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Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Vide
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 Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden

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MessageSujet: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyJeu 1 Mai - 20:20



« Parce qu'il est plus moi-même que je ne le suis. »

Emily Brontë

La porte s'ouvrit à la volée. Cesare, sur le seuil, afficha une seconde de surprise, s'apercevant qu'Ellis était restée exactement à l'endroit où il l'avait laissée vingt minutes plus tôt, debout au milieu de la chambre, fixant toujours sans ciller l'angle d'un mur. Les bras ballants le long du corps, elle n'avait pas ôté le diadème qui ornait sa coiffure, pas plus qu'elle ne s'était dévêtue, et elle se tenait là, debout, aussi droite et imaginaire que lorsque le maire était devant elle pour lui faire prononcer ses vœux. Elle tourna tout de même les yeux vers Cesare, lentement, et sembla faire miroir à l'expression faciale de son époux, laissant paraître une surprise atténuée par un peu d'indifférence. En temps normal, elle aurait été frappée de le découvrir ainsi : il avait retiré sa veste pour ne demeurer qu'en chemise, avait gardé son pantalon de costume mais défait son nœud papillon d'un geste que l'on devinait rageur et peu attentif par les froissures irrégulières sur le tissus d'ordinaire impeccable. Ses yeux avait la couleur ambrée et trop vive du Whisky qu'il venait d'ingurgiter trop lestement. Le sourire cynique sur ses lèvres n'effaçait en rien la beauté triste de tous les traits de son visage hâlé. Il s'approcha en effleurant de ses doigts de pianiste le tissus du lit. Il stagna une seconde auprès d'elle, le temps de la contempler. Elle ne savait pas si elle le dégoûtait ou si elle lui donnait faim. Il avait un visage de démon, mais ses désirs demeuraient insondables. Il voulait qu'elle le regarde en face. Elle était lasse. Il soupira et lui prit le menton. Il la trouva sous ses doigts comme du beurre, elle le regardait s'il le souhaitait, et ne bougeait pas s'il ne la faisait pas se mouvoir par ses propres moyens. Il crut se satisfaire de cela quelques secondes et commença calmement à détacher lui-même ses cheveux sans qu'elle ne cesse une seule seconde d'avoir l'air parfaitement lobotomisée. Quand il eut défait toutes les pinces et que ses boucles blondes tombèrent en cascade sur ses épaules, il regarda le diadème qu'il avait dans les mains, puis ferma les yeux. Bien sûr qu'il ne supportait pas ce calme. Il croyait que c'était ce qu'il voulait (de la soumission), mais cela commençait déjà à le rendre fou. On entendit le bruit gelottant du bijoux se fracasser contre le miroir mural, derrière Ellis, et tomber au sol parmi les éclats de verre. Il la saisit par les épaules et l'embrassa. Elle ne le repoussa pas, alors il appuya plus violemment sur ses lèvres, qu'elle lui céda sans protestation. Elle sentit comme dans un rêve ses mains froisser la soie blanche de sa robe avec une fureur frénétique, jusqu'à le déchirer. Il lui maintenait la tête légèrement en arrière, l'ayant attrapée par les cheveux, balbutiait des demi-mots d'aliéné qui ne secouaient rien en elle. Il finit par se laisser tomber à genoux, le front appuyé contre son ventre, les doigts agrippés au tissus en lambeaux de sa robe de mariée.
« Tu me hais, n'est-ce pas ? Tu me hais, maintenant ? »
« Non. »
« Si, tu me hais. Pour ce que je t'ai fait. Sinon... tu... il n'y a qu'à toi que je peux le dire... tu ne me ferais pas autant de mal. »
« Je ne te hais pas. »
« Pourquoi ? »
« On n'éprouve pas de haine vis-à-vis d'une bête sauvage. Ce serait prétendre qu'elle est humaine. »
« Qu'éprouve-t-on alors ? »
« Rien. Parfois de la pitié. Quand l'animal enrage. »
« Je te hais. »
« Je le sais. »
« Non, je t'aime. »
« Oui. »
« Tu me crois ? »
« Je m'en moque. »
« Je voudrais te tuer. Je voudrais boire ton sang après t'avoir arraché la gorge. »
« Tu l'as déjà fait. Es-tu heureux maintenant ? »
« Non. Je voudrais te ressusciter. »
« Ce que tu peux être bête. »
« Je voudrais que tu m'aimes. Comme tu l'aimes, lui. »
« Je ne l'aime pas. »
« Ne me mens pas. »
« D'accord. »
« Tu l'aimes ? »
« J'éprouve tellement d'amour pour lui qu'il n'y a en moi plus aucune place pour le sentiment de répulsion que tu devrais m'inspirer. Il est partout. Il est dans mon sang que tu veux répandre, sur mes lèvres que tu essaies de souiller ; son âme n'est pas à lui, elle est mienne, et la mienne se repose auprès de lui. Je serai ce que tu veux, tu me feras violence autant que tu voudras, mais tu n'existes pas à mes yeux, tu t'es toi-même annihilé de mon univers en voulant lui faire du mal. Les mots que tu me dis sont des mirages, tes yeux que je regarde sont vides et percés comme ceux d'un squelette. Je suis debout devant toi comme sur ta pierre tombale, et si tu m'avais aimée un peu mieux je me donnerais la peine de cracher sur ton nom et de te vouer à l'Enfer. Mais tu ne m'as jamais aimée, tu es un nom inconnu sur une pierre froide, et je passe devant toi sans me demander qui tu es. Nous sommes des étrangers. »
Cesare s'était redressé au milieu de ce discours. Elle constata qu'il retint une gifle de justesse, puis un nouveau baiser impur au prix d'un grand effort. Il recula en vacillant, la regarda comme s'il avait devant lui un monstre. Elle avait parlé sans timbre et le regardait à présent d'un air de neutralité sans faille, le faisant paraître bizarre d'être aussi agité alors qu'elle était si calme. Il sortit sans un mot de la chambre, pressé comme par épouvante. Il ne serait pas aussi facile à chasser la prochaine fois (l'alcool avait aidé, elle le savait). Mais elle en était débarrassée pour la soirée et (elle l'apprit le lendemain matin) pour la journée suivante, puisqu'un mot hâtivement griffonné à l'encre de Chine l'informait du départ de cet époux malheureux, qui s'enfermait dans quelque mystérieux travail pour oublier sa soirée de noces.

Cela n'avait rien de raisonnable, elle le savait. Mais, en tournant sa clef dans la serrure du 174, Fangh Sweety, le plus silencieusement du monde, elle se promit que ce serait la dernière fois. Et pour être bien certaine de ne pas trahir cette promesse intérieure, elle laissa son jeu de clefs sur la table du salon, au lieu de le remettre dans son sac à main. Elle ne vit rien, si ce n'est l'heure digitale affichée par le microondes de la cuisine (07h03 du matin), retira sa veste noire et ses lunettes de soleil qui masquaient jusqu'alors le fait qu'elle ne s'était pas démaquillée autrement que par d'abondantes larmes nocturnes, depuis la cérémonie de la veille. Dans la chambre, c'était encore la nuit. Elle s'y déplaça pourtant aussi sûrement qu'un félin nyctalope et monta en légèreté sur le lit. Aiden était couché dans une position qu'elle jugea spécialement inconfortable et, en tâtonnant pour le toucher, elle devina à l'épaisseur du tissus sous ses doigts qu'il ne s'était pas ou partiellement déshabillé avant de s'échouer là. Ils en étaient donc au même stade, se dit-elle tristement. Elle se blottit contre lui malgré l'interdiction qui lui plombait l'estomac, et passa tendrement ses mains fraiches sur son visage, pour le réveiller en douceur, si tant est qu'il dormait effectivement. Quand elle fut convaincue qu'il était bien conscient, elle se serra contre lui un peu plus et l'incita à ne pas parler en effleurant ses lèvres des siennes, où elle expira, essoufflée par sa course depuis l'autre bout de Skyline Square. Jamais gestes aussi fébriles ne furent en même temps aussi volontaires qu'au moment où elle enfonça ses doigts dans les cheveux bruns du jeune homme et serra quelques mèches pour imprimer un baiser de désir et d'insécurité sur ses lèvres. La façon dont elle avait besoin de sentir sa présence la consumait entièrement et la rendait infiniment malheureuse, parce qu'elle savait qu'elle volait ici quelques instants à une éternité qu'ils ne devaient pas partager. Et pourtant elle s'agrippait à lui comme si le monde allait chavirer d'un moment à l'autre et qu'ils n'étaient plus que tous les deux, sans rien autour.
« Oh, mon amour... souffla-t-elle d'une voix lacrymale et blessée, je te demande pardon. Dis que tu me pardonnes. Je meurs si tu m'en veux... Je ne pouvais pas... Tu dois penser que j'ai été lâche, et je le suis, lâche, car je n'aurais pas supporté de vivre là où tu n'aurais plus existé... Je suis désolée de tout ce qui est arrivé. Ne réponds pas tout de suite, j'ai peur d'entendre dans ta voix que tu es fâché. Tu es fâché ? Non, tu es comme moi, au désespoir, sans doute. Je sais aussi que je ne devrais pas être là, que c'est encore un risque que je te fais courir... Mais... J'avais besoin. Chéri, touche-moi, serre-moi, je veux que tu fasses disparaître l'empreinte de ses mains sur moi, je veux qu'il n'y ait que toi et moi, encore cinq minutes... »
Elle l'attira contre elle, trop faible pour se hisser au-dessus de lui, passa ses bras autour de son cou avant de le relâcher, s'apercevant que même pour esquisser ce simple geste elle était trop épuisée et trop meurtrie. Tout son corps ployait sous une tension nerveuse qui était sur le point de la rendre folle de chagrin. Elle plaqua sa main sur sa bouche pour s'empêcher de sangloter de fatigue et tressaillit en essayant de respirer profondément, comme l'oxygène tomba lourdement dans ses poumons en manque de fraicheur.
« Je suis complètement folle, bredouilla-t-elle en ouvrant de grands yeux. C'est égoïste d'être venue ici alors que toi aussi tu souffres. Tu n'as pas besoin que je remue le... »
Couteau dans la plaie. Elle inspira et ferma les yeux pour s'empêcher de pleurer davantage, au souvenir de la dague plantée dans l'épaule d'Aiden.
« Pardon. Je t'aime. Je m'en vais. »
Et effectivement, elle se releva. Et resta debout dans la nuit de la chambre, à un pas du lit, sans parvenir à chercher la sortie.


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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyVen 2 Mai - 18:01

Comment est-ce que tu peux penser qu’tu tiens à moi si moi même j’y tiens pas ?
Pourquoi tu dis qu’tu m’aimes alors que moi-même j’me déteste ?

Nan, tu te trompes, tu ne tiens pas à moi, tu ne m’aimes pas. Tu trompes j’te dis… Ça fait trop mal de t’entendre dire le contraire.

Malmené par des vagues d’alcool, entrainé par le désir de goûter, pour la première fois, aux substances illicites, déchiré entre l’envie de crier et celle de casser tout ce qui me tomberait sous la main, c’est avec une dose insoupçonnée de dégoût de moi-même que je finis par pousser la porte de l’appartement, les bras chargé de packs de bières et une paquet de cigarettes pas encore entamé enfoncé dans la poche de mon jean.
Cela faisait longtemps que je n’avais pas trainé dans des boîtes de nuits dans l’unique but de boire encore et toujours jusqu’à me faire renvoyer par le barman, testant tout ce qu’il y avait à tester sans un traitre regard pour ces sourires béats étales sur des visages blêmes, sans une once de désir pour toutes ces femmes qui se trémoussaient. J’avais pensé à appeler Peter, mais si je le dérangeais ? N’avait-il pas ses propres soucis ? Je ne savais pas si elle l’avait appelé de son coté, mais j’en doutais.
Je n’arrive même plus à formuler son prénom, pas même par pensée.
Je me laisse tomber lourdement sur le canapé, maudissant l’alcool de ne pas me donner l’effet léger qu’il a pour habitude de me procurer, ne faisant qu’alourdir le poids pesant sur mon cœur, créant un trou béat dans un organe qui ne bat plus que pour… Pour quoi, au juste ? Si je ne peux plus l’aimer, alors à quoi bon tout ça ? L’aimer en silence ? Non, j’ai besoin d’elle, j’ai besoin de voir son sourire, ses yeux pétillants, sa joie de vivre, sa légèreté ; j’ai besoin de voir mon bonheur se refléter dans son regard. Mais je suis le seul à blâmer, le seul à maudire, le seul qui devrait être condamné à l’exil éternel, le seul qui devrait souffrir, le seul qui devrait agoniser sans jamais avoir le droit à la mort.
Je suis le puits sans fond de lâcheté, la mer éternelle de la faiblesse, celui qui a juré de protéger son âme et celui qui se l’est faite retirer des mains sans pouvoir prononcer un mot, le souffle manquant, le sang près à gicler de cette bouche qui ne se complait que dans les baisers de l’aimée.

M’en veut-elle ? M’en veut-elle d’avoir dû lui imposer ce choix ? M’en veut-elle d’être venu, ce jour, dans l’espoir de l’aider, dans l’espoir de la retirer des griffes de Cesare, mais d’être finalement avoir été un fardeau pour elle ? M’en veut-elle pour avoir un incapable ? M’en veut-elle d’avoir eu si confiance en l’espoir, d’avoir eu si confiance en l’amour ? M’en veut-elle d’avoir pensé qu’il y avait une chance, une minuscule échappatoire dont je saurais forcer l’entrée ? M’en veut-elle de l’avoir chargé du rôle de fissure dans le château de glace ? M’en veut-elle de lui avoir confié la tâche de se libérer, sans mon aide ? M’en veut-elle d’être un incapable, un lâche, un faible, un vaut rien ? M’en veut-elle d’être cet amoureux transi, trop aveuglé par sa beauté pour voir toute la cruauté dont est capable Cesare ? M’en veut-elle de ne pas avoir été assez malin pour comprendre qu’il était parfaitement capable de tuer, d’égorger, d’assoiffer, de meurtrir, de lacérer, de vouer aux enfers avec un sourire vicieux plaqué sur le visage ? M’en veut-elle de ne pas avoir compris que ce n’était pas un démon, mais un ange déchu reconverti en ange de la mort que j’avais devant moi ? M’en veut-elle de ne pas avoir compris que la perte d’une femme peut mener à détruire le bonheur de celle-ci dans l’unique but de la récupérer, quitte à être haï, quitte à ne plus être rien pour elle ? M’en veut-elle de ne pas avoir été la figure de force, de protection, de tendresse, de dureté, de ce tout, de ce rien ?
Dis, tu m’en veux ?

Je coince une cigarette entre mes dents, l’allume, décapsule une cannette, pense au comas éthylique, affiche un sourire malsain avant de retirer l’objet cylindrique de ma bouche pour prendre une longue gorgée qui s’en va se mêler à la fumée encore coincée dans mes poumons, qui ne tarde pas à s’échapper en me laissant comme un pauvre idiot, une violente quinte de toux me donnant l’impression de cracher mon âme.
Qu’est-ce que je raconte, quelle âme ? Pas la mienne, car elle ne m’appartient plus depuis longtemps ; pas la sienne, car je l’ai enfouie si profondément en moi pour ne pas l’écorcher que je serai moi-même en peine de la retrouver. Non, C’est plutôt tout le dégoût que j’ai envers moi-même que je crache de la sorte.
Alors je me traine jusque dans ma chambre, me laisse tomber sur le lit, écrase ma cigarette sur la moquette qui se marque d’une brûlure. Je prends ma tête entre mes mains, je serre les doigts, j’ai mal, mais je ne pense pas que ce soit à cause de cette force que j’applique vainement, comme pour m’exploser la tête, comme pour m’exploser le cerveau.
J’ouvre la bouche. Je veux crier, je veux que le monde entier pleure avec moi la perte de cet amour, que l’univers prenne conscience qu’il vient de perdre la raison pour lequel il existait ; mais rien ne sort, ma voix semble ne plus exister, un peu comme moi, un peu comme ma vie ; mais tout le reste est réel, Cesare l’est, notre bonheur l’était, mon désarroi, mon désespoir… Ouais, tout ça est réel, tout ça existe, tout ça n’est pas un cauchemar. Je me réveillerai pas avec la belle blonde entre mes bras, je ne nicherai pas mon visage dans son cou pour humer son parfum, je ne lui raconterai pas ce cauchemar qui m’a donné des sueurs froides, je ne l’embrasserai pas follement pour lui dire que je suis bien heureux que ce soit fini.
Non, tout est réel. Et ce n’est que le début d’une chute infinie où chaque seconde écoulée est un pieu qui s’enfonce violemment dans un cœur déjà meurtri par trop de vides laissées par trop de personnes.
Mais ce trou béant, il n’est pas dû à une dispute avec un ami, il n’est pas dû à un accrochage avec une amante ; non, ce trou béant, c’est le début de la fin, c’est son absence, c’est la cicatrice brulante qui me rappelle qu’il a suffi de quelques minutes pour qu’un monde construit pendant des mois entiers s’écroule comme s’écroulerait la dernière branche d’un chêne après des coups de vents répétés, cédant à la tempête d’hiver ; la dernière, celle qui est fatale.

Je ne comprends pas tout de suite d’où vient cette sensation chaude et désagréable sur mon visage ; quand j’ose enfin déposer mes doigts tremblants dessus, que je pose mes yeux assombris par trop de trop – trop de douleur, trop d’alcool, trop de dégoût, trop de trop, simplement – et que je comprends que je pleure, je pense réellement rêver.
C’est la première fois. Je n’ai jamais… Pleuré.
C’est sur une note d’incompréhension que je me lève, que je vais vers la salle de bain ; un coup, un seul et le miroir part en mille morceaux de verres dont certains s’enfoncent dans mes phalanges en e soutirant un cri de douleur.
La peur, la dépression, la folie ; bon sang, y aura-t-il seulement un jour un vague retour à la normale ?
Je finis par me laisser tomber sur le lit, la main encore en sang malgré les débris de verre retirés un par un, lentement, minutieusement, le cœur en miettes, l’esprit en vrac ; je ferme les yeux ; je ne dors pas ; mas je rêve.
Forcément que je rêve, j’entends la porte s’ouvrir, j’entends un cliquetis, comme des clefs, j’entends des pas, je sens le lit s’alourdir ; plus que tout, je sens sa présence, son parfum ; j’ai l’impression que mon âme essaye de revenir, mais je lutte, je refuse ; plus de faux espoirs, ça suffit.

Je sens sa main, puis son corps tout entier pressé contre le mien. Je ferme les yeux plus fort, maudit l’alcool, me jure de ne plus jamais toucher à un joint de ma vie ; mais je sens ses doigts sur mon visage et cette fois, j’ouvre les yeux. Des yeux surpris, des yeux tristes, des yeux… Vides. J’ouvre la bouche, mais la referme sous l’effleurement de ses lèvres contre les miennes. Je ne bouge pas, j’ai peur de tout briser ; si c’est un rêve, alors par tous les Dieux, lassiez-moi mourir dans mon sommeil, laissez-moi rêver éternellement.
Un baiser s’imprime sur mes lèvres alors que ses doigts s’enfoncent dans mes cheveux, je glisse ma main intacte sur son visage que je caresse doucement, l’entendant parler avec ce timbre de voix si profondément blessé, tellement désespéré. Elle finit par se taire sans que je ne sois capable de lui répondre, sans que je ne sois capable de savoir par où commencer ; elle m’attire à elle, puis s’arrête lorsque son bras peine à enserrer mon cou. Sa main se plaque à son visage et j’ai l’impression de recevoir une claque en plein visage.
À quoi je joue, là ?
Elle reprend d’une voix tremblante, se tait tandis que je lui souris doucement ; je sais qu’elle repense à ma plaie près de la clavicule, je sais qu’elle s’en veut, je sais…
Elle se relève et j’en fais autant, me relevant rapidement avant de comprendre qu’elle ne s’en va pas, non, elle reste plantée là. Je m’approche à elle et, bien qu’elle soit dos à moi, je la serre dans mes bras fortement, désespérément, comme s’accrocherait un ange banni du Paradis au dernier nuage blanc qu’il verra de si près.

