à étudier le caractère d’Essylt. Il n’y avait aucune naïveté en elle car elle avait fait l’expérience de la douleur la plus réelle et la plus horrible qu’une femme puisse éprouver, en perdant son enfant, cependant elle avait une capacité d’émerveillement au-dessus de la norme. Elle était extrêmement fragile, sensible, mais elle était de ces personnes qui survivent tant que d’autres ont besoin d’elles, et qui encore survivent farouchement et passionnément par amour de l’autre. Et tout ce qu’il y avait d’apeuré en elle ne venait pas d’un manque de courage mais d’une vraie lucidité sur ce qui l’entoure et sur la certitude de l’effritement de son monde. Elle basculait parce qu’elle n’avait plus personne à aimer et à soutenir.
« Je m’appelle Mily, et je voulais vous dire simplement que je suis désolée. »
Elle aurait pu poursuivre : désolée de vous avoir adressé la parole, désolée de n’être pas la bonne personne à qui parler, désolée que vous non plus ne soyez pas en paix avec la personne que vous êtes… mais à quoi bon ? Elle était presque sûre qu’il comprenait tout cela. Etrangement, elle lui sourit, et pour la première fois c’était un de ces sourires avec de la couleur, un sourire qui oubliait ses propres efforts pour être inexistante. Cela ne dura que le temps d’un éclair, avant que, de nouveau, elle regarde ailleurs et pose ses mains à plat sur ses genoux pour être sage, mais cela avait existé.
« Je crois que vous aussi vous portez de la lumière, vous savez… »
Lucifer, le véritable nom de celui qui en a tellement, la véritable nature d’Azazel. Celui qui porte le feu sacré.

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MessageSujet: Re: Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel EmptyVen 28 Fév - 19:34

Are you giving up and done?
Are you through with all this?
Are you tired of the pain?
Torn to pieces.


So am I.

Cette femme m’intrigue à un point qu’il me serait réellement difficile de décrire. D’elle émane une force qu’elle doit ignorer car s’accompagne à cela une naïveté candide et parfaitement visible. Lorsqu’elle se tourne vers moi, je perçois une sorte de déstabilisation qui fait grimper à mes lèvres un léger sourire : pensait-elle réellement que j’allais la laisser filer ainsi ? J’aurai pu, après tout. Et je le peux encore. Je ne la retiens pas, elle peut réellement s’en aller si elle trouve ma présence dérangeante, mais j’adorerai qu’elle reste encore un instant, qu’elle tente de me dire comment peut-elle bien s’y prendre pour être aussi… Innocente. Elle semble marquer un moment d’absence, faisant passer sa lèvre inférieure sous la maltraitance de ses dents et je me demande à quel évènement elle peut bien penser, sans pour autant m’attarder sur la question, préférant de ce moment où elle baisse totalement sa garde pour observer ses traits sans qu’elle ne me prenne pour un réel aliéné. Il y a réellement quelque chose qui fait plus que titiller ma curiosité, qui la tisse totalement sur des dimensions démesurées ; un petit plus, un petit moins, je ne saurai le dire, mais ce quelque chose qui fait que mon regard n’arrive plus à la quitter, je ne l’ai jamais vu sur personne d’autre – et ce n’est pas faute d’avoir vu défiler des visages sans noms sous mes draps, sur ma peau, par-delà ma raison et en plein dans ma bêtise.
Je ne sais pas réellement comment interpréter tous ces silences qu’elle me lance, mais cela ne m’empêche pas un instant de continuer sur ma lancée. Je me rends compte, trop tard, que le fait qu’elle soit justement différente de toutes les femmes que j’ai jusqu’alors rencontrées, alors je suis censé avoir un comportement différent avec elle. Je n’ai pas réellement l’habitude de parler de tout cela, ni de parler autant à dire vrai, ou alors, seulement en présence de quelques rares personnes, mais peut-être aurai-je réellement dû coudre mes lèvres d’un fil d’acier pour m’empêcher d’être di direct avec elle. Peut-être aussi aurai-je dû d’avantage prendre en considération le fait qu’elle semble réellement l’avoir, cette foi dont je peine à cerner ne serait-ce que l’utilité, et être plus respectueux. Mais rien dans l’enceinte dans cette église me donnait l’envie de témoigner d’un quelconque respect ; tous avaient les yeux baissés et semblaient concentrés et les seules fois où je semble autant absent, c’est quand je me laisse entrainer dans une fête nocturne et que j’abuse sur l’alcool, voire que j’aille jusqu’à y mêler quelques drogues douces. Je sais parfaitement que je ne vais pas devenir chrétien aujourd’hui, que je ne vais pas devenir ecclésiastique, mais peut-être reviendrai-je chez moi avec un esprit moins alourdi de questions et de doutes mais seulement aménage de douces parles d’une éventuelle nouvelle amie. Mais même si j’aimerai compter cette femme parmi mes proches – mon instinct me trompe rarement, pour ne pas dire jamais, et j’ai le sentiment qu’elle est tout un puits de beauté et de candeur – je doute que je sois bon pour elle ; rien que la couleur de mes cheveux souillera la blancheur de son âme, et c’est sans compter les ténèbres qui règnent sur mon cœur.