« Pourquoi… Pourquoi tu dis tout ce que je devrai dire ? Je… Je suis désolé. J’ai été faible et idiot de croire que l’amour l’emporterait. Pardonne-moi, je t’en supplie, dis-moi que tu ne m’en veux pas, dis-moi que le sentiment de t’avoir perdue ne doit pas être accompagné de celui de t’avoir déçu. Dis-moi qu’il ne t’a pas fait de mal, dis-moi qu’il ne t’a pas… »

Touchée. Embrassée.
Je la fais retourner doucement vers moi, glisse mes mains sur les deux cotés de son cou avant d’aller trouver ses lèvres en un baiser long et passionné mais qui avait un goût amer de séparation. Je m’éloigne doucement, colle mon front au sien en descendant mes mains sur ses hanches.

« Arrête, j’en prie ma chérie, arrête… Tu as bien fait de venir, je sais que c’est égoïste, mais qu’aurai-je fais si je n’avais pas pu te parler, si je n’avais pu te dire que je t’aime encore et toujours même après ces vœux à l’autel. Dis-moi comment faire pour me faire pardonner d’avoir été témoin, dis-moi ce que je dois faire pour te remercier d’avoir sauvé ma vie au prix de ton bonheur ? »

De notre bonheur.
Non, ne me dis rien, contente-toi d’être là, de ne pas t’en aller, juste cinq minutes, juste le temps de me rappeler, juste le temps de me souvenir à quel point on a été heureux, juste pour trouver la force de vivre un jour de plus, peut-être même deux.
Une de mes mains s’enfonce dans ses boucles blondes alors que je vais doucement poser mes lèvres sur son cou que je parcours lentement avant de poser ma tête sur son épaule, mon souffle s’abattant si vite, si violemment sur sa peau laiteuse ; cette impuissance va me rendre fou.
Cette impuissance m’a rendu fou.

Je lève le visage vers elle, plante mon regard dans le sien avant de pousser un soupir et de sourire en retraçant les traits de son visage de mon pouce.
Peut-être devrait-elle juste… Arrêter de m’aimer. C’est ce que je pensais jusqu’à de nouveau l’avoir près de moi. Car maintenant, contre toute attente, je pense qu’on a encore une chance.

« Tu me giflerais si je te disais que… Que ce qui se passe peut devenir préambule à la chute de Cesare ? Peut-être que c’est moi, le fou, après tout… »

Je lève les yeux au ciel, secoue doucement la tête avant d’aller appuyer mes lèvres sur le front de Tara plusieurs fois, murmurant entre un baiser et un autre :

« Je t’aime, je t’aime, je t’aime… »
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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyDim 4 Mai - 14:10


« On ment dès qu'on élève la voix. »

Jean Rostand

Happée par le noir de la chambre, elle savait qu'elle devait avancer, ouvrir la porte, et s'en aller. Mais ce noir, cette chambre, elle voulait s'y dissoudre. S'évaporer dans l'air et devenir ce qu'il respire, ce qui l'entoure, ce qui est toujours présent auprès de lui et qui ne commet aucune faute en se fondant en lui pour lui être vital. C'était à la fois très spirituel, très moral, ce sentiment d'être intrinsèquement liée à lui, et en même temps absolument physique : se détacher de lui était aussi douloureux pour l'un et l'autre que s'il s'agissait de s'arracher la partie supérieure de l'épiderme sans endommager celle du dessous. Ecorchée vive, voilà ce que Cesare lui avait fait, pour se la rendre fragile et démunie, dépourvue de l'être qui lui donnait tant de force et de joie de vivre. Aiden se leva. Elle ne pouvait pas se tourner vers lui. Il fallait qu'elle suive sa ligne de conduite et qu'elle soit courageuse. Elle était la cause de la destruction de leur bonheur, elle avait ruiné ce qu'elle possédait de plus précieux pour qu'il survive et qu'il puisse avancer sans elle. Revenir sur ses pas était lâche et ignoble, même de la part d'une traitresse de son espèce. Elle émit un petit soupire de réconfort qui fit davantage le bruit léger d'une plainte, lorsqu'il l'entoura de ses bras et se colla contre son dos, la serrant fort contre lui. Faites que mon cœur s'arrête au comble du soulagement et que j'expire où je suis née à moi-même, où je devins celle que je suis par l'amour de celui qui me vit plus grande que je l'étais ! Rien de tel n'advint. On voulait donc que, chaque jour, elle sache ce qu'elle a perdu, que, chaque jour, elle sente qu'elle n'a pas été assez capable de protéger celui qu'elle aime. Je n'aurais jamais dû t'aimer, mon ange, voulait-elle dire à Aiden. Mon amour est un poison, je suis le gui qui suce la sève jusqu'à la moelle et bientôt tu tomberas malade par ma faute. Tu es déjà malade, songea-t-elle alors qu'une odeur de fumée et d'alcool imprégnait l'air ambiant.
« Pourquoi… Pourquoi tu dis tout ce que je devrais dire ? Je… Je suis désolé. J’ai été faible et idiot de croire que l’amour l’emporterait. Pardonne-moi, je t’en supplie, dis-moi que tu ne m’en veux pas, dis-moi que le sentiment de t’avoir perdue ne doit pas être accompagné de celui de t’avoir déçu. Dis-moi qu’il ne t’a pas fait de mal, dis-moi qu’il ne t’a pas… »
L'image de Cesare à genoux devant elle lui revint en mémoire mais ne l'inquiéta pas. Elle était indifférente à tout ce qu'il pouvait faire. Aiden n'y était pas indifférent. Il la fit se retourner. Elle leva vers lui la pâleur sélène de son visage baigné de tristesse, mais lui adressa tout de même un petit sourire à travers la pénombre. Pour lui renvoyer de la lumière, ne serait-ce que le tout petit peu qu'elle avait encore à offrir. Il se pencha et l'embrassa d'une manière qui l'aurait secouée et réchauffée en temps normal, mais qui aujourd'hui lui rappela encore la complicité qu'elle perdait, la tendresse mêlée d'ardeur à laquelle elle devait renoncer. "Dis-moi ce que je dois faire pour te remercier d'avoir sauvé ma vie au prix de ton bonheur ?", demanda-t-il finalement, et ces mots la rendirent plus triste encore. Sacrifier son bonheur ne serait rien, ce serait même une joie si cela lui assurait celui d'Aiden. Le problème venait de la compromission, non du sien, mais du leur. Elle leva la main et lui caressa la joue doucement, avec un geste d'au revoir.
« Tu es aussi incapable de me décevoir qu'il l'est de m'atteindre. Je t'admire plus fort qu'il me dégoûte, et quand il est devant moi je ne saurai le voir, malgré la façon dont il s'agite, car toutes mes pensées et tous mes regards sont tournés vers toi. Je me sens infiniment supérieure à lui par le simple fait que je garde ton âme en moi. »
A chaque fois qu'elle sentait que cette entité évanescente et lumineuse lui appartenait, qu'elle se souvenait qu'il la lui avait confiée, elle était chavirée de bonheur, et cela ne changerait jamais. C'était une consolation assez faible à côté de l'euphorie qu'elle aurait éprouvée de passer son existence avec lui, mais cela suffisait à lui faire se souvenir que tout avait valu le coup, que ce qu'ils avaient vécu ensemble était réel et profondément beau. Elle ferma les yeux lorsqu'il emmêla ses doigts dans ses cheveux blonds et laissa aller sa tête un peu en arrière en sentant ses lèvres dans son cou, s'abandonnant à son souffle brûlant et rapide une dernière fois. Tous les gestes qu'il avait pour elle, Cesare les lui avait infligés violemment la veille au soir, alors qu'il était fou et passablement alcoolisé, et pourtant il avait été incapable de la perturber le moins du monde, tandis qu'une seule oscillation du souffle d'Aiden contre sa peau causait en elle une tempête d'émotions. Il appuya ensuite son front contre son épaule quelques secondes au cours desquelles elle passa sa main sur sa nuque et le caressa doucement, pour lui dire sans mot que tout irait bien.
« Tu me giflerais si je te disais que... Que ce qui se passe peut devenir préambule à la chute de Cesare ? Peut-être que c'est moi, le fou, après tout... »
Tara rouvrit les yeux et scruta son visage en battant des cils pour dissiper l'obscurité, une ombre de soucis ayant assombri son front, qu'Aiden embrassa en lui murmurant qu'il l'aimait. Elle était épouvantée. Elle ne voulait pas avoir fait tout cela en vain. Elle ne voulait pas qu'il soit encore en danger. Elle ne voulait pas qu'il croit qu'il y avait encore un espoir. Pourquoi ne comprends-tu pas, mon chéri ? Nous volons quelques instants fugitifs mais c'est ce qu'il nous reste de meilleur, ce rapt. C'est ce qu'il nous reste uniquement. Car Tara avait bien pensé à contacter un avocat pour contester ce fameux contrat de mariage. Mais elle s'était souvenue que Cesare connait tout le monde, et que si d'aventure quelqu'un ne le connaît pas, Cesare se présente à lui avec un gros chèque pour nouer de nouvelles amitiés. Vaincus, vaincus, nous sommes vaincus et il nous faut en être heureux car la défaite nous garde de nouvelles batailles. Si j'étais Hélène et toi Pâris, alors, mon cœur, sache que je t'aurais aimé profondément mais que je serais retournée à Ménélas, car tu ne possèdes les armes cruelles dont il dispose pour te faire la guerre. Dis-toi que je ne t'aime plus si c'est plus facile pour toi. Aimes-en une autre que moi, quitte à ce que cela me tue (mais tu ne me verras pas mourir à petit feu, je te le promets !). Mon amour, ma vie... Lâche-moi, je te hais !

Elle s'arracha à lui, les yeux agrandis par l'effroi, reculant de quelques pas vers la porte.
« Voilà comment tu m'aimes, dit-elle en pleurant de nouveau. Tu m'aimes à me dire des mensonges et à me faire de la peine en me berçant d'illusions. Tu m'aimes d'orgueil à ne pas voir que tout espoir est perdu. Ceci n'est pas un conte de fée, je suis de chair et de sang et j'agonise si tu t'amuses à mes dépends. Je ne suis pas un livre que l'on ouvre et que l'on referme quand on le souhaite, tu comprends ? Crois-tu encore que les âmes les plus nobles sont toujours victorieuses ? Crois-tu encore que ceux qui s'aiment sont forcément ensemble à la fin ? Tu ne comprends rien et je voudrais te frapper ! »
C'est bien ce qu'elle faisait, le frapper, car ses caresses d'adieu n'avaient pas été comprises par le jeune homme, alors il lui faudrait être méchante pour qu'il se détache d'elle. Mais pour chaque vilaine chose qu'elle lui disait, c'est à elle-même qu'elle infligeait une mutilation horrible. Cependant elle l'aimait assez pour supporter d'être la cause de sa propre perte.
« Tu veux savoir comment me remercier ? En restant digne de ce sacrifice, au lieu de t'imbiber d'alcool et de t'étourdir de fumée ! Je ne veux pas souffrir autant pour quelqu'un qui n'a que faire de ma douleur, qui n'a que faire de la sienne, et qui se permet de se dégrader lui-même en se comportant comme un idiot ! Remercie-moi en étant content de ce qu'il nous reste, car nous pourrons nous voir secrètement quelquefois, ou bien en me disant clairement que je n'en vaux pas la peine et que je dois t'oublier. Mais vis, c'est tout ce que je te demande, et oublie Cesare, par pitié, pour moi. »
Maintenant elle avait le dos appuyé contre la porte et ne distinguait plus le visage d'Aiden, seulement sa silhouette devant un faisceau de lumière qui filtrait à travers les volets. Tant mieux, car elle ne pourrait voir dans ses yeux la douleur ou le dégoût que ses paroles lui inspireraient probablement. Elle se haïssait si fort en ce instant, elle se trouvait laide et odieuse, mais elle pensait bien agir. Pour lui, seulement pour lui. Encore un coup, c'est tout ce qu'elle pourrait donner avant de s'effondrer sous le poids des mensonges qu'elle venait de proférer.
« Quant à lui, je prendrai mon mal en patience. Pendant des siècles on se maria sans amour et les couples étaient fondés sur un respect mutuel. Je serai respectueuse à son égard, et peut-être que je finirai ainsi par... l'aimer (le mot l'écœurait mais elle parvint à le prononcer car il le fallait). Il ne me veut pas réellement de mal, il ne se rend compte de rien. »
La vérité ? Cesare la terrorisait. Du moins, seulement si elle perdait Aiden, car, tant qu'elle avait pour elle cet amour véritable et pur, elle était sauvée. Mais il lui semblait que, maintenant, c'était l'heure de le perdre.
« Ainsi je... Dis-moi de te rendre ce qui t'appartient. Je le ferai et m'en irai. »

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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyLun 5 Mai - 18:18

ஹ[/font] J’aurais aimé t’écrire
Le plus beau des poèmes
Et construire un empire
Juste pour ton sourire
Devenir le soleil
Pour sécher tes sanglots
Et faire battre le ciel
Pour un futur plus beau.
[font]
 
[/font]
Mais je ne suis pas poète, ne suis pas architecte, ne suis pas le soleil et ne suis  non plus Zeus ; je suis juste amoureux de toi, alors j’aurai aimé être poète, architecte, soleil et Zeus ; mais je suis juste amoureux. Avant, ça suffisait pour qu’on soit heureux, tu te souviens ?
 
Cesare pense peut-être m’avoir épargné. Tara pense peut-être comme lui ; peut-être que tous deux pensent très sérieusement que j’ai survécu à ce qui s’était passé ce jour-là.
Entre le visage décomposée de la belle lorsque ses paupières se sont soulevées pour tomber lourdement sur mon corps au sol, alors que j’agonisais et cette demi-satisfaction qui assombrissait le visage de mon agresseur, de mon meurtrier, de mon bourreau, j’étais encore là à me demander pourquoi est ce que Tara ne s’est pas réveillée une minute plus tard.
Une erreur de calcul. J’espérais candidement que Cesare aurait commis une seule erreur de calcul. Une erreur qui m’aurait coûté la vie, une erreur qui aurait coûté cher à cet homme ; une erreur que Tara ne lui aurait peut-être pas pardonné, mais elle s’en serait remise. Elle aurait survécu. Elle est forte, elle l’a toujours été ; elle l’est devenue d’avantage encore quand son esprit est revenu, rafraichi et rajeunit par le vent de Blueside. Elle aurait fini par accepter la fatalité.
Peut-être est-ce égoïste de ma part de penser ainsi. Mais à quoi bon m’avoir gardé en vie, au fond ? À quoi bon avoir prodiguer à mon sang, à mon corps le remède nécessaire alors que j’avais craché les poumons qui m’aidaient à respirer, alors que j’avais rejette ce traitre cœur qui en devint un milliers de rêves brisés, un milliard de bonheurs évités, le terreau d’un espoir naïf, la tombe d’un honneur qui, un jour, brilla et, surtout, de cœur qui ne savait plus pour qui battre, qui ne savait plus pourquoi battre. Tout ce que je possède encore, c’est un corps et une âme qui s’en est allée vers un autre pour préserver une vie qui n’a plus aucun sens sans elle. On ne vit pas sans âme.
On ne boit pas sans bouche. On n’aime pas sans humanité. On ne pleure pas sans yeux.
On ne vit  pas sans âme. Je ne vis pas sans Tara.
 
Là où les moments heureux auraient dû être des pages d’un journal que je serai retourné lire avec les éclats de rire cristallins de la jeune flemme résonnant encore dans ma tête, ils n’en étaient que tableau moqueur qui pointait un doigt cynique sur moi ; ça me rappelle que j’ai réellement connu le bonheur, que j’ai connu le grand amour. Et tout ça, tous ces souvenirs, tous ces sourires volés aux anges, toutes ces moues empruntées aux enfants, tous ces regards malicieux retirés aux esprits, toute cette tendresse et toute cette innocente enlevées aux Dieux ne faisaient que me rappeler, sans la moindre douceur, que j’ai perdu.
Je l’aie perdue, elle. J’ai perdu notre bonheur. J’ai perdu ma vie, en souillant la sienne. Et si je n’ai pas encore perdu son amour, j’a pourtant perdu la raison pour laquelle je me levais tous les jours.
Alors quoi, allions-nous voler des instants au temps qui nous court après, qui nous lacère le dos alors qu’on continue à courir, comme deux enfants, comme deux fous, comme deux amoureux ?  Est-ce là toute l’étendue du mal qu’a asséné Cesare ? Nous a-t-il tout volé, a-t-il tout pris ? Est-il en paix, maintenant qu’il était retourné sur les lieux de son crime pour respirer ces particuliers d’amour poétique d’amour frais, d’amour électrique ?
Tu es content, maintenant que tu m’as privé de ma raison de vivre ? Tu es content, maintenant que tu as détruit l’innocence de Tara ? N’as-tu donc pas vu, dans ses yeux, quelque chose se briser ? Dieu – ou peut-être le Diable – t’a-t-il fait tellement intelligent qu’il a proclamé que la vue te serait inutile ? Es-tu aveugle, Cesare ?
 
Si c’est un certain apaisement qui plane sur moi lorsqu’elle m’affirme ne pas m’en vouloir, j’en ai pourtant une appréhension amère juste après, me rendant compte que ses caresses sur mon visage ont ce goût d’au revoir que je ne m’avoue pourtant pas.
J’ouvre la bouche pour lui répondre, mais j’en suis tout bonnement incapable. J’ai l’impression que le moindre mot de travers va me confronter dans cette pensée qu’elle me salue une dernière fois, une ultime fois.
Elle m’admire ? Elle m’admire alors que je l’ai obligée à retourner avec Cesare ? Elle m’admire alors que je l’ai abandonnée ? Elle m’admire alors que je suis incapable de me regarder dans un miroir, incapable de supporter mon reflet, incapable de comprendre ma faiblesse, incapable d’admettre mon inutilité ?
Je soupire faiblement, vais chercher son cou de mes lèvres ; son pouls s’accélère sous ma bouche et le mien en fait autant, bien que ce ne soit pas faute de désir – bien que présent, je le relègue au certain plan – mais à la peur. J’ai peur de ce qui va advenir de ces quelques heures que nous empoignons d’une main trop fébrile, avec trop peu d’assurance ; on se comporte comme des adolescents alors que nous avons vu la mort en face.
Mais l’erreur est commise ; je dis des mots dont elle n’aurait jamais dû entendre parler et, alors qu’il y a moins d’une seconde, sa main caressait encore ma nuque comme elle l’aurait fait habituellement pour me dire qu’elle n’est pas fâchée, que ça va aller, que je me fais beaucoup trop de soucis pour rien, ce sont ses muscles entiers que je sens se figer, s’immobiliser. Bêtement, pourtant plus sous l’emprise d’alcool ou de drogue, je me demande si le temps s’est figé.
Mais le tic-tac incessant de l’Horloge devant laquelle se tient Cesare tinte bruyamment à mes oreilles, contre cette miette de cœur et je me redresse, regardant la jeune femme dont le visage vient de littéralement se décomposer. Mais je ne comprends pas ce que je lis dans ses yeux.
Tout m’échappe. Je ne comprends même pas pourquoi elle s’éloigne. Je ne comprends pas pourquoi son regard se durcit. Et ce que je comprends encore moins, c’est la peur qui me fait trembler de tout mon corps.
 
Les larmes roulent sur les joues de la créature qui subit la colère des enfants, des dieux, des esprits ainsi que des anges à qui elle a retiré quelques importantes parts de beauté tandis que les mots glissent de ses lèvres comme si elle avait passé des heures à réciter ce texte.
Alors elle criait, alors elle parlait, alors elle mentait ; et moi, je ne faisais que l’entendre pleurer, je ne faisais que prier pour que son innocence d’antan revienne. Mais lorsqu’elle aborde la question du comment je devrai me comporter pour la remercier, je ne supporte plus sa voix, ne supporte plus ses mots, ait du mal à ignorer le pieux qu’elle retire et enfonce à violenté dans un cœur meurtri, endolori mais encore si faible devant les coups, surtout ceux assénés par la bouche de la belle, surtout ceux prodigués par les yeux d’émeraudes qui me fixent avec horreur alors que l’incompréhension et la colère peignent mon visage. Elle parle, s’éloigne de moi, creuse ce faussée entre nos deux êtres qui se languissent passionnellement l’une de l’autre.
Le dos contre la porte, elle continue, opte pour mieux tailler le pieu de bois, pour laisser des échardes apparaitre avant de l’enfoncer, plus brutalement encore dans le cœur.
Mais lorsqu’elle exige de moi que je lui demande de me rendre ce qui m’appartient, ce n’est plus mon cœur qu’elle meurtrit, c’est mon bon sens, ma logique, ma rationalité, ma lucidité ; c’est tout ce qui m’a permis de tenir dans ce monde, des mois durant, alors que je ne la connaissais pas, des jours durant, lords de son départ à Blueside et des heures durant, alors que je la voyais s’éloigner de moi pour aller dans les bras froids de Cesare.
À quoi joue-t-elle ? Pourquoi me dire tout ça ? Pourquoi me faire tant de mal ? Pour… C’est pourtant évident.
Je me haïssais pour ce que j’allais faire, je m’exécrais pour ce que j’allais dire.
Mais soit, il fallait qu’elle comprenne que ce qu’elle me fait subir n’est pas digne d’elle, n’est pas digne de nous.
 
Je m’approche d’un pas lent et lourd vers elle, posant ma main à plat contre la porte, près de son visage, saisissant son menton entre deux doigts de ma main libre alors que je lève son visage vers le mien doucement, haussant les sourcils.
Sincèrement, je me déteste.
 
« Je pensais que tu n’étais pas encore prête à l’entendre, mais vu que tu me détestes pour ma naïveté, vu que tu penses que je me comporte comme un idiot, vu que tu me penses indigne de ton sacrifie, je vais t’éclaircir. La nuit derrière, je l’ai passée sur le canapé. Avec Alyssa. Tu te souviens d’elle, non ? La belle rousse du bal, ma cavalière. Non, tu ne l’as pas oubliée, on n’oublie pas un visage pareil, on n’oublie pas un corps sculpté dans la volupté. On a pas mal bu, mais je restais conscient ; je savais parfaitement ce que je faisais. Je vivais, comme tu me le demandes et Cesare était le dernier de mes soucis – de la même façon que tu l’étais, toi. Et ouais, après, j’ai fumé et elle rentrée très tôt chez elle, donc j’ai passé le reste de la matinée dans mon lit à me remémorer chaque seconde de la nuit précédente. »
 
Mensonges, mensonges, mensonges.
Mensonges qui me brûlent les lèvres, mensonges qui me lacèrent les cordes vocales, mensonges qui me pourrissent de l’intérieur ; mensonges qui m’achèvent.
Elle sait que j’ai toujours eu une préférence pour les rousses et Alyssa et la seule qui me soit venu à l’esprit sur le moment ; je veux la voir jalouse, je veux la voir hors d’elle, quitte à me prendre une gifle, quitte à subir toutes les insultes qu’elle connait.
Mensonges, mensonges, mensonges ; et pourtant, ma voix ne tremble pas, mon regard ne cille pas.
Je continue à m’engouffrer dans tout cela ; comme un démon redescendrait en Enfer.
 
« Je t’ai parlé d’espoir, je t’ai parlé d’un moyen de regagner ce qu’on a perdu, davantage pour te faire plaisir que pour autre chose. Mais il semblerait que tu ne veuilles pas de cette douce illusion, alors je te dis toute la vérité. Toute la vérité que tu dois bien encaisser, parce que c’est toi et toi seule qui veut que j’arrête d’agir comme dans un conte de fées. Alors rends-la-moi, maintenant. Rends-moi mon âme. »
 
Je la relâche après quelques secondes et m’éloigne, lui tournant le dos en passant une main dans mes cheveux, appuyant mon index sur mon front en serrant les dents.
As-tu mal, Tara ? Te sens-tu trahie ? Te sens-tu malaimée ? Comprends-tu qu’on ne peut pas vivre loin de l’autre ? Vas-tu arrêter de t’entêter ? Vas-tu arrêter de te convaincre que ce que tu veux est un au revoir ? Vas-tu, bon sang, retrouver espoir ! Qu’on ma damne immédiatement si je viens de te faire subir tous ces violents mots et que tu penses encore qu’il nous faut vivre l’amour peureux qui se cache.
J’aurai pu être sincère dès la départ, mais de quoi aurai-je l’air, à prétendre savoir ce qui se passe dans sa tête mieux qu’elle ? Au moins ainsi, je lui fais ressentir tout ce qu’elle ne veut pas admettre. Je me retourne et m’approche vers elle de nouveau, gardant cette fois-ci mes distances.
Ma voix n’est que murmure ; mon souffle n’est que braise ; mes mots ne sont qu’excuses.
 
« On en est réduits à ça ? On en est réduits à se mentir, à prétendre qu’on veut cette romance secrète alors que qu’on en mourrait, à dire qu’on a fait des choses tout bonnement inenvisageables ? On en est réduits à s’aimer à s’en faire mal ? On en est réduits à s’aimer à s’entretuer ? Dis-moi, Tara, comment penses-tu me rendre mon âme ? Elle n’est pas seulement tienne ; c’est toi. »
 
Et cette fois, je laisse voir toute ma détresse transparaitre dans mon regard ; je laisse ma tristesse se lire sur mes traits ; je laisse mon amour faire battre ce bout de cœur plus fort qu’aurait pu battre l’organe tout entier.
Je veux qu’elle voit mon amour, qu’elle entende mon amour, qu’elle sente mon amour, qu’elle ressente mon amour et qu’elle ait le goût de mon amour sur la langue ; je veux qu’elle le vive.
 
« Alors oui, rends-moi mon âme. Reviens à moi. »
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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyMer 7 Mai - 21:34


« Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire, que les parfums légers de ton air embaumé, que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire, tout dise : Ils ont aimé ! »

Alphonse de Lamartine

Lorsqu'elle eut prononcé les derniers mots de cette insoutenable tirade, elle n'eut aucun besoin de voir le visage d'Aiden pour en deviner l'expression. Choqué, malheureux, frappé d'incompréhension. Il avait certainement l'attitude statique de celui qui ne conçoit pas ce qui lui arrive, qui laisse à son esprit quelques secondes de complète immobilité pour se remémorer ce qu'il a entendu et se convaincre à contrecœur que ce ne fut pas qu'une horrible fiction. Tara aurait aimé vouloir retenir ses paroles. Or, elle les assumait entièrement, les incarnait, certes aussi péniblement que le prisonnier efflanqué traine son boulet derrière lui, mais pleinement, consciente de ce qu'elle avait dit et incapable de s'évanouir après avoir parlé. Du moins pendant dix secondes. Pendant dix secondes, elle crut encore le plus sincèrement et avec la meilleure volonté du monde que se détacher brutalement de lui serait mieux. Ensuite, Aiden fit quelque pas dans sa direction, et sa proximité lui fit comprendre que ce n'est pas elle qui avait parlé. Ce n'est pas la femme amoureuse d'Aiden, ce n'est pas la femme fière de ce qu'elle est devenue et de ce qu'ils ont accompli ensemble qui avait dit tout cela. Non, celle à qui elle avait prêté sa voix était la Tara recroquevillée dans un coin de son être, celle à qui Cesare avait bien appris la défaite, et qui avait peur. On ne saurait concevoir une telle épouvante. Et pourtant, elle avait cru que cette enfant, cette pauvre petite chose servile ne faisait plus partie d'elle. Cesare réveillait en elle ses pires instincts. Alors, peut-être, se dit-elle en se laissant faire lorsqu'Aiden lui fit lever le visage vers lui, peut-être que Cesare était précisément la personne qu'elle méritait.

Aiden avait un visage placide, vu d'ici. Trop, beaucoup trop calme alors que l'univers implosait douloureusement. Est-ce qu'il n'avait pas peur ? Etait-il fou ? Inconscient ? Masochiste ? Merveilleux. Elle avait tort de lui reprocher ses contes de fées. C'était ce qu'elle avait vu en lui alors même qu'il le cachait aux yeux du monde, c'était ce pour quoi elle était tombée amoureuse de lui en premier lieu. C'était là qu'elle avait frappé parce que c'est ce sur quoi ils avaient construit leur monde, leur bonheur, et leur bonheur était ce qu'ils possédaient jusqu'ici de plus réel et de plus beau. Ses yeux buvaient le noir de la chambre jusqu'à donner à celle-ci des allures de verre vide et à ceux-là la dureté de l'onyx. Fascinée, désespérée, elle s'y cogna à regret, pressentant déjà l'inflexion de la voix qu'elle n'allait pas aimer, qu'elle avait déclenchée.
« Je pensais que tu n’étais pas encore prête à l’entendre, mais vu que tu me détestes pour ma naïveté, vu que tu penses que je me comporte comme un idiot, vu que tu me penses indigne de ton sacrifie, je vais t’éclaircir. La nuit derrière, je l’ai passée sur le canapé. Avec Alyssa. Tu te souviens d’elle, non ? »
« Ne... S'il te plait... »
Elle articula si bas que c'est à peine si ce début de supplication avait existé. Et en effet il poursuivit, impitoyablement, à couper le souffle.
« La belle rousse du bal, ma cavalière. Non, tu ne l’as pas oubliée, on n’oublie pas un visage pareil, on n’oublie pas un corps sculpté dans la volupté. On a pas mal bu, mais je restais conscient ; je savais parfaitement ce que je faisais. Je vivais, comme tu me le demandes et Cesare était le dernier de mes soucis – de la même façon que tu l’étais, toi. »
Elle plaqua les deux paumes de ses mains contre le panneau de bois derrière elle, certaine qu'elle allait tomber, et détourna la tête pour qu'il la lâche et qu'elle puisse regarder ailleurs qu'au fond de ces deux yeux noirs qui la noyaient. Il n'avait pas fini mais cela n'avait plus d'importance. Les mots, les seuls qui comptaient, venaient d'être prononcés. Elle n'avait plus compté. Et si lui ne pensait pas à elle, si son image n'était pas solidement ancrée dans l'esprit du jeune homme, si le son de sa voix n'y résonnait plus, s'il était aveugle aux regards qu'elle lui lançait, malgré la distance, alors, enfin, elle n'existait plus. Bannie de la surface du monde parce qu'oubliée par la seule personne qui la rendait vivante. En temps normal, elle n'aurait pas même songé à Alyssa. En temps normal, elle aurait immédiatement deviné qu'il mentait. Mais, en temps normal, c'est avec un sourire de franche provocation qu'il aurait prononcé de tels mots, et elle l'aurait pincé, l'aurait traité de vilain affabulateur, et ils se seraient battus comme des gamins, sans jamais cesser de jouer, sans être sérieux un seul instant. Sérieusement, il avait l'air de vouloir qu'elle ait mal, à présent. Et la douleur fut réelle, vive, même si engendrée par un mensonge probable. Même si au fond elle se doutait qu'il n'avait pas dit la vérité, elle... à moins que...? Un doute subsistait et émanait directement de la fatigue physique, de la lassitude intellectuelle, et de la blessure morale qui laminaient la jeune femme. Aurais-tu fait cela, mon amour ? Et est-ce une trahison ? Et aurais-je le droit de me plaindre ? Te reprocher quelques heures d'égarement, d'oubli, alors que l'édifice que nous avions commencé à construire venait de s'effondrer comme un château de cartes au milieu d'un courant d'air ? Non. Pas de reproche. Il avait le droit d'être désappointé, déçu, égaré, terrifié, malheureux. Ce pour quoi elle le détestait en cet instant n'avait rien à voir avec l'image de lui serrant une autre femme dans ses bras. Qu'il veuille lui faire du mal en le lui racontant aussi brutalement, ça, c'était odieux. Indigne de lui. Indigne de nous.
« Rends-moi mon âme. »

Il fit volteface après cette injonction lapidaire. Elle chercha la poignée de la porte d'un geste fébrile, sans encore se retourner, mais certaine qu'elle allait partir comme une voleuse dès qu'elle aurait retrouvé le contrôle de ses jambes. Ses doigts se crispèrent sur l'élément métallique, si fort que ses ongles imprimèrent dans sa paume de petites demi-lunes rouges de colère et de drame. Un son strident de sifflet s'imposa à elle et lui vrilla le tympan. Comme si elle venait de recevoir une gifle. Elle ne leva pas les yeux vers la silhouette d'Aiden, qui était dos à elle et qu'elle entendit retenir sa respiration avec nervosité, comme on le fait lorsqu'on a peur d'exploser. Il lui fit de nouveau face mais il eut raison de ne pas trop s'approcher : elle ne pourrait guère répondre de ses réactions. Il l'avait trop cruellement blessée, trop injustement humiliée, et elle sentait lentement monter en elle une rage féroce. Lorsqu'il reprit la parole, pourtant, sa voix avait changé d'inflexion, était si basse qu'elle dut faire un effort supplémentaire d'attention pour bien l'entendre, si chargée de douleur qu'il lui sembla qu'elle ne reprendrait plus jamais son timbre habituellement chaleureux et moqueur, cette sonorité intime qui, quand elle l'entendait, lui avait toujours donné la sensation rassurante de rentrer à la maison. Sa voix n'avait plus d'adresse et Tara eut toutes les peines du monde à lui répondre. Est-ce que lui dire : "D'accord, je te la rends" la lui rendrait réellement ? Elle comprit, en même temps qu'il en prononça les mots de sa voix à présent rocailleuse, que c'était indépendant de sa volonté, qu'elle ne pourrait pas plus se défaire de son âme qu'il ne serait en mesure de la lui reprendre.
« Elle n'est pas seulement tienne ; c'est toi. »
Tara relâcha faiblement la poignée et sa main cogna contre la porte, désincarnée. Elle fixait sur lui ses grands yeux tristes d'un air d'àquoibon et dont l'iris, transparente pour lui seul, hélas, laissait apparaître sa détresse et son dénuement intérieur.
« Alors oui, rends-moi mon âme. Reviens à moi. »
"Tu m'aimes fort comme ça ?", interrogea le regard de Tara, tourbillonnant dans les rainures des disques vinyles des yeux d'Aiden. Aimer fort à ne pas savoir qu'il faut avoir peur ? Qu'il y a toutes les raisons du monde de se tapir dans l'ombre et de n'en pas sortir ? Aimer fort au point de ne pas céder à la facilité, quitte à ce que ce soit dangereux ? Tu sais pourtant à quel point c'est dangereux ! La jeune femme se mordillait la lèvre inférieure, sourcils légèrement froncés, en proie à des réflexions qui l'absorbèrent une minute. Qu'il est bête ! Combien de fois lui avait-elle dit qu'il n'est qu'un idiot ? Combien de fois l'avait-elle aimé toujours plus pour cette même naïveté communicative ? Elle devrait être la plus raisonnable des deux. Elle devrait lui dire "non" et s'en aller. Mais elle se ferait alors détester par la seule personne au monde qui compte sur elle, qui croit en elle. Et certainement que, partant de l'incompréhension (car il ne pouvait pas comprendre !) que le refus obstiné de Tara de demeurer auprès de lui lui ferait éprouver, il renoncerait à croire en l'humanité, en la bonté, et enchaînerait désespérément les bêtises. Et puis, il n'y avait pas que cela. Elle avait besoin de lui. Non seulement parce qu'elle l'aimait, qu'elle n'aimait que lui, mais en plus parce qu'elle n'était pas la même sans lui, elle n'était qu'émiettement et faux-semblants, et par conséquent hautement indigne de lui. Le dilemme était le suivant : auprès de Cesare elle était indigne de lui, mais auprès de lui elle lui était dangereuse, venimeuse même.

Elle soupira en se décollant de la porte, et contourna Aiden pour traverser la pièce, jusqu'à la fenêtre, dont elle actionna le volet électrique jusqu'à ce que des centaines de petits faisceaux de lumière dorée percent à travers les lattes de plastique opaque. Elle ne le releva pas davantage, laissant cet éclairage tamisé apporter à la pièce une fraiche coloration d'aurore, mais sans trop de vivacité. Tara fit un creux avec sa main et s'étonna d'attraper un peu de cette lumière dans sa paume ; elle aurait cru qu'après son mariage forcé, elle ne serait jamais plus capable de voir le soleil se lever. C'est idiot et narcissique. Le monde continue de tourner. Elle fit de nouveau face au jeune homme, et se rapprocha de lui d'un pas incertain qui ressemblait à une excuse. Une fois devant lui, elle le regarda sans rien dire quelques instants avant de chercher ses bras et de se serrer lentement contre lui.
« C'est l'aurore, constata-t-elle d'une voix blanche, saturée mais de nouveau douce comme le printemps. Tu m'as manqué toute la vie. »
La seule nuit qu'elle venait de passer loin de lui, depuis des mois qu'elle regardait le soleil se lever par-dessus son épaule, de l'autre côté du lit, avait été d'insomnie et de regrets, et l'avait fait vieillir de cent ans. Cette nuit aura été prémonitoire : sans lui, elle vivrait longtemps, mais fanerait tous les jours. Avec lui, tout n'était qu'éclosion, et l'espoir renaissait même à travers les terres incendiées de son cœur, à partir du mal qu'y avait semé Cesare.
« Je ne vais pas rester avec toi. Je ne vais pas fermer les yeux et me blottir dans tes bras en attendant impuissamment que Cesare défonce la porte et t'abatte pour de bon. Parce que tu m'aimes, je suis plus forte que cela. Par conséquent, Cesare ne verra pas arriver sa défaite. Je veux qu'on le batte avec ses propres armes. Je veux qu'il nous sente vaincus, soumis, morts. Je veux qu'il pense que je ne t'aime plus. Ainsi il ne cherchera pas comment nous contrer, puisqu'il nous pensera déjà détruits. Je... je ne sais pas encore comment faire, je suis tellement épuisée, mon amour... mais nous trouverons quelque chose, n'est-ce pas ? »
Elle releva la tête vers lui et l'observa attentivement pour trouver sur son visage l'assentiment qu'elle cherchait.
« Pardon de t'avoir dit tout cela. J'ai si peur, tellement peur de ce qu'il pourrait encore nous faire, et c'est seulement la peur qui m'a fait me tenir debout pendant la cérémonie... Mais je te promets que ce qui m'a amenée ici ce matin, c'est seulement de t'aimer. »
Plus tard aujourd'hui, elle rentrerait chez Cesare, un peu avant que lui-même y revienne. Elle retrouverait son masque et elle ferait comme si elle était en deuil d'Aiden. C'est-à-dire prête à le reléguer au rang de souvenir passé. Mais elle espérait bien qu'elle aurait en réalité un plan quelconque, n'importe quoi de convenu avec son amoureux pour lui donner de l'espoir et une ligne de conduite.
« Pour le moment je n'ai que cette journée à t'offrir, mais si tu veux nous l'utiliserons à nous en garantir bien d'autres. Seulement, tout de suite, je voudrais juste m'allonger près de toi et ne penser à rien, le temps que le soleil finisse de se lever. »
En disant cela, elle s'était effectivement rapprochée du lit, et assise où elle avait ses habitudes, de son côté. Tout en s'allongeant, elle l'attira à elle et l'embrassa dans le cou tendrement avant de fermer les yeux. Elle se pensait bien capable de s'endormir, maintenant qu'elle était exactement à sa place. Mais elle resta consciente, tenue en éveil par l'espoir qu'une idée germe de leurs corps enlacés, par l'espoir même de retrouver leur entier.