Reparlons donc de cette fierté qui me caractérise, qui me nuira un jour, mais qui réussit à se taire en présence de certaines personnes. En présence de Midori et de Hell, j’ai appris à museler cet orgueil, bien qu’il puisse encore reprendre le dessus quelques fois ; mais j’en suis à un point où je peux fixer un rendez-vous à la sulfureuse Midori ou encore à m’incruster chez la charmante et magnifique Hell seulement pour les voir et apprécier leurs compagnies, même si cela m’en coûtait de devoir, par exemple, entendre Midori me dire qu’elle pensait que j’étais malade et de me jeter à la figure cette fierté dont je faisais trop souvent preuve.
Mais cela a bien un lien avec cet ange perdu entre les murets d’une église, car la voix imprégnée de nul timbre avec laquelle elle me répond me donne l’envie de finalement refuser, de juste m’en aller. Mais je ferme les yeux sans rien dire avec cette certitude que j’exagère.
Elle s’en va s’installer gracieusement et je la rejoins sans un mot, attendant patiemment d’entendre de nouveau sa voix fleurir sur ses fines lèvres. Et c’est, à mon grand plaisir, avec une infinité douceur qu’elle me répond. Je laisse mon regard planer sur le sien et fronce légèrement les sourcils en plissant les yeux face à son sourire ; j’aimerai croire chacun des mots qu’elle m’adresse, mais n’arrive à y distinguer qu’un enlacement de syllabes qui viendraient me caresser pour m’affirmer que j’ai encore une chance là où je pense sérieusement être voué aux Enfers. Mon regard semble vouloir la sonder, la transcender et pas un instant je me dis que je peux être perçu comme réellement désobligeant, même lorsqu’elle détourne son regard ; sa timidité est empreinte d’un souffle chaud de bienveillance qui me pousse à d’avantage croire en ses mots, à d’avantage adhérer en sa croyance.
C’est ensuite d’elle dont il est question et je ne peux m’empêcher de sourire sincèrement ; en franchissant le seuil de cette bâtisse et maintenant encore, je ne suis pas en paix avec moi-même. Je pense que le jour où je le serai, je me sentirai mal, peut-être même malade tant la sensation me serait étrangère ; en tant que Ronno ou en tant qu’Azazel, le fait est que je n’ai connu la paix qu’en présence de deux femmes… Et que la sensation n’a jamais duré bien longtemps pour que je puisse m’en souvenir.
Mily. Je peux enfin accrocher un prénom sur ses traits peints de la main d’un grand Archange. Viennent se glisser dans ses iris tourmentées de sincères excuses qui me déstabilisent, me donnent ce tournis étrange qui me fait basculer dans ce monde de blancheur et de candeur, de sincérité et de beauté ; ce monde dont je n’ai fait que rêver et donc je pensais être fermement banni sans jamais y avoir ne serait-ce que poser un pied.
Mais son sourire est plus qu’une bénédiction, c’est une paire d’ailes qui me donne accès à toutes ces belles choses, toutes ces douceurs de mille éclats scintillants et de ténèbres dénuées. Mes lèvres s’étirent en écho aux siennes et, alors qu’elle achève une phrase qui pour moi, n’a aucun sens, je lui tends la main d’un geste lent et simple.