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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyJeu 8 Mai - 16:36

Nobody said it was easy.

Je me souviens de la cérémonie de la veille et pour cause, j’ai repassé chaque geste, chaque mot plus d’un millier de fois ; et j’espérais, quelque part, que le scénario change ; et j’espérais, naïvement, que Tara ne dirait pas oui à cet homme ; et j’espérais, comme un enfant, que j’allais oublier en enchainant les verres d’alcool.
Mais au fond, je ne voulais pas oublier. Je ne voulais pas oublier avoir vu le teint si lumineux de ma belle devenir d’une pâleur cadavérique. Pas plus que je ne voulais oublier cette étincelle dans son regard que je ne vis pas hier. Je ne voulais pas oublier sa robe magnifique, sa coiffure et son maquillages parfaits ; je ne voulais pas oublier cette beauté intérieure qui ne se reflétais pas extérieurement de la même façon que d’accoutumée. Elle ne possédait pas au-dessus de sa tête ce nuage de coton, cette pluie de paillette, cette avalanche d’innocence, de simplicité. Je ne voulais pas oublier ma douleur, sa douleur ; notre défaite. Non, s’il faut apprendre de ses erreurs, il faut se souvenir des erreurs ; s’il faut se relever, il faut s’être souvenu avoir chuté.
Bien malheureux est celui qui se souvient ; mais celui qui a le pouvoir, ce n’est pas celui qui a l’argent et la gloire, ce n’est pas celui qui a l’amour de sa vie à ses cotés, ce n’est pas non plus celui qui sait car celui-là finira par se tromper ; non, l’Homme puissant est celui qui se souvient.
Comme un champ de fleurs qui subissent les attaques d’un vent trop violent ; comme les branches de chêne qui se brisent après des années où elles ont tenu le coup. A une exception près. Notre champ de fleurs n’était pas encore assez vaste ; ces années dont je parle n’étaient que poignées de temps, que quelques mois. Le bonheur que nous possédions, le bonheur que nous ne possédons plus, celui que Cesare a méticuleusement entaché, broyé, brisé, ce bonheur qui est aujourd’hui souvenir, peut-être deviendra-t-il tremplin à une éternité heureuse.
Ou peut-être serait-ce le poignard qui s’enfoncera dans nos âmes et qui nous condamnera à l’exil. Est-ce là l’amour ? L’amour doit-il souffrir, doit-il plonger dans des marres de sang et d’étranges substances ? L’amour ne résiste-il donc pas aux ténèbres ? L’amour est-il si faible, si petit, si commun aux autres sentiments ? Où était la magie promise ? Où étaient les étincelles pour lesquelles le feu de nos pupilles brûle ? L’amour fort, l’amour courageux, l’amour inébranlable était-il vulgaire mythe, piètre légende ?
Ou alors était-ce nous qui devenions mythe et légende ; était-ce nous qui avons oublié que tout feu doit être nourri et que l’espoir, le charbon du train de l’amour, nous manque atrocement.

Peut-être nous aurait-il fallu du temps.
Peut-être que Tara avait besoin de réfléchir plus amplement ; peut-être aurai-je dû réfléchir mieux que ça, moi aussi.
Mais je l’attaque avec ses propres armes ; je sais que la femme qu’elle est devenue possède de nobles qualités ; mais je sais aussi que la femme éprouve des sentiments que l’enfant qu’elle était n’aurait pas éprouvé ou, tout du moins, pas avec la même intensité.
La jalousie.
Et je nourris sa soif, la rassasies, rentre dans des détails sans ciller, sans m’embrouiller ; je ne comprends pas avec quelle aisance j’arrive à mentir à ma belle, à la fixer et lui parler d’une autre. Pourtant, elle aurait dû comprendre. Elle aurait dû savoir.
Mes yeux ne voient qu’elle ; mon cœur ne bat que pour elle ; mon âme ne palpite que pour la faire réagir ; je vis pour l’aimer ; je l’aime pour la faire sourire ; je la fais sourire pour faire tourner le monde ; je fais tourner le monde pour remercier l’univers d’avoir mis sur mon chemin une perle d’eau douce, une rose aussi rouge que le sang, mais aussi étincelante qu’une lame au soleil.
Elle est plus que rare, tellement plus qu’unique ; Tara est mon monde, ma galaxie et chacun de ses sourires est un espoir pour les étoiles qui veulent prendre leur revanche – mais rien de tel n’a lieu, elles perdent toujours, l’éclat du sourire de ma belle scintille d’avantage que le soleil lui-même ; les étoiles, toutes, n’ont qu’à se plier, qu’à se coucher.
Et je l’entends me dire d’arrêter, et je vois son regard me supplier de ne rien ajouter et moi je continue, imperturbable.
Vois, mon amour, comme je t’aime. Regarde comme je meurs à chaque fois, que je revis à chaque souffle, que j’agonise à chaque syllabe ! Vois comme je suis déchiré pour tout de suite être recollé ; vois comme je suis brûlé à vif avant de posséder une nouvelle peau qui me recouvre les os ; vois comme ma torture est infinie ; vois comme je suis désolé de te mentir ; vois comme jamais je n’oserai te trahir ; vois que je t’aime, je t’en supplie, n’oublie jamais que je suis amoureux de toi à mourir à tes pieds, à mourir de ton regard, à revivre à ta demande.

Elle détourne la tête et je n’oblige pas à me faire face plus longtemps.
Et puis, c’est plus facile de mentir quand elle ne me regarde pas, plus facile de la décevoir quand elle fait mine de ne plus s’en soucier.
J’aurai, dans de toutes autres circonstances, eu mal de savoir qu’elle pouvait douter de moi ; comment pouvait-elle penser, une seule seconde, que je pouvais poser mes mains sur une autre qu’elle et caresser de mon regard une autre âme que la sienne ?
Mais je n’ai pas le cœur à souffrir de cela ; j’ai mal de la savoir m’échapper, j’ai mal de la savoir loin de moi mains les sentiments qui s’étalent sur son visage me laissent penser qu’il y a une chance, que je vais récupérer celle que j’aime.
Parce que celle qui me fait face est l’œuvre de Cesare. Plus que ses empreintes imprimées sur son corps, il a marqué son innocence, a détruit sa force ; il l’a faite fragile et malléable, ainsi il pourra la contrôler, ainsi il saura l’aimer ; il ne veut pas qu’elle soit femme, il veut qu’elle soit sienne et, de son obsession omniprésente, il l’asservira.
Et il était si près du but. Si près de la briser réellement. Car si notre bonheur vient de s’éparpiller aux quatre coins de l’univers, si notre amour est devenu sombre de ténèbres et de fragilité recouvert, si j’accepte qu’il me brise, qu’il nous brise, qu’au moins elle devienne indépendante – qu’elle puisse vivre sans moi, qu’elle m’oublie, qu’elle me haïsse, qu’elle me soit indifférente, qu’elle vive, c’est tout ce que je demande, tout ce que je souhaite.

Je lui demande, la supplie, la conjure de me revenir ; oui mon amour, je t’aime fort comme ça.
Quand l’amour innocent se teinte de fourberie, il devient plus rude. Quand l’amour électrique connait une baisse d’électrons et de protons, il devient neutre. Quand l’amour frais se laisse engloutir par les ténèbres de la désolation et de la fatalité, il devient sage. Quand l’amour poétique perd ses rythmes, il devient légendaire. Quand à l’amour de deux âmes se mêle une troisième entité, il devient amer. Quand l’amour d’enfants connait des soucis d’adultes, il en grandit.
Quand l’amour rude, neutre, sage, légendaire et amer qui grandit dit qu’il ne faut plus y croire, il faut continuer d’y croire.
Un soupire s’échappe de la bouche de Tara et je meurs de couvrir ses lèvres des miennes, d’étancher ma soif en buvant son amour à la source. Elle me contourne pour ouvrir la fenêtre de façon à ce que la lumière soit tamisée ; là où on aurait pensé au romantisme il y a quelques jours, je n’y vois que métaphore ; aujourd’hui, on va apprendre à se contenter de peu, aujourd’hui, on va apprendre à aimer ce qu’il nous reste, aujourd’hui, on va chercher dans les débris de notre bonheur des éclats d’espoir.
Quand elle se tourne vers moi, je ne suis plus sûr de rien ; son pas me laisse penser que le monde s’écroule autour d’elle et je ne sais plus si je dois la soutenir ou geindre à ses cotés. Elle se tient face à moi, immobile et je ne dis rien non plus ; lorsqu’enfin, je vois mon rêve actuel se réaliser, lorsque je vois son corps se fondre contre le mien, je la serre de mes bras affaiblis en enfouissant mon visage dans ses boucles blondes, humant son odeur, humant, peut-être, une once d’espoir, de vivacité.
À ses mots, je resserre un peu plus mon étreinte en lui soufflant sur le haut du crâne ; je lui ai manqué toute une vie et moi j’ai l’impression d’être mort toute une vie durant son absence.
Elle reprend la parole et je retrouve celle dont je suis tombé amoureux, celle dont je suis aujourd’hui encore éperdument fou ; le battre avec ses propres armes, hein ?
Je reste bloqué sur cette phrase et, alors qu’elle relève la tête vers moi, je lui souris faiblement en hochant la tête, comme pour formuler une promesse silencieuse.
Elle me présente des excuses palpant de sincérité et je me sens mourir sous ses mots ; si elle se sent coupable de m’avoir dit cela, comment devrai-je me sentir pour lui avoir de la sorte, pour l’avoir fait douter quelques instants ? Elle s’installe sur le lit et je me laisse entrainer, m’allongeant en entendant les plaintes de mes muscles que je fais taire avec un pouls qui s’accélère à la suite d’un baiser dans le cou. Je passe un bras autour de ses épaules en l’attirant sur mon torse, allant déposer mes lèvres sur son front.

« Tu sais, je ne l’ai jamais sous-estimé. Je me suis toujours attendu au pire. Seulement, j’ai surestimé ma capacité à faire face. Pardon pour tout mon amour, pardon de t’avoir parlé d’Alyssa aussi, je… Excuse-moi. Ça va aller, repose-toi. Tu n’as pas dormi de la n-… »

De la nuit. De ta nuit de noces. Avec Cesare. Avec les mains et les lèvres de Cesare.
Je me mords brutalement la langue et je sens mes muscles se contracter. Je secoue la tête en poussant un profond soupire avant d’aller trouver les lèvres de Tara pour un long baiser contre lequel je perds mon souffle, duquel je tire mon oxygène, à cause duquel je meurs, grâce auquel je revis.

« Il pensera que nous ne sommes que ce qu’il veut bien qu’on soit ; il pensera qu’on n’est plus, qu’on ne vit plus ; peut-être même réussira-t-il à nous croire heureux, l’un sans l’autre, mais là, je ne te garantie rien. J’arrêterai de boire autant, c’est promis. Je sortirai, irai voir Peter peut-être. Qu’importe, je vivrai et tu en feras autant ; et lui, il pensera avoir tout gagné. Même ton amour, Tara. Il doit penser avoir gagné ce pour quoi tout cela s’est produit ; il doit penser que tu es… Sienne. »

Ce dernier mot est presque craché, après avoir été trop longuement refoulé dans les abysses de mon esprit. Je parviens quand même à lui sourire doucement avant de lever les yeux vers le plafond et de les fermer.
La fatigue me terrasse et j’ai l’impression de planer, de sombrer, de brûler, de me noyer ; mais je ne cède pas au sommeil, me démène pour trouver une solution.
Peut-être que je pose mal la question. Ce n’est pas tant comment gagner que comment le piéger.
Le battre avec ses propres armes. Ses armes sont la dureté et la haine, certes, mais surtout la malice. Il aime humilier ; il aime faire croire que tout n’est pas perdu avant d’amener son adversaire à constater qu’il ne lui reste que les yeux pour pleurer.
Qu’a-t-il d’important dans sa vie ? A part Tara, à quoi tient-il ? A qui peut-être.
Il est riche et puissant.
Puissant.
Et alors, je me mis à réfléchit tout haut.

« La gloire. Il possède la gloire et c’est ce qui fait que le monde entier est contre nous – et si encore il reste des âmes qui ne connaissent pas sa réputation, il saura les acheter avec sa richesse. Mais en plus, j’ai remarqué qu’il est méticuleux, perfectionniste et pour être ainsi, il faut être méfiant. Mais pourquoi ? Il y a quelque chose qui pourrait nuire à sa réputation, quelque chose qui ne doit pas se savoir… Je ne pense pas que mon raisonnement soit faux, mais je n’ai aucune idée de ce que pourrait être sa faiblesse. Tu en penses quoi, toi ? »

Je pose les yeux sur elle, les sourcils froncés.
Peut-être que je divague encore. Peut-être suis-je encore ivre ; ivre de naïveté, ivre d’innocence.
Ou peut-être suis-je extrêmement lucide.
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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptySam 10 Mai - 12:58


« Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre où le rideau d'aimer s'envole n'importe où. Rien n'a calmé ce cœur en te voyant de battre ; il me fait mal à force et rien ne m'est si doux. »

Louis Aragon

Tu le sais, que je suis jalouse, au fond. Que je suis emportée, que je parle sans réfléchir, que selon les jours je suis plus ou moins fragile que j'en ai l'air, que du haut de mon mètre soixante-et-un je monte vite sur mes grands chevaux, que je suis maladroite, sûre de moi un mardi sur deux et la moitié des vacances scolaires, que j'ai toujours faim après avoir pleuré, que quelquefois je pleure d'être heureuse, mais qu'aujourd'hui je pleure de ne pas pouvoir t'aimer, que je change d'avis comme de chemise (et puis je les enlève, les repasse, les nettoie, et les envoie au pressing), que je suis un nid à problèmes, mais que je m'efforce toujours qu'il soit douillet, que je suis d'un coup aussi profondément défaitiste que j'étais optimiste dix secondes plus tôt, que je te pique tes crises au lieu de trouver les miennes (sont toujours mal rangées, comme le reste de mes affaires), qu'après ma pluie vient mon beau temps, que tes sourires font toujours mon printemps, qu'on ne va peut-être pas gagner mais que je ne veux pas te perdre, que je suis phobique des bonbons en gélatine et de l'eau dans les yeux, que je préfère manger dans ton assiette plutôt que dans la mienne, que je suis ultra-sociable et complètement invivable. Alors, tu m'expliques ? Pourquoi on en est là ? Pourquoi est-ce que toi tu es amoureux de moi ? J'aurais voulu que tu me détestes que je n'aurais rien fait autrement. Tu m'aimes ? Vraiment. Mais tu m'énerves aussi. Ne crois pas que je n'ai pas remarqué tous tes petits trucs, là, tes façons insupportables de renchérir, de me chérir, de n'être tellement pas superstitieux que biser des miroirs est un de tes hobbies préférés, de faire ton prétentieux et que ça marche, ton sourire en coin et que ça marche aussi, ton air détaché quand les filles te regardent dans la rue (tu te passes la main dans les cheveux, oui tu fais cela et tu m'énerves), et les fils de la capuche de tes sweatshirts qui ne sont jamais symétriques, et sur ta main droite l'odeur toujours discrète de la cigarette (bon, ça j'aime bien), et comment tu mets des choses hors de ma portée pour que je me souvienne que je suis toute petite, et tes idées féériques qui me rappellent toujours qu'avant toi j'étais malaimée, et puis j'aime pas quand tu te moques de moi et que tu as raison, ni quand c'est toi qui finis mes phrases quand je suis énervée (arrête de me faire craquer !), et tes baisers de victoire, ceux-là, si seulement je pouvais les détester... Alors, je t'explique. On en est là parce que je suis amoureuse de toi. J'aurais voulu qu'on se déteste... oui tu sais que je mens mais laisse-moi dire. Pendant dix secondes j'aurais voulu qu'on se déteste. Tu sais quoi ? Ca a été les dix secondes les plus tristes de toute ma vie.