« J’aurai pu me justifier, dire que je ne suis pas en paix avec moi-même car personne ne pend le risque de placer des espoirs en moi, mais ce serait mentir. Je connais trois femmes qui croient réellement en moi, mais je leur fais du mal, encore et encore, sans cesse… Je suis quelqu’un de mauvais, autant pour elle que je pourrai l’être pour vous et je mérite cette pénitence que je m’inflige, mérite d’être en perpétuel tourment avec moi-même. Mais vous… Vous amenez d’une lumière blanche, un peu blafarde par votre manque de sûreté, mais je ne vous vois pas capable du pire. Vous dites avoir commis une erreur, serait-ce désobligeant de vous demander laquelle ? »

Là où j’ai été à moins d’un geste de tuer quelqu’un d’ôter la vie, de détruire toute une chaine d’existences, là où je m’inflige ces tourments quand je suis lucide, je trouve que je suis coupable, quels que soient les chefs d’accusations ; mais quelle erreur a bien pu faire cette femme pour se penser si coupable.
Je m’approche un peu plus d’elle pour glisser ma main libre sur son visage et du bout des doigts, je me rends compte que je n’ai jamais été si proche d’un ange qu’en cet instant.

« Vous voulez bien me faire une faveur, Mily ? Ne vous excusez plus auprès de moi, car je me sentirai presque important et je ne le mérite absolument pas, je suis celui qui présente des excuses, jamais celui qui les accepte. Pour que je ne vous remarque pas, il aurait fallu m’aveugler de ténèbres set non pas de votre lumière. Quant au fait de marcher tête haute, faites-le pour que la personne auprès de qui vous cherchez le pardon puisse voir votre culpabilité dans votre regard où que vous soyez, même si vous ne savez pas qu’elle vous observe. Ce n’est pas Dieu qui doit vous ou me pardonner, mais seulement ceux à qui on a fait du mal. »

Je reprends légèrement mes distances en fixant un point fixe devant moi, soupirant doucement en fermant les yeux.
S’impose devant moi l’image de Midori. C’est celle à laquelle je dois le plus d’excuses, celle à qui j’ai fais le plus de mal… Je déglutis en rouvrant les yeux, me tourne vers Mily de qui je prends un peu de sérénité pour retrouver une cadence cardiaque un peu normale.

« Je ne porte pas de lumière, seulement des ténèbres, seulement le Mal. Je ne sais pas ce que j’inspire aux personnes au premier coup d’œil mais peux envisager qu’on veuille m’aborder, mais ce serait être stupide de vouloir être proche de moi en sachant tout ce dont je suis capable. Une personne que je chéris par-dessus tout me demande de ma laisser aller à ma véritable nature, l’autre personne que je chéris tout autant me demande de résister et moi, je ne sais absolument pas quoi faire. »

Si je lève et que je pars, ce serait uniquement pour sauver Mily de ma noirceur. Ou peut-être est-ce de ma noirceur dont elle a besoin pour être sauvée.
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MessageSujet: Re: Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel Qui se nourrit de ciguë prendrait l'ambroisie pour du poison ♔ Avec Azazel EmptyJeu 8 Mai - 10:33

« Hope is the thing with feathers that perches in the soul, and sings the tune without the words, and never stops at all » ♔ Emily Dickinson
Il vint s'asseoir près d'elle et lui tendit la main avec dans le geste quelque chose d'étonnamment délicat qui suggérait que, quelque part et de très loin, il avait l'habitude des créatures aussi impressionnables et douces que Mily. Elle se demanda à quelle personne de cette sorte il avait eu affaire pour reconnaître d'instinct une femme réservée lorsqu'il en avait une face à lui et ce qu'il éprouvait pour cette personne, mais bien sûr elle ne demanda rien et le laissa s'exprimer. Pour sa part, elle était capable de deviner quand un homme avait besoin de parler, et qu'on l'écoute avec bienveillance. Elle avait cru comprendre qu'en ces temps nouveaux, ce genre de qualité toute féminine n'était pas particulièrement mis en valeur, ni tellement développé par les dames, dont certaines se comportaient d'après elle de manière fort vulgaire et sans la moindre retenue. Certaines de sa connaissance (c'était un grand mot, car elle était fort seule) lui avaient fait comprendre que sa manière de se comporter la faisaient passer pour une "coincée" (que diable voulait-ce dire ?) et une rétrograde. Cependant, lorsqu'elle glissa paisiblement sa main dans celle de l'inconnu pour appliquer une petite pression sincère sur ses doigts, elle lui était reconnaissante d'avoir compris, d'une certaine manière, qu'elle n'était pas quelqu'un à brusquer. De là d'où elle venait, un homme bien élevé ne faisait pas violence à une femme candide, et une femme bien élevée amenait l'homme à lui parler sans en avoir l'air, sans abîmer sa fierté masculine mais en lui permettant de mettre des mots sur ses sentiments les plus intimes. L'idée de l'aveu donnait toujours une impression de faiblesse aux hommes les plus farouches, ce qui leur était insupportable. Mily s'efforçait toujours de ne froisser personne, mais prenait particulièrement garde à ce genre de caractères qui ne se laissaient pas apprivoiser. Comme elle aurait pu le pressentir, il amena rapidement la conversation sur elle, dès qu'il eût évoqué trois femmes à qui, affirmait-il, il faisait constamment du mal. Elle avait souvent eu ce type de conversation donnant-donnant avec son époux, au tout début ; cela ne la dérangeait pas le moins du monde de parler un peu d'elle si cela permettait à Azazel d'épancher ses pensées profondes par la suite, s'il en éprouvait le besoin. Après tout, elle n'était personne, elle ne prévoyait pas de revoir cet homme, aussi ne devaient-ils exister l'un pour l'autre qu'ici et ce soir. Les conditions étaient idéales pour se confier et se livrer à une introspection orale si l'envie s'en faisait sentir.
« Pas une erreur, souffla-t-elle, une faute. Cette main que vous tenez fut fatale à l'être que je chérissais le plus au monde. Laissez-moi vous la reprendre, elle pourrait vous tâcher, je vous assure », ajouta-t-elle avec une mélancolie qui cachait pudiquement une douleur bien plus profonde en lui retirant délicatement sa main.
Voilà pourquoi elle se sentait si sale et si obscurcie. Son époux était mort, elle l'avait tué aussi sûrement que si ce fût elle qui avait abattu l'épée sur son dos. Azazel esquissa un mouvement dans sa direction et, avant qu'elle devine ce qu'il allait faire, elle sentit un effleurement sur sa joue, trop furtif pour que ce soit une caresse. Il lui sembla que c'était plus un besoin de la part du jeune homme de découvrir quelle texture avait sa peau. Elle rosit discrètement, de surprise et un peu gênée aussi, mais elle ne prit pas peur, car il lui semblait que ce toucher avait été aussi spontané qu'innocent. Il se détourna presque immédiatement en lui demandant de ne pas s'excuser auprès de lui. Le dernier mot qu'il prononça sembla le pousser jusqu'au bord d'abysses de douleur et de regret, mais il ferma les yeux quelques secondes et, lorsqu'il les rouvrit, un vent calme, de mauvais augure mais calme tout de même, froissait l'onde de son iris trouble, si bien qu'il était de nouveau impossible de s'y plonger. Mily regarda l'immense fleur aux pétales de verre qui leur faisait face, avant de répondre d'une voix douce.
« Mon regard et ma culpabilité ne peuvent plus aller vers personne, c'est ma pénitence. Mais si vos victimes sont encore là pour vous voir vous repentir, alors aimez-les d'exister plutôt que de vous haïr de les avoir blessées. Croyez-moi, vous deviez essayer de partir de leur survie pour reconstruire une relation plus pure, plutôt que de broyer seul votre propre dégoût. Il n'y a que l'amour à opposer à la violence. »
Naïve ? Très ! Mais belle d'un enchantement simple. Elle croyait en toute sincérité à ce qu'elle venait de dire, et tâchait d'appliquer ce conseil à sa propre existence. Mais sa faute avait été grande, certainement pire que celle d'Azazel, ou du moins avait-elle été jugée comme plus indigne de sa personne, trop pour être pardonnée. Sa punition régnait justement dans cette impossibilité de demander pardon à l'être qu'elle avait blessé, et d'être entendue par Celui auquel elle avait adressé des milliers de repentirs.