Enlacés sur le lit, ce n'était plus le moment d'être triste. Tara s'ordonnait de profiter, de se reposer dans ses bras quelques minutes pour oublier les vapeurs d'angoisse de la nuit qui venait de s'écouler et dont chaque seconde égrenée sur l'horloge de sa vie lui avait paru sonner un glas terrible. Elle hocha la tête doucement quand il lui demanda pardon à son tour, émit un petit claquement de langue lorsqu'il prononça encore le prénom d'Alyssa, rouvrit les yeux quand il n'acheva pas sa phrase. Elle se redressa juste un peu, pour tourner son visage vers lui, et l'observa sérieusement. Si imaginer une seconde qu'il ait éventuellement pu passer la nuit avec une autre femme lui avait causé du chagrin, elle venait de se rendre compte que, pour Aiden, être absolument certain qu'elle avait passé cette même nuit avec un tortionnaire fou à lier devait le conduire aux portes du désespoir, et encore, avec pour escorte colère et impuissance ! Elle soupira de nouveau, n'ayant vraiment pas envie de parler de lui (de l'autre, qui s'immisçait toujours entre eux), avant de lui caresser la joue délicatement.
« Il ne m'a rien fait. Il était ivre, hier soir, et je l'ai mis en colère. Alors, il m'a laissée toute seule, et quand je me suis levée il était parti. Il rentrera ce soir ou demain matin... »
Elle sourit et se hissa un peu plus contre lui pour lui faire un bisou esquimau avant qu'il pense à lui faire remarquer qu'il ne sera pas toujours ivre, et qu'elle pense à se faire à l'idée qu'il ne la laisserait pas toujours tranquille. Peut-être qu'il faudrait que ce soit elle qui s'imbibe d'alcool, pour le supporter, se dit-elle au moment même où Aiden lui promit qu'il ne boirait plus autant et qu'il se forcerait à sortir.
« Il pensera avoir tout gagné, conclut-il. Même ton amour, Tara. Il doit penser avoir gagné ce pour quoi tout cela s'est produit ; il doit penser que tu es... Sienne. »
Le dernier mot fit le bruit d'un feulement et causa certainement chez l'un et l'autre le même regret doublé de mécontentement. D'écœurement. Mais il avait raison, c'était ainsi qu'il fallait faire. Tara acquiesça en signe d'approbation, et réfléchit quelques instants, avant de reprendre la parole un ton plus bas.
« D'accord mais... Promets-moi encore quelque chose. Promets que tu ne me demanderas pas comment je m'y prendrai, que je n'aurai jamais à te parler de ce que je lui aurai dit ou de ce que j'aurai fait pour qu'il me croit amoureuse de lui. Ce sera toujours pour de faux que je l'aimerai. A part moi, il n'y a que toi qui puisses comprendre à quel point il me dégoûte, à quel point je suis écœurée quand il me parle ou quand il me touche. Tu n'as pas besoin de savoir, et je suffoquerais de te dire ce qu'il se sera passé entre nous. Tu promets ? »
Elle se retourna sur le dos et ferma les yeux, certaine qu'elle allait se remettre à pleurer si elle continuait de le regarder en face en pensant qu'elle allait devoir être bonne comédienne auprès de Cesare. Elle prit une longue inspiration avant d'exprimer d'une voix hachée le reste de sa pensée :
« Et toi tu ne dois pas juste sortir avec Peter, ce serait d'un angélisme suspect. Tu vas devoir faire comme tu faisais avant. Je veux dire... Les bars, les femmes... Je ne serais pas surprise que Cesare nous fasse espionner pendant quelques temps, alors il n'y a pas que moi qui dois être convaincante. Mais... Aiden... S'il te plait, pas Alyssa, pas Jasmine si jamais tu la retrouves, personne dont je sache jamais le prénom, personne qui ait jamais compté, parce que je... Oh, tu sais, je ne peux pas croire qu'on ait réellement cette conversation ! Je ne peux pas croire que je suis en train de te dire de... »
Même si tout est pour de faux, la situation était une véritable torture de toute part. Mais Aiden ne voulait pas se cacher, il voulait finir par vaincre. Et Tara savait les moyens, car elle connaissait Cesare. C'était le moyen. Qu'Aiden prétende noyer son dépit dans l'alcool, oublier son amour dans des bras anonymes, jusqu'à faire mine de s'en remettre et de passer à autre chose, c'était le moyen. Et si le moyen n'était pas suffisant, il faudrait qu'Aiden en choisisse une, quitte à la mettre dans le secret (il ne faudrait pas qu'en plus une tierce personne soit blessée dans toute cette mascarade), et qu'ils se voient dans un lieu public, pour que Tara puisse crier à l'abandon, le traiter de tous les noms et lui dire qu'il n'est qu'un traitre et qu'elle le haït. Pour le moment, elle ne pouvait pas penser à cet ultime recours, car l'idée seule la rendrait réellement malade. Elle fit un effort sur elle-même pour se calmer avant de rouvrir les yeux en fixant le plafond. Elle n'avait plus du tout envie de dormir, à présent. Elle était consumée de rage vis-à-vis de Cesare. Que cette bête immonde les force tous deux à mettre en place des plans aussi nauséabonds, les force à jouer selon les règles de son jeu macabre, c'était plus qu'elle ne pouvait le supporter. A présent, elle voulait qu'il souffre. Elle voulait que Cesare fasse à son tour une chute depuis les cimes du Paradis et perde tout d'un coup. Que ce soit dans la douleur et l'amertume qu'il apprenne que torturer des créatures qui s'aiment revient à se constituer des ennemis terribles. Aiden reprit le fil de ses réflexions tandis que la jeune femme s'asphyxiait de colère. Elle prêta attention à son discours et constata qu'il n'avait pas tort, mais qu'elle non plus ne savait pas grand-chose des faiblesses de Cesare. Elle se redressa et s'assit sur le lit, entourant ses genoux de ses bras, fronçant les sourcils d'un air concentré et volontaire.
« Tout ce que je sais c'est qu'il s'est bâti un empire pour ne plus jamais se sentir vulnérable vis-à-vis de qui que ce soit. Ses parents étaient des monstres pires que lui, mon cœur, si tu savais... Je crois qu'ils l'ont terrorisé à tel point qu'il s'est forgé son caractère pour que personne ne puisse plus l'abattre. Nous aurions donc pu interroger sa famille, mais sa sœur vit à l'autre bout du monde et sa mère est morte d'un cancer. Il ne m'a jamais vraiment parlé de son père, donc je suppose qu'il est mort aussi. Sa famille, c'est tout ce que je lui sais de vulnérable. Quant à ses relations il ne vaut mieux pas avoir affaire à elles car je pense que tout le monde est à sa botte, et tout nous retomberait dessus. Donc pas d'avocats, pas de policiers, aucun homme politique, surtout. Je crois qu'aucune profession en mesure de nous venir en aide n'aurait même le désir de nous aider contre lui... »
Elle décroisa les bras et se rapprocha d'Aiden, s'asseyant à cheval sur lui et posant ses deux mains à plat sur son torse. Ses yeux verts retrouvèrent lentement leur éclat qui donnait soif, et un sourire qui ressemblait à ceux de la semaine dernière, quoique légèrement assagi par les soucis récents, creusa les fossettes de son visage à mesure qu'elle s'efforça d'annihiler le monde à son esprit. Elle n'avait qu'une journée pour être elle, avant de remettre un masque qui lui faisait horreur. Ils n'avaient qu'une journée pour être eux, et, si l'on parvenait à oublier un peu combien cela était triste, cela était aussi très beau.
« Je t'ai dit que j'ai jusqu'à ce qu'il fasse nuit, et le matin est à peine allumé. Je ne veux pas qu'on se gâche la journée en pensant au moment où je m'en irai, et en plus, nous ne sommes pas obligés de trouver une solution en un quart d'heure. Il faut se laisser le temps de réfléchir, et je... J'ai envie qu'on se rappelle pourquoi on va gagner. »
Plutôt que de penser à toutes les choses qu'il faudrait faire pour y parvenir. Laissons le comment dans un coin, juste une heure ou peut-être deux, et rappelle-toi du pourquoi, mon chéri. Elle prit sa main qui n'était pas blessée par sa certainement récente incartade avec un miroir et le fit la poser sur sa cuisse, remonter jusqu'à sa hanche, où elle la relâcha. Ils étaient peut-être épuisés et désenchantés, ils n'avaient peut-être pas de brillante solution pour le moment, mais ils avaient à eux quelque chose que Cesare ne leur prendrait pas. Toutes ces sortes d'amour, le frais, le romantique, le grand, le petit, le poétique, le légendaire et l'électrique. Il ne les leur prendrait pas. Tara se pencha vers le jeune homme et écarta de son cou le col de sa chemise pour y glisser ses lèvres. Son besoin de lui s'y fit sentir à coups de langue et de baisers, et dans sa respiration fragile et aléatoire, et, même si elles étaient imprécises et un peu tristes, au fond, ses caresses sur lui affirmaient toutes les forces vitales qui l'habitaient encore, et qu'elle pouvait encore lui communiquer. Elle releva les yeux vers les siens, furtivement, puis posa ses doigts sur ses lèvres, au cas où, si l'idée de protester et de lui dire qu'ils avaient mieux à faire lui venait. Car elle n'accepterait pas les protestations et, non, ils n'avaient pas mieux à faire que de s'aimer. C'était cela le but et le moyen, le comment et le pourquoi, l'ici et maintenant, l'hier et l'au-delà. De nouveau, elle lui sourit tendrement, et attendit impatiemment qu'il lui réponde de ce petit sourire asymétrique qu'elle aimait, juste là, au coin de ses lèvres où elle fit passer sa langue tout doucement, tandis que tout discrètement ses doigts s'affairaient à défaire les boutons de sa chemise. Elle eut dix secondes d'admiration contemplative en se redressant, rêveuse devant les ombres et la lumière qui ricochait sur le dessin du corps de son amoureux. Elle y fit valser ses doigts, hésitant un peu avant de s'allonger de nouveau contre lui pour faire descendre ses lèvres sur son torse, et jusqu'à son ventre, où la chaleur de sa peau irradiait sous le soleil orangé. Là, perdue quelque part sur son épiderme couleur de sable et d'oasis, elle ne crut pas un instant au mirage, ni que c'était trop beau pour être vrai. Elle ne savait que la soif de lui et la réalité que constituait leurs doigts entremêlés, et son souffle vrillé, et les couleurs troubles. C'était peut-être puéril, c'était peut-être égoïste, mais que personne ne vienne lui dire qu'elle n'avait pas le droit de jouer à ne plus avoir peur ou que c'était mal d'essayer ainsi de se prouver qu'ils étaient en vie. De toute façon, personne d'autre n'existait. Pour le moment, pour très peu de temps, il n'y avait qu'eux.

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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyDim 11 Mai - 16:16

I’ll sacrifice
I’ll sacrifice myself to you
Riht here and now
Because you know that I love you.

On pourrait passer ce bout d’éternité, ces quelques heures arrachées à un temps qui n’est plus notre, à tourner le problème dans toutes les positions imaginables, à changer notre angle de vue, à rechercher dans des éclats d’espoir et des poussières de désespoir une solution imperceptible à la raison, à la lucidité, seulement visible aux cœurs, à ceux-là qui savent s’aimer, à ceux-là qui se souviennent posséder une âme, même si elle n’est pas leur. On pourrait se lamenter sur notre sort, pleurer sur un amour qui n’est plus légal dans cet empire sur lequel on ne règne plus – ou tout du moins, sur lequel je ne règne plus, car toi, tu es toujours à son sommet, sans pourtant reconnaitre ses ruelles qui ont connu des baisers indécents, sans pourtant retrouver la magie de ce ciel qui a surplombé tant de sourires, sans pourtant comprendre en quoi les lumières qui tressautaient des lampadaires étaient si romantiques. Mais l’illégal est toujours plus attrayant, alors on brave les interdits pour continuer à s’aimer, pour apprendre de nouveau les bases, pour tenter de s’orienter quand le monde qui nous entoure à changer – ou peut-être suis-je trop narcissique, peut-être le monde est-il le même, peut-être sommes-nous les seuls à avoir changé. On pourrait n’utiliser nos yeux que pour chercher l’erreur, n’utiliser nos esprits que pour réfléchit, n’utiliser nos mains que pour fouiller dans les ruines d’un bonheur là où le regard devrait refléter l’amour, où l’esprit devrait chercher de nouvelles façons de s’aimer et où les mains devraient rassurer les corps, calmer ces muscles qui geignent au moindre geste, au moindre étirement.
Mais tu vois, on s’y prend mal. On a oublié quelque chose d’important, on a oublié comment tout a commencé, on a oublié la raison pour laquelle on se bat car à toujours chercher bataille, l’objectif s’est perdu. Et tu vois, on ne poussera pas la paranoïa jusque là, on ne dira pas que c’est ce qu’il cherche, mais est-ce que c’est ça qu’on veut ? Est-ce qu’on veut occuper ces poignées de minutes à imposer à notre mémoire des souvenirs beaucoup trop douloureux, beaucoup trop pointus, encore tellement présents.
On dit qu’il faut laisser du temps aux blessures pour qu’elles soient pansées, pour qu’elles se referment, peut-être ; mais ce n’est pas de temps dont on a besoin, ce n’est pas de souvenirs, ce n’est pas non plus d’une solution miracle, d’un deux ex machina. Non, rien de rien ; on a besoin de ce qui nous est vital, on a toujours eu besoin du minimum aux yeux du monde, d’un tout entier à nos yeux – on a besoin de s’aimer, on a toujours eu besoin de s’aimer et c’est tout ce dont nous aurons toujours besoin. Non, ce n’est pas de la naïveté qui a remplacé mon sang dans les veines et ce n’est pas de la poussière de fée qui recouvre ma peau ; rien de tel, pas plus qu’un vain espoir, juste cette magie qui ne m’a jamais quittée, qui ne me quittera jamais car ce serait renier mes origines. Et à défaut de ne pas savoir où je suis, je sais d’où je viens, alors je sais où je vais. Je ne sais pas encore comment, je ne connais pas l’endroit où je serai à la fin, mais ce que je sais, c’est que tant que mon ange, mon âme, tant que Tara n’y est pas, alors je n’y suis pas encore.

Sur le lit, la belle soupire. Je me doute qu’elle ne veuille pas parler de lui, peut-être encore moins que moi, car elle retournera ce soir chez lui et son visage ne quittera plus son champ de vision ; alors pourquoi je lui en parle, pourquoi je lui inflige cela, pourquoi je m’inflige cette douleur ? Parce que j’ai besoin de savoir ce qui s’est passé hier, j’ai besoin d’en être certain, de ne pas ajouter une ligne sur cette liste interminable qui me rappelle que si Cesare tombe d’une tour, je ne serai pas celui qui l’aurait poussé, mais celui qui ferait mine d’appeler les secours et de lui planter une dague au creux de la clavicule.
Ne meurs pas tout de suite, c’est aux pieds de Tara que tu dois crever, sombre idiot.
Ses doigts caressent ma joue alors que ses mots me rassurent à moitié. J’ouvre la bouche ; elle a eu de la chance, hier, mais même totalement ivre pendant des mois encore, cet homme ne l’épargnera pas d’avantage. Mais elle le sait, alors pourquoi devrai-je lui rappeler ? Et puis, à se hisser de la sorte sur moi pour frotter son nez contre le mien, alors j’esquisse un mince sourire pour lui signifier que je n’ajouterai rien là-dessus.
Je reprends la parole, amèrement, péniblement. Sienne. Ce mot qui s’est frayé un chemin jusqu’à ma bouche me rappelle l’air qui sortait de mes poumons lorsque le mari de celle que j’aime a eu l’excellente idée de me faire une injection qui a fait que chaque particule d’air devenait lamelle, flamme, acide, glace, braise – tout à la fois, toujours au centuple, jamais moins douloureux.
Après un geste approbateur, Tara décide d’utiliser quelques mots enchanteurs pour me faire faire une promesse. Elle n’attend pas ma réponse pour se laisser tomber sur le dos et je la vois fermer les yeux. Mais que suis-je censé dire, que suis-je censé faire ? Je n’ai pas envie de savoir comment elle va s’y prendre, n’ai pas envie de savoir quels mots enjôleurs et quels gestes aguicheurs elle aura à utiliser, mais quelque part, il faut que je sache, il faut que je sois au courant de ce qui se passe.
Si toutefois elle ne m’aime plus, si elle me déteste réellement, si elle m’est indifférente du jour au lendemain, alors je me ferai une raison, je ne chercherai plus à avoir une quelconque emprise sur sa vie ; mais pour cela, il faudrait que je voie dans ses yeux ce lien qui nous unit brisé, éparpillé aux quatre coins de la galaxie en des milliers d’éclats étincelants.
Je ferme les yeux à mon tour et vais ouvrir la porte des souvenirs douloureux pour me laisser submerger par le passé. Et je me souviens être étalé au sol. Et je me souviens suffoquer, agoniser. Et je me souviens avoir flirté avec la mort. Et je me souviens avoir plongé mes yeux dans celle de la faucheuse. Et je me souviens lui demander de me prendre avant que Tara ne se réveille ou de m’épargner sans perdre ce qui m’est de plus précieux. Et je me souviens m’être rappelé que ça ne serait pas si simple et qu’infliger la mort n’est pas digne de Cesare ; non, il préfère endosser à ses victimes le rôle du héros courageux qui se pavanera à ses pieds – il préfère faire subir la honte et le dégoût de soi. Et je me souviens de Tara, au-dessus de moi. Et je ne me souviens pourtant pas de son regard, car je ne voyais que la fatalité, ne subissait que l’obscurité. Et je me souviens des mots de Cesare.
Et je me souviens avec quelle rapidité elle s’est précipité sur les feuilles à signer pour me sauver.
Elle n’a pas seulement condamné notre bonheur ; elle s’est condamnée, elle, à ne plus vivre, mais à survivre à l’amour sale et maladroit du bourreau des vies qu’est son époux.
Je glisse une main dans la sienne et j’apporte ses doigts à mes lèvres, y laissant l’emprunte d’un baiser ailé.

« D’accord. Je te promets que je ne te demanderai jamais rien à ce sujet, que je ne t’infligerai pas la douleur de devoir en reparler. Je n’aurai pas besoin de savoir que tu lui mens si tu n’oublies pas de parfois allumer quelques étoiles dans mon esprit avec cette magie qui émane de toi. C’est… Promis. »

Je pousse un léger soupire avant de l’entendre prendre sa respiration et reprendre la parole. Je fronce les sourcils à mesure que sa voix s’imprime dans la chambre. Faire comme je faisais avant. Elle n’a pas besoin d’en dire plus, n’a pas besoin de parler de ces habitudes que j’ai longtemps eues. Je serre ses doigts entre les miens en l’entendant parler d’Alyssa – alors qu’il y a quelques instants, quand je l’ai de nouveau évoqué, elle n’a pas manqué de claquer la langue – et de Jasmine.
Je n’arrive pas non plus à croire qu’on ait cette conversation, qu’elle me dise de la tromper et que je m’apprête à accepter. Elle non plus, elle n’aura pas besoin de savoir tout ce que je ferai ou ne ferai pas, tout ce que je dirai ou ne dirai pas, tout ce que mon regard exprimera ou n’exprimera pas pour prouver à Cesare que je suis passé à autre chose.
Pendant un instant, on garde tous les deux le silence. Alors ce n’est pas seulement à un bonheur inexistant qu’il nous a condamné, ce maudit roi, de chevalier fou ; je vais devoir en embrasser une autre, en toucher une autre là où mon cœur tout entier battra pour une seule personne, pour une unique personne. Et de quelle malice vais-je devoir aussi user pour être convaincant, car si la femme que j’aurai près de moi n’aura pas besoin de sentiments, les prétendus espions devront voir que je suis sincère et que mon être toute entière sera dans le ici et maintenant et cessera de tourmenter les anges du passé.
Cesare nous transforme. Car non seulement il nous jette aux pieds de règles répugnants d’un jeu mortel, mais il vient de marquer nos âmes d’un sceau rougeoyant ; plus d’innocence, plus de clémence, plus d’indulgence ; qu’il souffre, qu’il agonise, qu’il ne meurt surtout pas, qu’il ne cesse jamais de subir les mille et une facettes d’une lente et incessante douleur.
Préférant ne plus y penser, du moins pendant un court instant, j’aborde le sujet des faiblesses de cet homme. Tara répond rapidement, me parlant d’une sœur trop loin de nous, d’une mère morte et d’un présumé défunt père. J’ouvre la bouche, les yeux plissés, m’apprêtant à poser une question lorsque la belle blonde se met à cheval sur moi.
Alors aussi bien les maux de Cesare que ceux qu’ils nous infligent aujourd’hui, ils sont reclus loin – tellement loin, tellement profondément – dans mon esprit, curieux de savoir ce qu’elle va faire. Un sourire éclaire sagement son visage alors que ses mains reposent sur mon torse. Lorsqu’elle me dit qu’on ferait mieux de cesser d’en parler, d’y penser, je ne peux qu’approuver d’un hochement de tête docile. Elle se saisit de ma main, la dépose sur sa cuisse, le fait lentement remonter sur sa hanche alors que je glisse l’autre dans son dos, souriant de ce sourire malicieux dont j’avais jusque là oublié les nuances.
Si je devais donner un conseil très avisé à un enfant, je lui dirai que l’une des plus belles sensations dans ce monde est de sentir les lèvres d’un ange sur son cou ; alors je lui dirai de tout faire pour en trouver un qui ne se soit pas fait trop mal en descendant du paradis.
Elle se pose ses doigts sur mes lèvres et je hausse les sourcils en affichant un sourire amusé, les saisissant doucement entre mes dents avant de leur donner un coup furtif de langue. Elle approche son visage du mien, vient titiller ma bouche mais je l’empêche cette fois-ci de s’éloigner pour l’embrasser rapidement, m’éloignant en lui tirant la langue d’un air amusé. Elle déboutonne ma chemise et reste un moment sans rien faire, laissant ses yeux explorer mon torse alors que je ris doucement :

« J’espère que ça vous convient, très chère. »

Et décidément, ce registre de langue bien poli n’est pas fait pour moi alors, de nouveau, un rire filtre de mes lèvres. Et j’aimerai l’entendre rire, elle aussi, entendre ces éclats de gaieté bien qu’entachés d’une ombre de souci ; j’aimerai de nouveau nous enfermer dans une bulle colorée avec les nuances du printemps et parfumées avec les effluves de l’automne.
Elle fait pianoter ses doigts sur mon torse, s’allonge pour céder la place à ses lèvres alors que je glisse une main dans ses cheveux, caresse sa nuque, les yeux clos, un frisson ma parcourant.
Sans crier gare, j’inverse nos positions, plaquant mes deux mains près de son visage avec un sourire amusé. Je vais trouver ses lèvres pour un long baiser alors que je glisse une main jusqu’à sa taille, la passant distraitement jusqu’à sa cuisse avant de remonter vers son ventre en laissant mes lèvres arpenter son cou. Je tente de rester concentré lorsque je happe sa peau entre mes dents, histoire de ne pas la marquer, descendant jusqu’à sa clavicule contre laquelle j’abats une avalanche de baisers rapides. Et je continue, doucement, avec une lenteur exagérée  jusqu’à me retrouver à la limite du tissu de son haut. Je lève les yeux vers elle et éloigne une mèche blonde de son visage.

« Raconte-moi l’histoire du tapis des sables qui réceptionne l’ange qui s’ennuyait trop au paradis et qui a oublié d’utiliser ses ailes lorsqu’il voulu descendre sur Terre. Raconte-moi cette histoire où il suffisait d’un marqueur noir et d’une capsule de canette pour rendre l’amour éternel. Dis-moi encore comme il est beau de vivre, comme il est unique d’aimer. Rappelle-moi pourquoi le ciel est bleu, dis-moi pourquoi les oiseaux peuvent voler, s’en vont loin mais reviennent toujours. N’oublie aucun détail, j’aimerai tellement savoir pourquoi le monde est ainsi fait et pourquoi on le hait avec tant d’amour… »

Je colle mon front au sien et tout contre ses lèvres, je souris d’un sourire sincère aux échos pures, aux ombres pailletées.
Mes doigts glissent sur le ventre nu de la jeune femme alors que je vais mordiller sa lèvre inférieure délicatement, y passant la langue avant de céder moi-même au jeu, l’embrassant passionnément, jusqu’à ce que le souffle me manque, jusqu’à ce que je n’ai d’autre choix que chercher dans cet air qui m’entoure quelques atomes d’oxygène pour mes poumons qui en réclament abandonnement. Je laisse tomber mon visage sur son cou et dénude son épaule contre laquelle je pose doucement mes lèvres.

« Déteste-moi pour avoir oublié de te chatouiller, aime-moi pour t’avoir épargné cela. Déteste-moi pour mes baisers ardents, aime-moi pour ne pas avoir oublié la moindre parcelle de ta peau. Déteste-moi pour avoir oublié de te construire un empire, aime-moi pour avoir fait de mes bras un château. Déteste moi de t’aimer tellement, aime-moi pour la même raison. »
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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyLun 12 Mai - 20:38


« C'est sa main que je garde dans les miennes. Jusqu'à en mourir, jusqu'à m'éveiller. »

Paul Eluard

Tous deux, en silence, fixaient le plafond côte à côte. Abasourdis par ce qu'ils allaient devoir faire. Choqués du tour qu'avait pris la conversation. Cesare avait ouvert en eux une blessure dont l'étendue n'était découverte qu'à rebours, et, au lieu de se refermer, elle semblait se propager à mesure que les jours défilaient. Tara non plus ne voulait pas être paranoïaque. Elle ne voulait pas se dire que, peut-être, Cesare avait fait exprès de lui laisser ce mot ce matin pour lui dire qu'il rentrerait tard. Que, peut-être, il voulait qu'elle retrouve Aiden et élabore précisément ce plan avec lui. Que, peut-être, cet homme diabolique comptait qu'ils se laissent prendre à leur propre piège ; que, peut-être, à prétendre qu'il ne l'aimait plus, Aiden tomberait effectivement amoureux d'une autre. Et si cela arrivait, alors, Tara serait réellement à Cesare. Elle n'aurait plus de but dans la vie, plus personne sur qui compter, plus personne à aimer ni à protéger. Alors, morte d'avoir tout perdu, morte d'avoir été trahie et blessée de toute part, son âme se décollerait de son corps, dégoûtée de ce qu'elle était devenue. Et, enveloppe charnelle, Tara tendrait les bras à Cesare et lui dirait qu'elle est prête. Qu'elle est sa chose. Comme il l'a toujours espéré. Mais Tara ne voulait pas être paranoïaque. Ni se faire de la peine en imaginant les pires scénarii possibles. Ni laisser à Cesare le plaisir de l'abattre avant qu'elle ait même tenté de se venger. Ni... Mais Aiden fit glisser sa main dans la sienne et entremêla leurs doigts. Elle tourna la tête de son côté et vit son profil qui se découpait sur l'écran de lumière douce derrière le lit. Comme tous les matins. Ils n'étaient pas seulement allongés côte à côte à fixer le plafond. Ils étaient ensemble. Et cela, elle ne devait pas l'oublier. C'est ce que signifiait leurs paumes pressées l'une contre l'autre : ensemble. Ave Cesare, ceux qui vont s'unir te saluent ! Crois-tu que les liens hideux dont tu m'as enchaînée hier peuvent quoique ce soit pour nous séparer ? Si ces liens sont des cordes, l'amour d'Aiden m'enflamme, et les cordes flambent et tombent en cendre. Si ces liens sont d'épines, Aiden passera ses lèvres sur chacune de mes blessures et elles se refermeront comme n'ayant jamais existé. Si ces liens sont d'effroi, Aiden n'a qu'à glisser sa main dans la mienne pour que je me souvienne que je ne suis pas toute seule. Car l'amour artistique, l'amour électrique et l'amour frais sont du côté de ceux qui se nourrissent de vérité et d'extase, et non de celui qui mâche perpétuellement un dégoût inhumain et régurgite de la haine volcanique à chaque mot prononcé. Maintenant j'y crois. On va gagner.

Aiden lui fit la promesse qu'elle avait demandée et elle s'en sentit un peu soulagée. Elle pensa qu'il comprendrait qu'elle non plus ne voulait pas savoir comment il s'y prendrait de son côté. Enfin... Une partie d'elle voudrait savoir, forcément. Il y a toujours une curiosité masochiste qui pousse à vouloir l'omniscience sur l'être que l'on aime, et qui, au fond de Tara, se demandera qui il aura touché, quelles caresses lui aura-t-on faites en retour, quels mots il aura dits et entendus, et quelle part de plaisir sincère cela lui aura procuré. Mais elle ne le lui demanderait pas, car elle savait que rien de tout cela n'avait en fait la moindre importance. Et si, dans un moment d'égarement extrême et de douleur aiguë, elle exigeait qu'il le lui dise, elle espéra qu'il ne lui répondrait jamais et qu'il lui rappellerait plutôt combien cela ne comptait pas. Parce qu'elle ferait pareil pour lui, à propos de Cesare. Ils n'avaient qu'eux au monde pour témoigner de leur bonheur passé, et de leurs espoirs d'avenir. Si leur confiance mutuelle ne restait pas exactement ce qu'elle est aujourd'hui, tout serait perdu. Et comme l'ensemble de cette conversation l'emplissait d'une infinie tristesse et de remords sans borne, elle décida de changer radicalement de mode de communication, pour leur permettre de se souvenir à quel point ils se comprenaient bien.

« J'espère que cela vous convient, très chère », demanda-t-il en riant doucement alors qu'elle était contemplative devant le tracé de son corps.
Quelques semaines plus tôt, ses joues auraient arboré une couleur pivoine, entendant le rire de son amoureux, dans une telle situation. Aujourd'hui, elle ne savait pas trop pourquoi, elle releva les yeux vers lui et afficha un sourire extrêmement satisfait, pas du tout gênée qu'il l'ait prise en flagrant délit d'admiration gourmande. En fait, aujourd'hui, elle se sentait un peu différente. Rien de plus naturel, penserez-vous, avec les évènement récents, mais elle ne songeait plus du tout à la tension ni au désespoir causé par la situation globale. Non, elle se sentait différente à l'intérieur. Pas extrêmement différente, mais juste un peu, juste assez pour sentir une électricité surprenante galoper dans ses veines et faire se précipiter son cœur lorsqu'elle laissa ses lèvres errer librement sur le torse d'Aiden. C'était comme si le fait d'avoir très peu de temps pour être avec lui la rendait plus... moins... Tara fit taire la voix off dans sa tête ; pas besoin de chercher comment elle se sentait. Elle était juste parfaitement bien.  Les sensations avaient un impacte sur sa peau cent fois décuplé, jusqu'à percer imperceptiblement l'épiderme pour que son âme aussi les sente. Leurs âmes. Leur âme. Et quand Aiden, sans prévenir, la fit voltiger pour l'allonger à son tour sur le lit et se retrouver au-dessus d'elle, elle poussa un petit cri de surprise, bientôt suivi d'un rire insouciant et sucré qu'on ne lui avait plus entendu depuis des jours et des jours. Il se rapprocha, et elle l'observait avec de grands yeux, empruntant un air de chaton le temps de savoir ce qu'il allait faire (pour l'amadouer, au cas où il aurait des idées diaboliques telles que des chatouilles, par exemple). Quand il joignit leurs lèvres, elle ferma les yeux et répondit intensément à son baiser, glissant une main dans ses cheveux sombres et l'autre le long de sa nuque et dans son dos, sur sa peau, sous sa chemise qu'elle n'avait pas fini de lui arracher. Parce que telle était bien son intention, avant que monsieur décide de faire capoter ses plans en inversant les positions. Il fit vagabonder ses lèvres sur son cou et ses doigts sur son ventre, et le déséquilibre qu'elle en éprouva lui fit resserrer davantage ses bras autour de lui. Elle essaya de ne pas bouger et de respirer calmement lorsqu'elle sentit ses dents se refermer sur une parcelle de sa peau. Est-ce qu'il sentait cela aussi ? Ce... feu ? Etant donné leur proximité (doux euphémisme), elle était à peu près certaine qu'il sentait ses veines palpiter sous ses lèvres, son pouls perdre tout sens du rythme. Elle savait qu'il ne devait pas laisser de marque visible sur elle. Et cependant, c'était étrangement féroce, ce elle ne savait quoi qui venait de s'éveiller en elle et qui aimerait bien le sentir appuyer un peu plus fort sur sa peau. Une volonté d'emporter au loin une trace de lui sur elle, qui lui rappellerait cet instant. Mais c'était proscrit, bien sûr, la prudence l'ordonnait, car celui-dont-on-ne-prononcera-pas-le-nom devait tout ignorer de cette visite à son amoureux. Aiden fit descendre ses lèvres sur sa gorge jusqu'à rencontrer le tissus du col en ovale de son haut. Il releva la tête et effleura son visage pour repousser une mèche de ses cheveux, avant de reprendre la parole.
« Raconte-moi l’histoire du tapis des sables qui réceptionne l’ange qui s’ennuyait trop au paradis et qui a oublié d’utiliser ses ailes lorsqu’il voulu descendre sur Terre. Raconte-moi cette histoire où il suffisait d’un marqueur noir et d’une capsule de canette pour rendre l’amour éternel. Dis-moi encore comme il est beau de vivre, comme il est unique d’aimer. Rappelle-moi pourquoi le ciel est bleu, dis-moi pourquoi les oiseaux peuvent voler, s’en vont loin mais reviennent toujours. N’oublie aucun détail, j’aimerai tellement savoir pourquoi le monde est ainsi fait et pourquoi on le hait avec tant d’amour… »
Ou pourquoi on l'aime avec tant de haine, car la réciproque était vraie également. Tara lui sourit en retour lorsqu'il vint appuyer son front contre le sien. Elle fit un petit mouvement de tête pour lui donner un nouveau baiser esquimau, doucement, mais ses lèvres durent alors passer trop près des siennes car il s'empara tout à coup de sa lèvre inférieure. Faisant mine de vouloir l'impatienter mais ne résistant pas lui-même à son propre stratagème, il l'embrassa. Et si les tendres intonations de sa voix, lorsqu'il avait parlé d'un ton intime, avaient réussi à calmer un peu la jeune femme, ce baiser, qui s'affamait et se rassasiait de lui-même sans fin, la secoua de nouveau. Le jeune homme détourna la tête une demi-seconde avant qu'elle puisse jurer devenir folle, et elle lui fut en même temps reconnaissante d'épargner sa lucidité et furieuse qu'il n'ait pas poursuivi plus avant. Et, comme s'il le savait, c'est exactement le discours qu'il lui tint, tandis qu'il s'échouait contre son cou. Il fit glisser le tissus qui couvrait son épaule pour étendre le champ explorable par ses lèvres tout en lui disant qu'elle pouvait le haïr et l'aimer pour tout ce qu'il lui faisait, pour tout ce qu'il ne lui faisait pas. Sans jamais le haïr vraiment, car elle s'en savait incapable, elle ressentait pourtant une sorte de tendre mécontentement bizarre, une envie de douce vengeance à son égard, en même temps que cet amour infini qui l'habitait coulait à flots dans ses veines et l'enivrait de passion.
« Je ne te détesterai jamais, affirma-t-elle immédiatement d'un ton qui malgré elle ronronnait sous les baisers du jeune homme. Je t'aime de me connaitre si fort que tu pourrais m'anéantir en deux phrases. Je t'aime de faire de notre monde un manège coloré qui me donne l'impression, quand tu n'es plus avec moi, que la Terre a arrêté de tourner. Je t'aime à être folle de toi, à te préférer à tous les astres et à tous les hommes, à n'avoir pas besoin de me nourrir si tes lèvres sont sur les miennes, à être aveugle à toutes les couleurs si ce n'est au noir de tes yeux, et à me trouver idiote de t'aimer comme ça, mais t'aimer à m'en rendre plus moi-même que je ne le suis sans toi. Je t'aime pour toutes ces raisons et pour d'autres encore. Mais, toutes ces raisons sont des folies qui me donnent très envie de me venger de toi, de ce que tu me fais, de ce que je me sens incomplète quand tu n'es pas là. Tu le sens, sur ma peau que tu embrasses, que je vais me venger, n'est-ce pas ? Et qu'à chaque nouveau baiser, je t'aime d'une passion ravivée, mais me vengerai plus fort ? Tu as peur, dis-moi ? »
Elle lui fit tourner la tête vers elle pour lui sourire d'un air menaçant qui cachait un fond d'amusement. C'était cette fragilité, cette vulnérabilité qui rendait en partie si belle toute relation sincère : être l'un face à l'autre sans arme ni défense, et savoir que l'autre a pourtant tous les moyens de détruire l'un. S'abandonner quand même, faire confiance, y croire, et tirer de son propre dénuement un plaisir étrange, et des battements de cœur infiniment précaires une sensation d'harmonie et d'invincibilité profonde. Le monde est fait d'oxymores et de paradoxes. C'est pour cela qu'on l'aime avec tant de haine et qu'on le hait avec tant d'amour.

Elle se redressa sur les coudes, attrapant ses lèvres au vol pour y plaquer un sourire espiègle et une tendresse langoureuse tout en se redressant encore pour s'asseoir et glisser ses doigts sur ses épaules. Elle en arriva à cette fameuse chemise dont elle froissa un instant le tissus, s'y agrippa en faisant dévier ses lèvres contre son cou d'où émanait son odeur à l'en étourdir, à lui en donner l'envie inconnue de le dévorer au sens presque littéral (et elle s'en étonnait beaucoup en son for intérieur, il faut l'avouer). Elle s'appuya contre lui pour se mettre à genoux sur le lit et, quand elle se sentit assez grande (donc effrayante !), elle lui sourit de nouveau, tendrement, mais d'une tendresse avide qui donnait à ses yeux verts quelque chose de félin. Elle lui retira sa chemise délicatement, comme si elle voulait qu'il ne s'en aperçoive pas, tâchant effectivement de le distraire en faisant suivre à ses lèvres le tracé de sa mâchoire jusqu'à arriver au lobe de son oreille, où elle passa sa langue lentement. Lorsqu'elle eut complètement récupéré le tissus, elle se redressa, et se mit carrément debout sur le lit en brandissant sa chemise comme un trophée. Oui bon, parfois on dirait qu'elle a huit ans et demi dans sa tête, mais voilà, c'est Tara, vous la connaissez depuis le temps !
« Que vais-je faire de cela ? demanda-t-elle en utilisant la manche de la chemise pour caresser le bout du nez d'Aiden, arborant un mignon sourire de provocation. Je pourrais t'attacher avec et te torturer, pour la peine, qu'en dis-tu ? »
Elle minaudait de la sorte avec des airs de princesse de sang royal, arrangeant les plis un peu froissés de sa jupe avant de le fixer du regard, le dominant de sa hauteur, puisqu'il était toujours à genoux devant elle. Elle ne savait rien, ni l'heure qu'il était ni pour encore combien de temps elle serait aussi heureuse qu'en cet instant. Tout ce qu'elle savait, c'est qu'elle y croyait... Et qu'elle avait envie de jouer.

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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyDim 18 Mai - 18:51

I’ve been waiting for a girl like you
A love that will survive
I’ve been waiting for someone new
To make me feel alive.
 
Le scepticisme a pourtant enduit mes mots, au début de cette vie. L’espoir n’a pourtant jamais effleuré mon esprit, quand, coincé dans ce corps, je me suis retrouvé accablé de la lourde tâche de respirer et de vivre. C’est pourtant de lassitude que je survivais et de fatigue que je mourrais le soir ; par obligation que je me levais et par devoir que je marchais. Et cette âme. Oh, oui, cette âme qui m’a été insufflée ; c’est nouveau tout ça, je n’ai pas l’habitude de pouvoir parler, je n’ai pas pour habitude d’avoir mon mot à dire et, j’ai encore moins l’habitude de sentir des vagues de vie affluer sur moi. Mais pourtant, jamais je ne me suis senti plus vivant qu’en me rendant compte que mon âme n’était plus mienne. Et ce jour où mon regard a croisé celui de Tara, le monde entier aurait pu s’effondrer, le soleil aurait pu nous brûler l’épiderme, une explosion aurait pu anéantir nos corps, des lits d’eau salées auraient pu nous submerger, mais rien n’aurait pu étendre cette flamme, rien n’aurait pu étreindre ce petit bout de chaleur, cette petite partie de quelque chose, ce nouveau – non, ce renouveau – lien, cette nouvelle relation, ce début, cette fin, cette éternité, cet instant éphémère, ce tout, ce rien ; ce mélange, cette beauté, cette profondeur, cette vivacité, cette fraicheur, cette splendeur, cette attraction, cette… Cette vie aux couleurs de printemps et à la chaleur de l’été, au romantisme de l’hiver et au bonheur d’automne ; cette vie quatre saisons, cette vie aux tons pastels, ces douces couleurs qui enchantent les oreilles et font parler les yeux.
Et ce gout de fruits des bois qu’elle me laisse dans la bouche, et ce tintement de cloches d’église à la fois solennel et pourtant si doux, tellement gracieux et cette crinière blonde aux éclats de perles et cette paire d’yeux qui emplissent le regard de la plus simple des beautés, de la plus imposante des grandeur ; et cette femme, car oui, quelle femme que voilà ! Un mètre soixante et un cerise, mais pourtant tant à dire, tant à vous apprendre, tant à imposer ; un corps fait dans un lait parfumé à la vanille, un esprit tissé avec le vent de l’Est et la neige du Nord, c’est un cœur qui vient des profondeurs de la forêt-noire qui bat près du mien et fais battre celui d’un millier d’âme perdues.
Ce contact visuel, ce jour-là, a tout changé ; m’a complètement chamboulé et a su raviver l’espoir d’antan, la foi de jadis ; alors aujourd’hui, je suis incapable d’y croire seul, mais si tu promets de me chérir encore un peu, de m’aimer de tout ton être quelques minutes encore, alors à mon tour je te fais le serment d’y croire, de me battre, de nous faire avancer et, mieux encore, je m’engage à battre Cessare, à anéantir l’homme et à condamner l’âme – si âme il y a.
 