Azazel reprit la parole en rebondissant sur ce qu'elle avait dit plutôt, mais certainement en ignorant d'où Mily avait trouvé ses mots. Elle n'avait pas  assez d'estime de soi pour penser qu'elle deviendrait amie avec lui, mais si jamais elle le devenait, peut-être qu'un jour elle lui raconterait l'origine de son prénom, peut-être qu'elle lui dirait que ce n'est que le pseudonyme du plus grand de tous les Anges, qui n'eut que le malheur de commettre une seule faute pour être transformé en démon. Le jeune homme termina son discours par un aveu d'égarement face à un dilemme. Elle entendit la question qui n'était pas prononcée. Car on ne dit jamais rien sans espoir de réponse. C'est ce que sont les prières : des assertions qui ont valeur d'interrogations. Mily sembla troublée quelques secondes, et faillit lui dire qu'il se trompait de dieu, d'ange et de sainte, car ce n'était pas à elle qu'il devrait parler ainsi. Car elle n'était personne, vraiment. Mais elle se souvint de ce pour quoi elle était assise à côté de lui en cet instant ; il ne voulait pas s'adresser à un dieu, un ange ou à un saint, puisqu'il n'avait confiance en aucun d'eux. Elle, au moins, il pouvait la toucher et s'assurer qu'elle était réelle, être certain que ses mots auraient un destinataire au lieu d'être broyés entre les espaces infinis qui séparent la Terre du Ciel. Aussi ne devait-elle pas le décourager. Cependant, elle ne devait pas non plus lui répondre trop explicitement, puisque lui seul devait trouver la vérité qu'il porte en lui, sans l'avoir encore soupçonnée.
« Vous ne pourrez jamais renier votre véritable nature, comme vous le dites. Ce serait comme... de l'automutilation (elle baissa la voix d'un air impressionné en prononçant ce simple mot, dont chaque syllabe lui semblait déjà chargée de douleur). Je crois... Je crois que nous sommes animés par des instincts contradictoires, mais que si l'on en rejette certains ils refont surface plus violemment. Accepter ce que l'on est garantit un certain apaisement. Mais accepter ne signifie pas... renoncer à s'améliorer. Le laisser-aller est une renonciation, et il me semble que... Oui, il me semble que l'homme ne devrait jamais renoncer ni lâcher prise. Nous sommes pleins de misère mais forts d'un grand pouvoir aussi : nous ne renonçons jamais à l'espoir de jours meilleurs. »
Il faut être exigeant avec soi-même, mais non pas cruel ni méprisant. Mily fixa tout à coup sur Azazel un regard d'extrême étonnement, ou s'allumèrent bientôt des étoiles qu'elle-même pensait mortes jusqu'alors. Elle porta de nouveau son attention sur la rosas, et à présent elle souriait, et pour un peu elle se mettrait à rire. C'est en lui parlant qu'elle venait de découvrir quelque chose. Elle ne devait pas renoncer, et cette idée extrêmement simple venait de la frapper, alors qu'elle en faisait spontanément le conseil au jeune homme. Elle qui cherchait toujours à être tellement charitable et aimante vis-à-vis de ceux qu'elle rencontrait, comment avait-elle pu négliger la charité qu'elle se devait à elle-même ? Se haïr n'est pas digne de la chrétienté. Tous les messages venant du Ciel sont d'amour, de quel droit se tenait-elle, si petite et si orgueilleuse pourtant, debout devant l'immensité pour déclarer qu'elle ne valait plus la peine de se battre ? Il ne lui revenait pas de décider quand elle devait arrêter de croire.
« Azazel, souffla-t-elle après avoir recouvré son grand calme et son regard sérieux, mais sans se départir du sourire qui venait d'éclore sur ses lèvres, je suis entièrement stupide, je ne sais rien de ce dont vous vous sentez capable, et je ne l'apprendrai jamais. Ce que je sais, c'est que ce soir vous avez été gentil avec moi, alors que je me refusais à moi-même tout attendrissement. Peut-être que si je vous croise demain, vous me cracherez au visage, mais alors je me souviendrai de la douceur dont vous avez fait preuve avec moi ce soir, et je vous pardonnerai, car cette image de vous est ancrée en moi désormais. N'ayez jamais peur de me décevoir, c'est impossible. Et ce qui est vrai pour une inconnue comme moi, pour une femme d'une soirée, est d'autant plus vrai pour celles que vous m'avez dit chérir. »
Elle arborait un air plus confiant qu'elle ne l'avait jamais été depuis sont arrivée à Fantasia Hill, et c'était grâce à Azazel. Si elle n'avait pas été aussi timide, elle l'aurait certainement embrassé sur la joue, en guise de remerciement. Elle le regarda quelques secondes, réfléchissant, avant de porter la main à ses lèvres, imprimant un baiser sur ses doigts, qu'elle vint ensuite appliquer sur la joue du jeune homme, aussi rapidement que lui-même l'avait fait quelques instants plus tôt. Elle rougit en laissant retomber sa main sur sa jupe, puis tourna les yeux vers le chœur de l'église, dont les dorures lui semblèrent plus brillantes que jamais.

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