Quelque chose en Tara a changé, a mué ; cette timidité presque prude qui la caractérisait à commencer à doucement s’effriter depuis ce premier baiser échangé, mais aujourd’hui, est-ce l’amoureuse passionnée qui ouvre un par un les boutons de ma chemise ? Et ce regard, est-ce celui de celle qui a soif de cet amour naïf qui mûrit auquel j’ai droit ?
Je m’attends pourtant à voir son teint laiteux se teinter de rose léger quand je lui fais remarquer son regard insistant – mais flatteur, il faut bien le dire ; rien de tel, la jeune femme semble parfaitement assumer. J’arque un sourcil sans pourtant chercher à ramener à la surface la gêne de la belle blonde, inversant rapidement nos positions sur un cri surpris puis un rire enfantin de ma muse. Je la regarde un instant, un sourire accroché à mes lèvres en réponse à ses gros yeux terriblement adorables ; mais au-delà de la regarder, je le contemple ; cet air insouciant, ce regard éclatant, cette sérénité dans l’esprit avec pourtant les sens en alerte. Je me demande un instant depuis quand nous n’avons pas joué, mais préfère ne pas forcer ma mémoire. Je l’embrasse, croque littéralement ses lèvres, dévore sa bouche ; je l’embrasse comme si c’était la dernière fois, comme si c’était l’unique fois, comme si je manquais d’air et qu’elle était la seule à en posséder, comme si j’avais trop d’air dans mes poumons et que je voulais en déverser dans les siens, comme si je découvrais ses lèvres, comme si je voulais aspirer un peu de son âme – un peu de mon âme, un peu de notre âme – comme un enfant devant une sucrerie, comme un adolescent fougueux, comme un fervent chevalier que je ne suis pas, comme l’amoureux fou que j’assume être.
Alors j’entame une danse de feu, lui raconte l’histoire des corps qui s’attirent et s’entrechoquent, de cette glace qui nait des braises et de cette ferveur que nous sommes seuls à en connaitre tous les secrets car elle nous appartient. Ses mains appuient doucement sur ma nuque, empruntent les chemins que procurent mes boucles, s’en vont se perdre le long de l’échine en effleurant chaque parcelle de peau que lui offre mon corps (est-ce nécessaire de préciser que ce même corps est aujourd’hui et à jamais sien ?) alors que je ressens l’envie pressante d’aller plus loin, de défaire l’illégal, de brusquer l’amour jeune.
Alors je parle, d’une voix douce mais pourtant rauque avant de m’échouer contre son front, de m’accrocher à son sourire avant de me retenir, avare que je suis, à sa lèvre inférieure et finalement m’abandonner contre sa bouche. Et ces frissons qui me font vibrer, et ce désir qui me consume et que je consomme et toute cette électricité, rien de tout ça ne m’est nouveau, mais cela n’a pourtant jamais été teinté d’amour avec des reflets de passion tendre. Et même si ce n’est pas la première fois que je désire Tara, c’est pourtant la première fois que c’est… Tellement… Mais…
C’est nouveau. Agréable. Surprenant. Et si agréable. Terrifiant. Mais tellement agréable.
 
Le ton doucereux qui empreint la voix de la belle étire mes lèvres en un sourire à la fois satisfait et amusé.
Est-ce tu as ressenti chaque battement de cœur de trop ? Est-ce que toi aussi, tu retenais ton souffle ? Est-ce quoi aussi, tu devenais folle avec ces baisers, sous ces caresses ? Tu comprends, n’est-ce pas ? Dis que tu comprends. Dis que tu as ressenti ça. Dis-le, allez, s’il te plait.
Et c’est cet amour littéraire qu’on vit aujourd’hui ; cet amour bâti sur des phrases structurées et construit avec ces oxymores et ces alexandrins. Et à mesure qu’elle parle, mes yeux pétillent ; et quand elle me fait tourner un peu mieux la tête vers elle, elle peut voir toute cette foi aveugle que j’ai en elle, toute cette confiance qui fait qu’elle peut me tuer en me privant  de son amour, là, tout de suite en me faisant agoniser d’un jour avoir connu ses lèvres et d’aujourd’hui e plus y avoir droit. Alors je lui souris à mon tour, plissant les yeux, approuvant d’un geste de la tête à peine perceptible.
 
« Je n’ai pas peur que tu me détruises, je n’ai pas peur que tu utilises l’amour que j’éprouve, que je te voue, pour me nuire, n’ai pas peur que d’un regard tu me condamnes à l’exil et que d’un geste tu m’arraches à cette idylle… Mais mes muscles tremblent et mes nerfs tressautent, mon sang se glace et ma peau frémit de te savoir revancharde et de savoir, par-dessus tout, que la vengeance va s’abattre sur moi. Oui, mon amour, je tremble de peur – je désire avoir peur, je te veux, toi et ta vengeance ; je suis effrayé, mais pourtant totalement impatient. Allez, je t’attends. »
 
Elle se redresse sur ses coudes, colle ses lèvres contre les miennes que j’embrasse farouchement alors que ses doigts frêles sur mon épaule me font frémir ; je le sens, sur ma peau qu’elle touche, qu’elle va se venger. Elle froisse le tissu de cette pauvre chemise, s’y agrippe comme un naufragé à une bouée, laisse ses lèvres brûler mon épiderme et l’envie de continuer avec un rythme plus effréné encore m’englobe entièrement. Elle se met sur ses genoux – j’en fais autant – et s’affaire à retirer mon vêtement avec une lenteur inouïe alors que je me concentre entièrement sur ces lèvres qui retracent ma mâchoire, qui s’en vont titiller mon lobe d’oreille pour une danse sensuelle que sa langue rejoint rapidement. Elle se relève finalement, m’obligeant à lever les yeux pour la regarder, le bout de tissu entre ses mains avec cet air gamin plaqué sur ses traits juvéniles. Elle laisse tomber le bras de la chemise qui m’effleure le bout du nez alors qu’elle arbore un air provocagnon – provocateur et mignon, c’est le mot – en me demandant ce qu’elle va bien pouvoir en faire.
Je pose mes deux mains sur ses chevilles et commence une lente montée, appuyant doucement sur ses mollets en continuant de la sorte jusqu’à ses cuises, mon regard suivant le tracé de mes doigts. Je m’arrête à la limite du tissu de sa jupe avant de sourire doucement, lui lançant un long regard et alors, elle peut le voir, elle peut voir que je suis avide de jeu, moi aussi et elle peut par la même occasion voir que mes mains ne vont pas s’arrêter en si bon chemin. Je me relève cependant à mon tour en faisant monter mes mains jusqu’à sa taille, en-dessous de sa jupe, l’espièglerie donnant une touche lumineuse aux deux pierres de charbons qui me servent d’yeux. Et sans prévenir, je l’attaque brutalement à moi, le plaquant contre mon corps alors que je vais effleurer ses lèvres des miennes :
 
« Hâte de savoir comment tu peux me torturer. En attendant, je me permets d’être ton doux bourreau, tu veux bien ? Pas que je te laisse le choix, tout compte fait. T’as qu’à pas être si craquante en même temps. »
 
Je mordille sa lèvre inférieure doucement et roule des yeux en éloignant mon visage tout en tapotant mes doigts sur ses hanches, plus précisément sur le tissu de son sous-vêtement. Je souris en retirant sagement mes mains et je noue mes bras autour de sa taille avant de donner un coup aigle de mon pied au niveau de ses chevilles, la faisant tomber en glissant rapidement mes mains sur son dos pour la retenir, la faisant de nouveau allongé sur le lit alors que je m’installe sur elle. Je saisi ses poignets d’une main au-dessus de sa tête et me sers de l’autre pour explorer son ventre après avoir relevé son haut.
Je m’éloigne à peine, observe cette peau parfaite avant de relâcher ses poignets, allant poser mes lèvres sur son nombril, donnant un coup précis de langue avant de continuer, usant de mes dents et de mes lèvres jusqu’à ce que le tissu de son haut me gêne. Je reviens sur ses lèvres que j’embrasse de façon effrénée et ce n’est qu’à bout de souffle que je finis par arrêter, plongeant mon regard dans le sien, fronçant les sourcils.
 
« Tu te rends compte que c’est de la pure et simple injustice ? Ma chemise veut une campagne, elle se sent seule entre tes mains, je peux… ? »
 
Sans attendre de réponse, je retire délicatement son haut, comme animé par la peur de froisser sa peau, de la brusquer, de faire trop de vagues dans cet esprit que j’espère avoir déjà parfaitement chamboulé. Je pose son haut à coté en laissant mes doigts effleurer ses côtes, remontant et descendant tendrement alors que mes lèvres frôlent la naissance de sa poitrine que j’embrasse au bout de quelques secondes, encore hésitant.
Je lève un regard vers la jeune femme, comme pour chercher à y lire un assentiment, peut-être  une interdiction ; ou peut-être trouverai-je ses yeux clos, à vrai dire, je ne sais pas.
Jouer. Jouer à un jeu dont on érigera les règles, dont on peaufinera le but et auquel on pourra tricher librement, bien que nullement impunément. Un jeu à nous, pas celui de Cesare ; pas un jeu sanglant, morbide et mortel ; un jeu sensuel, voluptueux idyllique, mais qui reste à l’instar du premier tout aussi mortel.
Je m’appuie sur mes deux mains plaqués des deux cotés de son visage et me redresse légèrement, glissant une de mes jambes entre les siennes pour l’immobiliser un bref instant.
 
« Te moque pas, mais j’ai envie de savoir ce que tu es capable de faire avec ma chemise, pas parce que j’ai peur hein… Enfin si. Et comme tu es aaaadorable, tu ne vas pas certainement te faire prier et me montrer l’étendue de ton génie en me torturant. Oui, c’est un défi : aime-moi comme tu sais si bien le faire, Tara. »
 
Et ce prénom qui se fraye un chemin entre mes lèvres. Ce prénom que je prononce d’une voix rocailleuse comme si j’en avais pêché les deux syllabes du plus profond de mon être, ce prénom qui fait trembler mon monde et qui résume mon univers.
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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyMar 10 Juin - 11:28


« A travers le chaos des signes qui nous entourent nos doigts tissent des arabesques étranges où l'autre vient s'échouer. Recouverts par l'au-delà d'un instant aux contours incertains, comme sur une île lointaine, à l'abri du temps, c'est assez magique au fond. L'insouciance nous entraine ailleurs. »

Elsa Lunghini

Hier, devant l'autel, Tara n'avait respiré de ne penser qu'à une chose : "Promis, demain, j'irai chez Aiden et je lui demanderai de s'enfuir avec moi". Pour aller n'importe où, très loin, pas ici, plus jamais. Ils auraient même pu aller voir ces pays de dunes dont le sable couleur rayons de soleil s'étendait à perte de vue, oui, ils auraient pu aller voir à quoi ressemblait ce qui s'apparente le plus à l'ancien pays d'Aiden. Et vivre de très peu, mais vivre fort. Ici, à Fantasia Hill, avec Cesare dans les parages, ils vivaient fébrilement, et dès que Tara le touchait, dès que ses doigts entraient en contact avec sa peau, elle se souvenait à quel point c'était fragile, tout cela, à quel point Cesare prendrait un malsain plaisir à faire que cela cesse pour de bon. Et quand elle glissa délicatement ses doigts dans les cheveux d'Aiden, le scintillement intense des diamants de son alliance marqua un contraste violent parmi les mèches brunes de son amoureux. Elle avait failli retirer sa bague avant d'entrer chez lui. Mais, finalement, elle s'était dit qu'il était inutile de se voiler la face, d'oublier ce qui faisait leur histoire, de prétendre que la part d'ombre de leur relation n'existait pas. Ce n'était pas cet objet, cette petite bague hors de prix qui faisait qu'elle appartenait à Cesare (et cela aurait été lui donner plus d'importance qu'elle n'en a que de la tenir loin des yeux d'Aiden). Son époux la lui avait passée avec dans les yeux un éclat de sauvagerie qu'elle n'oublierait jamais : il s'était figuré lui mettre des menottes, par ce geste. Il ne comprenait pas qu'elle ne prenait pas en compte les symboles que lui mettait dans toute cette funeste cérémonie, que la robe blanche, le sermon ni aucun des vœux prononcés n'avaient de réalité à ses yeux. Rien n'était vrai, si ce n'est l'enlacement immarcescible des iris brunes et des iris vertes, quand Aiden la regardait avec cet air attentif d'envie et de tendresse. Alors ils ne partiraient pas, car ils avaient déjà été trop déracinés, ils avaient trop perdu l'habitude de se sentir chez soi, ils méritaient (et Tara le lui avait promis) de se construire un nid. Les oiseaux partent et reviennent toujours au même endroit, mais ce n'est jamais un prédateur qui les fait fuir, seulement l'envie d'explorer de nouveaux horizons. Un jour, ils iraient peut-être à l'aventure, mais partir aujourd'hui serait trop avouer la défaite et donnerait un prétexte à Cesare pour se mettre en chasse.

Debout sur le lit, Tara n'en était plus à ces tristes considérations depuis que le jeune homme lui avait avoué que l'idée de sa vengeance le faisait frémir. Elle arqua un sourcil en le voyant approcher, le défendant de son regard étincelant d'oser se mettre debout, car elle profiterait volontiers encore un moment de cette position de hauteur. Est-ce qu'il frémissait comme cela ? Comme elle se sentait fondre sous ses doigts lorsqu'il les fit lentement remonter le long de ses jambes ? C'était doux et à la limite du soutenable en même temps et, à bien observer le regard qu'il lui lançait, elle était prête à parier qu'il le savait, qu'il se doutait, lorsqu'il stoppa son ascension au bord du tissus de sa jupe, qu'elle était perturbée, curieuse de voir s'il allait continuer ou non. C'était agaçant qu'il ait l'air content de son petit effet, en plus ! D'un coup il se releva, mais sans encore retirer ses mains qui s'ancrèrent au niveau de ses hanches pour l'amener brusquement contre lui. Le visage levé vers le sien, elle affichait un air perplexe et agité, un peu surprise, un peu partagée entre l'envie de le mordre en plein sur son petit sourire satisfait et celle de s'abandonner complètement à lui. Une brume volcanique commençait à prendre possession de son esprit, levant les inhibitions alors que plus rien ne lui semblait important que le contact survolté de leurs peaux l'une contre l'autre. Il inclina la tête pour venir effleurer ses lèvres des siennes, qu'elle entrouvrit pour mieux goûter l'impression de son souffle sur sa langue, lorsqu'il parla tout près, sans se détacher d'elle, avec cet accent trainant dans la voix, ce quelque chose d'énervant parce qu'il avait l'air plus sûr de lui qu'elle ne l'était d'elle-même.
« Hâte de savoir comment tu peux me torturer. En attendant, je me permets d’être ton doux bourreau, tu veux bien ? Pas que je te laisse le choix, tout compte fait. T’as qu’à pas être si craquante en même temps. »
A la question "tu veux bien ?", elle battit des cils et s'écarta légèrement, se demandant à quelle demande elle s'apprêtait à acquiescer car elle n'avait rien écouté. Elle émit un petit bruit d'assentiment tel que "hmhm" d'un air très peu concentré, puisqu'après tout il avait dit qu'elle était craquante, il ne devait pas lui avoir demandé quoique ce soit de très dangereux. Il joua un instant avec sa lèvre inférieure, et elle aurait pu le frapper quand il s'éloigna, car elle aurait voulu qu'il l'embrasse, mais enfin il était plus grand qu'elle et ainsi enlacée contre lui elle ne pouvait pas le forcer à lui rendre ses lèvres s'il n'y mettait pas du sien. Son mécontentement ne fut que de courte durée quand Aiden lui rappela l'emplacement de ses mains en effleurant le tissus de son sous-vêtement, ce qui eut pour effet, cette fois, de faire légèrement rougir la jeune femme, qui s'immobilisa et baissa les yeux sur l'épaule du jeune homme, où elle vint déposer un petit baiser qui suggérait une capitulation (mais qui la suggérait seulement). C'est alors qu'il retira docilement ses mains de là où elles étaient et que, au moment où elle allait s'étonner et se féliciter de son obéissance, il la fit tomber malgré elle et l'allongea de nouveau sur le lit. Bon d'accord, franchement elle aurait pu s'y attendre, c'était naïf de sa part de croire qu'il n'allait pas lui disputer le titre de vainqueur du déshabillage aussi facilement... alors qu'il y avait certes encore beaucoup à faire. Mais quand il l'attrapa par les poignets et les lui plaqua contre le lit, elle se débattit vraiment et le mis en garde d'un ton très alarmé :
« Aiden... si tu me chatouilles, je te promets que je te... »
C'était inutile de se fatiguer, car petit un elle n'arriverait pas à se défaire de son emprise, petit deux le jeune homme était à présent absorbé par la contemplation de son ventre, qu'il venait de dénuder, et ne semblait pas projeter de la chatouiller. Ayant peur de lui avoir donné une mauvaise idée, elle retint son souffle et l'observa, attentivement. Il relâcha ses poignets et se pencha pour aller l'embrasser sur le ventre. Elle se mordit la lèvre inférieure en sentant sa langue imprimer un dessin enflammé près de son nombril, et s'appliqua de son mieux à calmer les battements de son cœur qui ne cessaient de se précipiter dans sa poitrine. Un millier de frissons la parcouraient, dont certains se matérialisèrent éphémèrement sur son épiderme, au passage des lèvres d'Aiden, qui pour sa part arrêta sa course lorsqu'il ne put plus monter davantage et qui vint lui donner un baiser dont elle ne devait pas sortir indemne. Elle en était presque à se demander si elle ne devrait pas lui demander grâce pour obtenir ne serait-ce que cinq secondes de répit lorsqu'il reprit finalement la parole. Il lui parla d'injustice, se plaignit avec un air purement irrésistible et formula une demande à laquelle ses yeux ne répondirent qu'en affichant des scintillements de points d'interrogation. Il n'attendait pas réellement de réponse et elle n'aurait pas réellement protesté, mais il y eut quelques petites secondes de flottement quand il lui eut retiré son haut avec toute la délicatesse du monde. Tara ne pouvait pas s'empêcher de se rappeler qu'il avait dû jouer à ce jeu très souvent et qu'ils n'étaient pas à égalité ici, et puis d'un coup elle était prise de craintes idiotes qui lui donnaient envie de se retourner sur le ventre et de se cacher la tête dans un oreiller. Il sembla hésiter lui aussi, mais pas assez longtemps pour qu'elle prenne vraiment peur, venant embrasser tout doucement la peau tendre qu'il venait de découvrir. Et juste après, il chercha son regard et le trouva, car Tara ne pouvait détacher ses yeux de lui, toute effrayée qu'elle était à présent, mais surprise de sentir elle aussi qu'elle voulait avoir peur, et que cela ne s'arrête pas. Il se redressa légèrement en enserrant l'une de ses jambes entre les siennes, puis prononça quelques mots souriants qui firent rire la jeune femme. Alors comme cela il s'inquiétait de la torture qu'elle allait lui faire subir ? Ses yeux verts clignotèrent une réponse qu'il pouvait facilement y lire (commençant par "je" finissant par "de tout mon cœur" en passant par "t'aime"), mais c'est un autre genre de réponse qu'elle verbalisa, parce que l'ambiance était au jeu et parce que si elle commençait à lui dire qu'elle l'aimait, les mots lui paraitraient tellement insuffisants qu'elle serait obligée de le répéter toute la journée pour espérer s'approcher davantage de la réalité.
« J'aime bien me faire prier, murmura-t-elle en lui caressant la joue du bout des doigts. Cependant... »
Son sourire se fit taquin alors qu'elle repliait sa jambe libre pour l'appuyer contre le jeune homme, de sorte à l'inciter à s'allonger à côté d'elle. Elle se rassit ensuite à cheval sur lui et vint se coller un instant contre lui pour faire mine de l'embrasser (mais en réalité elle se contenta sournoisement de passer le bout de sa langue sur ses lèvres, et s'éloigna avant qu'il ait l'idée de la retenir).
« Je n'ai même pas besoin de ta chemise pour te torturer. »
En disant cela, elle défaisait le nœud de la ceinture de sa jupe, qui n'était pas du tout une ceinture mais un foulard multicolore et soyeux qu'elle avait elle-même attaché là en trouvant que cela ajoutait une touche de fantaisie à son vêtement. Quand elle l'eut enlevé, elle déplia cet élément de décoration et le replia d'une manière différente, pour qu'il ait plus la forme d'un long bandeau. Elle jeta un clin d'œil au jeune homme, avant d'ordonner à mi-voix :
« Tu ne bouges pas, et si je te vois tricher... »
Elle trouverait une sentence adéquate plus tard, espérant pour l'heure que les gros yeux qu'elle lui faisait seraient suffisamment convaincants. Elle posa le foulard sur les yeux du jeune homme, ne fit même pas de nœud avec car elle comptait assez sur le fait qu'il se laisserait faire et parce qu'en plus de cela elle n'avait toujours été que douce à son égard et cela ne risquait pas de changer maintenant. Quand il fut ainsi aveuglé, elle laissa errer lentement ses doits sur son torse, sur son ventre, espérant le faire frissonner, jusqu'à ce qu'ils entrent en contact avec la boucle froide de la ceinture de son jean. Elle lui prit les mains et les lui plaqua en croix contre le lit, en se penchant vers lui, et appuya un peu pour lui faire comprendre qu'il devait les garder là, qu'il n'avait que le droit de se laisser faire. Elle passa les minutes qui suivirent à embrasser ardemment chaque parcelle de sa peau, attentive à la moindre de ses réactions et consciente que c'était le torturer gentiment que de lui avoir interdit de répliquer. En reculant de quelques centimètres alors qu'elle avait longuement attaqué son cou, elle souffla un petit "oups" en remarquant qu'elle y avait laissé une marque qui ne partirait peut-être pas immédiatement, et, tâchant de lui faire oublier cet affront, elle alla embrasser tout tendrement ses lèvres.
« Mon coeur... »
Elle savait ce qu'elle voulait lui dire, mais ce n'était pas par gêne qu'elle laissa un suspense, c'était seulement pour prendre son temps, seulement pour l'embêter un peu. Elle sourit en se souvenant de la patinoire, de comment Aiden s'était gentiment moqué d'elle quand elle n'avait pas su terminer cette phrase autrement que par "ce que tu as dit tout à l'heure". Maintenant tout cela ne lui semblait plus du tout aussi grave, et rétrospectivement elle se trouvait un peu nunuche. Enfin, même là, elle n'était pas trop sûre de ce qu'elle faisait, et elle avait surtout très peur de déplaire à son amoureux. La seule différence avec l'autre jour, c'est qu'à présent elle n'avait plus peur d'essayer. Elle prit la main gauche du jeune homme et la lui fit poser dans le creux de son dos, contact électrisant après lequel elle soupira. Elle avait envie qu'il la touche, qu'il l'embrasse, et qu'il n'arrête jamais.
« Moi non plus, je ne cesserai jamais de te désirer. Comme je te désire maintenant », murmura-t-elle d'une voix voilée tandis que ses yeux, qu'il ne pouvait pas voir encore, étaient tout brillants de fièvre, d'envie, d'un peu d'insécurité mais de beaucoup d'amour.
Il lui avait peut-être fallu plus de deux mois pour lui répondre avec certitude, mais maintenant qu'elle était sûre elle n'allait pas le laisser lui échapper de si tôt ! Elle sourit et attrapa une extrémité du bandeau qu'elle retira lentement en se redressant, laissant le tissus parcourir verticalement le corps du jeune homme avant de le poser à côté d'eux. Elle se mit en parler en le regardant dans les yeux, sans se départir de son sourire, battant lentement des cils pour qu'il ne détourne pas la tête, pour qu'il ne veuille par sortir de ces deux disques de jade qui le fixaient comme si elle s'appliquait à l'hypnotiser (et c'était un peu son but), parce que, pendant qu'elle discourait à mi-voix, elle s'appliquait à défaire la ceinture du jeune homme, et elle craignait un peu que le faire en silence la fasse paniquer.
« Je pourrais bien, avec une grande clémence, décider de te libérer maintenant et m'en aller dans la cuisine pour nous préparer un bol de Nesquik, mais je trouve que tu as toujours beaucoup trop fanfaronné avec moi, et maintenant je suis curieuse de voir... Et puis on aura tout le temps de boire du chocolat plus tard, n'est-ce pas ? Tu sais, il faudrait vraiment que tu penses à chercher le bouton "off" sur ma personne, parce que j'ai tendance à trop parler quand je ne suis pas trop sûre de ce que je fais, parler me donne l'impression de faire oublier à mon interlocuteur à quel point... »
Mais elle venait de terminer de défaire cette ceinture, et de la faire glisser hors des passants, et c'est avec un sourire victorieux qu'elle la présenta devant les yeux d'Aiden. Elle enroula l'objet sur lui-même et le posa par-dessus le foulard, gardant pour elle la réflexion qu'on aurait dit un gros rouleau de réglisse.
« La vérité, c'est que je n'ai pas du tout envie de te libérer », dit-elle doucement alors que son regard retrouvait le chemin de celui d'Aiden, comme aimanté par son envoûtante obscurité.


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MessageSujet: Re: Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden Une flèche en plein coeur, et je meurs de nous survivre ♔ Avec Aiden EmptyJeu 19 Juin - 13:35

To burn with desire and keep quiet about it is the greatest punishment we can bring on ourselves.

Quand il fait froid, je mets un pull en laine. Quand il fait chaud, je me mets en t-shirt. Et parfois, quand je veux me faire violence, je m’habille légèrement en plein hiver et chaudement en plein milieu de l’été.
Quand j’ai envie de dire à Tara que je l’aime, je le lui dis. Quand j’ai envie d’embrasser Tara, je l’embrasse. Quand j’ai envie de l’appeler à une heure indécente, je me retiens, prend sur moi. Mais, à chaque fois, j’ai le choix. À chaque fois, c’est mon choix. À chaque fois, atteignant un carrefour, plusieurs sentiers sont là, me tendant les bras, me priant de les emprunter, certains moins attrayant que d’autres, certains plus courts que d’autres.
Hier, durant la cérémonie du mariage, cependant, j’avais les mains liées. Et je savais, je sentais que Cesare jubilait presque plus de me savoir présent et pourtant inoffensif que de savoir Tara devenir sa femme par quelques machiavéliques machinations. Et cette sensation qui démange, cette sensation qui fait mal, ce sentiment de faiblesse, d’inutilité, de lenteur, de candeur, de naïveté ; cette petite voix qui ne cesse de vous répéter que vous ne pouvez plus aimer comme vous aimiez hier, que ceux qui disent qu’en une seconde tout s’effondre n’ont pas si tort, que ceux qui pensent être épargnés ne le sont jamais bien longtemps, oui, cette petite voix là, agaçante mais si réelle, toute petite mais si forte qu’elle résonne dans votre esprit des millénaires… Cette voix là, elle vous donne envie d’être sourd.
Et depuis quelques temps déjà, je vis la vie que daigne m’accorder l’époux de celle que j’aime. Je vis comme il le souhaite, loin de celle que je désire, jamais assez loin de ces plans diaboliques. Et quelque part, je n’ai pas honte d’avouer qu’il me fait peur. Non pas pour ce qu’il pourrait me faire – il m’en a déjà fait assez, mais il peut encore faire tellement pire – mais pour ce qu’il pourrait nous faire, à elle et à moi. Parce qu’il doit bien s’en douter, que nous n’allons pas arrêter de nous voir. Il doit bien savoir que Tara ne l’aime pas – il le sait, je sais qu’il le sait, il sait que je le sais. Mais je ne sais pas s’il prépare quelque chose. Et j’aurai aimé y penser d’avantage, réfléchir encore, mais la venue de Tara n’est pas tant un bâillon à ma fierté revancharde qu’une lumière chaleureuse qui vous fait rappeler tellement de choses.
Tu me rappelles que l’été existe. Tu me rappelles que l’hiver peut durer un siècle, mais que le soleil n’est jamais loin. Tu me rappelles qu’il est beau d’aimer, même quand l’amour est interdit, même quand l’amour est nuisible, même quand l’amour menace de tout détruire. Tu me rappelles à quel point ce nous était fort, à quel point il l’est encore. Tu me rappelles que ça vaut le coup de t’aimer, toi, parce que tu es l’ange qui a pris la peine de descendre sur Terre et qui a accepté de se lier au Diable pour la survie d’un misérable. Tu me rappelles que les plus grands poètes auraient pu être des Dieux s’ils t’avaient eue comme muse, que les artistes auraient pu devenir rois s’ils t’avaient comme modèle. Tu me rappelles que l’innocence qui est tienne déteint parfois sur moi et qu’il est possible de changer. Tu me rappelles que rien n’est éternel, que notre vie ne l’est pas. Tu me rappelles qu’on s’obstine à croire que notre amour durera pour toujours et pendant quelques siècles de plus qu’une infinité. Tu me rappelles qu’avec toi, les contes de fées sont mon quotidien. Et puis, tu sais, quand je plonge mes yeux dans les tiens, je me souviens de tout, n’oublie rien. Et, je le vois si bien, oui tellement bien… Je vois les anges danser et les Dieux trinquer, les mortels rire et les démons mourir ; je vois la vie, dans tes yeux, et ne conçois pas la mienne loin de tes émeraudes.

Et alors, je me dis qu’on pourrait fuir, elle et moi. Après tout, pourquoi pas ? Fuir loin de tout ça, loin de lui. Mais Fanatasia Hill est chez-nous. Je ne me suis jamais aventuré au-delà de ses frontières et si un jour je le fais, ce ne sera pas pour fuir. Je ne fuis pas l’endroit qui m’a accueilli ; je ne le fuirai jamais, pas même si Hadès et Zeus se le fixent comme rendez-vous pour un quelconque règlement de comptes.
Et Tara non plus, ne fuira pas. Parce que derrière ce visage adorable, derrière ces traits enfantins, la belle est maligne, elle est consciente et, plus que tout, elle a des principes. Et celui de ne jamais s’abaisser à prendre une décision si importante car nous y sommes contraints en fait certainement partie. Alors nous nous battons, jusqu’au dernier souffle, encore et toujours et advienne ce qu’il adviendra.
Et quand mes mains se posent sur les chevilles de la belle pour remonter doucement, l’idée de fuir me parait puérile. Ça a quelque chose de palpitant, le danger qui plane sur nous. Je me relève finalement, malgré le regard qu’elle m’a lancé plus tôt – se savoir grande devait être satisfaisant, mais je me dis que sa curiosité est plus grande et qu’elle veut savoir jusqu’où j’irai, même si pour le moment, je l’ignore encore. Le visage qu’elle lève vers moi lorsque je la plaque contre moi me déstabilise très sincèrement. Cet air perplexe qui teinte son regard me donne tellement envie de la serrer dans mes bras et de ne jamais la laisser partir.
Et toute la douleur de la savoir éphémère près de moi me revient, me tiraille alors que je la regarde sans bouger un instant. Et je pense à lui dire l’aimer, mais me tais finalement ; non pas car ça me fera mal, mis seulement parce que ses mots manquent de cette beauté que notre amour possède.
Tout contre ses lèvres, je lui murmure quelques mots, lui pose une question suite à laquelle elle s’écarte doucement, approuvant d’un bruit à peine perceptible alors que je sens en moi s’agiter quelques je ne sais quoi qui m’animent d’un désir passionnel. La réaction qu’elle a, lorsque mes doigts effleurent son sous-vêtement, ne m’étonne cependant pas. Elle rougit quelque peu, baisse les yeux et colle sa bouche à mon épaule alors que de longs frissons me parcourent. Un instant, je me dis que je ferai mieux de m’en tenir à cela, qu’elle n’a pas besoin d’avoir l’esprit plus retourné qu’il ne doit déjà l’être. Et en ce même instant, la flamme en moi se ravive et me rappelle que je ne serai certainement pas capable de juste tout arrêter comme ça.
Je la fais tomber sur le lit et m’allonge au-dessus d’elle en saisissant ses poignets. La voyant se débattre, je ne peux m’empêcher d’afficher un sourire – c’est qu’elle est tenace, la petite ! Elle me défend la chatouiller et je ne prends pas même la peine de lui répondre, desserrant un peu mes doigts en me rendant compte que j’avais resserré l’étreinte quand elle essaye de s’échapper. Mon regard glisse sur son ventre et je lâche entièrement ses poignets et entame une petite salve de baisers et de caresses buccales, la sentant frémir, me sentant trembler avant de sceller nos lèvres en un baiser étrangement agité. Je reprends la parole, la questionne, obtiens pour réponse un regard interrogatif qui accroche sur mes lèvres un sourire amusé. Je lui retire lentement son haut et m’accorde un instant d’hésitation partagé avec la belle. Et finalement, une jambe entre les siennes, je finis par laisser filtrer quelques mots qui firent rire Tara.
Ses yeux clignotent alors que ses doigts caressent ma joue et je me surprends à pencher la tête pour profiter un peu plus de ce doux effleurement. Sa réponse me fait rire autant qu’elle me fait peur ; on est toujours surpris par un chat qui s’avère être un tigre. Elle replie sa jambe, la presse contre moi et je grogne doucement en me laissant sagement tomber sur le dos, collant mes mains sur sers hanches quand elle se mit à califourchon sur moi. Elle approche son visage, goûte trop peu de temps à mes lèvres avant de s’éloigner tandis que je lève les yeux ostentatoirement, pensant à la faire renverser sur le lit pour littéralement lui dévorer la bouche. Et pourtant, j’arrive à me convaincre que je peux attendre – que je ferai mieux d’attendre.
Elle me prévient qu’elle n’aurait pas besoin de ma chemise, retire ensuite une sorte de foulard étrange qui servait de ceinture à sa jupe alors que j’arque un sourcil vers elle, le regard interrogateur, la curiosité piquée à vif. Elle m’ordonne ne pas bouger, de ne surtout pas tricher alors que j’acquiesce doucement, réellement docile. Elle pose ledit foulard sur mes yeux et je sens mon pouls s’accélérer ; alors c’est ça, son idée ? Me priver de ma vue ? J’ai silencieusement promis d’obéir, alors je le fais sagement, mais je brûle déjà de retirer le tissu de sur mes yeux pour profiter de la jeune femme. Ses doigts pianotent sur mon torse, glissent sur mon ventre en faisant électriser la peau, me procurant des frissons de plus en plus forts alors que je déglutis difficilement. Et presque machinalement, mes mains caressent légèrement ses hanches lorsqu’elle me les saisit pour me les plaquer en croix contre le lit, appuyant un peu alors que je pousse un léger grognement de mécontentement. Qu’elle me prive de ma vue, c’est difficilement accordable, mais soit, mais qu’elle m’empêche de répliquer aussi ? Mon ange n’a décidément réellement pas besoin de ma chemise pour me torturer.
Ses lèvres se déchainent sur mon corps, me faisant frissonner quand c’est mon torse la proie, me faisant trembler à mesure qu’elle descendait alors que je sentais la rationalité se dérober à moi tandis que je plongeais dans un gouffre d’irréalité. Sur mon cou, elle peut largement sentir mon pouls affolé alors que j’émets un petit bruit lorsqu’elle me marque sur cette peau sensible. Elle souffle un « oups » désolé alors qu’un sourire étire mes lèvres, comme pour lui signifier que ça ne me dérange pas – mais je ne fais pas assez confiance à ma voix pour ajouter qu’au contraire, cette marque est plutôt plaisante. Elle pose ses lèvres sur ma bouche pour un doux baiser et commença une phrase qui m’aurait fait arquer un sourcil pour la presser d’aller au bout si je n’avais pas les yeux bandés. Elle prend ma main, la pose sur son dos alors que je la fais bouger très lentement de haut en bas, finissant par l’immobiliser en ancrant légèrement mes doigts dans sa peau alors qu’elle soupire.
J’ai envie de l’embrasser, de la toucher et de ne jamais m’arrêter.
Ses mots me font l’effet d’un millier d’étoiles filantes traversant le ciel hivernal, sombre depuis trop longtemps. Et ma main se resserre doucement sur son dos tandis qu’elle me retire le bandeau et que je peux de nouveau me plonger dans ses mers d’eau douce verte qui m’apprend la bienfaisance de quelques simples mots et qui me laissent découvrir quelque chose de nouveau chez Tara : une certaine assurance, mais plus que cela, un désir étrange, voilé, difficile à cerner… Mais bel et bien là. Je pense qu’à cet instant, j’ai l’air d’un pantin, d’un vulgaire jouet à ainsi la contempler comme si elle était la plus belle chose au monde – et ne l’est-elle pas, de toute façon ?
Et, doucement, je réponds à cet aveu qu’elle vient de me faire.

« Comme je ne cesserai jamais de te désirer. »

Elle entame une longue tirade qui me fait sourire, car je comprends bien vite qu’elle tente de détourner mon attention de ses doigts frêles qui s’appliquent à défaire ma ceinture. Et quand elle finit, elle me regarde, m’avoue ne pas vouloir me libérer alors que je me redresse légèrement, juste assez pour pouvoir l’étreindre contre moi un moment.
Et j’aimerai te mentir et te dire que tout se passera bien et que tu n’auras pas à me libérer, mais j’ai trop peur que tu m’en veuilles pour les faux espoirs dont je te bercerai.
Je m’éloigne un peu, encre mon regard dans le sien.

« Tu dois penser que je suis sûr de moi, n’est-ce pas ? Tu connais mon passé, tu dois te dire que ce jeu ne m’est pas inconnu, m’est au contraire très familier. Mais le souci, Tara, c’est que jamais je n’ai fais cela en étant amoureux de la personne que j’ai en face de moi. Tu sais, je… Je suis loin d’avoir l’assurance que tu dois me soupçonner et je tremble de te décevoir, de te brusquer. Mais en même temps, je me dis que je réussirai à me faire pardonner et puis, tu sais, c’est pas trop mon truc de trop réfléchir avant d’agir. »

Et avec un sourire provocateur, j’inverse une énième fois nos positions alors que je m’attaque à son cou de façon lente mais effrénée, douce mais pourtant bestiale, faisant attention à ne pas la marquer. Je descends ensuite un peu plus bas, sur le creux de sa clavicule dont ma langue épouse la forme. Quelques instants plus tard, c’est de nouveau la naissance de sa poitrine qui subit mes attaques alors que je glisse un index entre son soutien-gorge et sa peau, juste au milieu, rien que pour voir sa réaction. Mes mains descendent cependant rapidement, sans s’attarder sur ses côtes pour qu’elle ne pense pas que je veuille la chatouiller pour se poser sur ses hanches. Je lève vers elle un regard qui n’a plus rien de provocateur et où il ne reste que douceur et chaleur alors que je vais trouver ses lèvres en un baiser aux allures angéliques, aux profondeurs démoniaques. Mes doigts trouvent vite comment retirer cette jupe et je m’y affaire doucement avant de faire glisser le tissu sur ses hanches alors que mes mains tapotent sur ses cuisses.

« Mon amour… Tu le sais, n’est-ce pas, que tu peux m’arrêter quand tu veux, que je comprendrai que tu veuilles aller préparer un bol de Nesqui ? Mais quand même, je dois t’avouer que moi aussi, je suis… Curieux de voir. »

Je dis d’une voix douce, pour reprendre ses mots. Et je vais poser mes lèvres sur son ventre, près de son nombril et puis juste au-dessus du tissu de son sous-vêtement alors que je glisse une main sous son dos en la faisant légèrement redresser puis la glisser un peu plus bas, guettant tout de même sa réaction.
Et doucement, je me positionne un peu mieux au dessus d’elle, une jambe entre les siennes alors que je vais poser un baiser sur son nez, masquant tant bien que mal ce désir qui assombrit mon regard derrière un sourire.
Mais elle le sait, elle peut le voir et le sentir que si elle veut là, tout de suite, ériger des règles à ce jeu, qu’elle ne tarde pas à le faire car je ne saurai résister plus longtemps à cet appel silencieux de son corps laiteux pressé contre le mien.

« Je ne pense pas être assez fort pour résister plus longtemps… Pour résister aux supplications de mon corps qui veut s’unir à l’âme qui est sienne, qui est chez toi, cette âme que tu es toi-même, comme je le disais plus tôt. »

Et ma voix a ce timbre rocailleux comme si j’avais fumé trop longtemps, et ma voix a cette sonorité trainante comme si j’avais bu trop longtemps, et ma voix garde cette note d’impatience comme si j’avais attendu toute une vie.


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